« Même beauté, tant soit exquise,
Rassasie et soûle à la fin.
Il me faut d’un et d’autre pain :
Diversité, c’est ma devise. »
(Jean de La Fontaine, 1674).


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Avec 34 listes déposées et validées en France pour les élections européennes du 26 mai 2019, on ne pourra pas dire que la devise de La Fontaine n’est pas appliquée. Cela tombe bien, c’est aussi la devise de l’Union Européenne : "Uni dans la diversité". je ne sais pas trop si l’unité est là (elle l’est parfois, souvent lors des drames nationaux, militaires ou autres), mais la diversité est là, c’est sûr. Et la campagne officielle des européennes a commencé ce 13 mai 2019. 33 listes ont été déposées le 3 mai 2019, mais le Conseil d’État a accepté un délai supplémentaire pour la 34e liste, celle de l’Union des démocrates musulmans français, validée le 9 mai 2019. Certains y trouveront à redire.

34 choix, c’est mission impossible pour assurer l’équité des médias, c’est compliqué pour les candidats de se faire connaître en si peu de temps (ils sont 2 686 au départ !), c’est difficile pour les citoyens de faire leur choix, et cela va être très pénible pour ceux qui, serviables, vont dépouiller durant la nuit qui sera longue. Et encore, certaines listes de gilets jaunes se sont retirées, et le NPA n’a pas pu participer, faute de moyens financiers.

Il faut tenter de faire un peu clarté dans ce trop-plein de choix qui donne un sentiment de vertige par en fait le vide que cela dégage. Car à part quelques leaders nationaux ou leaders d’opinion, et pas de tout tout premier plan (désolé pour eux), qui avaient déjà une petite légitimité politique ou notoriété médiatique avant d’être candidats (je pense notamment à Jean-Christophe Lagarde, Nathalie Loiseau, François-Xavier Bellamy, Nathalie Arthaud, Florian Philippot, Nicolas Dupont-Aignan, Raphaël Glucksmann, Renaud Camus, Yannick Jadot, Benoît Hamon et Francis Lalanne, et encore, certains n’ont pas acquis leur notoriété dans le domaine politique), aucune grande pointure du paysage politique ne participe à cette compétition. Pourtant, avec le retour du scrutin à l’échelle nationale, comme avant l’an 2000, on aurait dû avoir tous les chefs de partis dans la bataille, comme ce fut le cas pendant toutes les élections avec une circonscription nationale (entre 1979 et 1999).

Résultat, il y a une réelle illisibilité pour les électeurs dans cette campagne. Certains pourtant très bien informés (dont c’est le métier) sont ainsi capables de prétendre que la "liste Union de la droite et du centre" serait celle de l’UDI de Jean-Christophe Lagarde, mais non, cette dernière s’appelle "Les Européens" et la précédente est en fait la liste Les Républicains soutenue aussi par le parti centriste d’Hervé Morin. De même, le rare militant socialiste qui resterait fidèle au parti socialiste (en existe-t-il encore au moins un ?!) se posera inévitablement la question pour retrouver sa liste qui s’appelle "Envie d’Europe écologique et sociale" pas même menée par un socialiste ni même par quelqu’un qui comprend et connaît le milieu politique (Raphaël Glucksmann, qui a reçu le soutien remarqué de Christiane Taubira le 15 mai 2019 à Rouen, visiblement ne s’épanouit pas dans ce rôle). Amusant d’entendre d’ailleurs le 14 mai 2019 Valérie Rabault, quand même présidente du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale (c’est vrai qu’avant qu’elle n’en soit la présidente, le 11 avril 2018, il n’y a plus le mot "socialiste" dans l’appellation de ce groupe nommé alors "Nouvelle gauche) hésiter pour donner l’appellation exacte de la liste qu’elle soutient en principe.

"Classons" rapidement les listes pour s’y retrouver un peu dans ce contexte confus. Ce classement est évidemment très arbitraire, mais il est nécessaire de le faire. J’indiquerai éventuellement quelques candidatures intéressantes, notamment en fin de liste (dernière ou avant-dernière place, selon le sexe en raison de la parité, est une place d’honneur, celle d’un parrain qu’on honore et qui honore la liste de sa présence).

