« La femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle doit également avoir celui de monter à la tribune. » (Olympe de Gouges, 1791).


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C’est fait, ce mardi 4 septembre 2018, peu avant 13 heures, le remaniement du second gouvernement d’Édouard Philippe tant attendu depuis sept jours a été annoncé. François de Rugy (44 ans) a été nommé Ministre d’État, Ministre de la Transition écologique et solidaire, en remplacement de Nicolas Hulot, et, surprise de dernière minute, après la démission quelques heures auparavant de la très populaire Ministre des Sports Laura Flessel, ancienne championne olympique d’escrime, c’est Roxana Maracineanu (43 ans), ancienne championne du monde de natation, qui la remplace au gouvernement. Roxana Maracineanu (diplômée de Sup de Co Paris) a été élue conseillère régionale socialiste d'Île-de-France du 21 mars 2010 au 13 décembre 2015.

Inutile de dire qu’on imagine mal François de Rugy à la hauteur du poste, si c’est pour résister face aux "lobbies" de tous poils. Stéphane Travert, le Ministre de l’Agriculture, doit se frotter les mains avec un petit sourire ; il a manifestement gagné. Sans aucune expérience internationale, alors qu’une politique écologique ne peut être efficace que mondiale, François de Rugy reçoit au moins son bâton de caporal ministériel : étrangement, malgré les multiples retournements de vestes depuis quelques années, au contraire de ses "vieux" camarades écologistes Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili, Emmanuelle Cosse, Cécile Duflot, etc., François de Rugy n’avait encore jamais été ministre. Il entre donc au conseil des ministres par la grande porte, numéro trois du gouvernement, avec range de Ministre d’État.

D’abord, quelques réflexions rapides sur ce remaniement minimaliste : Édouard Philippe voulait un remaniement plus large pour avoir une meilleure cohésion de son équipe, mais le choix présidentiel a prévalu, remplacer juste ceux qui sont partis. Élargir le remaniement, c’était prendre le risque d’ouvrir la boîte de Pandore : en effet, qui garder ?!

Ensuite, le choix du successeur de Nicolas Hulot devait se faire nécessairement sur l’aile gauche et pas sur l’aile droite déjà bien représentée individuellement et politiquement. Donc, l’hypothèse d’un retour d’un ancien mais furtif Ministre de l’Écologie, Alain Juppé, mentor du Premier Ministre, était peu envisageable. Tout comme celle de Jean-Louis Borloo, de toute façon trop amer après son rapport sur les banlieues. Parmi les hypothèses, la principale, Daniel Cohn-Bendit, fut levée dès la fin du week-end dernier, celle de Pascal Canfin, ancien ministre, dans la matinée, ainsi que d’autres personnes, comme Ségolène Royal, Barbara Pompili, Laurence Tubiana (proposée par Dany-le-Vert), etc.

La nomination de François de Rugy, faute de "mieux" (Daniel Cohn-Bendit, Pascal Canfin, etc.), semble hélas montrer une tendance au retour au "vieux monde". Bon, disons-le tout de suite, je n’ai jamais cru au "nouveau monde" et il y a une sorte de prétention extrême (typiquement pharaonique !) à croire qu’une fois qu’on arrive au pouvoir, on démarre une nouvelle période. Il faut être Bonaparte, De Gaulle ou Gambetta pour faire l’histoire républicaine (oui, même Napoléon fut un républicain en créant le Consulat).

Quelle est cette tendance au "vieux monde" ? D’une part, et je trouve cela très pertinent, nommer un animal politique et pas un inexpérimenté des joutes parlementaires et politiciennes. François de Rugy est un politique, d’ailleurs, c’est aussi sa faiblesse, il n’a jamais connu que la politique. D’autre part, vu sa personnalité qui n’a pas semblé déplacer des montagnes en 2017, sa nomination ressemble plus à une prudence qu'à une révolution. Rappelons qu’il fut candidat à la primaire du Parti socialiste et le 22 janvier 2017, il n’a même pas rassemblé 4% des voix (exactement, 3,9%) pour désigner une candidature qui, au final, n’a obtenu que 6,3% des voix le 23 avril 2017. On pourrait donc le jauger comme valant 0,2% des suffrages exprimés de l’an dernier, mais comme il a été "futé" (ou ambitieux), François de Rugy a finalement soutenu la candidature d’Emmanuel Macron et même, a adhéré à La République En Marche, lui permettant d’obtenir le perchoir, surtout grâce à son expérience de député comparativement bien plus grande que l’armée de novices qui est arrivée au Palais-Bourbon le 18 juin 2017.

