« À chaque saison de la mode, comme dans l'actualité sociale et politique, difficile d'échapper à la question du code vestimentaire. » (Musée des Arts décoratifs de Paris).


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La révolution est en marche ! C’est une grande victoire des insoumis. Ils n’empêcheront peut-être pas (sûrement pas) la réforme du code du travail, mais au moins, ils ont gagné le symbole de la boboïtude de la décontraction.

Cela faisait depuis trois à quatre semaines que certains députés hommes déambulaient dans l’Hémicycle sans porter de cravate. Pour beaucoup, c’est une belle preuve d’impolitesse. La représentation nationale doit être respectueuse des usages, aussi sur le plan vestimentaire. On a rappelé souvent l’obligation des députés de porter une cravate. Que faisait la garde nationale ? Pourquoi laissait-on faire ?

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Lorsque Jack Lang, qui était Ministre de la Culture, était venu devant les députés pour répondre à une question orale au gouvernement, le mercredi 17 avril 1985, il avait scandalisé bien des parlementaires. La raison ? Il portait une veste conçue par Thierry Mugler qui avait un col Mao que Jack Lang avait fermé. Pas de cravate, donc. En réalité, ces cris étaient sans objet : on ne voyait effectivement pas sa cravate, mais il en portait bien une. C’était juste une provocation malicieuse du ministre.

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Le premier député à avoir provoqué par la cravate, ce n'était ni un écologiste, ni un insoumis, mais un libéral. Il avait 32 ans à l'époque : tout juste élu député de Redon, Alain Madelin était venu en 1978 dans l'Hémicycle sans cravate. Il s'était alors fait vertement remettre en place et rappeler à l'ordre par le président de la séance qui n'était autre que ...le communiste Guy Ducoloné (1920-2008), qu'il connaissait bien pour l'avoir affronté en mars 1973 dans son bastion rouge imprenable de Malakoff et Issy-les-Moulineaux. Alain Madelin, à seulement 27 ans, avait alors obtenu 45%, ce qui était fort honorable et l'avait fait intégrer dans le staff giscardien pour l'élection présidentielle suivant (en 1974).

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Le Musée des Arts décoratifs de Paris avait consacré une exposition temporaire du 1er décembre 2016 au 23 avril 2017 sur ce thème de la tenue vestimentaire, au titre éloquent : "Tenue correcte exigée, quand le vêtement fait scandale". L'exposition a regroupé plusieurs tenues qui ont fait scandale, comme la veste de Jack Lang, mais aussi la robe de la ministre Cécile Duflot qui s'était fait siffler par quelques députés machistes le 17 juillet 2012 au Palais-Bourbon.

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Le "jeunisme" du sans-cravate a souvent été utilisé par des hommes politiques pour montrer leur "modernisme" et leur volonté de "renouvellement". Au début de leur campagne respective, Bruno Le Maire, pour la primaire LR, et Emmanuel Macron, pour l'élection présidentielle, ne portaient pas de cravate dans leurs meetings, mais cela faisait tellement démagogique qu'ils ont fini par en porter une par la suite. Beaucoup de petits candidats à l'élection présidentielle ne portaient pas de cravate, de Brice Lalonde en 1981 à Philippe Poutou en 2017.

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Le Premier Ministre grec Alexis Tsipras a toujours refusé de porter la cravate, quitte à choquer les ronds de cuir du FMI et de la BCE !... L'ancien Président du Conseil italien Matteo Renzi et aussi Pablo Iglesias Turrion, le leader de Podemos en Espagne, ne portent jamais non plus la cravate. Et le Président américain Barack Obama avait dû insister pour que son homologue français François Hollande quittât son bout de tissu noué au cou : « François, on avait dit que tu pouvais enlever la cravate ! ». C'était le 18 mai 2012 à Camp David, pour le Sommet du G8. François Hollande était le seul à porter la cravate et a répondu en anglais : « Pour ma presse ! ». Barack Obama a acquiescé : « Pour ta presse, il faut que tu présentes bien ! ».

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Mais revenons à l'actualité. Lorsque le 27 juin 2017, les députés hommes insoumis (sauf leur patron au début) sont venus s’installer par ordre alphabétique dans la salle plénière, certains ne portaient pas la cravate. Aucun cri, pas de scandale. Juste quelques sourires amusés de journalistes ayant un peu de mémoire. Le Président de l'Assemblée Nationale lui-même, qui venait d’être élu, l’écolo-breton François de Rugy, n’a rien dit parce qu’il avait lui-même, simple député, fait une proposition pour en finir avec cette obligation.

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Mais de quelle obligation s’agit-il ? De porter la cravate ? Pourtant, les femmes ont heureusement le droit de rester en décolleté. Il a fallu donc trois semaines avant de statuer sur le sujet. C’est François lui-même (celui du perchoir) qui a fait le travail. Convenons que c’était un sujet d’une urgence de dimension mondiale.

Voici l'extrait du compte-rendu de la réunion du bureau de l’Aassemblée Nationale du 19 juillet 2017, publié le lendemain : « Point 7. Questions diverses. Sur le rapport du Président, le Bureau a rappelé qu’aucune disposition réglementaire ne fixant la tenue vestimentaire des députés, il n’y a pas lieu d’obliger les hommes au port d’une veste et d’une cravate dans l’Hémicycle. ».

La réalité, c’est que c’est une véritable "révolution". Cela ne s’est jamais produit. C’est un profond changement des pratiques en France. Voilà la révolution du jour ! Le hic, c’est qu’il n’est pas question de cravate mais de code vestimentaire. Aucune contrainte ? Verra-t-on un jour un ministre en maillot de bain ? Plongeant chez les parlementaires ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les sans-cravate.
La XVe législature.

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