La première catégorie concerne les listes susceptibles d’avoir des élus, c’est-à-dire de recueillir au moins 5% des voix : la liste Renaissance menée par Nathalie Loiseau (soutenue par LREM, le MoDem, le Mouvement radical et Agir), la liste Rassemblement national menée par Jordan Bardella, la liste LR menée par François-Xavier Bellamy, la liste EELV (écologistes) menée par Yannick Jadot et la liste FI menée par Manon Aubry. À celles-ci, j’ajoute la liste PS menée par Raphaël Glucksmann que les sondages placent à l’extrême limite du seuil (entre 4,5% et 5,0%).

Cette catégorie est la plus médiatisée. Deux têtes de liste, peu connues, ont montré leur grand talent d’hommes en campagne : François-Xavier Bellamy (la vraie révélation de cette campagne) et Jordan Bardella (qui va avoir un poids très important dans l’appareil de RN). François-Xavier Bellamy, capable de reprendre le drapeau présidentiel de François Fillon, pourrait même faire de l’ombre à celui qui l’a lancé en politique nationale, Laurent Wauquiez. La dernière place de la liste LR est occupée par Michel Dantin, le maire de Chambéry. La liste du RN a réussi à élargir son assise, notamment en débauchant Thierry Mariani et Jean-Paul Garraud, et aussi Hervé Juvin, tous les trois en position éligible. Parmi les éligibles du RN, on retrouve Jean-François Jalkh, Nicolas Bay et aussi Gilbert Collard (pourquoi cette candidature ?) et Jean-Lin Lacapelle, qui intervient souvent dans les médias. La liste RN finit avec notamment Marine Le Pen, Julien Sanchez et Wallerand de Saint-Just.

En revanche, la performance de Yannick Jadot est très médiocre alors que les écologistes avaient obtenu plus de 16% des voix en 2009 (et que l’Europe aujourd’hui sourit aux écologistes comme force de remplacement à gauche : en Allemagne, en Autriche, etc.). Sur la liste EELV, parrainée par Eva Joly, sont en position éligible notamment Michèle Rivasi, Karima Delli et David Cormand. De même, la greffe politique de Raphaël Glucksmann ne s’est pas faite, sans doute en raison de sa trop grande naïveté qu’il a reconnue lucidement, cela va peut-être aboutir au désastre annoncé pour le PS : l’absence totale d’élus au Parlement Européen, ce qui serait sans précédent (même après le désastre de mai 2014). Si Claire Nouvian a été reléguée à la fin de la liste PS, Pierre Larrouturou, mangeant à tous les râteliers depuis trente ans (RPR, UDF, EELV, PS), est, lui, en position éligible en cas de franchissement du seuil de 5%. La performance de Manon Aubry est également médiocre, elle semble incapable de retrouver le socle électoral de FI acquis à l’élection présidentielle de 2017. À noter que le député européen sortant socialiste Emmanuel Maurel est en position éligible sur la liste FI et que Jean-Luc Mélenchon et Charlotte Girard sont en fin de liste.

Quant à Nathalie Loiseau, avec ses gaffes, très largement assumées, elle pourrait étonner : sans doute pas pour la campagne assez médiocre (elle a du mal à faire "décoller" sa liste) mais pour la suite. Certains évoquent son nom comme présidente du groupe ALDE au sein du Parlement Européen (qui pourrait être le troisième groupe, en position centrale entre le PPE et les sociaux-démocrates). Diplomate, elle saura probablement agir pour accroître l’influence de la France dans cette institution alors qu’il faut bien avouer que les députés européens français y ont peu d’influence car dispersés dans trop de groupes politiques (et donc, ne pesant d’aucun poids dans chacun de ceux-ci). Alain Lamassoure en a fait les frais en janvier 2017 alors qu’il comptait succéder à Martin Schulz à la Présidence du Parlement Européen. À noter également le parrainage posthume de Simone Veil, confirmée dans le programme de la liste Renaissance et aussi par la présence de Jean Veil, fils de Simone Veil, à la fin de cette liste qui a fait la part belle aux écologistes (en particulier Pascal Canfin et Pascal Durand) et aussi à des responsables du centre droit (notamment Fabienne Keller et Dominique Riquet). Le journaliste Bernard Guetta y est aussi en position éligible.