Or, voici bien le risque du "vieux monde". Tous les passionnés d’écologie auront le droit d’être déçus par cette nomination : François de Rugy sera un fidèle soldat du macronisme et n’aura pas une pensée indépendante (comme pouvait l’avoir Nicolas Hulot, mais aussi Daniel Cohn-Bendit et probablement Ségolène Royal).

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Le risque, c’est que cette nomination fût avant tout motivée par le jeu des chaises musicales : le perchoir est "enfin" libre ! Or, depuis le début de la législature, il y en a un qui le "reluque" intensément : Richard Ferrand, président du groupe LREM à l’Assemblée Nationale. Il avait déjà dû quitter son ministère à cause de l’affaire le concernant, et cette affaire l’avait aussi empêché de se présenter honorablement au perchoir. Il avait même voulu que l’élection en 2017 se déroulât pour un demi-mandat, pour lui laisser le fauteuil en fin de législature, mais cette démarche était totalement anticonstitutionnelle, puisque le Président de l’Assemblée Nationale ne peut être élu que pour la totalité de la durée de la législature (cinq ans, ou moins en cas de dissolution).

Bref, la nomination de François de Rugy au gouvernement va donc éviter une confrontation avec Richard Ferrand qui a ainsi un boulevard pour atteindre le perchoir. Avec le nombre pléthorique de députés LREM (large majorité absolue) et la loyauté de ceux-ci, il y a peu de doute que c’est Richard Ferrand qui fera l’élection selon ses propres volontés.

Mais alors, l’élection de Richard Ferrand au perchoir dans les jours qui viennent (le mercredi 12 septembre 2018 à 15 heures, avant la rentrée parlementaire) est-elle incontournable ? Politiquement, et mathématiquement, oui. Mais pas forcément psychologiquement. Si une large campagne d’opinion se levait contre cela, avec l’impopularité croissante du Président de la République (plus basse que François Hollande à la même époque du quinquennat !), le "vieux monde" serait peut-être mis en difficulté.

Car enfin, c’est bien beau de vouloir la parité avec les femmes, c’est bien beau, mais jusqu’à maintenant, aucune femme Présidente de la République (et je suis heureux que ce fût ainsi, je n’aurais voulu ni Ségolène Royal en 2007 ni Marine Le Pen en 2017), aucune femme Premier Ministre (seule Édith Cresson a montré que c’était très audacieux de féminiser Matignon et ce fut presque comme un vaccin anti-femme), aucune femme Ministre d’État (notons que François Bayrou, Ministre d’État, fut remplacé par Nicole Belloubet à la Justice, mais sans le titre de Ministre d’État, au contraire du remplaçant de Nicolas Hulot), une proportion très faible de maires femmes (à l’exception de Paris avec un duel en 2014 entre Anne Hidalgo et NKM), et aussi, aucune femme au perchoir de toute l’histoire de la République française. Ségolène Royal a failli gagner le fauteuil en 2012, mais elle a été battue dans sa circonscription par un candidat socialiste dissident. Marylise Lebranchu aurait dû la remplacer mais elle avait trop envie d’être au gouvernement. Résultat, Claude Bartolone.

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Si Emmanuel Macron milite sincèrement pour la cause des femmes, voici l’occasion en or d’encourager l’élection d’une femme au perchoir. En quinze mois, parmi les députés LREM (car il ne peut s’agir que d’un membre de LREM), de nombreuses femmes ont montré leur talent, leur assiduité au travail parlementaire, leur indépendance d’esprit et même leur combativité. Que ce talent s’exprime donc au perchoir !

Des noms ? Je préfère ne pas en donner, car le risque, c’est de "consumer" trop rapidement les hypothèses. Mais se donner pour objectif de faire élire une femme au perchoir, dans une assemblée qu’on a vantée pour sa féminisation grâce au principe de parité dans les candidatures, c’est montrer, dans les faits, un véritable aspect de ce "nouveau monde" dont on voudrait tant être le chantre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Il faut une femme au perchoir !
Emmanuel Macron.
Édouard Philippe.
Nicolas Hulot.
Christophe Castaner.
La XVe législature.
Richard Ferrand.
François de Rugy.
Claude Bartolone.
Patrick Ollier.
Jean-Louis Debré.
Raymond Forni.
Laurent Fabius.
Philippe Séguin.
Henri Emmanuelli.
Jacques Chaban-Delmas.
Edgar Faure.
Édouard Herriot.
Vincent Auriol.
Paul Painlevé.
Léon Gambetta.

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