« L’homme, cette créature de Dieu, plus encore que la Lune mystérieuse, au centre de cette entreprise, se révèle à nous. Il s’avère être géant. Il se révèle être divin, non pas en lui-même, mais dans son principe et dans son destin. Honneur à l’homme, honneur à sa dignité, à son esprit, à sa vie. » (Saint Paul VI, Angelus du 13 juillet 1969).


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Il y a cinquante ans, dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969, "On a marché sur la Lune". L’être humain, ou plutôt Neil Armstrong puis Buzz Aldrin, ont posé un pied sur la surface lunaire, symbolisant le succès de la mission Apollo-11.

Dans cette perspective, le pape (désormais) saint Paul VI avait accueilli la mission, une semaine auparavant, avec beaucoup d’intérêt : « La science et la technologie se manifestent de manière si incomparable, si complexe et si audacieuse qu’elles marquent le sommet de leurs conquêtes et en laissent présager d’autres : l’imagination n’est même plus en mesure maintenant de les rêver. Et ce qui est le plus étonnant, c’est de voir qu’il ne s’agit pas de rêves. La science-fiction devient réalité. Et puis, si nous considérons l’organisation des cerveaux, des activités, des instruments, des moyens économiques, avec toutes les études, les expériences, les tentatives que l’entreprise requiert, l’admiration se fait réflexion, et la réflexion se tourne vers l’homme, vers le monde, vers la civilisation, dont jaillissent des nouveautés d’une telle sagesse et d’une telle puissance. » (site du Vatican).

Même la Lune d’aujourd’hui s’est mise en tenue de cérémonie pour célébrer ce cinquantenaire. Cinquante ans après le décollage de la fusée, le 16 juillet 2019, à partir de 20 heures 43 (et jusqu’à 01 heure 37, heures de Paris), la Lune, pleine, s’est mise dans la continuité de la droite formée par le Soleil et la Terre, si bien qu’on pouvait voir une éclipse partielle recouvrant 65% de sa surface visible à partir de la zone nord.

Hélas, je n’ai vu que le début de ce spectacle, lorsque la Lune, déjà ombrée, s’est levée avec majesté et étant en déplacement imprévu, je n’ai pas pris le matériel adéquat pour fixer ce moment magique de manière satisfaisante…

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Le bébé pouvait avoir dix-huit mois et savait déjà ce qu’étaient le Soleil et la Lune. Il était réveillé en pleine nuit pour un transfert chez une voisine qui ne lui était pas inconnue. Mystérieuse aventure nocturne, dont le caractère exceptionnel avait été immédiatement ressenti. Devant un poste de télévision (les ancêtres au tube cathodique), en noir et blanc évidemment, autour de sa famille et de celle de la voisine, dans un silence glacial que le cœur, éponge à cet âge-là, a pris pour une émotion immense, une émotion primordiale, il a vu dans ce paysage de nuit les deux hommes se poser lentement sur la Lune.

Étonnant réflexion : il ne connaissait pas encore Hergé, pas encore Jules Verne, n’avait pas encore vu "2001, l’Odyssée de l’Espace" (sorti le 3 avril 1968), mais il avait compris qu’une page d’histoire était en train d’être écrite, en train d’être vécue. Il ne connaissait pas la complexité de la science, de la technologie, ni les aspects économiques, ni les batailles politiques de la guerre froide, mais il comprenait que ce moment n’était pas anodin.

Ce ne sont pas les images qui sont ses souvenirs, car elles ont pu être vues et revues par la suite de son existence, mais cette émotion si particulière, si indéfinissable, qui lui disait que décidément, l’homme était grand. Mais la réflexion devait se poursuivre ultérieurement en ajoutant : mais au cours du même siècle, comme l’homme a pu aussi être si petit

L’exploit a été voulu par le Président John F. Kennedy dans deux discours qui ont marqué sa courte Présidence. Le 25 mai 1961 devant le Congrès à Washington, John Kennedy exprima cette ambition technologiquement folle : « Je crois que cette nation devrait s’engager à atteindre l’objectif, avant la fin de cette décennie, de faire atterrir un homme sur la Lune et le ramener sain et sauf sur Terre. ». Objectif court, précis, compréhensible et mesurable. Cela faisait seulement quatre mois qu’il occupait la Maison-Blanche.

