« Abandonnez ceux qui s’abandonnent eux-mêmes ! » (Shakespeare, 1623).


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C’est officiel et une grande surprise. Nicolas Hulot (63 ans), numéro trois du gouvernement d’Édouard Philippe, Ministre d’État, Ministre de la Transition écologique et solidaire depuis le 17 mai 2017, a annoncé sa démission dans la matinale de France Inter ce mardi 28 août 2018. Il n'en avait parlé à personne ! Nul doute que cette information devienne l’événement de la semaine en cette future rentrée des classes (dans quelques jours). Pour France Inter, ce scoop est un bon moyen d’inaugurer sa nouvelle grille de la rentrée et son studio refait à neuf (sa rentrée était ce lundi 27).

Le populaire Nicolas Hulot veut-il quitter le gouvernement à cause de l’impopularité croissante ? Les couleuvres qu’il a déjà avalées lui remontent-elles désormais à l’estomac ? C’est toujours un étonnement pour moi d’observer ces postures de démission. Il y a de vraies démissions et des fausses démissions.

Les vraies démissions, c’étaient avec des vrais hommes politiques de caractère. Par exemple, Michel Rocard, quand il a démissionné le 4 avril 1985, c’était immédiatement après avoir appris que François Mitterrand voulait imposer le scrutin proportionnel aux élections législatives de 1986 pour de pures raisons politiciennes. Il n’a pas attendu une heure. Il a réagi immédiatement, en conformité avec ses convictions. Par exemple, Jean-Pierre Chevènement, un habitué du genre, qui a démissionné trois fois, le 22 mars 1983 (avec l’ensemble du deuxième gouvernement de Pierre Mauroy) de la Recherche et Industrie (défavorable à l’ouverture européenne), le 29 janvier 1991 de la Défense (opposé à l’intervention contre l’Irak en 1991), et le 29 août 2000 de l’Intérieur (opposé à l’idée d’écrire dans la Constitution qu’il existe un peuple corse). Trois démissions, trois convictions plus fortes que l’ambition et le confort du maroquin. Par exemple, celle, historique et sans précédent sous la Ve République, de Jacques Chirac de Matignon le 25 août 1976 était, elle aussi, celle d’une conviction et d’une stratégie gaullistes très affirmées pour détrôner Valéry Giscard d’Estaing.

Les fausses démissions, ce sont les postures. Par exemple, Christiane Taubira, je considère pourtant qu'elle fut l’une des rares "révélations" politiques du quinquennat de François Hollande (avec Bernard Cazeneuve), a démissionné le 27 janvier 2016 avec un mauvais tempo. En décembre 2015, elle avait pourtant cosigné le projet de loi pour retirer la nationalité française aux terroristes. Elle a claqué la porte du gouvernement en janvier 2016 pour cette raison, mais pourquoi a-t-elle donc signé le projet de loi ? Par amour du pouvoir ?

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Nicolas Hulot aurait tellement eu des raisons de démissionner depuis quinze mois qu’on se demande toujours ce qu’il est allé faire dans cette galère. Probablement a-t-il accepté à Emmanuel Macron ce qu’il avait refusé à François Hollande, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac parce qu’il pensait qu’une ère nouvelle était venue en 2017, un nouveau monde. Il fallait beaucoup de naïveté pour le croire. Je ne regrette pas du tout mon vote Macron au second tour de l’élection présidentielle, mais mon expérience d’observateur de la vie politique m’a toujours dit que ceux qui promettent un nouveau monde doivent toujours s’attendre à subir un jour la déception de leurs électeurs. Et heureusement ! Le monde est complexe et le transformer, le réformer, oui, mais en douceur, pas à la hussarde !

Personne ne regrettera Nicolas Hulot. Personnellement, j’ai compris la valeur politique de Nicolas Hulot, que j’apprécie beaucoup par ailleurs, le 13 avril 2011 à Sevran, le jour de l’annonce de sa candidature à la primaire des écologistes pour l’élection présidentielle de 2012 : il était nul, archinul sur la forme, aucun charisme, à mon grand étonnement pour ce grand communiquant télévisuel pourtant inégalable, comme s’il provenait des profondeurs de la IIIe République en ignorant ce qu’était la télévision. J’imagine que ce fut sans doute le trac qui l’a desservi mais c’est clair que face à Vladimir Poutine, à Kim Jong-Un, à Donald Trump, il y a besoin de personnalités fortes capables d’affirmer encore la puissance de la France face aux plus grandes gueules du monde, ce que notre actuel Président Emmanuel Macron parvient à faire même s’il y a encore peu de résultats.





Ce n’est pas Nicolas Hulot qui importe dans sa démission, mais le trou qu’il laisse au sein de ce gouvernement qui souffre terriblement de l’absence de poids lourds politiques, après déjà l’éviction de François Bayrou, Marielle de Sarnez et Richard Ferrand (qui, lui, n’est cependant pas vraiment un "poids lourds" !) le 21 juin 2017.

L’obligation d’un nouveau remaniement ministériel pour cette rentrée sociale qui s’annonce très combative va donc ouvrir la boîte de Pandore : faut-il juste remplacer le Ministre de la Transition écologique ou d’autres ministres qui, pour une raison ou une autre, ne tiennent pas assez la route par rapport aux tâches assignées, par exemple, Nicole Belloubet à la Justice ou encore Françoise Nyssen à la Culture, qui, malgré le soutien du Premier Ministre Édouard Philippe, aura maintenant du mal à se faire respecter à cause de cette affaire d’extension du siège de son entreprise sortie publiquement le 21 août 2018 ?

Tous les journalistes attendent dès la première année d’un mandat présidentiel le fameux "tournant" du quinquennat. C’est une aberration journalistique. Il n’y a jamais eu de tournant. Ni chez François Hollande qui a toujours prôné une politique de l’offre dès le début (mais qui l’a plombée avec une surimposition massive), et ni même chez François Mitterrand (Jacques Delors avait demandé une pause dès octobre 1981 et François Mitterrand de toute façon se souciait peu de l’argent des contribuables). Cet épisode sera au contraire l’occasion pour Emmanuel Macron de persévérer dans sa volonté de réformer. La question, c’est : pourra-t-il encore réformer contre les Français au lieu de réformer avec les Français ?

L’ex-présentateur vedette à la marque très lucrative n’était pas dans la même dimension. Le premier rat a quitté le navire, mais le navire ne coule pas encore. Le capitaine n’est pas celui d’un pédalo. Il s’agit maintenant de nommer de vrais politiques.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 août 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nicolas Hulot en 2018.
Nicolas Hulot en 2011.
Édouard Philippe.
Patrick Strzoda.
Alexandre Benalla.
Emmanuel Macron et l’État-providence.
Emmanuel Macron assume.
La réforme des institutions.
Protégeons la Ve République !

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