« Au fond, notre pays (…) aime la finance magique. Il aime cette finance où on peut baisser les impôts sans que jamais la dépense publique, quant à elle, ne baisse. Il veut que l’économie soit toujours le problème de l’autre, mais à la fin, nous nous  y retrouvons et ma fonction m’oblige à une chose, la cohérence, à la responsabilité devant tous les Français et à la responsabilité devant tous nos partenaires devant des engagements que nous avons librement consentis. Quelle crédibilité aurait la France si elle ne tenait pas ses engagements vis-à-vis de ses propres concitoyens ? Quelle serait notre crédibilité pour bouger une Europe qui va à tâtons si nous ne respectons pas nous-mêmes nos propres engagements ? Et donc, oui, il fallait bien aller vers ce discours de vérité et des responsabilité partagée. » (Paris, le 23 novembre 2017). Première partie.


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Lumières des quarante bougies. Quarante couleurs. En effet, Emmanuel Macron fête ce jeudi 21 décembre 2017 son 40e anniversaire (deux jours avant les 50 ans de Carla Bruni). Il ne l’a pas fêté au château de Chambord le week-end dernier, contrairement à ce qui est dit, car ce week-end familial en chambre d’hôtes de luxe célébrait Noël en avance, pas son anniversaire. C’est néanmoins l’occasion de revenir sur ses sept mois d’exercice de la fonction présidentielle.

Quel contraste ! Que de chemin parcouru pour la France ! Mon dernier article sur François Hollande, je l’avais associé à la lumière, pour lui faire dire en gros : je pars sur la pointe des pieds, n’oubliez pas d’éteindre la lumière. Maintenant, un an plus tard, la lumière est rallumée, elle devient les Lumières, au pluriel et avec la majuscule, reprenant l’expression du XVIIIe siècle plus favorable au despotisme éclairé qu’à la monarchie absolue.

On pourra dire en fait que l’un est l’autre (et réciproquement), mais le contraste est étonnant : assurément, Emmanuel Macron a renoué avec une certaine idée de la France, celle de De Gaulle, celle d’une monarchie républicaine qui se base avant tout sur l’intérêt national. Emmanuel Macron avait un avantage : il n’avait pas de parti, et donc, il n’est pas prisonnier de ce système des partis redevenu l’une des plaies du paysage politique depuis 1981.

La première réflexion est qu’Emmanuel Macron est "épatant", à savoir, qu’il "épate", il "étonne", il "rassure". Même Jean-Pierre Chevènement a voulu, le 11 décembre 2017 à la Maison de la Chimie à Paris, voir la démarche européenne d’Emmanuel Macron de manière très positive ! Rien ne semble l’arrêter et il jouit également de circonstances en or.

Après un petit dévissage dans les sondages de popularité pendant l’été 2017, le voici qui remonte à la fin de l’année, avec la vision d’un premier bilan à la fois positif et très encourageant pour l’avenir. L’Élysée en a définitivement fini avec cette indécision maladive qui se voulait synthèse et qui fut immobilisme de l’ère François Hollande. Le meilleur marqueur sera le dossier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, un sujet épineux mais justement, ce sera un très bon test pour savoir si Emmanuel Macron est très habile ou pas. Le report d’un mois de la décision n’est cependant pas un signe très rassurant.


La politique intérieure

Prenons son cœur du programme présidentiel, les ordonnances de réforme du code du travail. Elles sont passées comme une lettre à la poste. La mobilisation sociale tant rêvée par Jean-Luc Mélenchon n’a pas eu lieu. C’était prévisible : même ceux qui n’ont pas voté pour Emmanuel Macron, s’ils sont démocrates, admettent que c’est normal qu’il applique son programme, puisqu’il a été élu. Il les a proposées au cours de sa campagne, il les a réalisées. Et ne parlez pas de déni de démocratie, car la loi de ratification a été votée le 28 novembre 2017 par les députés avec une large majorité (463 voix contre 74).

Cette réforme du travail sera-t-elle efficace ? Probablement pas : les emplois se créent avec des clients et de l’activité économique réelle, pas avec une simple réduction du coût du travail. Néanmoins, la conjoncture économique internationale est telle que la flambée du chômage connue en France sous le quinquennat de François Hollande a été stoppée et que les perspectives de croissance sont encourageantes.

La première réforme d’Emmanuel Macron ne fut cependant pas économique mais politique : la moralisation de la vie politique, demandée voire imposée par François Bayrou pour obtenir son soutien lors de la campagne présidentielle. Ironie du sort, François Bayrou, nommé Ministre d’État, Ministre de la Justice, pour mettre en œuvre cette moralisation, a été contraint de démissionner au bout d’un mois, lui-même touché par une affaire judiciaire concernant son parti ("touché", c’est-à-dire mis en accusation, pas forcément coupable).

Cette affaire, qui aurait pu être le premier scandale du quinquennat d’Emmanuel Macron, n’a pas fait long feu et Emmanuel Macron, au contraire, a pu se draper d’une volonté de moraliser la vie politique, même si, quand on lit les déclarations de patrimoines de ses ministres, publiées le 15 décembre 2017, on peut constater que les ministres actuels sont en moyenne beaucoup plus riches que les ministres du quinquennat précédent.

