« Fondez une Société des honnêtes gens, tous les voleurs en seront. » (Alain, 1914).


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Personne ne se réjouira de la mise en détention d’une personne, surtout si elle n’est pas une criminelle. Mais il est probable que l'arrestation et la mise en détention provisoire de l’individu Alexandre Benalla le mardi 19 février 2019 dans la soirée, à la veille de la publication du rapport sénatorial sur l’affaire qui porte son nom, n’attristeront pas ceux qui pensent que l’ancien collaborateur de l’Élysée doit être traité de la même manière que n’importe quel justiciable.

Alexandre Benalla était sous contrôle judiciaire mais selon les derniers rebondissements, il n’aurait pas respecté les conditions de celui-ci, ce qui expliquerait cette détention provisoire (qui ne l’empêche pas de bénéficier de la présomption d’innocence).

Depuis décembre 2018, Alexandre Benalla est "rejeté" par ses anciens employeurs, et en particulier par le Président Emmanuel Macron, mais ce qui était absolument incompréhensible, c’est qu’aucun collaborateur du chef de l’État (dont certains quittent aujourd’hui l’Élysée) n’ait su protéger le Président de la République en installant un cordon sanitaire étanche dès le 2 mai 2018, c’est-à-dire, dès que les faits reprochés à Alexandre Benalla ont été connus des services de l’Élysée.

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Après une première audition plus ou moins convaincante (plutôt plus que moins d’ailleurs) le 19 septembre 2018, les sénateurs de la commission des lois du Sénat se sont vraiment senti pris pour des imbéciles lors de sa seconde audition le 21 janvier 2019, car Alexandre Benalla a refusé de répondre à des questions précises et même, peut-être, leur a menti sous serment.

Les révélations des semaines qui ont suivi laissent entendre qu’Alexandre Benalla, plus ou moins en accord avec l’Élysée (plutôt moins, ou même pas du tout, si l’on en croit le directeur de cabinet Patrick Strzoda), aurait servi d’intermédiaire entre des chefs d’État africains et la France. Le dossier le plus explosif est toutefois la négociation d’un contrat privé alors qu’il était encore salarié de l’Élysée avec un oligarque russe proche de Vladimir Poutine. Il y a dans ces révélations (dont la justice devra démêler le vrai du faux) une impression de mélange des genres qui ne sent pas très bon.

Ce qui est troublant, c’est que cette affaire Benalla est comme des cellules cancéreuses, chaque fois qu’un sujet d’interrogation éclate, il se multiplie et fait plusieurs autres sujets annexes, et ainsi de suite. Il est probable qu’Alexandre Benalla ne sera plus que son affaire pendant au moins plusieurs années.

L’a-t-il cherché ? ou l’a-il mérité ? Je ne le sais pas. Ce qui en revanche paraît certain, c’est que son insolence et sa légèreté face aux institutions de la République, et en particulier au Sénat qui, à cet égard, a de quoi s’enorgueillir pour avoir su gratter là où cela faisait mal tout en respectant scrupuleusement tant sa mission juridique (qui concerne l’organisation des pouvoirs publics), la justice (il n’y a pas rivalité mais complémentarité) que la personne même d’Alexandre Benalla (qui a toujours été respecté et dont la présomption d’innocence a toujours été respectée), ont installé une impression d’impunité dont les gilets jaunes qu’on dira "violents" n’ont pas bénéficié (et cela à juste titre).

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C’était l’histoire d’un type qui côtoyait les puissants, et en particulier les deux derniers Présidents de la République, et qui se croyait puissant lui-même. Le voici en prison pour l’aider à réfléchir sur la légalité de ses actes. L’affaire judiciaire ne fait que commencer.

Quant aux sénateurs de la commission des lois du Sénat, ils se réunissent ce mercredi 20 février 2019 à 8 heures à la Salle n°216 du Palais du Luxembourg pour examiner le rapport de la "mission d’information sur les conditions dans lesquelles des personnes n’appartenant pas aux forces de sécurité intérieure ont pu ou peuvent être associées à l’exercice de leurs missions de maintien de l’ordre et de protection de hautes personnalités et le régime des sanctions applicables en cas de manquements", dont les rapporteurs sont Muriel Jourda (LR) et Jean-Pierre Sueur (PS), ancien président de la commission des lois (2011-2014). Ils devraient notamment demander des poursuites pour faux témoignages. Dès sa publication, ce rapport sera lisible ici.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 février 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport de la mission sénatoriale sur l’affaire Benalla le 20 février 2019 (à télécharger quand il sera publié).
Benalla en prison : vers la fin de l’impunité ?
Alexandre Benalla dans les traces de Jérôme Cahuzac.
Jérôme Cahuzac.
Audition de Jérôme Cahuzac le 26 juin 2013 (texte intégral).
Audition d’Alexandre Benalla au Sénat le 21 janvier 2019 (vidéo à télécharger).
Audition d'Alexandre Benalla au Sénat le 19 septembre 2018 (vidéo à télécharger).
Benalla vs Sénat : 1 partout.
Audition de Patrick Strzoda au Sénat le 25 juillet 2018 (vidéo à télécharger).
Patrick Strzoda et le code du travail à la sauce Benalla.
Exemplaire et inaltérable la République ?
Institutions : attention aux mirages, aux chimères et aux sirènes !

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190219-benalla.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/benalla-en-prison-vers-la-fin-de-l-212820

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/02/20/37115361.html