« C’est à pleurer tellement tu es belle, je n’ose même pas toucher ! » ("Les galettes de Pont-Aven", 1975).



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Coincé entre Dick Rivers et Abbassi Madani, l’acteur Jean-Pierre Marielle, tout dans sa bonne humeur, s’est retrouvé ce mercredi 24 avril 2019 aux portes du paradis (ou de l’enfer ?). Parti malade à l’âge de 87 ans (il est né le 12 avbril 1932) de l’hôpital de Saint-Cloud, il est allé retrouver notamment ses deux compères des "Grands Ducs" (1996) Philippe Noiret et Jean Rochefort. La petite "bande" du Conservatoire avec Annie Girardot, Bruno Cremer, Jean-Paul Belmondo, etc.

La mort de Jean-Pierre Marielle a beaucoup ému les Français parce qu’il y a une part de la France qui est partie avec lui, en tout cas, de culture française, de mode de vie français. Acteur plutôt de second plan sauf dans sa jeunesse, il avait d’abord cette voix si caractéristique, comme l’ont eu beaucoup de grands comédiens (je peux citer Claude Piéplu, Claude Rich, et ceux cités plus hauts, ses complices du cinéma français, Philippe Noiret et Jean Rochefort).

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Mais cette voix grave était très spécifique, une voix qui raclait jusque dans les talons, à la manière théâtrale, pour prononcer des répliques qui ont été souvent "culte" comme le disent les cinéphiles. Sa façon de dire des "gros mots" était tellement poétique qu’il les transformait en grande littérature.

Une grande silhouette qui s’étire, un front qui s’est dégarni au fil des films et des pièces de théâtre (il a joué dans de très nombreux films, mais aussi au théâtre et à la télévision), une moustache épaisse mais relativement discrète dans le visage (au contraire de Jean Rochefort), la barbe blanche gagna par la suite son menton, et une grande aisance corporelle.

Jean-Pierre Marielle a été nommé sept fois pour le César du meilleur acteur (premier ou second rôle, notamment dans "Coup de torchon" et "Tous les matins du monde"), mais il n’a jamais été choisi, tandis qu’il a été récompensé par un Sept d’or (1992) et un Molière (1994) du meilleur comédien.

Dans les années 1970 et 1980, Jean-Pierre Marielle jouait surtout des rôles de dragueur, de vendeur de camelote, mais, au contraire de certains acteurs emprisonnés par leur forte personnalité, il a pu faire des personnages à la psychologie très différente et dans des films assez différents, la comédie (où il excellait) autant que les films dramatiques.

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Dans les comédies françaises, il faut dire que les scènes parfois osées où certaines répliques aux femmes ne pourraient plus être tournées de nos jours, pour cause de pudibonderie ou de féminisme désincarné. Jean-Pierre Marielle aimait les femmes et cela se voyait dans de nombreux films, d’où également cette réplique gourmande que j’ai mise en tête.

Pour rendre hommage à Jean-Pierre Marielle, je propose ici quatre films que j’ai beaucoup appréciés par sa prestation, pas forcément les meilleurs de sa carrière mais qui ont en tout cas gardé en mémoire cette culture française dont on pourrait aujourd’hui avoir un peu de nostalgie.


1. "Charlie et ses deux nénettes" de Joël Séria, sorti le 8 novembre 1973

Un vendeur de cathédrales (pas Notre-Dame de Paris) qui fait la rencontre de deux jolies femmes (dont l’actrice Jeanne Goupil, compagne de Joël Séria), elles-mêmes employées de Charlie, joué par Serge Sauvion, acteur plus connu pour avoir été le doubleur de Peter Falk.