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De toute façon, la moralisation de la vie politique ne se concrétise pas avec des lois, mais avec les comportements des acteurs. Il y a déjà beaucoup de lois contre les crimes, cela n’empêche pas de commettre des crimes. C’est pareil pour les délits, les malversations, la corruption, les collusions, etc. La loi de moralisation est surtout une loi d’affichage. L’essentiel est la pression publique sur les responsables politiques pour que des pratiques conformes à une certaine moralité deviennent généralisées. Même le prédécesseur de François Bayrou place Vendôme, le vallsiste Jean-Jacques Urvoas vient d’être épinglé par "Le Canard enchaîné" du 13 décembre 2017 sur un comportement peu en phase avec la moralisation.


La politique fiscale

La plus importante loi adoptée dans l’ère Macron reste cependant le nerf de la guerre, la loi de finances 2018. Et cette loi, il faut bien l’avouer, est peu satisfaisante, ou, soyons positifs, elle aurait pu être meilleure.

Je suis particulièrement réticent aux mesures fiscales qui s’en prennent finalement à ceux qui ont suivi les gouvernements depuis des décennies : ces derniers ont longtemps encouragé l’achat de véhicule au diesel, et l’achat d’immobilier. Maintenant, on veut surtaxer le diesel et l’immobilier. On ne peut pas délocaliser l’immobilier.

La transformation de l’impôt de solidarité sur la fortune en impôt spécifiquement sur l’immobilier est peu opportune dans la situation d’urgence du logement en France (on n’a jamais aussi peu construit de logements ces cinq dernières annnées). Au contraire, il aurait fallu encourager l’immobilier, pas le taxer encore (car il ne faut pas se leurrer, la suppression de 80% de la taxe d’habitation aura nécessairement pour conséquence une augmentation de la taxe foncière). Quant à l’ISF, il aurait fallu peut-être séparer les investissements qui consolident l’économie française (ou européenne) de ceux qui la minent et qui mériteraient d’être découragés, surtout s’ils sont principalement spéculatifs.

Toujours dans l’immobilier, la baisse des APL, même minime, est une insulte aux étudiants et à personnes les moins aisées, pour des économies budgétaires totalement négligeables par rapport au déficit public de 50 à 100 milliards d’euros et à la dette publique de plus de 2 000 milliards d’euros !

L’augmentation de la CSG pourrait au contraire mieux se défendre dans cette volonté de transfert de prélèvements. Comme la baisse des charges salariales compensera l’augmentation de la CSG pour les salariés, l’augmentation de la CSG a surtout une incidence négative sur les fonctionnaires et sur les retraités. C’est vrai que les retraités ne roulent pas forcément sur l’or et qu’ils contribuent aussi à aider les générations plus jeunes. Mais la réalité est que le revenu moyen d’un retraité est plus élevé que celui d’une personne de la population active. L’aide aux générations plus jeunes est ainsi "actée". Pourquoi pas, si cet enjeu est expliqué en toute conscience ? Le problème, c’est que les compensations (baisse de prélèvements) sont toujours moins garanties que les augmentations. Le décalage de compensation de la CSG apporte d’ailleurs à l’État des recettes supplémentaires sans incidence politique : c’est encore l’une des ficelles et astuces de Bercy.

Plus scandaleuse est d’avoir conservé le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu (prévu pour le 1er janvier 2019). C’était une mesure prise par François Hollande en juin 2015 uniquement pour plaire à l’aile gauche de son parti (on a vu l’efficacité de la mesure sur le plan politicien). Ce serait une mesure qui coûterait très cher aux entreprises qui feraient alors le travail de perception normalement attribué à l’État. On imaginerait évidemment l’intérêt de l’État qui pourrait réattribuer le rôle de ses agents de la perception au contrôle. Et en dehors des gros problèmes de confidentialité des informations privées (situation fiscale) accessibles à l’employeur, et de la mise en œuvre pratique (le logiciel de paie des militaires n’a jamais fonctionné correctement au bout de cinq ans, pourquoi les entreprises réussiraient-elles là où l’État échoue ?), il pourrait y avoir un problème de garantie : qui serait responsable si l’employeur ne versait pas à l’État l’impôt correspondant de ses salariés ? Ce serait le même problème que s’il "oubliait" les cotisations retraite ou chômage.


La politique étrangère

Cette partie fiscale me paraît la seule réelle réticence en ce qui me concerne dans le quinquennat Macron qui commence. Le reste me paraît, jusqu’à maintenant, excellent, et quand j’écris excellent, c’est pour remonter jusqu’à De Gaulle pour retrouver une comparaison dans la pratique présidentielle.

Pourquoi ? Parce que De Gaulle a su représenter les Français sur la scène internationale avec une certaine fierté. Emmanuel Macron fait de même. Il jouit, là encore, de magnifiques circonstances. Son talent, c’est de savoir saisir la chance qui s’offre à lui. Les chances. François Hollande n’a pas su le faire.

