« Vous voyez le monde tel qu’il est et vous vous dites : "Pourquoi ?". Moi, je rêve d’un autre monde et je me dis : "Pourquoi pas ?". » (George Bernard Shaw).


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Le sénateur charismatique Bob Kennedy est mort il y a juste cinquante ans, dans la nuit du 5 au 6 juin 1968, des suites d’un attentat commis la veille, dans la nuit du 4 au 5 juin 1968, à la fin d’un discours dans un hôtel à Los Angeles. Tragique assassinat qui a suivi de deux mois celui de Martin Luther King et aussi celui de son frère, près de cinq ans auparavant. Bob Kennedy, qui avait alors 42 ans, venait de fêter le soir même sa grande victoire aux primaires démocrates en Californie face au Vice-Président Hubert Humphrey, à George MacGovern et à Eugene MacCarthy. Malgré sa deuxième place, il était devenu, pour de nombreux observateurs, le candidat le plus probable du Parti démocrate aux élections présidentielles du 5 novembre 1968 parce qu’il avait réussi à insuffler un vent de renouvellement qui aurait contribué à réincarner le rêve américain.

Bob Kennedy était d’abord une tête pensante, bien plus intellectuel que son frère JFK, et aussi, considéré comme plus idéaliste, plus progressiste, plus "à gauche" selon le regard américain. Son volontarisme pouvait se résumer à cet aphorisme très américain : « Seuls ceux qui prennent le risque d’échouer spectaculairement réussiront brillamment. ». En pleine guerre de Vietnam (dont l’impopularité avait fait renoncer à la candidature le Président sortant Lyndon B. Johnson le 31 mars 1968), l’élection présidentielle de 1968 avait suscité beaucoup d’espoirs parmi les plus défavorisés du peuple américain. Encore en position d’outsider, Bob Kennedy était en passe, par sa popularité, d’en être le favori et son élection aurait constituée une sorte de continuité avec la Présidence inachevée de son frère John.

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Né le 20 novembre 1925 dans une grande famille d’émigrés irlandais (catholiques), Bob Kennedy a suivi de brillantes études à Harvard et à l’Université de Virginie pour devenir avocat en 1951. Dès l’année suivante (à l’âge de 26 ans), il collabora avec son frère John Kennedy pour le faire élire sénateur (élu le 4 novembre 1952). Il accompagna l’aventure familiale jusqu’à la Maison-Blanche avec l’élection de son frère le 8 novembre 1960.

Par la suite, il y a eu d’autres aventures présidentielles familiales, pas le frère mais le fils avec les Bush, ou l’épouse, avec les Clinton, mais il pouvait être étonnant que le Président des États-Unis nommât un de ses frères à un poste stratégique dans le fonctionnement des institutions américaines. En effet, le 20 janvier 1961, quand il est devenu Président, John a nommé Bob Kennedy, seulement 35 ans, au poste de Ministre de la Justice. À ses fonctions, il tenta de lutter contre la grande criminalité, mais il fut surtout un conseiller très particulier et très écouté du Président, ayant eu une influence décisive en politique étrangère et en politique sociale, notamment dans la résolution de la crise des missiles soviétiques à Cuba et dans l’engagement fort en faveur des droits civiques dans le sillage de Martin Luther King.

Bob Kennedy resta à ce poste après l’assassinat de JFK (le 22 novembre 1963), car Lyndon Johnson l’a reconduit, mais il donna sa démission le 3 septembre 1964, date à partir de laquelle il avait des visées explicitement présidentielles. Bob Kennedy s’est alors fait élire le 3 novembre 1964 au siège de sénateur à New York (le même siège que plus tard Hillary Clinton), comme tremplin pour atterrir à la Maison-Blanche. Sa candidature a été annoncée officiellement le 16 mars 1968.

Partisan de l’abolition de la peine de mort, de la lutte contre la pauvreté, aux États-Unis mais aussi dans les pays en voie de développement, opposé à la guerre du Vietnam, il est devenu le véritable porte-parole des "sans-dents" de la Terre. En tout cas, l’un des porte-parole les plus écoutés et les plus talentueux parmi ses contemporains.

