« À partir d’aujourd’hui, il n’y a plus que des radicaux sociaux, libéraux, humanistes, laïcs et européens. (…) C’est avec cet état d’esprit que nous allons bâtir une force politique de premier plan, car il est grand temps que les radicaux soient de retour. C’est mon ambition, c’est notre ambition ! Aujourd’hui, nous affirmons notre indépendance et notre liberté dans le chahut de la recomposition politique. » (Laurent Hénart, le 9 mars 2019 à Paris).


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Le premier congrès du Mouvement radical a eu lieu ce samedi 9 mars 2019 à Paris. Le Mouvement radical existe depuis sa fondation le 9 décembre 2017. Il est la continuation de l’historique Parti républicain, radical et radical-socialiste créé le 21 juin 1901 et qui a dominé la vie parlementaire française pendant la période entre les deux guerres. Ce congrès a mis fin à la période transitoire démarrée il y a quinze mois pour achever le processus de réunification des radicaux après leur séparation pendant près d’un demi-siècle, en 1972, entre radicaux valoisiens (majoritaires) et radicaux de gauche (minoritaires) qui avaient accepté des alliances avec les communistes au nom de l’union de la gauche.

Coprésident sortant (avec Sylvia Pinel qui a démissionné avec fracas le 6 février 2019), le maire de Nancy Laurent Hénart a été réélu président du Mouvement radical entre le 6 et le 8 mars 2019 avec 88,6% (il était le seul candidat ; il y a eu 11,4% de votes blancs) pour un mandat de trois ans, c’est-à-dire jusqu’à la veille de la prochaine élection présidentielle en 2022 : « Je suis immensément heureux et honoré d’être votre président. Je vous remercie pour votre confiance. Mes amis, je suis prêt à ferrailler dans toutes les assemblées, sur tous les plateaux, pour défendre nos valeurs,nos propositions, et poursuivre ce chemin que nous accomplissons ensemble ! ».

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Ce congrès marque donc la consécration d’une ambition, la "renaissance" (puisque ce mot est à la mode) du courant radical au sein de la République à un moment où ses valeurs sont toujours autant d’actualité : laïcité, liberté économique, justice sociale, construction européenne et décentralisation, auxquels est rajoutée la préoccupation écologique, six enjeux cruciaux pour les années à venir en France, en Europe et dans le monde.

La réussite de cette réunification, malgré quelques défections en cours de route, a pour raison le moment idéal pour se concrétiser : le PS est en état de décomposition avancée et Les Républicains sont en plein effondrement idéologique sinon électoral. Or, pendant près de cinquante ans, les radicaux ont été des alliés peu influents de ces deux partis de gouvernement dont l’arrogance, encore actuelle, les ramenait au rang de simples supplétifs (« cette dureté de nos partenaires, ce manque de respect de ce que nous sommes »).

L’éclatement du paysage politique a été l’occasion de cette prise d’indépendance des radicaux avec l’espoir de redevenir une force centrale majeure de la vie politique : « Cette réunification (…), nous y sommes arrivés à la force du courage. Il fallait du courage face à nos anciens partenaires, qui ont cherché à nous dissuader. (…) Oui, il faut courage et endurance pour s’affranchir des anciennes alliances, ne plus être des supplétifs, être des acteurs pleins et entiers de la construction d’une nouvelle offre politique. ».

Ce terrain est cependant aussi occupé par d’autres formations politiques, en particulier par l’UDI qui représente le centre droit, mais aussi par Agir, issu de LR et macroniste (sur sa droite) et par le MoDem (sur sa gauche). Évidemment, la formation qui aujourd’hui occupe la place centrale de la vie politique, tant dans la vie nationale que sur l’échiquier politique, c’est évidemment LREM avec sa majorité absolue à l’Assemblée Nationale.

Il serait très audacieux de vouloir placer LREM, le MoDem et le Mouvement radical sur une échelle gauche/droite car les trois sont à peu près au même niveau, soit "ni de gauche, ni de droite", soit "et de gauche, et de droite". Et pourtant, si le MoDem et LREM sont dans la majorité, le Mouvement radical, jusqu’à preuve du contraire, est (encore) dans l’opposition (même si Annick Girardin est ministre et radicale). Et une partie d’anciens ténors LR (qui sont maintenant à LREM ou Agir) sont aussi au gouvernement.

