« Ceux qui ont perdu toutes leurs économies n’auront retrouvé une vie normale que d’ici un ou deux ans. Dans quatre ans, on se sera tout juste remis. Mais on restera sous le niveau qu’on aurait atteint si on avait poursuivi une voie stable plutôt que la voie de la spéculation. » (Joseph Stiglitz, "Challenges", 27 août 2009).


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Dix ans que le système financier mondial s’est effondré. Dix ans que la France cherche à retrouver une certaine marge de manœuvre économique.

L’année 2017, pour la première fois depuis dix ans, le déficit public de la France est repassé en dessous du seuil fatidique de 3% du PIB, à savoir 2,6%. Le déficit de cette année 2018 devrait être encore meilleur, prévu à environ 2,3%. Bon, c’est clair que cela reste un déficit, et celui-ci est l’une des tares chronique des gouvernements des quarante dernières années. La bonne gestion, celle des ménages par nécessité, c’est zéro déficit. Ne pas dépenser plus que l’on ne gagne. Ou alors, investir pour l’avenir, s’endetter pour des investissements, mais pas pour des dépenses de fonctionnement. S’endetter pour préparer la vie de nos enfants et pas s’endetter pour faire vivre nos aînés.

Avant 1981, il y avait déficit public uniquement pour des raisons bien identifiées (les deux chocs pétroliers, par exemple) tandis qu’après 1981, François Mitterrand avait carrément théorisé l’existence permanente du déficit afin de satisfaire ses nombreuses clientèles électorales. Jacques Chirac et Édouard Balladur ont fait de même à la tête de leur gouvernement de cohabitation, et le Traité de Maastricht a renforcé la pérennité de ce seuil, 3% du PIB. Dès sa campagne présidentielle de 2002, François Bayrou avait mis en garde les Français contre ce déficit chronique et contre une dette devenue abyssale (elle est, à la fin de l’année 2017, de plus de 2 200 milliards d’euros, soit 96,8% du PIB, un sommet !).

Le programme du Président Nicolas Sarkozy contenait en 2007 beaucoup de mesures pour libéraliser l’économie française et assainir les finances publiques. François Fillon, le clown triste, avait même parlé de "France en faillite" (ce qui avait mis en colère Nicolas Sarkozy, mais pour une autre raison : il avait osé dire qu’il était à la tête d’un pays qui était en faillite, alors qu’il n’y avait qu’une seule tête, le Président, pas le Premier Ministre !).

Or, un événement a complètement cassé ces perspectives. En effet, cela fait maintenant dix ans qu’une grave crise financière mondiale a été déclenchée. Précisément, le 15 septembre 2008, la banque d’investissement Lehman Brothers a fait faillite. En fait, la crise se pressentait dès l’été 2007 avec la crise de subprimes. La titrisation des prêts bancaires pour l’immobilier aux États-Unis, les trop grandes largesses des banques à accorder des prêts à des ménages aux revenus trop bas, la hausse des taux d’intérêts, la chute de l’immobilier, la faillite des prêteurs incapables de se faire rembourser par la vente du bien immobilier dévalué de leurs clients.

Ce krach était un événement mondial majeur de même ampleur que le fameux 29 octobre 1929. À la différence près que les gouvernements, au lieu de laisser faire le marché, en 2008, ont cherché à soutenir le secteur bancaire.

En France, Nicolas Sarkozy a sans doute montré son plus grand sens de l’État à cette occasion. Il a soutenu l’économie française comme il a pu. Il a même créé un Ministère de la Relance (occupé par l’ancien fidèle Patrick Devedjian, qui fut secrétaire général de l’UMP). Il a su aussi faire prendre les bonnes décisions au niveau européen en faisant pression sur Angela Merkel.

Mais dans tous les cas, son quinquennat était "foutu" par cette crise. Il n’avait plus de marge de manœuvre, et la crise de la dette souveraine grecque en 2010, qui risquait d’enflammer la zone euro, a encore plus réduit ses libertés au point qu’il renonça à la création d’une assurance dépendance pourtant très attendue (et toujours pas créée huit ans plus tard).

