Réflexions postpascales complémentaires…



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La fête de Pâques n’est pas seulement un gros week-end sur la route, départ ou retour des vacances "de printemps". C’est aussi une fête chrétienne qui célèbre la fin de la Semaine Sainte, la fin de la Passion du Christ par sa Résurrection. C’est le jour le plus important des chrétiens (plus que Noël) parce qu’il faut évidemment un véritable acte de foi pour croire en la résurrection. Elle n’est pas seulement celle du Christ mais aussi de tous les humains. A priori, malgré tous les progrès passés, présents et futurs de la science, il ne sera jamais possible de savoir ce qu’il y aura après la mort. Imaginer qu’il y aura quelque chose plutôt que rien est un acte de foi, celui notamment des chrétiens.

Dans la liturgie, il y a une parole qui me fait particulièrement sens, c’est celle qui est prononcée juste avant la communion : « Je ne suis pas digne de Te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri. ». La communion, c’est l’acte de recevoir Dieu, comme si on l’avait invité chez soi. On peut ne pas se sentir à la hauteur.

Elle reprend une parole inscrite dans au moins deux Évangiles, celui de saint Matthieu (8, 5-17) et celui de saint Luc (7, 1-11). Elle est prononcée par le centurion de Capharnaüm qui avait un serviteur très malade et souffrant qu’il avait accueilli chez lui pour le soigner. Il tenait à lui. Ce centurion était surtout inquiet du devenir de son esclave et pas du manque de son travail. Mais quand le Christ lui propose de venir le voir, le centurion était pris d’un sentiment de "panique", plutôt, de grande humilité : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. ».

Le Christ se propose toujours d’endosser les malheurs du monde. Et si cette phrase me fait sens, c’est par ses deux "bouts". La dignité d’abord : le Christ rend à tout humain sa dignité, quelle que soit sa condition. Cela a un sens ultime essentiel. Même très malade, même très dépendant, chaque être garde sa dignité et elle est précieuse. L’autre "bout", c’est la parole. L’être aimé est considéré par les chrétiens comme le représentant de Dieu auprès de celui qui aime. L’existence de l’amour est un fait de présence de Dieu (puisque Dieu est amour). L’amour entre les deux êtres peut rapidement se "tarir" en absence de paroles, en absence de communication, en absence de complicité, en absence de communion. Des petits mots (pardon, merci, etc.) sont simples à prononcer et permettent de nourrir le feu de la relation.

C’est cela que m’évoque cette phrase prononcée juste avant la communion, que je pourrais traduire en disant à celle que j’aime : dis-moi seulement que tu m’aimes et je resterai serein.

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J’ai commencé ainsi alors que c’est très peu politique, mais je pense qu’il est indispensable de relier religion et actualité politique. Heureusement, le pape François me paraît justement faire partie de ceux qui veulent adapter non pas le dogme, qui reste immuable, mais la manière de s’adresser aux fidèles pour être en accord avec la période actuelle qui n’a rien à voir avec celle d’il y a deux mille ans.

Si j’ai évoqué la dignité, en chaque humain réside une dignité, la même dignité, celle d’être humain, c’est qu’on imagine bien ce que cela a eu pour conséquence politique : l’égalité entre les citoyens. Chaque humain doit être respecté en tant que tel. Il y a deux éléments associés à cette dignité, la fraternité et la solidarité.

La dignité de chaque humain, c’est avant tout le respect de premier de ses droits, celui de vivre. Ce respect de la vie se décline de différentes manières : le rejet de la peine de mort et le rejet de l’avortement parallèlement. On peut concevoir l’avortement d’un point de vue politique ou social, c’est-à-dire en termes de santé publique, car l’idée de la loi défendue par Simone Veil était de réduire la mortalité des mères qui voulaient se faire avorter dans des conditions d’hygiène déplorables, mais pour un chrétien, l’avortement est difficilement soutenable d’un point de vue moral.

De même, si la souffrance n’a rien de rédemptrice, et chrétiens comme non chrétiens doivent tout faire pour supprimer la souffrance, notamment en fin de vie, il ne s’agit pas pour autant de donner la mort, mais seulement d’accompagner la vie en souffrance pour qu’elle soit la plus "confortable" possible. En ce sens, la loi Claeys-Leonetti a trouvé un juste équilibre, le même subtil équilibre que la loi du 9 décembre 1905 sur la laïcité.

