« Durant les longues semaines où, par un dernier prodige de vigueur physique et morale, le maréchal Foch a résisté pied à pied aux assauts de la mort, la France, refusant jusqu’au bout de le croire vaincu, n’a pas mesuré le vide que devait laisser dans le monde la perte de ce grand homme. Nous voici maintenant en présence de la douloureuse réalité, et, tout de suite, nous comprenons que la flamme qui vient de s’éteindre était une des plus ardentes et des plus pures qui eussent jamais leur éclat sur la terre. Comme beaucoup d’autres nations, la nôtre compte dans ses annales un grand nombre d’illustres capitaines, et Foch retrouvera plusieurs d’entre eux dans la célèbre chapelle où il va dormir son dernier sommeil. » (Raymond Poincaré, le 26 mars 1929 aux Invalides).



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Ces phrases, ce furent les premiers mots de l’hommage solennel rendu par Raymond Poincaré au maréchal Foch lors de ses funérailles nationales aux Invalides le 26 mars 1929. Foch est mort à Paris, chez lui, dans son hôtel particulier, il y a quatre-vingt-dix ans, le 20 mars 1929, à l’âge de 87 ans (il est né à Tarbes le 2 octobre 1851). Se relevant de son fauteuil pour aller se coucher (en disant avec vigueur « Allons-y ! » à sa fille), il tomba soudainement au sol d’une crise cardiaque. Il fut un militaire qui a donné toute sa mesure pendant la Première Guerre mondiale. Depuis le 20 mars 1937, Foch est inhumé sous le dôme des Invalides (dans un cercueil réalisé par le sculpteur Paul Landowski), reposant parmi tous les grands militaires français.

Lors d’une promenade urbaine, le Général De Gaulle, se retrouvant devant une statue du maréchal Foch, se demanda quel était le prénom de ces deux maréchaux illustres, Foch et Joffre. Celui qui l’accompagnait était lui aussi incapable de le lui dire. Ferdinand Foch a passé les dix dernières années de sa vie dans les honneurs de la République française, multipliant conférences, discours de réception et déclarations publiques.

Raymond Poincaré était Président du Conseil (chef du gouvernement) quand il a prononcé cet hommage funèbre. Membre de l’Académie française, Raymond Poincaré avait reçu solennellement le maréchal Foch le 5 février 1920 sous la Coupole. À l’époque, Raymond Poincaré était encore Président de la République, et donc, à ce titre, protecteur de l’Académie, mais comme il était aussi membre de l’Académie depuis le 9 décembre 1909, il avait quitté son costume de Président de la République pour revêtir celui de simple académicien pour l’occasion. Le maréchal Foch a été élu à l’Académie à l’unanimité de ses membres le 21 novembre 1918, dix jours après l’Armistice, le même jour que Georges Clemenceau qui avait autant mérité de la patrie que de l’Institut. D’ailleurs, Georges Clemenceau suivit Foch dans la mort quelques mois après lui.

Foch a été élu au 18e fauteuil de l’Académie française, qui fut occupé par des grands noms, avant lui, par le cardinal Étienne-Charles de Loménie de Brienne, Ministre d’État du roi, aussi par Alexis Tocqueville, Henri Lacordaire, Albert de Broglie. Ce fut le maréchal Philippe Pétain qui lui succéda, élu comme lui à l’unanimité le 10 juin 1929 (mais exclu le 26 décembre 1944 après son indignité nationale, cependant, pas remplacé avant sa mort). Ce fut donc Pétain qui fut chargé de faire l’éloge funèbre de Foch à sa réception le 22 janvier 1931, reçu par Paul Valéry. Après eux, d’autres grands noms occupèrent ce fauteuil, le diplomate André François-Poncet (père de Jean François-Poncet), Edgar Faure et enfin le philosophe Michel Serres. Foch fut aussi élu le 11 novembre 1918 à l’Académie des Sciences morales et politiques, ainsi qu’à la prestigieuse Académie Stanislas à Nancy.

Ferdinand Foch a passé toute son enfance à Saint-Étienne puis à Metz, en fonction des mutations de son père haut fonctionnaire : « Né à Tarbes d’une famille languedocienne, élevé à Saint-Étienne et à Metz, marié en Bretagne, Foch semblait destiné à personnifier, par l’harmonieuse diversité de ses attaches françaises, l’indivisible unité de la patrie. » (Raymond Poincaré, le 26 mars 1929).