2. "Les galettes de Pont-Aven" de Joël Séria, sorti le 20 août 1975

Film assez "osé" pour ses scènes de nudité (c’était aussi l’époque des "Valseuses" ; à quelques années près), il a été interdit aux moins de 16 ans lors de sa sortie en salle. Ce film a été un vrai révélateur pour Jean-Pierre Marielle (malgré ses déjà très nombreux films précédents), puisqu’il a été nommé pour l’occasion au César du meilleur acteur. Ce peintre amateur qui quitte sa famille et sa vie pépère rencontre la très belle Jeanne Goupil (elle-même peintre dans la vie "civile") dont il fera l’éloge des fesses, les plus belles fesses du cinéma français : « Ton cul, c’est mon génie ! ». Auparavant, laissant une empreinte quelque peu machiste, il dit : « Tiens ma poule, va me chercher des olives ! ».












3. "Signes extérieurs de richesse" de Jacques Monnet, sorti le 9 novembre 1983

Dans ce film, Jean-Pierre Marielle n’est plus un dragueur mais un vénal escroc, pseudo-comptable d’un vétérinaire réputé (Claude Brasseur) en proie avec sa contrôleuse fiscale (Josiane Balasko). Heureusement, les deux compères ont une monnaie d’échange, le chien de la contrôleuse. Sans trop insister sur l’homonymie amusante du réalisateur (monnaie), il faut replacer ce film dans le contexte de l’arrivée de la gauche au pouvoir et de la mis en place de l’impôt sur les grandes fortunes (IGF, précurseur de l’ISF qui fait encore aujourd’hui tant débat), mais c’était avant l’arrivée de l’argent-roi de la décennie fric que furent les années 1980.

Le flipper, pour comprendre le contrôle fiscal : « Tu me demandes, je t’explique. La boule ? T’imagines que c’est notre homme qui débarque dans notre comptabilité. À chaque fois qu’il tombe sur quelque chose que nous ne pouvons pas justifier, tu paies. Là, tu crois que c’est fini, mais pas du tout. Notre homme resurgit et ça repart pour un tour, et attention, s’il croit qu’il y a dissimulation ou fraude, ça compte triple. C’est un peu comme la cible là-haut, ce qu’il cherche, c’est à nous allumer parce que alors là, je pose mon neuf, et je retiens un. ».

L’escroc dans toute sa splendeur : « Attention, je ne t’ai jamais dit que j’étais expert-comptable. Je suis expert en comptabilité. ».

Brasseur : « Je te ferasi remarquer que c’est pas moi qui t’ai viré, mais c’est toi qui est parti. ».
Marielle : « Bah, hé, tu m’as dit "barre-toi". Non mais, tu connais ma fierté ! ».

Où il est question de toasts aux groseilles : « Seulement, ça va pas être gâteau, parce que je l’ai traitée de boudin. ».

Analogie malhonnête : « C’est comme si on demandait sa comptabilité au docteur Schweitzer. ».















4. "Pièce montée" de Denys Granier-Deferre, sorti le 10 mars 2010

Dans l’un des derniers films de Jean-Pierre Marielle, ce dernier joue le rôle d’un curé dont le passé le rattrape, comme celui des autres invités d’ailleurs. On y retrouve aussi Danielle Darrieux et …Julie Gayet.






5. Questionnaires sur petits papiers, Télérama le 30 mars 2012

Pour finir, je propose ces quelques minutes d’introspection personnelle, toujours avec humour et bonne humeur. Jean-Pierre Marielle dit à cette occasion : « Les cons, ça fout les jetons ! Je frappe d’entrée ! » et aussi : « Les femmes ? ça va, ça va ! ».





Sa dernière réplique : « Le temps qui reste, bah, on verra bien ! »
Merci Monsieur Marielle, de ces bonnes parties de rigolade !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 avril 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Pierre Marielle.
La Chine au cinéma : une fidélité à soi-même, dans le film "Les Éternels".
Jacques Rouxel.
François Berléand.
Niels Arestrup.
"Acting".
"Quai d’Orsay".
Michel Legrand.
Gérard Depardieu.
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/jean-pierre-marielle-ou-le-bonheur-214601

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