« Alors qu’aucune actualité particulière ne peut lui être rattachée ces dernières semaines, c’est François Bayrou qui crée la surprise de notre sondage. (…) À l’image d’Alain Juppé, François Bayrou semble bénéficier de son image de centriste, rassembleur, dans un contexte de tension sociale au sein duquel les Français semblent exprimer une envie d’union. (…) Ainsi, il apparaît en mesure de capter une partie non négligeable des modérés de gauche comme de droite. » (BVA, le 20 mai 2016).


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La prochaine élection présidentielle aura lieu en principe les 23 avril et 7 mai 2017, si aucun événement majeur ne vient empêcher la fin du quinquennat de François Hollande. L’élection présidentielle est le rendez-vous essentiel du peuple français avec sa classe politique. C’est elle qui détermine, tous les cinq ans, la direction vers laquelle se dirigera la nation. Ce n’est pas anodin, d’ailleurs, que c’est l’élection la plus appréciée des Français (avec les municipales). La dernière fois, le 6 mai 2012, 80,4% sont allés voter, ce qui reste un score très honorable (il suffit de comparer avec les élections présidentielles américaines, par exemple).

Cette élection présidentielle non seulement détermine la politique de la nation mais clive la vie politique et la fige pendant cinq ans, en ce sens que le second tour fait opposer les deux seuls finalistes. À la double exception de 1969 et de 2002, ce sont la "droite" et la "gauche" qui se sont opposées depuis une cinquantaine d’années. Or ce clivage est depuis longtemps obsolète, voire anachronique : que ce soit lors du référendum sur le Traité de Maastricht (20 septembre 1992) ou lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen (29 mai 2005), les lignes de front ont traversé quasiment presque tous les partis.

Or, la position sur la construction européenne est sans doute l’un des sujets les plus pertinents du clivage réel au sein de la société française. Entre l’enthousiasme à la limite de l’idéalisme et la peur à la limite de la colère, il y a des partisans de l’ouverture et des partisans du repli sur soi. On l’a vu une fois encore à propos de l’accueil des réfugiés syriens. D’ailleurs, sur ce dernier sujet, Amnesty International a publié le 19 mai 2016 une étude très intéressante que tous les candidats devraient lire, portant sur plus de 27 000 participants dans 27 pays, qui montre que 82% des Français se disent favorables à l’arrivée en France des personnes fuyant la guerre, et 63% trouvent que le gouvernement n’en fait pas assez dans cet accueil.

Lorsque j’écris "quasiment presque tous les partis", c’est parce que deux courants politiques peuvent se féliciter d’une véritable homogénéité concernant la politique européenne : le Front national, d’une part, qui ne sait pas très bien jusqu’où il pourrait user et abuser de la vague d’euroscepticisme ; les centristes, représentés en particulier par l’UDI et le MoDem, d’autre part, qui, au contraire, sont de fervents partisans de l’intégration européenne, considérant que les ratés actuels proviennent du "pas assez d’Europe" et pas du "trop d’Europe".

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Depuis plusieurs mois, les sondages indiquent que la candidate du Front national, Marine Le Pen, serait probablement au second tour de l’élection prochaine. Rien n’est vraiment sûr et on a déjà vu de nombreux retournements d’opinion, mais si l’extrême droite était effectivement présente au second tour, le clivage réel de la société serait naturellement obtenu si un candidat centriste en était l’autre protagoniste.

Or, c’est, petit à petit, ce qui semblerait s’envisager de plus en plus nettement dans les sondages. Le dernier sondage d’intentions de vote réalisé par BVA en partenariat avec Orange et la presse quotidienne régionale, publié ce vendredi 20 mai 2016 (qu’on peut télécharger à ce lien), donne quelques indications très intéressantes.

Certes, il faut évidemment, précaution d’usage, se méfier des sondages. D’une part, ce n’est qu’une photographie instantanée d’une opinion en permanence mouvante, et d’autre part, les méthodes et interprétations des instituts de sondage peuvent prêter à contestation. Enfin, la situation des candidatures est encore très incertaine, tant à gauche (avec de nombreuses velléités de personnalités qui ne se donnent pas les moyens d’aller jusqu’au bout) qu’à droite où la primaire reste encore à l’issue très incertaine.

Néanmoins, ce qui est toujours intéressant est de raisonner en relatif et pas en absolu. Comparaison avec les sondages précédents du même institut (l’évolution, la pente, en terme mathématique, la dérivée), et aussi comparaison entre les différents concurrents.

Or ce dernier sondage apporte trois enseignements.

D’une part, la gauche serait laminée pour deux raisons : François Hollande peinerait à regagner la confiance des électeurs (il ne recueillerait qu’entre 13,5 à 16% au premier tour) tandis que l’aile gauche resterait à un niveau élevé (Jean-Luc Melenchon aurait entre 12 et 13%), élargissant un fossé profond entre les deux gauches.

