« Un jour, parce qu’on s’est tu, parce qu’on n’a pas voulu voir, le passage à l’acte intervient. Alors, ce qui était des mots, ce qui n’était chez les uns que de la haine formulée différemment, et chez les autres une forme de lâcheté et une complaisance à ne pas vouloir voir, alors ça devient des vies fauchées et des gestes qui tuent. » (Emmanuel Macron, le 16 juillet 2017 à la cérémonie du 75e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv à Paris).



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Ces mots qui rappellent la grande actualité de l’antisémitisme, ils ont été prononcés le dimanche 16 juillet 2017 par le Président Emmanuel Macron qui a reçu à l’Élysée le Premier Ministre Benyamin Netanyahou. Ils n’évoquaient pas la rafle du Vel d’Hiv dont les deux hommes d’État ont célébré le soixante-quinzième anniversaire pour perpétuer la mémoire et le souvenir des déportés, mais l’assassinat de Sarah Halimi le 4 avril 2017 au quartier Belleville à Paris, probablement parce qu’elle était juive : « Malgré les dénégations du meurtrier, la justice doit faire désormais toute la clarté sur [sa] mort. ».

La première rencontre avec le chef du gouvernement israélien fut comme dans les autres rencontres internationales d’Emmanuel Macron : un contact facile et chaleureux (« Cher Bibi ») et l’affirmation de la position française de manière ferme et directe.

La lutte contre l’antisémitisme, voire contre l’antisionisme, qui « est une forme réinventée de l’antisémitisme » (citation d'Emmanuel Macron), est l’un des devoirs du garant des valeurs républicaines qu’est le Président de la République française élu par le peuple français.

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Bravo donc à Emmanuel Macron de ne rien céder aux négations scandaleuses de l’histoire de la France, parfois tragique, et de réaffirmer bien fort la réalité historique. Emmanuel Macron, en quelques sortes, a voulu enfoncer définitivement le "clou" pour répondre aux doutes, aux remises en cause, aux fausses argumentations, comme cette déclaration de l'ancienne candidate Marine Le Pen réfutant, le 9 avril 2017 sur RTL, la responsabilité de l’État français dans la rafle du Vel d’Hiv. Emmanuel Macron l’a voulu « pour que se perpétue le fil tendu en 1995 par Jacques Chirac (…), maintenu par Dominique de Villepin en 2005, Nicolas Sarkozy et François Fillon en 2007, poursuivi enfin par François Hollande en 2012 ».

On se souvient que dans l’un de ses plus importants discours politiques, le Président Jacques Chirac avait reconnu la responsabilité de l’État français dans cette opération de barbarie industrielle, le 16 juillet 1995 : « La France, patrie des Lumières et des droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. ».

Et Jacques Chirac de continuer : « Suivront d’autres rafles, d’autres arrestations. À Paris et en province. Soixante-quatorze trains partiront vers Auschwitz. Soixante-seize mille déportés juifs de France n’en reviendront pas. Nous conservons à leur égard une dette imprescriptible. La Thora fait à chaque Juif devoir de se souvenir. Une phrase revient toujours qui dit : "N’oublie pas que tu as été un étranger et un esclave en terre de pharaon". Cinquante ans après, fidèle à la sa loi, mais sans esprit de haine ou de vengeance, la communauté juive se souvient, et toute la France avec elle. Pour que vivent les six millions de martyrs de la Shoah. Pour que de telles atrocités ne se reproduisent jamais plus. Pour que le sang de l’Holocauste devienne, selon le mot de Samuel Pisar, le "sang de l’espoir". » (16 juillet 1995).

C’était il y a vingt-deux ans et c’est toujours d’actualité quand on se tourne vers des partis extrémistes et populistes : « Quand souffle l’esprit de haine, avivé ici par les intégrismes, alimenté là par la peur et l’exclusion. Quand à nos portes, ici même, certains groupuscules, certaines publications, certains enseignements, certains partis politiques se révèlent porteurs, de manière plus ou moins ouverte, d’une idéologie raciste et antisémite, alors cet esprit de vigilance qui vous anime, qui nous anime, doit se manifester avec plus de force que jamais. » (16 juillet 1995).

