« C’est sur cette terre que je vais mourir. » (1er février 2011).


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Avec une pointe de condescendance : « Nous ne sommes pas des Tunisiens, tout de même ! ». C’était un propriétaire d’hôtel qui m’expliquait cela le 25 janvier 2011. Il avait beaucoup investi dans le tourisme local et il n’était pas question de déstabiliser ainsi son pays. Je séjournais dans le sud de l’Égypte et la première journée de manifestations s’était soldé par plusieurs morts au Caire. Pour comprendre, il faut revoir la chronologie.

Onze jours auparavant, le 14 janvier 2011, après plusieurs semaines de manifestations, le Président tunisien Ben Ali a fui son pays et s’est réfugié en Arabie Saoudite où il doit certainement s’y trouver encore. Mais la Tunisie est un petit pays. Les Égyptiens, c’est un grand peuple, ce sont les héritiers des pharaons, l’une des premières civilisations de l’humanité. Nous valons mieux que les Tunisiens, semblait-il dire en quelques sortes.

En septembre 2011, était prévue la deuxième élection présidentielle pluraliste (la première avait eu lieu le 6 septembre 2005). En principe, Hosni Moubarak aurait dû être réélu et fêter le trentième anniversaire de son arrivée au pouvoir. Trente ans ! Il est arrivé au pouvoir le 13 octobre 1981 à la suite de l’assassinat de Sadate. Il était son Vice-Président de la République depuis le 16 avril 1975, et donc son dauphin, contrôlant l’armée égyptienne.

Entré dans l’armée de l’Armée de l’air égyptienne en 1949, Moubarak a fait toute sa carrière dans l’armée jusqu’à devenir, entre le 23 avril 1972 et le 16 avril 1975, le chef d’état-major de l’Armée de l’air et le Vice-Ministre de la Défense. En 1974, il fut promu maréchal de l’armée de l’air. Lorsqu’est survenue la révolution égyptienne, cela faisait vingt-neuf ans qu’il tenait le pays d’une main de fer, avec l’armée à ses bottes, suscitant au fil des années la colère des moins aisés.

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Décision inédite, le pouvoir avait coupé toutes les liaisons Internet et de téléphonie cellulaire du 27 janvier au 3 février 2011. La Haute Cour administrative du Caire a condamné le 28 mai 2011 Hosni Moubarak à une amende de 23,3 millions d’euros pour les conséquences économiques désastreuses d’une telle décision.

Le changement de gouvernement le 28 janvier 2011, puis l’allocution du 1er février qui annonça la limitation à deux mandats présidentiels tout en souhaitant achever son cinquième mandat avec ces explications : « Je tiens à finir ma mission. » ont tenté de redresser la situation. Mais en vain. La répression policière pour faire évacuer la place Tahrir au Caire le 2 février 2011, qui fit des centaines de morts, renforça la colère des Égyptiens. Après une dernière tentative le 10 février 2011 où il confirma son intention de s’accrocher au pouvoir, il a dû finalement le quitter le lendemain, 11 février 2011, la queue entre les pattes.

Les révolutionnaires égyptiens furent alors très joyeux d’apprendre le départ d’Hosni Moubarak vers sa maison de Charm El-Cheikh. Mais les manifestations continuèrent jusqu’en avril 2011 pour exiger son arrestation. Hosni Moubarak fut alors arrêté le 12 avril 2011 pour deux chefs d’inculpation : sa responsabilité dans la mort des 864 victimes de la répression de la révolution, et son implication dans la corruption.

Après un malaise cardiaque (il fut placé en soins intensifs), il fut transféré dans un hôpital militaire au Caire le 16 avril 2011. Son procès pour "meurtres et tentative de meurtres sur des manifestants, abus de pouvoir et de biens sociaux et atteinte aux intérêts de l’État" pendant la révolution a commencé le 3 août 2011. Moubarak fut présent au cours de ce procès… sur une civière, plaidant non coupable. Le 5 janvier 2012, le procureur a requis la peine de mort par pendaison (comme Saddam Hussein). Finalement, le 2 juin 2012, il fut condamné à la prison à perpétuité.

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En raison de son état de santé (des rumeurs évoquaient une attaque cérébrale abev assistance respiratoire dès le 20 juin 2012), il fut mis en liberté conditionnelle le 21 août 2013. Il fut acquitté le 2 mars 2017 lors d’un second procès sur les accusations de meurtres de jeunes manifestants révolutionnaires. Enfin, il fut définitivement libéré le 24 mars 2017. Entre temps, le maréchal Al-Sissi a pris le pouvoir le 8 juin 2014 sur le Président islamiste Mohamed Morsi (élu le 17 juin 2012) au cours du coup d’État du 3 juillet 2013 et vient d’être réélu à la tête de l’Égypte le 28 mars 2018.

Alors, que devient Moubarak ? Eh bien, comme Ben Ali, Moubarak vit une paisible retraite libre, mais à la différence de Ben Ali, sa liberté est reconnue par son pays tandis que Ben Ali est recherché par les autorités tunisiennes sur sa responsabilité dans la répression des manifestations de décembre 2010 et janvier 2011.

Et ce vendredi 4 mai 2018, Hosni Moubarak fête ses 90 ans. Pour un homme in articulo mortis il y a six ans, c’est une belle performance…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 mai 2018)
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Pour aller plus loin :
Et Moubarak, que devient-il ?
Sissi imperator.
Gamal Abdel Nasser.
Abdel Fattah Al-Sissi et Mohamed Morsi.
Marine Le Pen en Égypte.
Les révolutions arabes de 2011.
Entre vert moutarde et vert croissant.
Et si l’on écoutait Michel Rocard ?
Moubarak démissionne.
L’obélisque de la Concorde.
Transition égyptienne : entre colère et raison.
L’Égypte, fin janvier 2011.
Une autre victime au Caire le 22 février 2009.

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