D’autre part, même en perte de vitesse, la candidature de Marine Le Pen resterait à des niveaux toujours très élevés (entre 25 et 27%), capable de fédérer la plus grande partie de l’électorat dans tous les cas sauf l’hypothèse Juppé.

Enfin, et c’est assez nouveau par rapport aux deux autres enseignements, ce serait, paradoxalement car parallèlement à la forte audience du FN, le candidat à position centriste qui se serait le mieux porté par la vague électorale. En d’autres termes, Alain Juppé recueillerait 38% au premier tour (un gain de 3% par rapport au sondage précédent publié le 21 avril 2016), ce qui est un niveau désormais exceptionnel que n’avaient atteint au premier tour que Charles De Gaulle (le 5 décembre 1965), Georges Pompidou (le 1er juin 1969) et François Mitterrand (le 5 mai 1974).

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Mais la candidature d’Alain Juppé n’est pas certaine. Il lui faudra passer par la très sévère sélection par la primaire des Républicains (qui aura lieu les 20 et 27 novembre 2016). En cas d’absence d’Alain Juppé, le sondage de BVA apporte alors une surprise : la progression inattendue de la candidature de François Bayrou, lui aussi prônant la fin du clivage gauche/droite et le rassemblement du peuple français autour de mesures d’intérêt général.

Il serait encore nettement distancé au premier tour par Nicolas Sarkozy et François Fillon, mais l’hypothèse de la participation de Bruno Le Maire (qui a dépassé François Fillon dans certains sondages sur la primaire LR) offrirait une opportunité historique à François Bayrou. En effet, les trois protagonistes qui combattraient pour obtenir la deuxième place, face à Marine Le Pen (qui aurait 27%), seraient "dans un mouchoir de poche" : Bruno Le Maire aurait 17%, François Hollande 16% et François Bayrou également 16%, avec un gain de 5% par rapport au sondage publié par BVA le 21 avril 2016.  Or, ces scores sont fournis avec un intervalle d’indétermination très fort qu’on pourrait évaluer à 4% pour ce cas-ci. Cela voudrait dire qu’un score de 16% signifie concrètement qu’il y a 95% de probabilité pour que le score soit compris entre 14 et 18%. On voit à quel point la mesure est grossière pour de si petits écarts. François Bayrou bénéficie notamment d’un déficit de notoriété de Bruno Le Maire.

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Par ailleurs, François Bayrou pourrait bénéficier également d’une disposition plus forte de l’électorat à casser le clivage traditionnel gauche/droite. BVA a testé le positionnement sur l’échelle gauche/droite et seulement 40% se retrouveraient dans ce clivage : 20% pour la gauche parlementaire et 20% pour la droite parlementaire. 12% se considéreraient au centre tandis que 35% refuseraient de se situer sur cette échelle, ce qui pourrait apporter un potentiel de 47% (12+35) d’électeurs qui écouteraient avec attention les propositions de François Bayrou pour réconcilier le peuple français (pas forcément qui voteraient pour lui puisque dans ce sondage, on apprend aussi que 32% des sympathisants du FN ne se considéreraient "ni à gauche ni à droite" tandis que 51% s’y définiraient "très à droite").

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Considérer que François Bayrou pourrait s’opposer à Marine Le Pen au second tour serait-il une absurdité ? Électoralement, aujourd’hui, bien sûr, il y a encore du chemin à parcourir pour transformer les "bonnes opinions" en "intentions de vote". Effectivement, dans les autres cas, François Bayrou recueillerait seulement 13,5% (avec Nicolas Sarkozy 22%) ou 14% (avec François Fillon 21%). Mais politiquement, il y aurait un vrai sens d’avoir ce type de duel qui redonnerait aux Français la possibilité de faire un choix clair, sans ambiguïté, et surtout, sans hypocrisie.

En tout cas, rien ne permet d’imaginer aujourd’hui que le match 2017 serait le match retour de 2012. Et c’est tant mieux pour la démocratie !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 mai 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sondage BVA du 20 mai 2016 sur les intentions de vote à l’élection présidentielle (à télécharger).
L'élu du 7 mai 2017 ?
Pataquès chez les centristes.
Chevalier du vivre ensemble.
Fais-moi peur !
Le vrai clivage.
Soutien à Alain Juppé.
Bayrou et Delors, l’acte manqué.
La clairvoyance de François Bayrou.
L’auto-enfermement de Manuel Valls.
La proportionnelle aux législatives ?
Changement de paradigme.
Mathématiques militantes.
2017, tout est possible…
Bayrou et l'affaire Merah.
Le soldat Bayrou à sauver.
Pourquoi Bayrou ?
Bayrou a refusé des valises pleines de billets.
Moralisation de la vie politique.
Bayrou 2007.
L’homme de Gourette.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-bayrou-sera-t-il-l-elu-du-181106

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