« Nous n’effacerons pas le mal de notre société, ni par la loi, ni par un discours, ni par un acte ; mais nous devons être, tous ensemble, les combattants de cet outrenoir, de ces lignes de force, de ce courage inlassable, de cette forme d’humanité et d’intelligence que nous devons donner, même au noir qu’il y a dans notre société, parce qu’il est là ; mais nous tiendrons, et à la fin, nous gagnerons. »


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Ces propos assez étonnants ont été tenus par le Président Emmanuel Macron, ils terminaient son discours lors du dîner du CRIF le 20 février 2019, alors que le sujet principal, le "noir" évoqué, était l’antisémitisme, en pleine recrudescence en ce moment.

L’outrenoir, cela faisait évidemment référence au peintre Pierre Soulages qui va avoir 100 ans dans dix mois, le 24 décembre 2019.

Emmanuel Macron avait expliqué qu’il avait reçu dans son bureau de l’Élysée, le vendredi 15 février 2019, la maman d’Ilan Halimi, le jeune homme sauvagement torturé et assassiné le 13 février 2006 parce qu’il était Juif : « Elle avait, face à elle, un tableau de Pierre Soulages. Je lui ai dit : "c’est ça, ce que nous avons à vivre". Beaucoup pensait que le noir n’était pas une couleur et qu’on ne pouvait rien en faire. Un génie, centenaire cette année, a dit : "en travaillant inlassablement le noir au pinceau, au couteau, en y tirant mes lignes, en y mettant mes formes, j’y ferai vivre le soleil, j’y ferai exister la lumière". Et elle voyait sous ses yeux ce tableau qui prenait vie. Et ce noir n’était plus noir. Il était l’outrenoir de Soulages. » (20 février 2019).

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C’était une interprétation sans doute osée de fondre le grand peintre dans une cause, aussi noble soit-elle, peintre qu’Emmanuel et Brigitte Macron ont rencontré le 16 mars 2018 à Sète pour le déjeuner : « J’ai été impressionné par leur culture, leur ouverture et la manière dont ils ont su se rendre amicaux immédiatement. » (Pierre Soulages). On ne sait pas trop si Pierre Soulages serait d’accord avec ce genre d’interprétation, d’autant plus que, électron libre, il a toujours refusé de se mêler aux passions médiatiques de son temps, mais il est sûr, car il l’a déjà affirmé, qu’il préfère mille fois la personnalité d’Emmanuel Macron à celle de… François Mitterrand ! Mais de tous les Présidents de la République, c’est Jacques Chirac qu’il connaît le mieux.

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En ce qui me concerne, l’antisémitisme et sa démonstration la plus abominable que fut la Shoah, me feraient plutôt penser à Edvard Munch et son fameux Cri (peint bien avant l’Holocauste). L’idée d’y associer l’outrenoir de Soulages est à la fois audacieuse, originale et pourquoi pas, pertinente. Lorsque, enfant, j’avais passé ma profession de foi, j’avais distribué aux invités une petite carte souvenir avec cette phrase que j’aimais bien, dont, hélas, je n’ai plus souvenir de l’auteur : « Même quand les nuages s’amoncellent, il reste toujours le ciel. ».

C’est l’espoir qu’il faut comprendre dans l’outrenoir. Pierre Soulages l’a souvent expliqué, comme dans "Le Point" du 15 mai 2014 : « C’était une histoire de contraste. Le noir est une couleur très active, violente même… Vous mettez du noir sur une couleur sombre, et elle s’éclaire… ». L’outrenoir va au-delà du noir qui éclaire le pas-noir, puisqu’il n’y a plus que du noir mais du noir en relief, si bien que le reflet de la lumière sur ce relief crée des zones claires typiques de l’outrenoir.

La critique d’art suisse Françoise Jaunin (que j’ai déjà citée il y a deux mois) a décrit ette nouvelle étape artistique de Soulages : « Ses toiles géantes, souvent déclinées en polyptyques, ne montrent rien qui leur soit extérieur ni ne renvoie à rien d’autre qu’elles-mêmes. Devant elles, le spectateur est assigné frontalement, englobé dans l’espace qu’elles sécrètent, saisi par l’intensité de leur présence. Une présence physique, tactile, sensuelle et dégageant une formidable énergie contenue. Mais métaphysique aussi, qui force à l’intériorité et à la méditation. Une peinture de matérialité sourde et violente, et, tout à la fois, d’immatière changeante et vibrante qui ne cesse de se transformer selon l’angle par lequel on l’aborde. » ("Noir lumière", éd. La Bibliothèque des arts, 2002).

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Pierre Soulages continue toujours à peindre, à 99 ans. Son atelier, complètement dépouillé de tout objet inutile qui pourrait le distraire, situé en dessous de sa maison, à Sète, accueille encore ses projets artistiques. Sa femme Colette est auprès de lui pour le soutenir, comme elle l’a fait depuis qu’ils se sont mariés, il y a soixante-dix-sept ans (dans trois ans, ce sont les noces de chêne !), elle est plus jeune que lui, enfin, juste de quelques mois ! Il est toujours au travail mais doit faire face, parfois, à quelques problèmes de santé qui le ralentissent dans ses projets.

En fait, il n’a pas trop de temps de ne rien faire : le Louvre lui a commandé une œuvre, et elle doit être livrée à temps. L’enjeu est de taille : le Louvre a décidé d’honorer le grand peintre (Pierre Soulages est immensément grand) en consacrant le Salon carré à ses œuvres, pour célébrer son centenaire comme il se doit. Le Louvre empruntera à cette occasion des œuvres de musées du monde entier. Une place est donc restée vacante pour placer cette toile qu’il doit réaliser avant le début de l’exposition, la toile du centenaire.

Dans une dépêche de l’AFP datant du 4 février 2019, il est cité un "ami de passage" qui a expliqué : « L’extraordinaire, ce n’est pas tant qu’il peigne, c’est qu’il continue à chercher, à réfléchir. Il voit des choses qu’on ne voit pas. ». Très solitaire, Pierre Soulages veut être coupé du monde lorsqu’il crée : « Je connais mal les artistes contemporains. Ici, je veux travailler, j’ai demandé qu’il y ait quelques remparts. » (cité par l’AFP). Grand ami de Claude Pompidou (veuve de Georges Pompidou), le couple Soulages l’invitait souvent à Sète, mais l’artiste vit généralement loin du monde et des foules. Aujourd’hui, loin de toute retraite, il est attendu. Il faut qu’il continue encore à créer. Le Louvre l’attend !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 février 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’année Pierre Soulages au Louvre.
Alfred Sisley.
Salvador Dali.
Jean-Michel Basquiat.
Dernières heures parisiennes pour Egon Schiele.
Pierre Soulages, l'artiste mélanthrope, a 99 ans.
Rotraut Uecker.
Egon Schiele.
Banksy.
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Pablo Picasso.
Le British Museum et le monde des humains.
Yves Klein.
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Paula Modersohn-Becker.
Auguste Rodin.
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Rouault et Matisse à Paris.
La garde rapprochée du Premier Empereur de Chine.
Un Renoir de la Côte d’Ivoire.
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Boulez à Paris.
La collection Cordier à Rodez.
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Rembrandt à Paris.
Boltanski, artiste contemporain.
Boltanski au MacVal.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190220-pierre-soulages.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/l-annee-pierre-soulages-au-louvre-212944

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/02/23/37124231.html