« Il ne faut jamais oublié que l’accident est le produit d’une relation inadaptée entre un usager, un véhicule et une infrastructure. Retenir une "cause principale" est souvent une pratique réductrice. Quand une princesse se tue sous le pont de l’Alma, l’un va pointer le fait que son véhicule était inutilement rapide et de ce fait dangereux car il permettait un grand excès de vitesse, un autre le fait que son conducteur était sous l’influence de l’alcool, de médicaments psycho-actifs et roulait trop vite, un autre fera remarquer que la présence d’une succession de piliers en bordure d’une voie sous un tunnel est un vice majeur pour une telle infrastructure, réunir les pieds de ce pilier par un séparateur médian en béton aurait sauvé cette princesse, il n’a toujours pas été réalisé. » (Professeur Claude Got, le 30 mai 2011).


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À la manière de voir les médias français s’engouffrer dans les documentaires multiples sur Lady Di, on comprend à quel point les conjoints ou futurs conjoints de monarques continuent de "passionner" les Français qui sont républicains par raison et monarchistes par réflexe. Avant-hier tante Yvonne, hier Bernadette aux pièces jaunes, aujourd’hui Brigitte, les femmes de nos chefs d’État fascinent et intéressent : sont-elles attendues pour être la mère du peuple ? sa sœur ? sa copine ?

Ce jeudi 31 août 2017, c’est le triste vingtième anniversaire de la mort de Diana Spencer, ancienne épouse du Prince Charles et mère du peut-être (probablement) futur roi William. Trois millions de personnes ont participé à ses funérailles le 6 septembre 1997 à Londres. Elle avait seulement 36 ans et a laissé de beaux souvenirs sur papier glacé qui furent aussi des souvenirs parfois grinçants.

Ce drame, qui a coûté la vie à trois personnes, pourrait être abordé sous plusieurs angles très différents, notamment la sécurité routière, les relations entre les médias et les personnes célèbres en général, son mariage raté avec la famille royale, et bien sûr, la personnalité très forte de la princesse de Galles qui fut l’une des femmes les plus connues et les plus admirées au monde.

Chaque fois que je passe dans le souterrain du pont de l’Alma, à Paris, j’imagine la scène effroyable contre un pilier. Vitesse limitée à 50 kilomètres par heure. Limitation avec raison, c’est en ville, les voies sont étroites, la circulation souvent dense (route principale pour sortir par l’ouest de Paris). L’accident a eu lieu quand la voiture roulait à une vitesse estimée comprise entre 115 et 150 kilomètres par heure. La déformation du pilier laisserait entendre que le choc aurait eu lieu à la vitesse de 105 kilomètres par heure.

Donc, oui, la vitesse (comme dans la plupart des accidents) fut l’une des causes létales de l’accident (ainsi que l’absence de ceinture de sécurité et l’absorption d’alcool du conducteur trois fois supérieure à la limite légale). Mais si l’on écoute certains défenseurs de la sécurité routière, il peut être mis en cause également l’aménagement urbain : l’absence de glissière de sécurité sur la partie centrale du souterrain, pour se protéger justement des piliers, a rendu fatal un tel accident.

Claude Got (81 ans), docteur en médecine, agrégé d’anatomie pathologique, professeur de médecine, chercheur dans le domaine de la biomécanique des chocs et de l’accidentologie, ancien conseiller auprès des ministres Simone Veil et Jacques Barrot, expert auprès du Conseil national de la sécurité routière, a fait remarquer le 12 décembre 2002 : « Peu de commentaires ont porté sur le danger inacceptable provoqué par la présence d’une série de piliers en béton à quelques centimètres de la chaussée. Trois tunnels se succèdent sur cette partie des quais de Seine, l’un est correctement traité avec un séparateur médian continu en béton, un second n’a aucun séparateur, ce qui peut provoquer des choses frontaux en cas de perte de contrôle, celui du pont de l’Alma présente une succession de piliers en béton sur un trottoir légèrement surélevé alors qu’il est nécessaire de placer entre chaque pilier un muret séparateur en béton, ce qui aurait un coût minime et ne présenterait aucun inconvénient. ». En septemrbe 2007, il a insisté : « Le coût serait minime, la solution est indiscutable techniquement, elle ne présente aucun inconvénient puisqu’il n’y a pas de traversée piétonne sous cette infrastructure, mais elle n’est toujours pas mise en œuvre. ».

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Cela n’enlève rien à la responsabilité et aux circonstances particulières, l’accident paraissait inévitable à partir du moment où ce fut une course-poursuite pour éviter les paparazzis. C’est comme les attentats de Nice le 14 juillet 2016 et de Barcelone le 17 août 2017 : l’absence de blocs en béton a permis l’accès d’un véhicule lourd et puissant sur une voie piétonne (idem à Londres, à Berlin, etc.). On imagine que dans ces villes, et dans la plupart des autres villes d’Europe, des blocs en béton vont être installés rapidement pour sécuriser les foules.

C’est souvent par les drames passés que la sécurité se renforce sans cesse (c’est valable aussi pour la sécurité nucléaire, renforcée après les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima). Vingt années plus tard, je vous recommande par simple curiosité de vous rendre sous le pont de l’Alma pour constater si, à ce jour, des glissières de sécurité ont été effectivement installées…

Les raisons de cette course folle, c’était d’échapper à des journalistes et photographes, véritables charognards des célébrités. Leurs photos et leurs magazines se vendent parce qu’ils ont beaucoup de lecteurs qui aiment la chair fraîche. Ce n’est pas nouveau, et c’est humain.

