« Notre plus grande force ne vient pas de ce que nous possédons, mais de ce que nous croyons ; pas de ce que nous avons, mais de ce que nous sommes. ».



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Homme politique américain atypique d’origine grecque, le deuxième gouverneur américain à être d’origine grecque après Spiro Agnew (1918-1996), Michael Dukakis fête ses 85 ans ce samedi 3 novembre 2018.

Né à Brookline, dans le Massachusetts, qui fut sa base électorale et qu’il n’a jamais quitté, et diplômé en droit à Harvard, Michael Dukakis fut l’un des "sept nains" candidats aux primaires démocrates de 1988. On les a appelés comme cela parce que le Parti démocrate n’avait plus beaucoup de personnalités providentielles pour battre le Vice-Président de Ronald Reagan et cela avait suscité des vocations chez bien des élus démocrates (qui furent dans la future "génération Clinton").

Michael Dukakis a commencé très jeune sa carrière politique. Il fut élu à 29 ans représentant de la Chambre du Massachusetts (soit l’équivalent français de conseiller régional) le 6 novembre 1962. Il resta à ce siège jusqu’au 3 janvier 1971.

Le 5 novembre 1974, Michael Dukakis fut élu gouverneur du Massachusetts avec 53,5% des voix en battant le gouverneur républicain sortant Francis W. Sargent. Lors de son premier mandat de gouverneur, défavorable à la peine de mort, Michael Dukakis fit un geste symbolique important le 23 août 1977 en réhabilitant les anarchistes d’origine italienne Nicola Sacco et Bartolome Vanzetti qui furent jugés coupables de deux braquages, condamnés à mort et exécutés à la chaise électrique cinquante ans auparavant, le 23 août 1927, près de Boston.

Alors qu’il s’était fait élire avec la promesse de ne pas augmenter les impôts, il fut battu aux primaires démocrates de 1978 pour le renouvellement de son mandat : il n’a obtenu que 42,2% des voix, battu par Edward J. King (avec 51,1%) qui fut élu gouverneur le 7 novembre 1978. Michael Dukakis a perdu parce qu’il avait dû finalement augmenter les impôts, contrevenant à son propre engagement électoral.

Michael Dukakis a pris cependant sa revanche en battant avec 53,5% le gouverneur sortant Edward J. King (46,5%) aux primaires démocrates de 1982 et fut élu de nouveau gouverneur le 2 novembre 1982 avec 59,5% des voix. Son second mandat de gouverneur du Massachusetts a été exercé du 6 janvier 1983 au 3 janvier 1991 car il a été réélu le 4 novembre 1986 avec 68,8% des voix. Michael Dukakis développa au cours de ce double mandat les nouvelles technologies, ce qui favorisa la croissance économique de son État.

Petite remarque par rapport aux mœurs politiques françaises : aux États-Unis des années 1970 et 1980, les mandats n’étaient déjà pas l’apanage des élus. Ainsi, pas de fief, pas de candidature de "droit divin" parce que sortant. En France, c’était extrêmement rare de voir le maire sortant d’une grande ville ou un président sortant de région ou de département désavoué par les militants de son propre parti, l’empêchant de concourir pour sa réélection (si jamais il n’avait pas l’investiture de son parti, ce qui aurait été peu probable, il se serait malgré tout présenté en candidat dissident et aurait eu des chances de remporter quand même l’élection). Au Massachusetts, cela s’est donc passé deux fois, d’abord contre Michael Dukakis en 1978 puis contre son tombeur en 1982.

Il faut remarquer également que Michael Dukakis a choisi comme bras droit au début de son second mandat John Kerry. Ce dernier fut en effet lieutenant-gouverneur du Massachusetts du 6 mars 1983 au 2 janvier 1985, avant d’être élu sénateur du Massachusetts de 1985 à 2013, futur candidat démocrate aux présidentielles du 2 novembre 2004 face à George W Bush et futur Secrétaire d’État (Ministre des Affaires étrangères) de Barack Obama du 1er février 2013 au 20 janvier 2017.