C’est ce devoir de vigilance qui a conduit Emmanuel Macron à transmettre et à perpétuer le souvenir ce 16 juillet 2017. Le directeur de la police municipale à Paris ordonna, par la circulaire n°173-42 de la préfecture de police du 13 juillet 1942, l’arrestation de près de 30 000 Juifs habitant en France. La police a attendu la fête nationale qui n’était plus célébrée en zone occupée avant de procéder aux 13 152 arrestations.

Près de 8 000 personnes juives furent amenées au Vélodrome d’hiver les 16 et 17 juillet 1942 avant d’être déportées à Auschwitz, dont 4 115 enfants de 2 à 16 ans, directement assassinés et placés dans les fours crématoires : « Depuis le moment où ils furent déportés dans les camps de transit éperdus d’angoisse, depuis ce jour et ce moment de douleur pure où ils furent séparés de leurs parents, parce que Pierre Laval avait voulu qu’on capture des familles entières mais qu’elles ne voyagent pas ensemble. Jusqu’à ce qu’ils soient chargés dans des wagons plombés pour un voyage d’apocalypse qui les mènerait, dès leur arrivée, dans les cris, les appels sans réponse, les coups, les hurlements, la solitude la plus sèche, la plus noire à une mort d’une violence obscène, avant que leurs corps sans vie, leurs corps d’enfants ne soient humiliés par le four et la cendre (…). ».

En présence de Simone Veil, qui avait été arrêtée le 30 mars 1944 dans l'ancienne zone libre finalement envahie, Jacques Chirac avait inauguré, le 27 janvier 2011 à Orléans, le Centre d’étude et de recherche sur les camps d’internement du Loiret. Les déportés furent d’abord rassemblés à Drancy, et aussi à Pithiviers, à Compiègne, à Beaune-la-Rolande, avant de partir vers Auschwitz.

Reconnaître la responsabilité de l’État français de cette abomination, ce n’est pas faire de "l’anti-France" (Emmanuel Macron est sans doute le responsable politique qui exprime le plus d’optimisme et le plus de foi dans le génie français) mais c’est reconnaître une vérité historique : les nazis n’ont pas participé aux rafles, c’est un fait : « Pas un seul Allemand n’y prêta la main. ».

Et Vichy était la France pour la plupart des Français, sauf les résistants qui ont sauvé l’honneur de leur pays : « Le fait est là : Vichy put compter sur les ressources vives du pays pour mener sa politique de collaboration. (…) Il est si commode de voir Vichy une monstruosité née de rien et retournée à rien ; de croire que ces agents sortis de nulle part reçurent à la Libération le juste châtiment qui les élimina de la communauté nationale. (…) On ne bâtit aucune fierté sur un mensonge. ».

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À cause de ces remises en cause, Emmanuel Macron a répondu point par point aux "faussaires" de l’histoire : « C’est faire beaucoup d’honneur à ces faussaires que de leur répondre, mais se taire serait pire, ce serait être complice. ».

Il a répondu à ceux qui, aujourd’hui, voudraient se parer du prestige de De Gaulle et de François Mitterrand qu’ils combattaient pourtant de leur vivant : « Je récuse (…) ceux qui font acte de relativisme en expliquant qu’exonérer la France de la rafle du Vel d’Hiv serait une bonne chose. Et que ce serait s’inscrire dans les pas du Général De Gaulle, de François Mitterrand qui, sur ce sujet, restèrent mutiques. Mais, il est des vérités dont l’état de la société, les traumatismes encore vifs des uns, le déni des autres, a pu brider l’expression. Les déchirures vives qui traversaient la société française ont pu faire primer l’apaisement et la réconciliation. Nos sociétés ainsi s’offrent de ces répits pendant lesquels le travail de la mémoire reste souterrain, pendant lesquels les peuples reprennent leurs forces et doivent se réconcilier peu à peu pour reconstruire, avant de trouver les mots de vérité qui les guériront vraiment. Avant aussi de retrouver le courage collectif d’affronter les fautes et les crimes. C’est pourquoi nous n’avons pas à juger ici le parti choisi par ces deux chefs de l’État, tous deux acteurs de la Seconde Guerre mondiale et de ses complexités. ».

