« Le Général Leclerc vous fait dire : Tenez bon, nous arrivons. » (Télégramme du 24 août 1944 à 16 heures 50 du lieutenant-colonel Crépin, commandant l’artillerie de la 2e DB à FFI Préfecture de Police, Paris).


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Il y a soixante-quinze ans, le vendredi 25 août 1944, la Ville de Paris, occupée depuis plus de quatre ans par l’Allemagne nazie, fut libérée par les troupes du Général Leclerc. Forte émotion dans ce symbole si éclatant de l’histoire de France et également, de l’histoire du monde.

Le point d’orgue de cette journée fut l’arrivée du Général De Gaulle, le premier résistant, sur les marches de l’Hôtel de Ville de Paris, reçu par Georges Bidault, le successeur de Jean Moulin, Président du Conseil National de la Résistance, futur ministre et chef du gouvernement quelques années plus tard, et son discours si célèbre sur le Paris libéré. Y a-t-il eu une ville libérée dans l’histoire du monde qui a pu recevoir un tel discours si mémorable ? Probablement pas. Du moins, depuis que le son peut être enregistré et conservé. Il symbolise à lui seul la victoire de la souveraineté d’un pays et le début de la reconquête.

J’ai souvenir de ce discours, dont je connaissais déjà le texte et l’intonation depuis longtemps, qui était au "programme" d’histoire en classe de terminale quelques décennies plus tard. Je me rappelle ce professeur d’histoire qui a demandé à l’un de mes camarades de lire ce discours retranscrit dans notre manuel scolaire. Quel carnage !

C’est vrai, entre ne pas y mettre le ton (le camarade aurait lu une liste de courses qu’on n’y aurait pas entendu la différence) et faire une imitation de De Gaulle à la limite de la caricature, il y a tout un monde, mais ce qui était sensible dans ce texte, c’était à la fois l’émotion, une triple émotion, celle que la Résistance avait finalement porté ses fruits, celle de la libération de la capitale, celle de la perspective d’une fin de guerre si longtemps attendue, et aussi, l’incarnation désormais évidente, historique, exceptionnelle, d’une nation, d’un pays, la France, par un homme, le Général De Gaulle.

Le vrai commencement de la libération de Paris fut le Débarquement en Normandie le 6 juin 1944 où les troupes alliées ont commencé à libérer la France de l’occupation nazie. Le débarquement en Provence le 15 août 1944 a poursuivi et renforcé la reconquête des territoires occupés. Le commandant en chef des forces alliées fut le Général Eisenhower, le futur Président américain.

Dans la stratégie du généralissime américain, il n’était pas question de perdre du temps à reconquérir la ville de Paris. Il s’agissait de contourner la capitale et de foncer vers l’Est pour rattraper l’armée allemande en pleine retraite et surtout, arriver avant les Soviétiques à Berlin.

Ce n’était pas du tout la stratégie de De Gaulle qui voulait au contraire reprendre Paris le plus rapidement possible pour y rétablir l’État et un gouvernement reconnu par tous, éviter la mise en place d’une administration américaine tout autant qu’un coup d’État communiste. Pour cela, il était essentiel de rétablir la souveraineté nationale par le retour de Paris comme capitale de la France.

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Ce ne fut que le 20 août 1944 que De Gaulle a reçu l’autorisation d’Eisenhower de laisser les troupes du Général Leclerc se diriger vers la capitale. Leclerc était alors le gouverneur militaire de Paris par intérim depuis décembre 1943. Cependant, les Parisiens n’ont pas attendu Eisenhower et dès le 10 août 1944, ils ont commencé l’insurrection. Elle a commencé par une grève des cheminots, suivie d’une grève des chauffeurs du métro et des policiers le 15 août 1944 et d’une grève des postiers le 18 août 1944. Dès le 19 août 1944, les Parisiens ont commencé les combats de rue contre l’occupant nazi.

Le matin du 25 août 1944, vers 7 heures, les Allemands inondèrent les rues de Paris de tracts demandant la fin de l’insurrection : « Paris vit des instants éminemment critiques ; que nous tenions la ville ou qu’elle soit occupée un jour par les Américains et les Anglais ! Instants où la populace tente de s’emparer du pouvoir, instants que chaque citoyen redoute avec une frayeur panique. La racaille spécule sur le temps où les troupes allemandes évacueront Paris et où les troupes alliées ne seront pas encore arrivées. Laps de temps relativement court, mais assez long cependant pour menacer la vie de chaque citoyen. (…) Staline, lui, aurait mis le feu aux quatre coins de la ville. (…) Nous exigeons la cessation immédiate et inconditionnelle de tout acte d’hostilité envers nous ou entre citoyens. ». C’était signé : le commandant de la Wehrmacht du Grand Paris.