La situation du Parti démocrate à la veille de l’élection présidentielle de 1988 fut désastreuse. L’échec de Jimmy Carter en 1980 puis de son Vice-Président Walter Mondale en 1984, a fait le vide des candidats potentiels chez les démocrates, d’autant plus que les deux mandats de Ronald Reagan furent considérés comme une réussite (malgré le début de l’Irangate et l’échec des républicains aux élections intermédiaires du 4 novembre 1986). Certes, la candidature de Gary Hart, ancien sénateur du Colorado, déjà prometteuse en 1984, avait été la plus probable mais un scandale sexuel l’a complètement brisé et il a dû renoncer en mai 1987.

Du côté républicain, George HW Bush a réussi à remporter les primaires républicaines le 14 juin 1988 avec 67,9% des voix face à Bob Dole à 19,2% et Pat Robertson à 9,0%. Le seul faux pas du candidat Georges HW Bush fut d’avoir désigné comme colistier Dan Quayle, sénateur de l’Indiana, qui s’est révélé un très médiocre homme politique.

Il y a donc eu beaucoup de nouveaux venus dans la course présidentielle chez les démocrates, souvent peu connus, aux côtés du candidat récurrent, le révérend Jesse Jackson (29,2%). Au-delà du gouverneur du Massachusetts Michael Dukakis (42,5%) qui a misé sur la bonne gestion économique de son État, sont entrés dans la compétition Al Gore (13,7%), jeune sénateur du Tennessee, qui a déclaré forfait le 21 avril 1988, Dick Gephardt (6,0%), représentant du Missouri et chef de la majorité démocrate à la Chambre des représentants, abandonnant le 29 mars 1988, Paul Simon (4,6%), sénateur de l’Illinois, stoppant le 7 avril 1988, et Bruce Babbitt (0,4%), ancien gouverneur de l’Arizona, qui s’arrêta le 16 février 1988. Joe Biden, sénateur du Delaware, a renoncé assez tôt, le 23 septembre 1987, Lloyd Bentsen, sénateur du Texas, aussi, comme Bill Bradley, sénateur du New Jersey (le 2 août 1987). Enfin, parmi les candidats potentiels, Mario Cuomo, gouverneur de New York, et Ted Kennedy, sénateur du Massachusetts, ont refusé de concourir (Ted Kennedy a soutenu Michael Dukakis). Entre parenthèses, j’ai indiqué les pourcentages de voix obtenus lors des primaires. La campagne de Joe Biden fut un désastre après la révélation, par Michael Dukakis, qu’il avait plagié un discours de Neil Kinnock, le leader des travaillistes britanniques.

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Au fil des étapes des primaires, il ne resta plus que deux candidats, Jesse Jackson (1 219 délégués, soit 29,7%) et Michael Dukakis (2 877 délégués, soit 70,1%). Ce dernier fut donc investi officiellement lors de la Convention démocrate à Atlanta du 18 au 21 juillet 1888, qui fut marqué par un discours long et ennuyeux de Bill Clinton. Parce qu’il avait obtenu un résultat très honorable, Jesse Jackson s’attendait à être désigné comme candidat à la Vice-Présidence, mais Michael Dukakis préféra choisir Lloyd Bentsen (1921-2006), sénateur du Texas, pour tenter de conquérir le Texas, État clef des élections générales et cela permettait aussi de faire le parallèle avec le ticket démocrate de 1960, John Kennedy, sénateur du Massachusetts, et Lyndon B. Johnson, représentant du Texas.

Ce fut d’ailleurs le bon choix puisque dans le seul débat entre candidats à la Vice-Présidence, le 5 octobre 1988 au Civic Auditorium de Omaha, dans le Nebraska, Lloyd Bentsen a complètement "pulvérisé façon puzzle" son concurrent républicain Dan Quayle qui avait osé se comparer à John F. Kennedy (seulement en termes d’expérience de mandat électif). Lloyd Bentsen lui répliqua sans détour : « Sénateur, j’ai travaillé avec Jack Kennedy. J’ai connu Jack Kennedy. Jack Kennedy était un de mes amis. Sénateur, vous n’êtes pas Jack Kennedy ! » ("Jack" était le diminutif de JFK). Son adversaire resta silencieux après ces paroles. Cette phrase "Senator, you’re not Jack Kennedy !" est devenue une "phrase culte" servant à se moquer d’une personne prétentieuse.