La deuxième catégorie de listes, ce sont celles qui sont encore vaguement sur les écrans des sondages et qui ont plus de 1% des voix, qui représentent donc une part encore représentative de l’électorat. Je peux citer la liste UDI menée par Jean-Christophe Lagarde qui a pris un grand risque en présentant l’UDI seule, lui-même entouré de Louis Giscard d’Estaing et Nora Berra (je ne suis pas sûr que des affiches proposant leur visage soient très porteuses). Beaucoup de parlementaires nationaux UDI sont en fin de liste, notamment Jean-Marie Bockel et Valérie Létard. Il y a aussi la liste Ensemble Patriotes menée par Florian Philippot qui cherche à recycler les déboutés du RN (notamment Mireille d’Ornano). Précisons aussi la présence de l’acteur Franck de Lapersonne. Florian Philippot comprendra après le scrutin, comme l’a compris Bruno Mégret en 2002, que quitter la marque Le Pen sera un désastre pour lui.

Dans cette deuxième catégorique, je place aussi la liste menée par Nicolas Dupont-Aignan, qui avait un grand potentiel de voix (les sondages lui avaient donné jusqu’à 8% d’intentions de vote il y a plusieurs mois), a associé Marie-Jo Zimmermann et Bruno North (CNI) en tête de liste, ainsi que le gilet jaune Benjamin Cauchy, et le parlementaire Jean-Louis Masson est en fin de liste. Jean-Frédéric Poisson, qui devait intégrer la liste, y est finalement absent. La liste Lutte ouvrière menée par Nathalie Arthaud est parrainée par l’historique Arlette Laguiller, candidate en dernière position. La liste du PCF menée par Ian Brossat (un adjoint à la mairie de Paris) est chapeautée par André Chassaigne en dernière place. Enfin, la liste de Générations, menée par Benoît Hamon, peine à sortir de l’anonymat, malgré la présence de quelques syndicalistes connus (comme Isabelle Thomas qui aura du mal à faire renouveler son mandat) et Édouard Martin, en dernière place.

Enfin, la troisième catégorie regroupe toutes les autres listes qui n’ont qu’un rôle anecdotique, tant par leur influence politique que par leurs candidats souvent inconnus du grand public. Je peux citer notamment la liste menée par François Asselineau, ancien collaborateur de Charles Pasqua et candidat à l’élection présidentielle de 2017, qui, décidément, déteste l’Europe ; la liste de l’Alliance royale ; la liste menée par Renaud Camus, obsédée par l’immigration et l’islam ; la liste Urgence écologie (de Génération écologie et du MEI) parrainée par Delphine Batho, Antoine Waechter et Sébastien Nadot, tous les trois en queue de liste ; la liste menée par le gilet jaune Christophe Chalençon, avec, parmi ses colistiers, un ancien membre de LREM, Marc Doyer ; et je termine par la liste du parti animaliste. Je n’ai pas voulu citer toutes les listes parce qu’en citant ces quelques listes, cela paraît déjà assez confus.

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Depuis le début de la semaine, la campagne commence donc enfin : il était temps ! Il y a la campagne officielle (les spots dans l’audiovisuel public qui sont rarement écoutés), et il y a bien sûr les débats dans les grands médias. Il faut saluer les chaînes de télévision et stations de radio qui ont organisé ou vont organiser des débats, car jamais il y en a eu autant pour une campagne aux européennes. Hélas, le débat entre les chefs de file européens qui a eu lieu à Bruxelles ce mercredi 15 mai 2019 a eu peu d’impact en France car aucun média important ne l’a retransmis.

Il faut notamment saluer France 2 et France Inter pour avoir organisé le premier débat télévisé le 4 avril 2019 avec douze têtes de liste (déjà connues), et ils vont organiser un nouveau débat dans la soirée du mercredi 22 mai 2019 (animé par Thomas Sotto). D’autres débats télévisés sont prévus la semaine prochaine, le lundi 20 mai 2019 sur LCI (animé par David Pujadas), et le jeudi 23 mai 2019 sur BFM-TV (animé par Ruth Elkrief et Apolline de Malherbe).

Je voudrais revenir sur le débat qui a eu lieu le 24 avril 2019 sur LCI, animé par David Pujadas. L’originalité de ce débat, ce fut non pas d’inviter les têtes de liste mais d’inviter les chefs de parti. Seulement six personnalités furent invitées, ce qui a rendu le débat un peu plus clair et intéressant qu’à douze ou trente-quatre, cependant, l’absence de représentant écologiste est regrettable et étonnante.

