« Je ne veux pas d’un peuple juif généreux, libéral, anticolonialiste, anti-impérialiste… et mort ! » (Golda Meir).



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C’était cette intransigeance-là qui pouvait faire frémir lorsqu’on écoutait Golda Meir. Pourtant, l’apparence était trompeuse. Il y a cinquante ans, le 17 mars 1969, cette femme déjà âgée, 70 ans, l’air d’une grand-mère ukrainienne ridée et affaiblie par la vie, fumeuse comme il ne serait plus du tout permis aujourd’hui (il existe peu de photographies d’elle sans une cigarette à la main ou à la bouche), est devenue Premier Ministre de l’État d’Israël.

D’un tempérament très fort, elle a été parmi les (trois) premières femmes dans l’histoire du monde à diriger un gouvernement national. Et même encore maintenant, il n’y en a pas encore eu beaucoup, de femmes chefs de gouvernement ou Présidentes de la République (on peut citer Indira Gandhi, Benazir Bhutto, Margaret Thatcher, Theresa May, Angela Merkel, Michelle Bachelet, Dilma Rousseff, Cristina Kirchner, Eva Peron, Édith Cresson, etc. mais je ne cite pas dans les pays d’Europe du Nord ou de l’Est où elles sont plutôt nombreuses depuis une trentaine d’années).

Golda Meir refusa les propositions de paix du Président égyptien Anouar El-Sadate en février 1971 (accord de paix contre restitution des territoires occupés). Elle avait peu d’affection pour les Palestiniens. Elle se disait d’ailleurs elle-même Palestinienne, en tout cas, elle pouvait prouver qu’elle avait un passeport palestinien à l’époque du mandat britannique. Née à Kiev le 3 mai 1898 dans une famille très pauvre, elle a connu la persécution contre les Juifs en Ukraine. Sa famille a alors décidé d’émigrer aux États-Unis en 1906. Adolescente, elle aidait sa mère à tenir la petite épicerie familiale, mais à l’âge de 15 ans, elle est partie vivre sa vie, s’auto-suffire et faire des études. À 17 ans, elle commença à militer pour soutenir le projet sioniste et à 19 ans, elle s’est mariée.

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En 1921, le jeune couple émigra dans un kibboutz en Palestine alors sous mandat britannique. La vie y fut difficile au point que son mari aurait préféré retourner aux États-Unis, si bien qu’en 1924, ils se sont installés à Tel-Aviv. Elle a pris progressivement de plus en plus de responsabilités dans des organisations sionistes, au point d’être en 1934 membre du comité national de la communauté juive en Palestine, révélant déjà « [une oratrice] habile et une polémiste redoutable » (selon Amnon Kapeliouk).

Juste avant la création de l’État d’Israël, on lui confia quelques missions diplomatiques dont une pour convaincre le roi de Jordanie de ne pas faire la guerre à Israël. Elle a fait partie des vingt-quatre signataires de la déclaration d’indépendance de l’État d’Israël le 14 mai 1948. Elle fut donc, au regard de l’Histoire, une cofondatrice de l’État d’Israël, une historique. Par ailleurs, elle a obtenu le premier passeport israélien le 15 mai 1948.

Très vite, elle s’est transformée en femme d’État. Représentante d’Israël en URSS en 1948 ("ministre plénipotentiaire"), elle suscita beaucoup d’espoir chez les Juifs d’Union Soviétique. Élue députée en 1949 à la première Knesset (et réélue jusqu’en 1974), elle fut nommée Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale du 10 mars 1949 au 19 juin 1956, malgré la réticence des partis religieux qui n’imaginaient pas une femme ministre dans le gouvernement de David Ben Gourion. Au-delà du socialisme (travaillisme) qui leur était commun, Golda Meir partageait la même intransigeance que Ben Gourion contre les pays arabes qui voulaient l’anéantissement d’Israël.

Lorsque Ben Gourion limogea le Ministre des Affaires étrangères Moshe Sharett jugé trop mou, il proposa la succession à Golda Meir qui fut ainsi Ministre des Affaires étrangères de l’État d’Israël du 17 juin 1956 au 12 janvier 1966, pendant presque dix ans. Pourtant, la vie politique intérieure israélienne était (et reste) loin d’être un long fleuve tranquille. Dans les années 1960, Golda Meir entra régulièrement en conflit avec Ben Gourion qui cumulait en même temps le Ministère de la Défense. C’étaient ainsi deux administrations qui étaient souvent en conflit, avec notamment Shimon Peres qui était "directeur général" du Ministère de la Défense et qui se prenait parfois pour le Ministre des Affaires étrangères.