Comme promis par le télégramme de la veille, la 2e Division Blindée de Leclerc et la 4e Division d’infanterie américaine sont entrées dans Paris (les troupes américaines laissant les troupes françaises arriver les premières). Les combats furent parfois violents. Devant la gare Montparnasse, à 15 heures 30, les Allemands ont finalement capitulé. L’acte fut signé par le général Dietrich von Choltitz, commandant du 84e corps d’armée allemand, par Leclerc ainsi que par le colonel Henri Rol-Tanguy, chef parisien des Francs-tireurs (FFI).

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Une heure plus tard, De Gaulle a rejoint Leclerc qui lui a remis l’acte de capitulation en main propre. Reçu par Georges Bidault, comme rappelé plus haut, il a prononcé son célèbre discours devant le peuple de Paris fou de joie et malgré encore des tirs sporadiques de snippers nazis : « Pourquoi voulez-vous que nous dissimulions l’émotion qui nous étreint tous, hommes et femmes, qui sommes ici, chez nous, dans Paris levé, debout pour se libérer et qui a su le faire de ses mains ? (…) Il y a là des minutes qui dépassent chacune de nos pauvres vies. ».

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Puis, cette tirade qui fut souvent parodiée : « Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la vraie France, de la France éternelle. ».

Poursuivant : « Eh bien ! Puisque l’ennemi qui tenait Paris a capitulé dans nos mains, la France rentre à Paris, chez elle. Elle y rentre sanglante, mais bien résolue. Elle y rentre, éclairée par l’immense leçon, mais plus certaine que jamais, de ses devoirs et de ses droits. ».

Effectivement, il n’a pas oublié que la guerre n’était pas encore finie, et qu’il avait besoin de l’aide des Alliés : « L’ennemi chancelle mais il n’est pas encore battu. Il reste sur notre sol. Il ne suffira même pas que nous l’ayons, avec le concours de nos chers et admirables Alliés, chassé de chez nous pour que nous nous tenions pour satisfaits après ce qui s’est passé. (…) C’est pour cette revanche, cette vengeance et cette justice, que nous continuerons de nous battre jusqu’au dernier jour, jusqu’au jour de la victoire totale et complète. ».





Un peu plus tard dans la soirée, De Gaulle s’installa rue Saint-Dominique, au Ministère de la Guerre, et décida que ce fût le siège du gouvernement, devenant ainsi le seul représentant officiel de la France, Président du Gouvernement provisoire de la République française. Le lendemain, samedi 26 août 1944, De Gaulle a rendu hommage au soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe et a descendu les Champs-Élysées aux côtés de Georges Bidault et Leclerc notamment, au milieu d’une foule très émue. Il se rendit à la cathédrale Notre-Dame de Paris où il assista à une messe avec un Te Deum, entrecoupée encore de tirs sporadiques.

Ce qui est à la fois curieux et regrettable, c’est que la visite de De Gaulle à la cathédrale n’est pas mentionnée dans le site du gouvernement pour célébrer ce soixante-quinzième anniversaire, probablement au nom d’une laïcité qui fait fi des faits historiques. Il est vrai que Clemenceau, le Père la Victoire, avait, lui, refusé obstinément de se rendre à Notre-Dame de Paris le 11 novembre 1918, au nom de son anticléricalisme de toujours.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 août 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Source : site gouvernement.fr sur la libération de Paris.

La Libération de Paris.
Discours du Général De Gaulle le 25 août 1944 à l’Hôtel de Ville de Paris (texte intégral).
Débarquement en Normandie.
Hubert Germain.
Daniel Cordier.
Le programme du Conseil National de la Résistance (CNR).
Stéphane Hessel.
Daniel Mayer.
Roland Leroy.
Antoine de Saint-Exupéry.
Joseph Kessel.
Premier de Cordier.
Daniel Cordier, ni juge ni flic.
La collection Cordier.
Georges Mandel.
Jean Zay.
Simone Veil.
Antisémitisme.
Maurice Druon.
Général De Gaulle.
Joseph Joffo.
Anne Frank.
Robert Merle.
L’amiral François Flohic.
Jean Moulin.
André Malraux.
Edmond Michelet.
Loïc Bouvard.
Germaine Tillion.
Alain Savary.
Être patriote.
Charles Maurras.
Philippe Pétain.
L’appel du 18 juin.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.
Raymond Sabot.
François Jacob.
Pierre Messmer.
Maurice Schumann.
Jacques Chaban-Delmas.
Yves Guéna.
Général Leclerc.

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