Au contraire de l’anti-France, Emmanuel Macron a parlé de grandeur : « La France, en reconnaissant ses fautes, a ouvert la voie à leur réparation. C’est sa grandeur. C’est le signe d’une nation vivante qui sait regarder son passé en face. C’est là le courage d’un peuple qui ose son examen de conscience et tend la main aux victimes et à leurs enfants. Tendre la main, retisser les liens, ce n’est pas s’humilier par je ne sais quelle repentance, c’est se grandir, c’est être fort. ».

Emmanuel Macron a ensuite expliqué que les germes intellectuels qui ont permis la collaboration en France étaient déjà présents plusieurs décennies avant 1940, bien avant Pétain : « Je vais vous dire pour il faut toujours que nous ayons à l’esprit que l’État français de Pétain et Laval ne fut pas une aberration imprévisible née de circonstances exceptionnelles. C’est parce que Vichy, dans sa doctrine, fut le moment où purent enfin se donner libre cours ces vices qui, déjà, entachaient la III République : le racisme et l’antisémitisme. (…) Ce supplice [celui des enfants déportés], leur supplice, qui défie l’entendement, qui défie les mots, a commencé ici, le 16 juillet 1942 au matin, parce qu’en France, dans la conscience de citoyens français, de dirigeants politiques français, de fonctionnaires français, de journalistes français, l’antisémitisme et le racisme avaient fait leur chemin insidieusement, lentement ; avait rendu l’infâme tolérable jusqu’à en faire une évidence, jusqu’à en faire une politique d’État : la politique collaborationniste. C’est cela, tout cela, qui fit que cette atrocité absolue pût advenir. Seulement ni le racisme ni l’antisémitisme n’étaient nés avec le régime de Vichy (…). C’est la France où l’antisémitisme métastasait dans l’élite et dans la société, préparant insidieusement les esprits au pire. (…) La barbarie n’avance pas à visage découvert. Elle ne porte pas l’uniforme. Et lorsque les bottes nazies frappent le pavé de Paris, il est déjà trop tard. ».

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La conclusion, c’est qu’il ne faut jamais céder face aux discours de haine : « Chassez les ombres du racisme et l’antisémitisme, (…) c’est ne jamais se satisfaire d’une République gestionnaire, c’est ne jamais faire croire qu’accepter certains propos, ce serait bon pour l’unité du pays, ce serait accepter de ne pas rouvrir des plaies. Ne cédez aucun pouce de cette humanité, ne cédez rien parce qu’à chaque fois, c’est notre humanité à tous qui est remise en cause. Car chaque nation court le risque de devenir somnambule et d’accepter l’inacceptable par habitude, par lassitude. C’est ne jamais admettre que les contraintes économiques puissent conduire au renoncement d’où naissent les pires dérives. (…) Ne nous laissons pas non plus convaincre par les prophètes de malheur qui passent leur temps à dire que l’horizon est sombre, que l’espoir est vain, que la France n’en a plus pour longtemps, que peut-être elle a déjà disparu, qu’elle s’habitue à ces violences et ces divisions, et qui désignent des boucs émissaires. Car ils sont aussi dans ces mots, dans ces idées, les ferments du désespoir et de la discorde. ».

Cette piqûre de rappel ne sera jamais inutile. Parce que les générations passent, parce que les témoins disparaissent, il y aura toujours à transmettre inlassablement. La plaque commémorative redemande : « Que ceux qui ont tenté de leur venir en aide soient remerciés. Passant, souviens-toi ! ». Ce sera même peut-être l’acte fondateur de tout nouveau Président de la République en début de mandat. Celui de rassembler les Français autour des valeurs républicaines et de prôner la vigilance face à tout germe de division qui tendrait à séparer, à cliver, à classer, à catégoriser, à hiérarchiser les citoyens.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Benyamin Netanyahou.
Emmanuel Macron sous le sceau de l’histoire.
Emmanuel Macron et le Vel d’Hiv (16 juillet 2017).
François Hollande et le Vel d’Hiv (22 juillet 2012).
Discours d’Emmanuel Macron du 16 juillet 2017 (texte intégral).
Discours de François Hollande du 22 juillet 2012 (texte intégral).
Discours de Jacques Chirac du 16 juillet 1995 (texte intégral).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170716-vel-d-hiv.html

http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/eradiquer-l-antisemitisme-195199

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/07/26/35485107.html