Dans cette réflexion, cela signifie évidemment l’absence totale de racisme, et de discrimination d’une manière ou d’une autre, du moins, en dehors du mérite individuel (sinon, on pourrait considérer un concours comme une ségrégation, ce qu’il n’est pas).

On peut comprendre ainsi pourquoi les chrétiens vont avoir des difficultés à se ranger du côté des extrémismes ou des populismes. Parce que le discours généralement proposé par ce type très diversifié de forces politiques, c’est le principe du bouc émissaire. On le comprend pour "l’immigré" du côté de l’extrême droite, l’immigré cause de tous les malheurs (chômage, insécurité, etc.). Hélas, si c’était vrai, les problèmes sociaux seraient vite résolus !… Mais ce n’est pas le cas. C’est démontré depuis toujours.

Mais ne nous y trompons pas. Ce n’est pas parce qu’on change de nature de boucs émissaires qu’on change la nature du principe démagogique. Ainsi, plutôt à l’extrême gauche, on préfère s’en prendre aux (au choix) riches (mais que veut dire riche ? combien par mois ?), aux patrons (les seuls créateurs de richesse à redistribuer), aux bourgeois (quelle définition ?), etc.

Évidemment, il y a toujours des immigrés délinquants, des patrons voyous, des riches qui fraudent avec le fisc, etc. mais comme pour le mérite individuel, c’est la responsabilité individuelle de ces personnes qui est en cause, pas le fait qu’elles soient immigrées, riches, etc. (je pourrais ajouter juives, musulmanes, etc.). Selon le célèbre philosophe Jacques Rouxel, cette politique du bouc émissaire a un réel intérêt pour les gouvernants : « Pour qu'il y ait le moins de mécontents possible, il faut toujours taper sur les mêmes. ».

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J’en viens ainsi à l’autre volet essentiel du christianisme, qui est la liberté. C’est la clef pour comprendre la difficulté du christianisme qui peut se résumer "simplement" par : Dieu est bon (est amour), Dieu est tout-puissant, et le Mal existe. Dieu, même pas foutu d’éviter que le Mal se répande, voire, qui l’encourage par ses "cadres" (on peut parler du scandale de la pédophilie et du scandale dans le scandale, celui de se taire, de rester silencieux, et donc, d’être complice par l’inaction, par la passivité, par l’absence d’indignation, le mot prend tout son sens ici). La "réponse", c’est que Dieu laisse les humains libres. Libres jusqu’à faire le Mal, jusqu’à ne pas croire en Lui.

Dieu n’est pas responsable du Mal sur Terre car il a délégué "cette" responsabilité aux humains, pas la responsabilité de faire du mal, mais la responsabilité tout court. Ils prennent toute la responsabilité parce qu’ils sont libres de faire une chose ou une autre, ou de ne pas la faire, même par défaut, et cela même dans les situations les plus difficiles, ou les plus imprévues (auxquelles on n’a pas réfléchi).

La traduction politique de ces considérations chrétiennes peut être très diversifiée, et c’est heureux qu’il n’existe pas de "parti chrétien", qui, du reste, n’aurait pas une influence très forte en France ni même en Europe en raison de la déchristianisation de la société. En revanche, ces considérations donnent un cadre philosophique cohérent et intéressant, d’autant plus intéressant qu’il n’existe plus beaucoup de cadres intellectuels cohérents qui puissent servir d’exemples, ou le cas échéant, de contre-exemples (comme l’était le communisme). La faillite des idéologies a eu pour principal effet la victoire du "populisme", mot que l’on peut certes ressortir à toutes les sauces et dont le principal moteur est la conquête du pouvoir par des arguments dont l’honnêteté intellectuelle est assez légère (cela s’appelle également cynisme). Mais un tel manque ne justifie pas pour autant de devenir …"fou de Dieu".


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 avril 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Dis seulement une parole et je serai guéri.
La Renaissance de Notre-Dame de Paris : humour et polémiques autour d’une cathédrale.
Allocution du Président Emmanuel Macron du 16 avril 2019 (texte intégral).
Notre-Dame de Paris, double symbole identitaire.
Maurice Bellet, cruauté et tendresse.
Réflexions postpascales.

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