« Ensemble, nous voulons que la France réussisse sa modernisation pour ne plus perdre de temps et adapter enfin notre pays à un monde en perpétuelle mutation. Nous espérons transcender durablement les vieux clivages politiques, moderniser l’action publique et retisser le lien de confiance indispensable entre le citoyen et l’élu, tant nous sommes persuadés qu’il est crucial de régénérer notre vie démocratique. » (Déclaration constitutive du groupe Les Constructifs à l’Assemblée Nationale du 27 juin 2017).


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Luc Chatel, l’ancien Ministre de l’Éducation nationale de Nicolas Sarkozy, a annoncé le 2 novembre 2017 qu’il démissionnait de la présidence du conseil national du parti "Les Républicains" (le parlement de LR) et qu’il se retirait de la vie politique. Il n’est pas le premier à renoncer à la politique : Jean-Pierre Raffarin, Hervé Mariton, Jean-Louis Debré, Roselyne Bachelot, etc. avaient déjà franchi ce pas, et Nathalie Kosciusko-Morizet, après son échec aux élections législatives de juin 2017, est en train de chercher du travail pour retrouver une vie professionnelle.

Pauvre parti que sont devenus "Les Républicains" ! Après son échec prévisible à l’élection présidentielle de 2012, dans le cadre d’un retour traditionnel du balancier, ce parti était quasiment sûr de remporter l’élection présidentielle de 2017, d’autant plus sûr que le pouvoir socialiste était discrédité au point que le Président sortant François Hollande n’a même pas osé se représenter.

Le parti tablait ainsi sur un second tour entre lui et le FN de Marine Le Pen qu’il considérait comme imperdable. Tout le monde disait alors que l’enjeu s’était déplacé vers la primaire LR de novembre 2016 : Nicolas Sarkozy se sentait convaincu qu’il pouvait avoir les moyens d’une revanche tandis que son concurrent populaire Alain Juppé avait le vent en poupe. Las ! Ce fut le candidat François Fillon qui sortit du chapeau, de manière sans doute méritée car il était celui qui avait le plus travaillé pour la France depuis 2013, et celui qui avait construit le programme politique le plus cohérent et le plus …construit.

Le Pénélope Gate a cependant fait douter son propre électorat. Le très mauvais candidat du Parti socialiste, Benoît Hamon, issu de l’autre primaire ouverte pour cette élection présidentielle, a créé un tel espace politique entre François Fillon et Jean-Luc Mélenchon que le candidat Emmanuel Macron a pu habilement s’y glisser et se faire finalement élire.

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L’échec de LR n’est pas un échec électoral banal comme en 2012. C’est un désastre politique, un séisme électoral, moins pire que celui de son concurrent du PS, mais cela reste un désastre. D’une part, l’absence de son candidat au second tour de l’élection présidentielle est une catastrophe politique majeure pour ce parti. D’autre part, il a encore perdu beaucoup de sièges aux élections législatives de juin 2017 par rapport à son échec précédent de 2012. Enfin, les sirènes du macronisme ont chanté tellement fort qu’une partie de son électorat et aussi de ses cadres ont rejoint la majorité au sein d’un nouveau groupe politique, Les Constructifs.

Ce qui est significatif, c’est qu’un parti qui a été battu magistralement aux élections et qui voit une hémorragie de ses cadres et de ses élus vers un avenir ailleurs, une herbe plus verte, ne devrait avoir qu’un seul mot d’ordre : rassembler, reconquérir son électorat, élargir sa base électorale. Eh bien, c’est exactement le contraire qu’il fait, il réduit encore son audience en faisant des procès staliniens contre certains de ses membres.

Le mardi 31 octobre 2017, après un premier loupé le 24 octobre 2017 faute de quorum, le bureau de Les Républicains ont exclu cinq responsables LR : Édouard Philippe, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu, Thierry Solère et Franck Riester. Si les trois premiers sont membres du gouvernement actuel, les deux derniers n’ont fait que quitter le groupe LR à l’Assemblée Nationale pour créer avec l’UDI le groupe des Constructifs (un terme mal adapté).

Thierry Solère, qui avait dit à "La Croix" le 29 janvier 2015 : « Je préfère mon pays à mon parti. », avait renouvelé ce genre de déclarations après l’élection présidentielle et avait voté la confiance au nouveau gouvernement nommé par Emmanuel Macron : « Je préfère mettre mon énergie dans les cinq ans qui viennent pour essayer de participer avec d’autres à redresser le pays plutôt que mettre toute mon énergie pour essayer de reconstruire un parti. » (BFM-TV, le 21 juin 2017).

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L’absence, parmi les "exclus", de Jean-Baptiste Lemoyne, membre également du gouvernement (ancien sénateur LR) et proche du juppéiste Maël de Calan, et de la plupart des membres LR du groupe Les Constructifs à l’Assemblée Nationale créé le 27 juin 2017 (notamment Pierre-Yves Bournazel, Laure de La Raudière et Jean-Luc Warsmann) ainsi que ceux du groupe Les Indépendants au Sénat créé le 2 octobre 2017 (notamment l’ancien ministre Claude Malhuret), montre une absence totale de cohérence politique : pourquoi en exclure certains et pas d’autres ?

Pour le cas du retournement le plus spectaculaire, celui du Ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire (ancien candidat à la primaire LR), c’était plus facile puisqu’il avait quitté de lui-même LR pour adhérer à La République En Marche (LREM).