Les considérations politiques étaient sans doute plus fortes que les réflexions technologiques : le 12 avril 1961, Youri Gagarine fut le premier homme lancé dans l’Espace, ce qui donna à l’Union Soviétique une image incomparable de grande nation moderne tournée vers l’avenir. Les États-Unis ne pouvaient pas laisser aux Soviétiques le monopole de l’exploration spatiale.

L’objectif a été donc donné avant même que le premier Américain fût lancé dans l’Espace. Il a été confirmé par John Kennedy lors de son discours à l’Université Rice, à Houston, le 12 septembre 1962 : « Nous avons choisi d’aller sur la Lune. Nous avons choisi d’aller sur la Lune au cours de cette décennie et d’accomplir d’autres choses encore, non pas parce que c’est facile, mais justement parce que c’est difficile. Parce que cet objectif servira à organiser et à offrir le meilleur de notre énergie et de notre savoir-faire, parce que c’est le défi que nous sommes prêts à relever, celui que nous refusons de remettre à plus tard, celui que nous avons la ferme intention de remporter, tout comme les autres. ».

Et le calendrier fut tenu : avant la fin de la décennie. Le décollage de la fusée Saturn V a eu lieu le 16 juillet 1969 à 14h32 (je donne ici toujours en heure de Paris, il faut retrancher cinq heures pour connaître l’heure locale à Cap Canaveral, en Floride). Un million de personnes étaient présentes pour assister physiquement au décollage. Dont près de 3 500 journalistes du monde entier. Événement mondial.

À bord, les trois astronautes américains, des héros dont les noms, très rapidement, jusque dans les livres pour enfants, ont été diffusés dans la littérature, à l’égal d’un Christophe Colomb (mais aussi d’un Paul-Émile Victor, d’un Jacques-Yves Cousteau, entre autres) : Michael Collins (38 ans), Neil Armstrong (38 ans) et Buzz Aldrin (39 ans). Le trajet pour arriver jusqu’à la Lune a duré trois jours. La mise sur orbite lunaire a commencé le 19 juillet 1969 à 18h22.

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Ensuite, Michael Collins resta dans le vaisseau Apollo (module de commande et de service CSM) pendant que ses deux collègues le quittèrent le 20 juillet 1960 à 18h44 dans le module lunaire Eagle dans le but d’alunir (de nombreux jeux vidéos, dès le début des années 1980, ont repris une simulation de cet alunissage, notamment sur Apple-2).

L’alunissage a eu lieu le 20 juillet 1969 à 21h18. Enfin, Neil Armstrong, le héros des héros, est sorti du module et a mis le premier pas humain sur la surface lunaire le 21 juillet 1969 à 03h56 du matin (en pleine nuit donc à Paris, mais en début de soirée à Houston). Fameuse phrase entendue par 600 millions téléspectateurs (soit 17% de la population mondiale !) grâce à une retransmission en direct en mondovision : « That’s one small step for man, one giant leap for manking. » [C’est un petit pas pour un homme, un bond de géant pour l’humanité].

Buzz Aldrin suivit son collègue dix-neuf minutes plus tard. Il a mis plusieurs minutes à descendre du module vers le sol en plaisantant (en disant qu’il ne fallait pas qu’il bloquât le verrou en quittant le module). Toutes les photographies représentées ici ont été prises par Neil Armstrong et donc, montrent Buzz Aldrin. Ne manquant pas d’humour, Buzz Aldrin constata : « Belle vue » et « Magnifique désolation », puis expliqua par la suite : « Armstrong a peut-être été le premier homme à marcher sur la Lune, mais j’ai été le premier à faire pipi sur la Lune. ». L’émotion, toujours.

Les deux hommes ont ensuite posé une plaque : « Nous sommes venus dans un esprit pacifique au nom de toute l’humanité. ». Ce qui est amusant dans l’égocentrisme terrien, c’est d’avoir mis la date (juillet 1969), une date très arbitraire puisque dépendant de l’histoire des Terriens, ainsi que le nom de notre planète, lui aussi très arbitraire. Au cours de leur mission sur le sol lunaire où ils sont restés 151 minutes (jusqu’à 06h37) et ont récupéré des échantillons lunaires, ils ont eu droit à un échange (public) avec le Président des États-Unis Richard Nixon, lui installé dans son bureau ovale de la Maison-Blanche.