Quand François Hollande, énarque HEC de la Cour des Comptes (donc, en principe, calé en économie et en finances) qui avait beaucoup misé, dans sa campagne interne au PS, sur la maîtrise du déficit public et de l’endettement public, se retrouva en concurrent numéro un de Nicolas Sarkozy, durant la campagne présidentielle de 2012, il avait beau jeu de pointer du doigt les "résultats" déplorables de ce quinquennat en termes de finances publiques et aussi de chômage tout en se faisant l’ennemi de l’invisible finance internationale. Rien qu’entre septembre 2008 et septembre 2009, il y a eu en France plus de 500 000 demandeurs d’emploi supplémentaires ! Une catastrophe sociale majeure. Quant au déficit, il fut historique pour l’année 2009, avec 7,2% du PIB (139 milliards d’euros !). Entre 2007 et 2012, la dette publique a progressé de près de 50%, du jamais vu pour un mandat, de 64,5% du PIB en 2007 à 90,6% du PIB en 2012 !

Et pourtant, il fallait savoir ce qu’on voulait : voulait-on faire comme le gouvernement américain en 1929, ne rien faire, laisser faire, laisser la pauvreté s’installer, ou au contraire, fallait-il relancer l’économie, refaire tourner la machine ? Nicolas Sarkozy avait choisi, sans doute avec raison, la seconde possibilité et à l’époque, il était même critiqué par les socialistes de ne pas en avoir fait assez, c’est-à-dire, en clair, de ne pas avoir creusé encore plus le déficit public ! Facile après de fustiger les conséquences secondaires.

Pourtant, avec la conjoncture hyperdéfavorable de la crise mondiale, les performances financières du quinquennat de Nicolas Sarkozy n’étaient pas si critiquables que cela, et tenaient la comparaison avec les autres pays comparables (la Cour des Comptes a même donné un brevet de "bonne gestion" en temps de crise). Rappelons que dès 2010, un plan d’assainissement des finances publiques (porté par François Baroin puis Valérie Pécresse) permettait de réduire le déficit public chaque année. À la fin du quinquennat, la croissance a même retrouvé les environ 2%.

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Quand François Hollande a pris les commandes de l’État, ce fut une nouvelle catastrophe, cette fois-ci fiscale : la croissance fut plombée pendant tout le quinquennat, ne dépassant pas 1% alors que la conjoncture internationale, au contraire, était à l’embellie. Le chômage a progressé énormément et le déficit n’a jamais été ramené en dessous du seuil fatidique de 3% du PIB malgré toutes les promesses tant de bateleur de campagne que de Président de la République.

Ce n’est qu’en 2017 que les finances publiques commencent à sortir un peu de l’eau. Ce n’est pas une opération magique avec l’arrivée du Président Emmanuel Macron mais plutôt des circonstances positives avec un discours volontariste en faveur des entreprises. Cependant, la croissance attendue, même si elle est là, risque d’être moins élevée que prévue. Les marges de manœuvre risquent encore d’être faibles pour la suite du quinquennat d’Emmanuel Macron.

La France revient de loin, en dix ans, avec la crise financière mondiale de 2008 et le choc fiscal de 2013, mais la page semble définitivement se tourner. Rien n’est perdu. Le pays reste encore la sixième puissance économique mondiale avec un PIB de 2 583 milliards de dollars. Elle vient certes de se faire dépasser par l’Inde en 2017 qui arrive derrière les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Mais il faut toujours regarder les grands ensembles, et l’Union Européenne reste en elle-même une puissance mondiale majeure, talonnant les États-Unis et encore très nettement au-dessus de la Chine.

C’est cette intuition qui guide Emmanuel Macron et qui va être sans doute l’enjeu principal des élections européennes du 26 mai 2019 : l’avenir économique de la France ne peut se concevoir qu’au sein d’une Europe unie et solidaire qui soit capable de peser économiquement mais aussi politiquement face aux autres grands ensembles économiques du monde. C’est là le chemin.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La crise financière mondiale de 2008.
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Audit de la Cour des Comtes du quinquennat Sarkozy (2 juillet 2012).
Un désastreux état des finances publiques en 2016.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180915-crise-financiere.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/la-crise-majeure-de-2008-une-page-207640

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