Étaient ainsi invités Marine Le Pen pour le RN, François Bayrou pour le MoDem, Laurent Wauquiez pour LR, Olivier Faure pour le PS, Stanislas Guerini pour LREM et Andrien Quatennens pour FI. C’était l’occasion à la fois de connaître mieux ces chefs des principaux partis (même s’il manquait EELV) et d’avoir une idée de la confrontation des idées.

Sur le plan des personnes, on peut s’étonner du manque de leadership manifeste de Stanislas Guerini, pourtant patron du parti présidentiel, qui semblait plus en situation d’un élève passant un examen que d’un chef martelant sa vision politique. Sa capacité à convaincre m’a paru très limitée (alors qu’il est paradoxalement diplômé de HEC). Manque de leadership visible aussi (mais on le savait déjà) chez Olivier Faure dont on peine à imaginer qu’il est le successeur de François Mitterrand, Lionel Jospin, Laurent Fabius, Michel Rocard

Dans cet ensemble, François Bayrou a fait figure de très vieux dinosaure de la vi politique (le plus ancien sur le plateau), et cela a paradoxalement donné un sentiment qui rassurait, celui de garder quelques références dans un paysage politique si mouvementé. Marine Le Pen aussi a semblé très ancienne dans cet ensemble, même si elle a beaucoup moins d’expérience et d’ancienneté que le "patriarche" centriste. Laurent Wauquiez peut parfois être intéressant mais la manière de parler, son ton inutilement martial, est très irritante et forcément contreproductive. Enfin, Adrien Quatennens, la révélation parlementaire de 2017, jeune dauphin de Jean-Luc Mélenchon à FI, s’il est manifestement taillé pour le militantisme et la confrontation des arguments, il devra encore faire un effort pour ne pas interrompre sans arrêt ses interlocuteurs, ce qui, même en position favorable, pourrait lui faire du tort sur sa capacité à convaincre les téléspectateurs.

Sur le fond, le débat n’a hélas pas volé très haut parce qu’il n’y a pas eu de modérateur rappelant quelques réalités. Lorsque sont balancées par exemple les statistiques de l’immigration, 250 000 nouveaux entrants chaque année, on oublie de rappeler qu’il y a aussi de très nombreux sortants, notamment les étudiants étrangers qui ont fini leurs études et retournent dans leur pays.

Sur ce sujet, François Bayrou voudrait privilégier les migrants qui parleraient le français. C’est assez absurde de mettre la francophonie comme critère de décision pour délivrer une carte de séjour : les réfugiés qui trouvent asile en France apprendront le français, au même titre que ceux qui trouvent asile en Allemagne (le pays le plus attractif) apprendront l’allemand. D’ailleurs, l’Allemagne justement a organisé ces cours d’allemand en masse, alors que la France peine à accueillir dans de bonnes conditions (et les cours de langue en sont une) les réfugiés qu’elle a admis sur son territoire. C’est comme si un secouriste de haute montagne demandait à celui qu’il va secourir après une avalanche quelle langue il parle avant de décider de venir le secourir...

Le français semble d’ailleurs un élément majeur pour François Bayrou qui en a fait un argument pour contester la candidature de Manfred Weber (Allemand de la CDU), chef de file du PPE pour la Commission Européenne (il ne parle pas le français). Concrètement, je ne sais pas si savoir parler le français est un critère de bon Président de la Commission Européenne, le Président sortant Jean-Claude Juncker et son prédécesseur José Manuel Barroso parlent excellemment bien le français. Est-ce "le" critère ?

En revanche, François Bayrou avait raison de s’opposer à Laurent Wauquiez sur le fond du sujet. Le président de LR a reproché au président du MoDem que les futurs élus de la liste de Nathalie Loiseau iraient siéger au groupe ALDE et pas au groupe PPE, ce qui réduirait l’influence de la France au sein du PPE. Même reproche que celui fait par Maurice Druon il y a déjà longtemps ! Pourtant, François Bayrou a raison quand il dit que c’est la CDU qui fait la loi au sein du PPE et qu’il y a donc une trop forte influence politique de l’Allemagne sur l’institution parlementaire.

Sur certains sujets, étrangement, François Bayrou était en accord avec Marine Le Pen, et ils n’ont pas hésité à le constater simplement. Notamment sur le scrutin proportionnel pour les élections législatives, François Bayrou, à mon sens, se trompe lorsqu’il est persuadé que la proportionnelle ne ferait pas revenir la Quatrième République en raison de l’existence de l’élection présidentielle. Mais il a oublié que tant que demeure le principe de la motion de censure (et il faut qu’il demeure), l’absence de majorité à l’Assemblée Nationale peut faire revenir l’instabilité des gouvernements et donner une importance disproportionnée aux petits partis pivots, comme c’est le cas dans la plupart des pays utilisant ce type de scrutin.