Le pape saint Paul VI a, lui aussi, adressé un message de félicitations aux astronautes et à tous ceux qui ont participé à l’odyssée lunaire, depuis sa résidence de Castel Gandolfo (près de Rome) le 21 juillet 1969 : « Nous ne sommes plus une frontière insurmontable de l’existence humaine, mais un seuil ouvert aux grands espaces sans limites et aux nouveaux destins. (…) Honneur à vous, hommes architectes de la grande entreprise spatiale ! Honneur aux hommes responsables, érudits, créateurs, organisateurs, opérateurs ! Honneur à tous ceux qui ont rendu ce vol audacieux possible ! (…) Honneur à vous qui, assis derrière votre appareil prodigieux, avez gouverné, avez informé le monde, avez élargi la domination sage et audacieuse de l’homme jusqu’aux profondeurs célestes. » (site du Vatican).

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Après une période de repos, leur décollage du sol lunaire a commencé le 21 juillet 1969 à 18h54, et les deux astronautes ont regagné à 22h35 leur collègue Michael Collins dans le vaisseau qui lui-même a regagné la Terre avec une durée plus courte pour le retour, 59 heures, en raison de la plus grande force gravitationnelle (de la Terre par rapport à la Lune).

Le 24 juillet 2019 à 17h51, les trois astronautes ont réussi à amerrir dans l’Océan Pacifique et furent mis en quarantaine pendant 21 jours pour prévenir d’éventuels germes de contamination. Après une conférence de presse tenue le 16 septembre 1969, les trois héros ont entamé une tournée mondiale triomphale du 29 septembre 1969 au 5 novembre 1969 où ils furent reçus dans vingt-trois pays. Des trois astronautes, Michael Collins et Buzz Aldrin sont toujours vivants, seul Neil Armstrong est mort à 82 ans le 25 août 2012 à Cincinnati, des suites d’une opération du cœur.

Les États-Unis venaient alors de reprendre leur "revanche" sur l’Union Soviétique dans la course de la conquête de l’Espace. Mais là n’était pas l’essentiel, tellement peu essentiel que l’URSS a disparu vingt-deux années plus tard. L’essentiel, c’était évidemment qu’après l’exploration humaine des terres arides, des déserts, des montagnes élevées, des océans, des pôles, l’être humain a exploré la Lune. La première exploration extraterrestre par l’homme. Ce fut un exploit multiple.

Exploit philosophique sinon onirique : la Lune est un astre que tout le monde connaît, même les plus petits. Le plus visible après le Soleil. C’était donc normal que l’homme imaginât très tôt l’idée d’y faire un tour. De nombreux créateurs l’ont imaginé et la bande dessinée de Tintin était particulièrement étonnante en ce sens que les descriptions d’Hergé étaient peu éloignées des aspects techniques réels. Jules Verne évidemment en a fait aussi le centre d’un de ses nombreux ouvrages d’anticipation. Cette symbolique montre une incroyable puissance de l’intelligence humaine à pouvoir réaliser des rêves très ambitieux.

Exploit technologique aussi. Certains de la Nasa ont déclaré qu’aujourd’hui, il serait plus difficile de retourner sur la Lune pour deux raisons. D’une part, le savoir-faire technologique de l’époque a disparu en même temps que les personnes impliquées dans cette aventure (retraite, décès). D’autre part, surtout, car ce qu’on est capable de faire une fois, on peut toujours le refaire une seconde fois, mais aujourd’hui, l’attention portée à la protection, à la sécurité est telle qu’on n’aurait jamais osé envoyer ces trois hommes, dans ces conditions, vers la Lune.

Rappelons plusieurs choses à cet égard. Trois autres héros, malheureusement moins célébrés, ont péri au début du programme Apollo. Ils devaient se lancer dans la première mission, Apollo-1 (juste un vol habité), mais ils furent tués asphyxiés lors d’un essai sur Terre en conditions réelles le 27 janvier 1967 à cause d’un incendie dans le vaisseau : Gus Grissom (40 ans), Ed White (36 ans) et Roger Chaffee (31 ans). La mission lunaire a tué. Le courage de leurs collègues acceptant pourtant de continuer l’aventure n’en a été que renforcé.

