« Pierre Henry avait envie d’un dialogue (…) avec un ingénieur du son (…). Il avait une approche à part de l’orchestre de haut-parleurs, dans des dispositions complexes, avec une base d’au moins quatre-vingts enceintes. Il cherchait une configuration pour chacune de ses pièces et en fonction des lieux. On installait au moins deux jours avant pour pouvoir faire des tests et opérer des changements. » (Thierry Balasse, interviewé par Arnaud Merlin en octobre 2017 et diffusé le 22 novembre 2017 sur Radio France).


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Avec sa tête de bonhomme de neige, il aurait dû être présent pour cette fin de semaine spécialement organisée à la Maison de la Radio depuis longtemps. L’occasion, ce fut le 90e anniversaire de la naissance du compositeur Pierre Henry (à ne pas confondre avec Patrick Henry) qui a lieu ce samedi 9 décembre 2017.

Entre-temps, le pionner de la musique électroacoustique est hélas mort au début de l’été, le 6 juillet 2017 à Paris. Au-delà de l’hommage déjà prévu, cette fin de semaine du 8 au 10 décembre 2017 donnera donc l’occasion à la fois de se remémorer Pierre Henry par des concerts et des  projections de films, mais aussi mieux le connaître par des créations nouvelles.

Dès 1944, Pierre Henry, élève d’Olivier Messiaen, a composé une nouvelle forme de musique. Sa rencontre avec Pierre Schaeffer, à la tête du groupe de recherche musicale (GRM) de la future ORTF, a été très fructueuse : il a ainsi utilisé de nombreuses techniques pour proposer des œuvres très originales, qui ont fait école notamment dans la musique des films. Sa rencontre avec le chorégraphe Maurice Béjart a été aussi essentielle pour voir son œuvre "reconnue", avec sa fameuse "Messe pour le temps présent".

Son originalité principale, cela fut de considérer que la musique, ce n’était pas seulement une accumulation de notes de musique, mais aussi de toutes les sortes de bruits, les bruits du monde, et il a ainsi construit une collection très imposante des bruits qu’il a par la suite mixer avec d’autres bruits pour en faire des œuvres. Il a d’ailleurs fait don de son vivant de cette collection à la Bibliothèque Mitterrand.

Les rétifs aux arts nouveaux pourraient donc toujours critiquer et même lui contester le rôle de musicien, pensant qu’il n’aurait été qu’un simple disc-jockey un peu plus doué que les autres. Il est vrai que certaines de ses œuvres sont "difficiles" à écouter ou même à entendre.

Mais la réalité, c’est que d’autres œuvres ont fait échos, ont ému, ont parlé, ont transmis des messages à ses auditeurs, au point que depuis une trentaine d’années, il y avait un petit groupe (de quelques milliers de personnes ?) particulièrement fidèle à sa musique, qui n’hésitait pas à l’écouter très souvent, même chez lui, dans sa propre maison qu’il a organisée comme un musée et une salle multiforme de concert (il y donnait régulièrement des concerts sauf à la fin de sa vie).

Selon Isabelle Warnier, qui avait travaillé avec Pierre Henry : « Pierre était un solitaire (…). C’était un monstre de travail, un être hors normes, extraordinaire et difficile, une sorte de génie qui pouvait être effrayant. Tout devait alimenter sa création. Mais c’était un être magnifiquement généreux et donc éminemment séduisant. Il était très vivant, extrêmement drôle, bourré d’imagination. Il était inspiré par la littérature et fanatique de cinéma (…). Il avait [aussi] composé la "Symphonie monoton" (1960) pour Yves Klein. » (interviewée par Arnaud Merlin en octobre 2017 pour Radio France).





Cet hommage d’anniversaire aurait donc dû se faire en sa présence pour célébrer non seulement les 90 ans du musicien mais également la parution, le 1er décembre 2017, d’un coffret de douze disques réunissant une sélection d’œuvres composées entre 1950 et 2016, intitulé "Polyphonies" (chez Deccas Records France, en collaboration avec les Éditions Radio France).

J’ai peu l’habitude de faire la "promotion" d’une œuvre et ses conséquences commerciales m’importent peu. En revanche, j’aime bien faire partager des œuvres qui sont peut-être pas assez connues ou, du moins, peu connues, qui ont résonné en moi d’une manière ou d’une autre (et de manière très personnelle). L’art est toujours un subtil mélange de technique et d’émotion. L’émotion qu’il dégage est rarement sous le contrôle de l’artiste, d’ailleurs.

Cette fin de semaine sera donc l’occasion, à ceux qui peuvent se rendre au mythique Studio 104 de la Maison de la Radio, à Paris (au 116 avenue du Président Kennedy, dans le seizième arrondissement), d’avoir une sorte de feu d’artifice de l’œuvre de Pierre Henry.

Aux commandes à la place de Pierre Henry (qui avait prévu de venir le samedi soir), pour diriger les différents concerts, ce sera Thierry Balasse, "metteur en sons et en scène de spectacles musicaux, compositeur de musique électroacoustique, improvisateur sur synthétiseurs, objets sonores et bagues larsen, réalisateur sonore pour la scène et le disque" : « [Pierre Henry] a été créatif jusqu’au bout (…). Aujourd’hui, je reste impressionné par sa totale liberté vis-à-vis de lui-même. À l’inverse d’un courant de la musique électroacoustique qui a voulu théoriser ce champ, Pierre Henry ne s’est pas enfermé. Il est resté libre, dans l’expérimentation et dans la recherche. » (octobre 2017).