Je me rappelle un jour avoir acheté (je l’ai regretté) un numéro de "Paris Match" pour une interview politique dans l’optique de l’élection présidentielle (encore lointaine) et j’ai découvert avec horreur une photo sur deux pages (format poster !) du patron de Renault, Georges Besse, gisant ensanglanté sur le lieu de son assassinat. Au-delà de l’aspect gore qui, visiblement attire beaucoup de curieux (et Internet renforce ce voyeurisme), mais certainement pas moi, j’ai pensé aux proches de cette victime au-delà de la mort et ce qu’ils pouvaient penser, ressentir avec un tel acharnement médiatique...

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Lady Di était venue passer quelques jours à Paris avec son amant de l’époque, fils d’un milliardaire égyptien (propriétaire du Ritz). Elle a beaucoup utilisé les médias, elle en a fait souvent des alliés, mais en même temps, une fois le doigt dans l’engrenage, elle pouvait en être une victime. Les journalistes impliqués (et mis en examen) dans la course-poursuite ont tous obtenu un non-lieu le 4 septembre 1999. C’était logique : dans un pays démocratique, la libre circulation des personnes est une valeur fondamentale.

Cet accident a-t-il fait prendre conscience des limites que les médias devraient se donner pour laisser vivre tranquillement toute personne qui le désirerait ? Pas sûr.

Au fait, pourquoi "amant" ? Parce que la belle romance entre le Prince Charles et Lady Di n’a jamais eu lieu, dès le début. Le Prince Charles en aimait déjà une autre (Camilla Parker Bowles, avec qui il se maria finalement le 9 avril 2005). Le Prince Charles aurait pu avoir une destinée comme son grand-oncle Édouard VIII.

La jeune fille de 19 ans (née le 1er juillet 1961), touchée par la détresse du Prince Charles lors de l'enterrement de son (autre) grand-oncle Lord Louis Mountbatten, assassiné le 27 août 1979, fut choisie par la très rigoureuse famille royale, mais elle n’a pas trouvé l’amour de son mari de 32 ans (ce qu’elle avait cru). Elle a été choisie pour assurer la pérennité de la dynastie. En d’autres termes, pour donner une descendance au Prince Charles, mission qu’elle a remplie avec presque perfection par la naissance du prince William le 21 juin 1982 et celle de Harry le 15 septembre 1984, après ses fiançailles le 24 février 1981 et son mariage le 29 juillet 1981 suivi par 35 000 invités et 750 millions de téléspectateurs dans le monde.

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La vie de cour n’était pas une sinécure et entraîna dépression, etc. La séparation officielle a eu lieu le 9 décembre 1992, alors que la presse people (aidée de Diana) avait déjà révélé depuis longtemps l’échec du couple. Et le divorce a été prononcé le 28 août 1996. Lady Di ne sera redevenue officiellement célibataire qu’une seule année de sa courte existence.

Ce qui a bouleversé les gens dans la mort de Lady Di et ce qui les avait ému pendant la quinze d’années que les projecteurs furent braqués sur elle, ce n’était pas seulement la belle-fille de la reine, la femme ou la mère de futurs rois, mais surtout sa personnalité extraordinaire et en particulier son charisme rayonnant.

Elle a profité de son "statut" pour promouvoir de nombreuses causes humanitaires, en particulier celle des personnes malades du sida qui avaient le droit de ne pas être traitées comme des pestiférées (dans les années 1980, beaucoup de gens pensaient que la maladie se transmettait au simple contact), celle des enfants atteints de surdité (elle a promu le langage des signes), ainsi que l’aide aux victimes des mines antipersonnel qui jalonnent de nombreux pays anciennement en guerre (en particulier, en Bosnie, en Angola, au Cambodge, etc.).

Pour ses actions caritatives, pendant seize ans, elle a rencontré les grands de ce monde, les personnalités les plus marquantes de son temps, comme Nelson Mandela, le dalaï-lama, Bill Clinton, et aussi Mère Teresa qui est morte quelques jours après elle, le 5 septembre 1997 à 87 ans (et qui fut canonisée le 4 septembre 2016 par le pape François).

Lady Di n’aura pas été la reine attendue par tous les Britanniques, elle ne sera certainement pas non plus canonisée (ni béatifiée), elle n’ira (évidemment) pas au Panthéon, mais elle restera une "sainte laïque" de dimension mondiale, ou plutôt, de dimension mondialement médiatique dont le souvenir rayonne encore vingt années après sa disparition tragique. D’autres l’ont heureusement remplacée, comme ambassadeurs de causes humanitaires, mais jamais avec un tel charisme.


Aussi sur le blog.

Rakotoarison (30 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Lady Di.
La partition des Indes.
Les élections législatives britanniques du 8 juin 2017.
L’attentat de Manchester du 22 mai 2017.
Les trente ans du Traité de Rome.
Édouard VIII et George VI.
Churchill et l’Europe.
Theresa May nommé Premier Ministre le 13 juillet 2016.
Peuple et populismes.
Intervention de Bruno Le Maire sur le Brexit le 28 juin 2016.
Le Brexit en débat chez les députés français.
L’Europe n’est pas un marché.
L’Union Européenne, élément majeur de stabilité mondiale.
Terre brûlée ?
Brexitquake.
Boris Johnson.
To Brexit or not to Brexit ?
L’euro.
Le conflit syrien.
Les réfugiés syriens.
La construction européenne.
Jo Cox.
Élisabeth II.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Philip Mountbatten.
Vive la République !
David Cameron.
Margaret Thatcher.

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https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/sainte-diana-victime-consentante-196176

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