Par ailleurs, les conditions de départ de Collins, Armstrong et Aldrin furent si peu sécurisées (notamment en cas de problème au décollage) que Richard Nixon avait déjà fait préparer son discours d’hommage aux astronautes supposés disparus et toute une procédure avait déjà été pensée (appel téléphonique du Président aux épouses, etc.).

C’était vrai que les conditions technologiques des missions Apollo, pas plus d’ailleurs que les missions soviétiques, étaient très sécurisées : aucune électronique (ce qui, cependant, évitait d’autres défaillances ultérieures), et peu de plan B ou plan C en cas de pannes. Au-delà des capacités intellectuelles et physiques exceptionnelles, les astronautes devaient donc avoir une personnalité forte et une mentalité très courageuse, prête au sacrifice, comme on pouvait la trouver par exemple chez les résistants pendant la guerre (où la probabilité de mourir était loin d’être nulle).

Quatre autres missions ont permis à des astronautes de mettre leurs pas sur la Lune : Apollo-12 (19 au 20 novembre 1969), Apollo-14 (5 au 6 février 1971), Apollo-15 (30 juillet au 2 août 1971), Apollo-16 (21 au 24 avril 1972) et Apollo-17 (11 au 14 décembre 1972). Les missions se sont arrêtées pour plusieurs raisons mais principalement pour des raisons budgétaires et politiques (guerre de Vietnam, lutte contre la pauvreté) : les missions Apollo-18, Apollo-19 et Apollo-20 (prévues pour la période de 1972 à 1974) furent supprimées le 20 septembre 1970.

Le Président George H. W. Bush (Sr) proposa un nouveau programme lunaire le 20 juillet 1989 (pour le 20e anniversaire), que son fils, en 2004, tenta de relancer après l’explosion de la navette Columbia, mais l’idée fut finalement abandonnée par Barack Obama le 1er février 2010, toujours pour des raisons budgétaires.

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Depuis une dizaine d’années, une rumeur court sur l’Internet, à l’instar des théories complotistes sur l’attentat du 11 septembre 2001, selon laquelle les Américains n’auraient jamais posé un pied à la surface lunaire. Malgré les preuves nombreuses (rappelons-nous qu’il y a eu cinq missions et pas seulement une seule), cette rumeur se fie à une information réelle qui est la suivante.

Lors d’une conférence de presse le 16 juillet 2009, la Nasa a affirmé que les bandes vidéo originales de la mission Apollo-11 n’ont pas été retrouvées et qu’elles avaient été sans doute effacées dans le cadre d’une réutilisation, procédure habituelle à l’époque. L’absence des bandes originales ne signifie pourtant pas l’absence de vidéo puisqu’elles ont été diffusées pratiquement dans tous les pays du monde en direct. Ainsi, des copies ont pu être restaurées et diffusées publiquement le 6 octobre 2010. Mais lorsque la rumeur court, elle ne s’arrête jamais, surtout lorsqu’elle permet de nourrir un antiaméricanisme qui, ici, serait particulièrement primaire.

Aujourd’hui, il serait plutôt question d’aller sur la planète Mars. Mais serait-ce vraiment utile et pertinent d’y mettre un pas humain ? Techniquement, ce serait au contraire un handicap, car les robots ont une meilleure capacité de "survie" que l’humain dans des conditions physico-chimiques très rudes. Politiquement, les crises économiques structurelles et la croissance des inégalités sociales rendent difficile la justification de dépenses aussi massives. Enfin, psychologiquement, au contraire d’un voyage sur la Lune, l’idée d’un voyage habité sur Mars n’a jamais fait partie des "rêves populaires". Cependant, certains scientifiques défendent cette idée avec des arguments qui peuvent être convaincants, mais c’est un autre sujet…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juillet 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Peter Higgs.
Stephen Hawking.
La théorie de la Relativité générale d'Einstein encore vérifiée (publication du 29 juin 2018 à télécharger).
"Radar evidence of subglacial liquid water on Mars", R. Orosei et al., "Science" (publication du 25 juillet 2018 à télécharger).
Les 60 ans de la NASA.
Le dernier vol des navettes spatiales.
Rosetta : mission remplie !
Youri Gagarine.
Spoutnik.
Les petits humanoïdes de Roswell.
André Brahic.
Evry Schatzman.
La relativité générale.
Max Planck.
Marie Curie.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190720-apollo-11-lune.html

https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/l-emotion-primordiale-du-premier-216720

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/07/13/37497465.html