Au sein du futur parti travailliste (Mapai), Golda Meir faisait clairement figure de principale rivale de Ben Gourion et son influence interne augmenta lorsque Levi Eskhol prit, le 26 juin 1963, la succession de Ben Gourion contraint de démissionner à la suite d’un scandale politique. Elle quitta le gouvernement après les élections législatives de novembre 1965 pour devenir secrétaire générale du Mapai, puis secrétaire générale du parti travailliste (avec la fusion de trois partis), en 1968. Mais fatiguée et vieillie, elle démissionna de la tête du parti au pouvoir quelques mois plus tard, le 1er août 1968, et était sur le point de prendre sa retraite politique (d’autant plus que plus personne n’imaginait qu’elle pût encore avoir un avenir politique).

Ce qui a précipité les choses, ce fut la mort soudaine du Premier Ministre en exercice Levi Eshkol, d’une crise cardiaque, le 27 février 1969. La guerre de succession faisait rage chez les travaillistes, avec deux camps : d’une part, Moshe Dayan, à l’époque Ministre de la Défense, et d’autre part, Ygal Allon, Vice-Premier Ministre assurant l’intérim, tous les deux candidats au poste de Premier Ministre. Pour trouver un candidat de consensus, le parti travailliste a choisi finalement Golda Meir qui retrouva le pouvoir après l’avoir quitté quelques années.

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Golda Meir fut Premier Ministre d’Israël du 17 mars 1969 au 3 juin 1974. En raison de la victoire de la Guerre des Six-Jours en 1967, Golda Meir bénéficia d’une grande confiance populaire, ce qui l’encouragea à rester très ferme contre les Palestiniens, au point d’avoir déclaré, selon l’éditorialiste Jean Daniel dans un livre publié en 2008 : « Nous pourrons sans doute un jour vous pardonner d’avoir tué nos enfants. Mais il nous sera beaucoup plus difficile de vous pardonner de nous avoir contraint à tuer les vôtres. La paix viendra quand les Arabes aimeront leurs enfants plus qu’ils nous haïssent . » (sous réserve de véracité).

Comme Premier Ministre sortante, Golda Meir remporta deux élections législatives, celles du 28 octobre 1969 où son parti a obtenu 56 sièges (sur 120) et 46,2% des voix, et celles du 31 décembre 1973, en obtenant 51 sièges (sur 120) et 39,6% des voix.

L’attaque arabe surprise lors du déclenchement de la Guerre du Kippour le 6 octobre 1973 a conduit, malgré la victoire finale, à la démission de Golda Meir le 11 avril 1974 car de sérieux dysfonctionnements ont été constatés dans les services de renseignements. Un général a pris alors le relève, Yitzhak Rabin, qui a dû démissionner trois années plus tard à cause d’un scandale politique.

Retirée de la vie politique depuis cinq années et très malade, Golda Meir est morte à Jérusalem le 8 décembre 1978 à l’âge de 80 ans. Pour le moment, elle fut la seule femme à avoir dirigé un gouvernement israélien.

Successeure d’Ehud Olmert à la tête de Kadima, le parti centriste créé le 21 novembre 2005 par Ariel Sharon, Tzipi Livni, alors Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères sortante, s’était retrouvée en position de devenir très probablement la prochaine Premier Ministre (la seconde femme en Israël) lors des élections législatives du 10 février 2009 où elle avait obtenu 28 sièges (sur 120) et 22,5% des voix, soit le premier parti du pays, devant le Likoud de Benyamin Netanyahou avec 27 sièges et 21,6% des voix. Mais Tzipi Livni n’avait pas pu former de majorité, au contraire de son rival du Likoud allié avec le parti d’extrême droite d’Avigdor Liberman. Elle participa cependant au troisième gouvernement Netanyahou, après les élections législatives du 22 janvier 2013, comme Ministre de la Justice du 18 mars 2013 au 2 décembre 2014.

Après avoir créé sa propre formation politique et fait une alliance avec le parti travailliste (Union sioniste) pour les élections législatives anticipées du 17 mars 2015, Tzipi Livni était revenue sur l’avant-scène politique en devenant la chef de l’opposition à la Knesset du 1er août 2018 au 1er janvier 2019 (jusqu’à la rupture de l’alliance avec les travaillistes, à l’initiative de ces derniers). Discréditée dans les sondages, Tzipi Livni a alors décidé le 18 février 2019 de se retirer de la vie politique et de ne pas participer aux prochaines élections législatives qui auront lieu dans quelques jours, le 9 avril 2019, afin d’éviter la dispersion des voix centristes.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Golda Meir.
La lutte contre l’antisémitisme est l’affaire de tous !
Les Accords de Camp David.
La naissance de l’État d’Israël.
Massacre à Gaza.
Emmanuel Macron et le Vel d’Hiv (16 juillet 2017).
Tentative de paix en 1996.
Un géant à Jérusalem.
Shimon Peres.
Israël est une démocratie.
Yitzhak Rabin.
Le Président Peres.
Ariel Sharon.
Ehud Olmert.
Benyamin Netanyahou.
Yasser Arafat.

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https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/golda-meir-la-dame-de-fer-en-213521

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