Cette histoire d’exclusion n’a jamais tenu la route. Personne ne voulait vraiment exclure tout en voulant quand même exclure. Pourquoi attendre six mois ? Ce qui est reproché surtout aux exclus, c’est de ne pas avoir attendu la fin des élections législatives de juin 2017 pour afficher leur adhésion à la majorité présidentielle, ce qui aurait plombé la campagne électorale de LR pendant un mois. Une analyse qui oublie la logique mécanique des institutions de la Ve République : les Présidents de la République parviennent toujours à obtenir une majorité parlementaire lorsque des élections législatives suivent leur propre élection (c’était le cas avec le PS en juin 1981).

En fait, Les Républicains n’ont pas compris grand chose à la situation politique actuelle. Pour accompagner cette affirmation, j’aurais tendance à faire rapidement deux rappels historiques et un pré-requis.

Le pré-requis, c’est de considérer que l’échéance reine des institutions actuelles, c’est l’élection présidentielle car elle détermine l’ensemble du paysage politique à court et moyen terme. La position d’un responsable politique pour une élection présidentielle est donc bien plus grave de conséquence que pour des élections législatives. Les cinq "exclus" du 31 octobre 2017 n’ont pas appelé à voter pour Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017. Ils sont restés fidèles à leur engagement de voter pour François Fillon, même si, pour certains d’entre eux, ils ont réduit leur implication personnelle dans la campagne du candidat LR dès lors qu’on savait que ce dernier allait être mis en examen.

Le premier rappel fut la guerre la plus fratricide de la famille gaulliste. L’élection présidentielle de 1995 a vu deux candidats issus et membres du RPR, Jacques Chirac et Édouard Balladur. Édouard Balladur était le Premier Ministre et Jacques Chirac était le président du RPR. Il n’y a eu aucune exclusion du RPR en raison de la campagne présidentielle : ni Édouard Balladur ni ses plus proches soutiens du RPR, comme Charles Pasqua, Nicolas Sarkozy, François Fillon, Michel Barnier, Bernard Debré, etc. n’ont été inquiétés sur leur appartenance au RPR après l’élection présidentielle de 1995. La différence entre 2017 et 1995, c’est qu’en 1995, les membres susceptibles d’être exclus étaient les perdants de l’élection présidentielle.

Le second rappel est intéressant car il évoque une situation politique finalement pas si éloignée de la situation politique actuelle. L’élection présidentielle de 1974 a en effet vu la victoire d’un candidat non gaulliste mais soutenu par des parlementaires gaullistes dès le premier tour. À savoir le candidat Valéry Giscard d’Estaing. Jacques Chirac, qui avait refusé de soutenir loyalement la candidature de Jacques Chaban-Delmas, n’a pas été exclu pour autant de l’UDR, ni les autres parlementaires et ministres qui s’étaient associés à lui et à son appel du 13 avril 1974 (notamment Jean Taittinger, Olivier Stirn, Jean-Philippe Lecat, Xavier Deniau, Maurice Herzog, Hector Rolland et René Tomasini).

Au contraire, Jacques Chirac a été nommé Premier Ministre, exactement comme Édouard Philippe a été nommé Premier Ministre quarante-trois ans plus tard. Pour l’UDR, c’était un avantage d’avoir un de ses membres à Matignon. Aujourd’hui, LR considère que ce n’est pas à son avantage d’avoir un de ses membres à Matignon. Pourtant, la politique proposée par le gouvernement d’Édouard Philippe sur le plan économique et social, à quelques différences près sur la politique fiscale, est la même que celle défendue pendant sa campagne par François Fillon !

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Cette incohérence politique et historique, sans compter la maladresse sur la forme, montre que Les Républicains va devenir de plus en plus une "coquille vide" qui va se recroqueviller vers un noyau dur de droite "musclée", pas celle qui a soutenu François Fillon au Trocadéro le 5 mars 2017 (ceux qui proclament cela se trompent à mon avis), mais cette droite même pas sarkozyste mais pauvrement buissonniste qui a été déjà recalée en 2012.

La perspective du choix du nouveau président de Les Républicains est d’ailleurs significative. Aucun grand "ténor" n’a semblé vouloir concourir : ni Xavier Bertrand, ni Valérie Pécresse. Le seul "ténor" à vouloir hériter de l’ancien grand parti LR, c’est Laurent Wauquiez, l’ambitieux aux dents longues, adoubé par Nicolas Sarkozy, qui est candidat à la campagne interne depuis le 26 octobre 2017 et jusqu’aux 10 et 17 décembre 2017, face au deux micro-candidats, la filloniste Florence Portelli et le juppéiste Maël de Calan.

Pas étonnant de voir Luc Chatel lâcher prise. D’autres le suivront certainement ou penseront à créer un véritable parti de centre droit, à la fois libéral, humaniste, européen et démocrate, et l’on n’imagine alors pas que ce parti n’inclue pas l’UDI, comme lors de la formation du groupe Les Constructifs à l’Assemblée Nationale il y a quatre mois…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 novembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les Républicains, parti des expulsions.
La primaire LR de novembre 2016.
François Fillon.
Alain Juppé.
Nicolas Sarkozy.
François Baroin.
Laurent Wauquiez.
Gérard Larcher.
Jean-Pierre Raffarin.
Xavier Bertrand.
Valérie Pécresse.
Jean-François Copé.
Nathalie Kosciusko-Morizet.
Bruno Le Maire.
Édouard Philippe.
La relance de l’Europe à la Sorbonne.
Emmanuel Macron.
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171031-les-republicains.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-republicains-parti-des-198397

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/11/04/35833685.html