En fait, ce serait audacieux (et sans intérêt) car c’est surtout mission impossible : le clivage gauche/droite n’existe concrètement plus, ne signifie plus rien pour la très grande majorité des électeurs, et selon certains politologues biberonnés aux sondages, il ne serait plus imaginable que ce clivage revienne lors du second tour des prochaines élections présidentielles. C’est cet état de fait que les radicaux souhaitent prendre en compte pour s’adapter aux nouveaux enjeux.

Et le principal enjeu d’aujourd’hui, surtout à deux mois et demi des prochaines élections européennes, cruciales dans l’histoire de l’Europe en plein euroscepticisme renforcé par les populismes, c’est la construction européenne. Pour les radicaux, il est donc impensable de diviser le camp des partisans de la construction européenne qui aurait pour seule conséquence le renforcement électoral des eurosceptiques, et en premier lieu, celui du RN. En ce sens, c’est une critique à peine voilée de la stratégie de l’UDI, quasi-suicidaire, qui souhaite présenter sa liste aux européennes de manière autonome et qui ne parvient pas à sortir de son étiage autour de 2-3% d’intentions de vote dans les sondages.

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Au-delà de l’irréversibilité la réunification de la famille radicale, la décision importante du Mouvement radical prise au cours de ce congrès, ce fut le souhait de former une liste de rassemblement de tous les partisans de la construction européenne, et donc, de rejoindre la majorité présidentielle à condition que celle-ci ne soit pas arrogante et s’ouvre à d’autres formations politiques que celles qui la composent, à savoir LREM et le MoDem.

Dans son discours (dont on peut lire l’intégralité ici), Laurent Hénart a rappelé ainsi les principaux piliers des valeurs radicales (qui sont évidemment communes, parfois, à d’autres formations politiques). L’une des principales est la laïcité : « Pour nous, la loi de 1905 n’est pas négociable ! Depuis vingt ans, l’intégrisme islamiste s’est attaqué à ce pacte, faisant ressurgir la grande question laïque dans la France contemporaine. Je le redis ici : on ne peut pas mélanger le hijab et le serre-tête ! ».

Il a également évoqué les deux grands sujets d’actualité : le grand débat national consécutif à la crise des gilets jaunes et la campagne des élections européennes.

Pour Laurent Hénart, les radicaux souhaitent renforcer la démocratie : « Ce grand débat, en effet, doit permettre une transition vers un renouveau démocratique. Nos institutions doivent renouer avec une véritable expression populaire, notamment par un recours plus fréquent au référendum, auquel je suis favorable. La démocratie directe n’est pas l’ennemie des représentants du peuple. Notre démocratie a besoin régulièrement d’être regénérée et de s’adapter à son époque. Bien préparé par les débats, le référendum peut être un élément de regénération. ».

Sur l’Europe, Laurent Hénart a été alarmiste : « L’Europe est confrontée à un défi inédit depuis la chute du mur de Berlin. L’aventure européenne peut s’arrêter demain, parce que les populistes ont déclaré la guerre à l’Europe. (…) Quarante ans après la première session du Parlement Européen élu au suffrage universel, sous la Présidence de Simone Veil, il est évident que les élections de mai seront les plus dramatiques de notre histoire contemporaine. Oui, l’Europe peut mourir au printemps prochain et oui, la France peut tristement contribuer à cette rupture. ».

D’où la stratégie proposée : « C’est pour cela (…) que je défends la participation de tous les pro-européens à une liste de rassemblement qui dépasse nos divergences nationales. (…) Nous devons donc nous allier, pour cette élection, aux partis et aux sensibilités pro-européennes : à des sociaux-démocrates, à des écologistes indépendants, à la droite modérée et aussi bien sûr au MoDem et à LREM. ».

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En ce sens, la publication, le 5 mars 2019, de la lettre aux citoyens européens du Président Emmanuel Macron, juste avant ce congrès radical, est arrivée au bon moment pour prendre position sur la stratégie européenne à tenir : « Surtout, c’est le projet qui doit faire la liste et la tribune publiée par le Président de la République mardi peut en être le socle. (…) Nous ne pouvons que partager le diagnostic et les propositions qui sont dans ce texte du chef de l’État ! ».