La réplique n’a pas suffi à remporter le Texas. En effet, les démocrates furent balayés par les républicains lors des élections générales le 8 novembre 1988. Durant la campagne, le Président sortant Ronald Reagan n’a pas hésité à aider George HW Bush en ironisant : « Vous savez, si j’écoutais encore Michael Dukakis, je serais convaincu que nous sommes en période de récession économique et que les gens n’ont plus de domicile, manquent de nourriture et de soins médicaux, et que nous devons faire quelque chose à propos des chômeurs. ».

Michael Dukakis a remporté le premier débat face à George HW Bush mais pas le second. Son caractère réservé fut souvent critiqué au cours de cette campagne et certains ont été très durs contre lui, l’accusant même d’avoir été soigné psychiatriquement. Le candidat démocrate a fait beaucoup d’erreurs, comme poser le 13 septembre 1988 dans un char pour contredire sa réputation contre les militaires, ce qui l’a rendu encore plus ridicule, et sa position contre la peine de mort ne l’a pas non plus aidé électoralement. Lors du débat du 13 octobre 1988, à la question : « Gouverneur, si Kitty Dukakis [son épouse] était violée et assassinée, seriez-vous en faveur de la peine de mort de manière irrévocable pour son meurtrier ? », Michael Dukakis a répondu : « Non, je ne le serais pas, et je pense que vous savez que j’ai toujours été opposé à la peine de mort durant toute mon existence. ».

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Sans surprise, George HW Bush remporta la compétition avec 53,4% des voix (48,9 millions de suffrages) et 426 grands électeurs, face à Michael Dukakis, 45,4% des voix (41,8 millions de suffrages) et 111 grands électeurs, avec une participation de 50,2% des électeurs inscrits. Michael Dukakis ne remporta que dix États ainsi que Washington DC. Il a cependant amélioré la performance des démocrates de 1980 et 1984.

Michael Dukakis a mal fini son dernier mandat de gouverneur du Massachusetts (en raison des hausses d’impôts), qu’il ne souhaita renouveler (il l’a annoncé dès le début du mois de janvier 1989), et le 6 novembre 1990, les républicains ont reconquis le poste. Michael Dukakis a ensuite été recruté comme professeur de sciences politiques dans deux universités, à Boston l’été et à Los Angeles en hiver. Parmi ses successeurs comme gouverneur du Massachusetts, il faut citer Mitt Romney, du 2 janvier 2003 au 4 janvier 2007, qui fut le candidat des républicains aux présidentielles du 6 novembre 2012 face à Barack Obama. Quant à Lloyd Bentsen, il fut nommé Secrétaire du Trésor (Ministre des Finances) du 20 janvier 1993 au 22 décembre 1994 par le (nouveau) Président Bill Clinton.

À la mort de Ted Kennedy le 25 août 2009, il était question que Michael Dukakis (âgé alors de 75 ans) pourrait assurer l’intérim de son mandat de sénateur du Massachusetts. C’est le gouverneur qui nomme le successeur si le poste de sénateur est vacant. Le gouverneur de l’époque était démocrate, Deval Patrick (du 4 janvier 2007 au 8 janvier 2015) et ce dernier a finalement nommé Paul G. Kirk, le favori de la famille Kennedy, le 4 septembre 2009 pour remplacer Ted Kennedy avec la promesse de ne pas se présenter à l’élection (il fut sénateur jusqu’au 4 février 2010 et laissa place à un sénateur républicain). Aux élections du 6 novembre 2012, Michael Dukakis a soutenu la candidature d’Elizabeth Warren, démocrate progressiste, qui a battu le sortant républicain au poste de sénateur du Massachusetts. En 2014, Michael Dukakis a fait la promotion des transports ferroviaires à grande vitesse avec un axe Nord-Sud sur la côte est.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 novembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Spiro Agnew.
Michael Dukakis.
Vanessa Marquez.
John MacCain.
Bob Dole.
George HW Bush.

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