Même s’il a en partie raison, François Bayrou a presque frôlé un certain "complotisme" lorsqu’il a affirmé que Donald Trump voulait la mort de l’Europe et qu’il cajolait Matteo Salvini. Malgré cela, j’ai trouvé que François Bayrou était celui qui avait le mieux conclu l’émission, le plus synthétiquement, en résumant toutes ses convictions européennes ainsi : « On peut faire plus, on peut faire mieux, mais je suis sûr qu’on ne peut pas faire sans. ».

Sur un autre plateau, un autre a aussi eu une belle formule pour dire ce qu’il pense de sa vision européenne. Promoteur du principe de subsidiarité (l’une des bases des pères de l’Europe), Alain Madelin, invité de LCI le 14 mai 2019, avait bien du mal à choisir entre les 34 listes en présence et a résumé ainsi ce qu’il faudrait construire : « l’Europe de l’harmonie et pas l’Europe de l’harmonisation ». Belle formule, mais qu’il s’agit de remplir de projets concrets.

Des multiples débats qui ont déjà eu lieu, j’ai trouvé à mon sens que la confrontation entre Éric Zemmour (qui a été approché par Marine Le Pen pour faire partie de sa liste) et Daniel Cohn-Bendit (qui ne cache pas son soutien à Emmanuel Macron), qui s’est déroulée sur LCI le lundi 13 mai 2019 (animée par David Pujadas), était très intéressante sur le fond, même si elle était assez violente sur la forme (où les deux protagonistes ne savaient jamais s’il fallait se tutoyer ou voussoyer en public). Violente car sans doute plus spontanée que les politiques professionnels, mais intéressante car les clivages politiques ont été bien clarifiés sur la vision de l’Europe.

Il est sûr qu’Éric Zemmour a vision très parcellaire de la réalité française, je ne lui reprocherai pas son inquiétude sur l’immigration mais plutôt le fait de prendre, parmi ses connaissances historiques, seulement les faits qui conforteraient son argumentation. Au contraire, Daniel Cohn-Bendit a montré ses bonnes compétences européennes, sa connaissance fine des sujets et des enjeux européens, notamment sur les importations en Europe et les barrières commerciales. Intéressants aussi étaient les six "citoyens" choisis par la chaîne pour parler du terrain et de leur quotidien, même si certains exemples étaient "caricaturaux" (à savoir, pour les pro-européens, une étudiante en médecine qui a vécu à Manchester avec d’autres étudiantes européennes dans le cadre du projet Erasmus, et pour ceux qui craignent l’islamisation de la France, une personne qui travaillait au Bataclan au moment de l’attentat).

Beaucoup de commentateurs disent que les débats ne concernent pas l’Europe, mais je trouve que c’est faux. À partir du moment où l’on considère que l’Europe a un destin commun, et même les plus anti-européens n’hésitent pas à parler de "civilisation européenne", c’est que justement, la plupart des sujets politiques sont aussi des sujets européens. Vers où l’on veut voir avancer l’Europe, c’est aussi vers où l’on veut voir avancer la France.

En ce sens, malgré un départ très tardif (mais c’était prévisible) de la campagne des européennes, notamment en raison de la crise des gilets jaunes, du grand débat, de l’incendie de Notre-Dame de Paris et encore très récemment, de la mort de deux soldats français au Burkina Faso, le débat public sur l’Europe est bel et bien lancé, il sera de courte durée, mais il sera intense et sans doute beaucoup plus pluraliste que les campagnes européennes précédentes. De quoi faire vivre pleinement la diversité de la devise européenne, même s’il conviendra après les élections de faire vivre aussi l’autre versant de la devise, l’unité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 mail 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Européennes 2019 (2) : enfin, la campagne commence !
Programme de la liste Renaissance (LREM) pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste Les Républicains pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste UDI pour les élections européennes de 2019.
Michel Barnier, pas très loin de la Présidence de la Commission Européenne.
Le testament européen de Jean-Claude Juncker.
Européennes 2019 (1) : la France des Douze ?
Le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).
Jean Monnet.
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190513-europeennes-b.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/europeennes-2019-2-enfin-la-215123

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/05/16/37340589.html