Je vous propose succinctement le programme, plus en détail à ce lien.


A. Les projections de films (au Studio 106, places gratuites).

1. Le samedi 9 décembre 2017 à 16 heures : "Pierre Henry, un film sur quelqu’un".
Documentaire réalisé par François Weyergans en 1972.

2. Le dimanche 10 décembre 2017 à 14 heures 30 : "Pierre Henry ou l’art des sons".
Documentaire réalisé par Éric Darmon et Franck Mallet en 2007 : « Ce film dévoile son étonnante conception du geste sonore à partir de documents d’archives, d’inédits et de reportages sur le vif. ».


B. Les concerts (au Studio 104 ou 105, tarif unique à 10 ou 15 euros, selon les concerts).

1. Le vendredi 8 décembre 2017 à 21 heures : "Concert pour le temps présent".

Seront proposées trois œuvres de Pierre Henry ("Envol", et avec Michel Colombier, "Messe pour le temps présent" et "Recréation sur instruments pour électronique et orchestre pop") ainsi qu’une œuvre de Thierry Balasse ("Fusion"). Concert diffusé le 9 décembre 2017 à 16 heures sur France Musique.


2.
Le samedi 9 décembre 2017 à 18 heures : "Musique contemporaine".

L’œuvre de Pierre Henry "Dracula" (2002) sera interprétée dans une libre adaptation pour orchestre sonorisé et orchestre de haut-parleurs d’Augustin Muller et Othman Louati (création le 1er juin 2017 à Paris). Ce concert sera également interprété le dimanche 10 décembre 2017 à 11 heures 30 au Studio 105.


3. Le samedi 9 décembre 2017 à 20 heures : "Concert anniversaire".

Trois créations nouvelles de Pierre Henry seront interprétées : "Dimanches noirs pour piano solo" (création mondiale de sa première œuvre achevée en 1945), "La Note seule" (création mondiale, 2017) et "Grand Tremblement" (création mondiale, 2017, commandée par Radio France). Cécile Maisonhaute sera au piano (formée à l’électroacoustique au conservatoire de Pantin, elle propose des ateliers dans des hôpitaux et bientôt dans des prisons avec Catherine Exbrayat dans le Duo Mazette).


4. Le samedi 9 décembre 2017 à 23 heures : "360° livre électro".

Une nuit d’expérience en son 3D (huit points d’écoute) de 23 heures à 2 heures 30 permettra d’écouter trois "artistes de la scène électronique aux univers créatifs très distincts" : Ben Vedren, NSDOS et Arnaud Rebotini.


5. Le dimanche 10 décembre 2017 à 16 heures ; "Hommage du GRM à Pierre Henry".

Seront proposées deux œuvres dont une très célèbre de Pierre Henry et Pierre Schaeffer ("Symphonie pour un homme seul" et "Bidule en Ut") ainsi que plusieurs œuvres d’autres compositeurs comme Iannis Xenakis et Pierre Schaeffer, dont le programme a été conçu par Pierre Henry lui-même.

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S’il y avait un concert à choisir, je conseillerais bien évidemment celui du samedi 9 décembre 2017 à 20 heures, car il apportera une dernière facette à l’œuvre déjà très fournie de Pierre Henry avec ses dernières créations. Ce concert sera d’ailleurs diffusé en direct sur France Musique qui, d’ailleurs, consacrera toute la journée du samedi 9 décembre 2017 à l’œuvre et la vie de Pierre Henry.

La toute dernière œuvre de Pierre Henry, "Fondu au noir", sera jouée en mars 2018 dans la salle de l’ancien conservatoire (2 bis, rue du Conservatoire à Paris) qui avait déjà permis à Pierre Henry de faire écouter ses premières œuvres (dont "Symphonie pour un homme seul") en 1952, en présence de célèbre Igor Stravinsky (1882-1971) qui l’avait beaucoup déçu car ce dernier n’avait manifesté aucun enthousiasme !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 décembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les 90 ans de Pierre Henry à Radio France.
Programme du week-end Pierre Henry (à télécharger).
Messes pour un Pierre Henry présent.
Karlheinz Stockhausen.
Lionel Stoléru, chef d’orchestre.
Mata Hari, danseuse.
Luciano Pavarotti, chanteur.
Hommage à Pierre Henry (6 juillet 2017).
Le dernier concert de Pierre Henry.
La musique concrète de Pierre Henry toujours à l’honneur de l’été parisien.
Vidéo de "Symphonie pour un homme seul" (Pierre Schaeffer et Pierre Henry).
Mstislav Rostropovitch.
György Ligeti.
Yehudi Menuhin.
Les 90 ans de Pierre Boulez.
Une exposition sur Pierre Boulez.
Jean Sibelius.
Armide.
Pierre Boulez.
Henri Dutilleux.
Myung-Whun Chung.
L’horreur musicale en Corée du Nord.
Mikko Franck.
Le Philharmonique fait l’événement politique.
Concert du 14 juillet 2014.
Le feu d’artifice du 14 juillet 2014.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171209-pierre-henry.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/messes-pour-un-pierre-henry-199437

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/12/07/35936458.html