Il avait 19 ans lors de l’invasion des Prussiens en France (la guerre de 1870) qui se termina par l’annexion de l’Alsace-Moselle. Ayant vécu plusieurs années à Metz, on imagine ce que cela pouvait signifier pour un jeune homme une telle annexion, un profond sentiment d’injustice, mais pas forcément un besoin de revanche car après l’attentat de Sarajevo, Foch était justement parti en congé le 14 juillet 1914, ne se doutant pas du tout qu’il serait en pleine guerre quelques jours plus tard.

Polytechnicien (X1871 : il a réussi le concours d’entrée à Nancy, fut classé 47e sur 144 à son passage dans la 1e division et a opté pour l’École d’application de Fontainebleau qu’il a quittée le 15 octobre 1874), Foch a suivi brillamment sa carrière militaire : capitaine le 30 septembre 1878, breveté d’état-major le 31 décembre 1887 (entré à l’École supérieure de Guerre le 17 octobre 1885), chef d’escadron le 27 février 1891, lieutenant-colonel le 10 juillet 1898, colonel le 12 juillet 1903, général de brigade le 20 juin 1907, général de division le 21 septembre 1911, général de corps d’armée le 23 août 1913, commandant le 20e Corps d’armée à Nancy (décret du 8 août 1913). Pendant longtemps, j’ai souvent emprunté l’avenue de ce fameux 20e Corps à Nancy (voie d’entrée de l’agglomération par l’Est), comme aussi l’avenue Foch, l’une des grandes artères de l’ancienne capitale du Duché de Lorraine.

Avant la guerre, Foch était très introduit dans la vie parisienne, ami de Gustave Doré et d’autres artistes comme Pierre Loti, Louis Majorelle, Charles Gounod, Sarah Bernhardt. Il fut aussi le directeur (commandant) de l’École supérieure de Guerre (à Paris, près des Invalides), du 12 octobre 1908 au 28 juillet 1911, nommé par Georges Clemenceau, à l’époque Président du Conseil. Il y avait déjà enseigné comme professeur adjoint du cours directoire militaire de stratégie et de tactique générale, du 31 octobre 1895 au 17 octobre 1901.

Foch a commencé la guerre en 1914 à la tête du 20e Corps en Lorraine (endeuillé dès le 22 août 1914, il a perdu un fils et un gendre tués par les Allemands), puis, il fut nommé le 29 août 1914, commandant de la IXe armée, il participa à la Bataille de la Marne du 5 au 12 septembre 1914, où il a obtenu quelques succès malgré de lourdes pertes, puis, comme commandant des armées du Nord, il dirigea l’offensive à la Bataille d’Artois du 8 mai au 25 juin 1915 (192 000 Français morts ou blessés) et à la Bataille de la Somme du 1er juillet au 18 novembre 1916 (204 253 Français morts ou blessés, au moins 443 000 tués parmi les Français, Britanniques et Allemands).

Le général Foch était un peu "fou". Ainsi, pendant la Bataille de la Marne, son armée bloquée, il aurait lâché : « Pressé fortement sur ma droite, mon centre cède, impossible de me mouvoir, situation excellente, j’attaque ! ». Dès le début du siècle (dans "Des principes de la guerre" publié en 1903 et "De la conduite de la guerre" publié en 1904), sa doctrine était l’offensive : Foch a théorisé « la stratégie militaire fondée sur l’offensive à outrance à laquelle se rallia l’état-major lors de la Première Guerre mondiale » (selon les mots de l’Académie). Foch fut cependant écarté du commandement le 27 février 1917, après les très grosses pertes humaines de la Bataille de la Somme (au même moment que le général Joffre). Le général Nivelle ne faisant pas l’affaire, il fut rappelé quelques mois plus tard comme chef d’état-major général, nommé le 15 mai 1917 par Paul Painlevé, Ministre de la Guerre (Foch le resta jusqu’au 30 décembre 1918), avec Pétain comme commandant en chef de l’armée française.