Choqué par l’assassinat de Martin Luther King, le 4 avril 1968, Bob Kennedy a voulu rencontrer le jour même la population afro-américaine à Indianapolis pour leur apprendre la triste nouvelle et prononcer  un discours improvisé et court sur la paix : « Martin Luther King a consacré sa vie à l’amour et à la justice entre ses semblables. (…) Il est peut-être bon de se demander quel genre de nation nous sommes et dans quelle direction nous voulons aller. (…) Nous pouvons aller (…) dans une plus grande polarisation (…), remplis de haine les uns envers les autres. Ou nous pouvons faire un effort, comme l’a fait Martin Luther King, pour comprendre, et pour expliquer, et remplacer cette violence, cette tache de sang qui s’est répandue à travers notre pays, par un effort de compréhension, de compassion et d’amour. ».

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En terminant sur ce passage resté très célèbre : « Ce dont nous avons besoin aux États-Unis, ce n’est pas la division ; ce dont nous avons besoin aux États-Unis, ce n’est pas la haine ; ce dont nous avons besoin aux États-Unis, ce ne sont pas la violence et l’anarchie, mais l’amour, la sagesse, la compassion des uns envers les autres, et le sentiment de justice envers ceux qui souffrent encore dans notre pays (…). » (4 avril 1968).

Après son discours dans la nuit du 4 au 5 juin 1968 pour fêter sa victoire aux primaires démocrates en Californie, Bob Kennedy a voulu rejoindre la salle de presse de l’Ambassador Hotel par les cuisines et essuya une rafale de tirs provenant d’un jeune Palestinien de 24 ans. Ce dernier, jugé coupable de l’assassinat, fut condamné à mort le 23 avril 1969, mais sa peine fut commuée en réclusion criminelle à perpétuité en 1972 comme tous les autres condamnés à mort en Californie.

Si le fait que ce Palestinien (antisioniste qui vouait une haine contre les Kennedy qui avaient apporté leur soutien à l’État d’Israël) ait tiré et que certaines de ses balles aient traversé le corps de Bob Kennedy ne fait aucun doute, il demeure cependant encore quelques doutes sur sa culpabilité en tant qu’assassin. Certains ont envisagé un second tireur. En effet, certaines analyses balistiques auraient montré que son arme n’était pas à l’origine de la balle mortelle (tirée à 8 centimètres au maximum dans la nuque alors que se trouvait en face du sénateur à environ un mètre, mais Bob Kennedy serrait des mains des personnes massées autour de lui et aurait pu se retourner brusquement pour atteindre une main tendue). Ce Palestinien, de maintenant 74 ans, est toujours en prison à Corcoran, en Californie.

Présidant les funérailles à la cathédrale Saint-Patrick de New York le 8 juin 1968, Ted Kennedy déclara : « Mon frère n’a pas besoin d’être idéalisé, ou grandi dans la mort au-delà de ce qu’il était dans la vie. Il doit être reconnu simplement comme un homme aussi bon qu’honnête, qui a vu le mal et essayait de l’enrayer, a vu la souffrance et a essayé de la guérir, a vu la guerre et a essayé de l’arrêter. ». Ted Kennedy a eu une grande carrière politique, jeune sénateur de 1962 jusqu’à sa mort en 2009 (plus de quarante-six ans de mandat !), mais n’a jamais réussi à devenir le candidat du Parti démocrate à des élections présidentielles (en particulier en 1972 et en 1980).

Le Vice-Président Hubert Humphrey qui avait le soutien de l’appareil du Parti démocrate (et qui avait encore une certaine avance avec 561 délégués contre 393 en faveur de Bob Kennedy) fut finalement choisi comme candidat démocrate à l’issue des primaires mais fut battu de justesse (avec un retard de 0,7% des voix) le 5 novembre 1969 par l’ancien Vice-Président républicain Richard Nixon, l’ancien adversaire que John Kennedy avait vaincu en 1960.

L’une des plus célèbres citations de Bob Kennedy fut prononcée à l’Université du Cap, en Afrique du Sud pour s’opposer à l’apartheid en juin 1966 : « Chaque fois qu’un homme se dresse pour défendre un idéal, améliorer le sort de ses semblables, redresser une injustice, naît une minuscule vaguelette d’espoir. ». Cet homme, cela pouvait être lui, capable de faire surgir une grande vague d’espoir mais qui fut arrêtée par le cynisme et la terreur.

Deux documentaires de Patrick Jeudy sont intéressants à voir pour mieux comprendre la vie politique de Bob Kennedy : "Bobby Kennedy, l’homme qui voulait changer l’Amérique" (2003) et "Bobby Kennedy, le rêve brisé de l’Amérique" (2018), ce dernier est certains jours en diffusion sur France 3.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 juin 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
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L’immigration irlandaise.
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Margaret Keane.
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