En effet, c’est la vacuité des personnalités mondiales en ce moment. L’absence de leadership mondial a placé Emmanuel Macron au centre du monde ! Une bonne partie des citoyens américains a honte de la Présidence de Donald Trump qui coupe les budgets de l’ONU, de l’UNESCO, qui est prêt à tweeter une guerre avec la Corée du Nord, qui boude les Accords de Paris de décembre 2015, qui est prêt à déclencher une 3e Intifada en Palestine, etc. L’Allemagne est en grande difficulté politique avec l’absence de majorité au Bundestag : Angela Merkel, pourtant la personnalité la plus forte de l’Europe, est très affaiblie par ses négociations pour structurer une nouvelle coalition après presque trois mois de dur labeur. Le Royaume-Uni a réussi in extremis, le 8 décembre 2017, à franchir la première étape de négociations du Brexit, mais le leadership de Theresa May est très contesté depuis sept mois. L’Italie va bientôt renouveler son gouvernement. L’Espagne est, comme l’Allemagne, sans majorité et avec la crise catalane (Manuel Valls a fait campagne le 16 décembre 2017 à Barcelone en vue des élections régionales du 21 décembre 2017 en Catalogne), etc. Bref, Emmanuel Macron émerge sur la scène internationale et suscite beaucoup d’attente.

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Ce qui est très positif, c’est qu’Emmanuel Macron n’est pas seulement attendu parce qu’il est jeune, mais surtout, parce qu’il est volontaire, capable de rompre avec le fatalisme diplomatique de l’ère Hollande (pourtant, le Ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian était l’un des premiers grognards hollandistes de "l’ancien monde").

Pour preuve, la manière de nouer des relations constructives avec Donald Trump et Vladimir Poutine : les Invalides pour le premier, Versailles pour le second. Avec des résultats. La visite improvisée à Riyad chez l’héritier du royaume saoudien le 9 novembre 2017 n’a probablement pas été sans effet sur l’avenir du Liban, avec un Premier Ministre libanais (Saad Hariri) démissionné le 4 novembre 2017 et retenu par les Saoudiens et finalement réhabilité à Beyrouth le 5 décembre 2017 après une visite à Paris le 18 novembre 2017, où il a rencontré Emmanuel Macron, et un retour au Liban le 22 novembre 2017. Autre illustration, son voyage au Burkina-Faso le 28 novembre 2017, avant le Sommet d’Abidjian, et cette conférence très musclée avec des étudiants vifs, a montré une capacité de bouger les lignes et d’en finir une bonne fois pour toutes avec les arrière-pensées, reproches et repentances ruminées en France depuis plus de cinquante ans sur l’Afrique.

Dans l'autre partie de l'article, j'évoquerai un autre exemple d'initiative personnelle sur le plan diplomatique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 décembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron et les quarante couleurs.
Emmanuel Macron sous le sceau de l’Histoire.
Emmanuel Macron et la fierté nouvelle d’être Français ?
Emmanuel Macron et Johnny Hallyday (9 décembre 2017).
La diplomatie du panda (4 décembre 2017).
Emmanuel Macron aux maires de France (23 novembre 2017).
Emmanuel Macron et son plan de relance de l’Europe (26 septembre 2017).
Emmanuel Macron à l’ONU, apôtre du multilatéralisme (19 septembre 2017).
Emmanuel Macron et la refondation de l’Europe (7 septembre 2017).
Emmanuel Macron et l’armée (19 juillet 2017).
Emmanuel Macron et les Territoires (17 juillet 2017).
Emmanuel Macron et le Vel d’Hiv (16 juillet 2017).
Emmanuel Macron au Congrès de Versailles le 3 juillet 2017.
Portrait officiel du maître des horloges.
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Hommage d’Emmanuel Macron à Helmut Kohl le 1er juillet 2017 à Strasbourg.
Hommage d’Emmanuel Macron à Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides.
Discours d’Emmanuel Macron le 13 juillet 2017 à l’Hôtel de Brienne, à Paris (texte intégral).
Discours d’Emmanuel Macron du 16 juillet 2017 (texte intégral).
Discours d’Emmanuel Macron le 17 juillet 2017 au Sénat sur les Territoires (texte intégral).
Discours d’Emmanuel Macron le 20 juillet 2017 à Istres.
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 7 septembre 2017 à Athènes.
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 8 septembre 2017 à Athènes.
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 19 septembre 2017 à New York.
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 26 septembre 2017 à la Sorbonne.
Communiqué de presse de l’Élysée sur le discours du 26 septembre 2017.
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 23 novembre 2017 au 100e Congrès des maires de France à Paris.
Hommage d’Emmanuel Macron à Jean d’Ormesson le 8 décembre 2017 aux Invalides à Paris.
Hommage d’Emmanuel Macron à Johnny Hallyday le 9 décembre 2017 à la Madeleine à Paris.
Les deux discours d'Emmanuel Macron le 12 décembre 2017 au One Planet Summit à Boulogne-Billancourt (texte intégral).
La République En Marche.
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171221-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-le-president-des-199812

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/12/19/35958782.html