Le 26 mars 1918, Foch fut nommé coordinateur des armées alliées (franco-britanniques, puis américaines et canadiennes), puis, le 14 avril 1918, généralissime (général en chef des armées alliées en France), voyant élargir ses compétences géographiques le 8 mai 1918 de la mer du Nord à la mer Adriatique (décret signé par Poincaré et Clemenceau, pour exercer le commandement des armées alliées en France et assurer la conduite générale des opérations sur le front occidental).

Surpris par la contre-offensive allemande du Chemin des Dames le 27 mai 1918, Foch a pu retourner la situation : « Bientôt secondées par les divisions américaines, nos troupes, reprises en main, retiennent l’ennemi dans la large poche aux abords sinueux où il s’est imprudemment engouffré ; et déjà Foch, en pleine possession de sa puissante et sage méthode, s’apprête à des combats plus vastes et plus décisifs. » (Raymond Poincaré, le 26 mars 1929).

Le 17 juillet 1918 : « L’offensive ennemie, après quelques tentatives infructueuses, est contenue sur tout le front. La route d e Paris est définitivement barrée, l’Armée allemande est mûre pour la défaite. Depuis le 26 mars [1918], Foch n’avait vécu que dans l’attente de cet instant magnifique, où l’ennemi, haletant d’un si long effort, désemparé par un échec grave, s’offrirait à nos coups. » (Pétain, le 22 janvier 1931).

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Seul militaire français de cette guerre à avoir reçu la dignité de maréchal avant la fin des combats, Foch a obtenu cette dignité le 6 août 1918 et a reçu son bâton de maréchal à Bombon le 23 août 1918 en présence de Raymond Poincaré (Président de la République) et de Georges Clemenceau (Président du Conseil). Le bâton fut réalisé par Cartier et portait l’inscription traditionnelle : "Terror belli, decus pacis" (Terreur de la guerre, honneurs de la paix). Foch a ensuite signé l’Armistice à la Rethondes le 11 novembre 1918.

Les armées sous le commandement de Foch auraient pu continuer plus loin leur reconquête jusqu’à Berlin : « Foch était maître d’étrangler l’ennemi. Mais dans la conviction qu’un armistice permettrait de régler, à la complète satisfaction du droit, les conditions de la paix future, il n’a pas voulu, par sentiment d’humanité, conseiller de plus longues hécatombes. Pour ce soldat français, pour ce soldat chrétien, la guerre n’était pas un but ; elle n’était qu’un moyen, et non pas le moyen de procurer à un pays l’enrichissement ou la domination, mais le moyen de maintenir son indépendance et sa pleine sécurité. » (Raymond Poincaré, le 26 mars 1929).

Oui, "fou" était le mot employé par Clemenceau lui-même, qui, revenu au pouvoir le 16 novembre 1917 grâce au Président Raymond Poincaré (alors que les deux hommes se détestaient mutuellement) pour faire la guerre à outrance jusqu’à la Victoire, n’hésita pas à s’expliquer plus tard : « Je me suis dit ; essayons Foch ! Au moins, nous mourrons le fusil à la main ! J’ai laissé cet homme sensé, plein de raison, qu’était Pétain ; j’ai adopté ce fou qu’était Foch. C’est le fou qui nous a tirés de là ! ». Clemenceau l’avait appelé aussi : « cette espèce d’homme enragé de se battre ».

Le maréchal Pétain, lui succédant à l’Académie, fit l’éloge de Foch le 22 janvier 1931, en expliquant qu’avant de commander, il avait coordonné avec un esprit clair et pratique : « Foch impose ses vues aux états-majors alliés, cependant, il n’a pas le commandement (…). Il ne donne donc pas d’ordre, il persuade, il conseille. Mais quelle puissance ont ces conseils, qu’il n’hésite pas à renforcer par une note rédigée dans ce style net, émaillé d’expressions vigoureuses, qui est le reflet de sa pensée ! Enfin, Foch fait preuve déjà de ce qu’on pourrait appeler "l’esprit interallié". Au lieu d’accentuer les tendances particularistes d’éléments si divers, il en prépare l’amalgame. Certes, il sait discerner les qualités et les défauts des armées alliées, mais, à tous, il fait confiance. Il compte sur leur "amour-propre", et il leur apporte indistinctement, suivant les exigences du moment, l’appui des renforts français. Par son impartialité, il gagne la reconnaissance des Alliés. Par la maîtrise avec laquelle il domine les événements, il conquiert aux yeux de tous un incontestable prestige et prépare ainsi les voies au commandement unique. ».