Répondant aux critiques sur l’indépendance, le président du Mouvement radical a expliqué : « Pour moi, cette échéance européenne est une première étape où nous montrons que l’indépendance, c’est aussi la cohérence avec les convictions. Où nous montrons que l’indépendance ne peut pas, ne doit pas être une incantation qui conduit finalement à l’abstention. Où notre indépendance se concrétise en expression, en prise de position, en participation à chaque consultation démocratique. ».

Parmi les motions qui ont été adoptées par le congrès, l’une d’elle est assez claire dans le choix de la stratégie adoptée pour les européennes : « Devons-nous participer au combat européen à travers une entente regroupant des forces politiques avec lesquelles nous avons de profondes différences ? À cela, il nous faut répondre par l’affirmative : il en est désormais de notre responsabilité vis-à-vis de nos convictions fédéralistes. La bataille pour les européennes de 2019 doit se mener en fonction des enjeux européens et non pas nationaux. Cette évidence qui n’est restée jusqu’à présent qu’un vœu pieu doit désormais devenir une réalité. ».

Dans sa déclaration d’orientation politique, le Mouvement radical a précisé : « Cette liste ne devra pas être seulement celle de la majorité parlementaire et gouvernementale, mais bien celle du rassemblement de tous les partisans d’une Europe forte et intégrée. ».

Interviewé par "Le Figaro" du 7 mars 2019, Laurent Hénart avait confié l’une des motivations européennes de la future stratégie des radicaux : « Je refuse que l’élection du 26 mai soit dévoyée en élection nationale, pour refaire le match de 2017, ce que veulent Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. ».

Il avait aussi donné une indication sur le futur paysage politique européen : « La recomposition politique va se poursuivre au niveau européen, car les groupes PPE ) droite et PSE à gauche sont confrontés respectivement à des divergences internes et à un déclin politique. Le Mouvement radical siège au groupe central de l’Alliance des libéraux et des démocrates européens (ALDE). Comme le MoDem et l’UDI d’ailleurs. Ce groupe devra sans doute s’élargir en rassemblant tous les fédéralistes européens. ».

Laissant de côté la défection de Sylvia Pinel et de plusieurs autres cadres du PRG opposés à une alliance avec LREM aux européennes, Laurent Hénart a conclu son interview en réaffirmant que, face à la perte de confiance populaire pour le PS et LR, et aux difficultés de l’exécutif qui profitent aux populistes de FI et du RN, il fallait une nouvelle offre : « Nous mouvement est une vigie de la République et une offre politique nouvelle, indépendante, qui défend la justice sociale, la transition écologique, la laïcité et les pouvoirs locaux. ».

C’est pourquoi cette refondation du plus vieux parti de France est une renaissance moderne des valeurs qui sont à l’origine de la tradition républicaine de la nation française depuis près d’un siècle et demi. Il ne reste qu’à convaincre les électeurs que cette offre est bien nouvelle et pleine d’avenir et qu’elle correspond aux aspirations profondes d’une grande partie d’électeurs déçus qui avaient préféré Emmanuel Macron à Marine Le Pen le 7 mai 2017.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les Radicaux en marche vers l’Europe.
Discours de Laurent Hénart le 9 mars 2019 à Paris (texte intégral).
Laurent Hénart en 2019.
Le Manifeste européen du Mouvement radical adopté le 6 février 2019 (à télécharger).
L’unité des radicaux.
La famille centriste.
La défense de la laïcité.
Laurent Hénart en 2014.
Jean-Louis Borloo.
Programme de Sylvia Pinel.
Jean-Michel Baylet.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Françoise Giroud.
Robert Fabre.
Jean Moulin.
Maurice Faure.
Edgar Faure.
Édouard Herriot.
Pierre Mendès France.
Georges Clemenceau.
Jean Zay.
Jules Jeanneney.
René Cassin.
Joseph Caillaux.
Jean-François Hory.
Évelyne Baylet.
Yves Jégo.
Rama Yade.

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