Et Pétain finissait ainsi : « Dans l’action, il se transfigurait : l’énergie et l’autorité rayonnaient de sa personne. En paroles hachées, en phrases incomplètes, terminées par des gestes brusques et expressifs, les idées jaillissaient tumultueusement, idées souvent obscures pour ceux qui ne connaissaient pas les voies de son esprit. On le prenait pour un impulsif, mais sous cet aspect quelquefois effervescent, les conceptions étaient réfléchies, l’argumentation logique ; il les appliquait d’une parole impérieuse qui violentait l’esprit de ses auditeurs ; mais sa conviction évidente, ses brusqueries même, lui conquéraient des sympathies. D’ailleurs, il savait au besoin employer d’autres méthodes ; tandis qu’il ne ménageait pas ses boutades aux Français ou aux officiers de son entourage, il usait, vis-à-vis des chefs alliés, d’infiniment de diplomatie. Volonté, confiance en soi, énergie indomptable, telles sont les qualités maîtresses de [Foch]. (…) Cette figure appartient désormais à l’histoire. (…) Aux yeux de la France, Foch a été le grand vainqueur de la guerre. La postérité lui gardera cette auréole. » (22 janvier 1931).

Même le Général De Gaulle a pris Foch pour modèle dans l’importance d’un commandement interallié et d’un commandement unitaire. Lorsqu’il a rendu hommage à Foch à l’occasion du quatorzième anniversaire de sa mort (le 20 mars 1943), il a déclaré : « Il me semble (…) que la grande mémoire du maréchal Foch nous rappelle aujourd’hui, au cœur de cette guerre, une condition élémentaire du succès. Cette condition, c’est l’unité de l’effort. » (Cité par Laurent Legrand dans "Le Point" du 11 novembre 2013). Cette unité de l’effort, il l’a réalisée à la même anée (1943) grâce à Jean Moulin en unifiant tous les mouvements de résistance intérieure dans le cadre du Conseil National de la Résistance.

Le maréchal Foch n’avait jamais demandé aucun honneur, n’avait même pas été candidat à l’Académie, mais il en a reçu de nombreux, et sans doute que le plus grand honneur, ce fut lorsque les deux assemblées parlementaires, le jour de l’Armistice, ont déclaré que Foch avait bien mérité de la patrie, comme Clemenceau du reste (loi du 17 novembre 1918 ; Raymond Poincaré a reçu ce même honneur par la loi du 20 février 1920). Foch fut également maréchal de l’armée britannique (le 19 juillet 1919) et de l’armée polonaise (13 avril 1923), il fut également docteur honoris causa de l’Université de Cracovie. De plus, il fut très médaillé, entre autres, grand-croix de la Légion d’honneur dès le 8 octobre 1915. Son nom servit à baptiser un porte-avions, également de très nombreuses avenues en France et à l’étranger, en particulier à Nancy, Metz, et bien sûr à Paris, l’avenue prestigieuse allant du Bois de Bologne (Porte Dauphine) à la Place de l’Étoile, dans le seizième arrondissement. À l’évidence, la France n’a pas connu un pareil stratège si énergique en 1940…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 mars 2019)
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Pour aller plus loin :
10 et 11 novembre 2018 : la paix, cent ans plus tard.
Le maréchal Ferdinand Foch.
Le colonel Arnaud Beltrame.
Beyrouth, il y a trente-cinq ans.
L’amiral François Flohic.

Protégeons la Ve République !
Jean Moulin.
Daniel Cordier.
Le maréchal Philippe Leclerc.
Le général Charles De Gaulle.
Le général Napoléon Bonaparte.
Le maréchal Philippe Pétain.
L’amiral Philippe De Gaulle.
Le général Marcel Bigeard.
Le général Pierre de Villiers.
Le Colonel de La Rocque.
Le colonel Émile Driant.
Être patriote.
L’appel du 18 juin.

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