« Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant
Dessine un cauchemar multiforme et sans trêve. »
(Baudelaire, 1868).


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Le vendredi 28 septembre 2018 à 12 heures 02 (heure de Paris) a eu lieu un terrible séisme de magnitude 7,4 (magnitude du moment, "moment" à prendre dans le sens physique du terme), suivi d’un tsunami. L’épicentre du tremblement de terre est dans l’île des Célèbes (Sulawesi en anglais), en Indonésie, à 77 kilomètres de Palu. Sa profondeur de 12 kilomètres.

Paysages de désolation. Ce matin du dimanche 30 septembre 2018, le dernier bilan officiel provisoire a atteint 832 personnes mortes (dont 832 à Palu), 540 personnes blessées et des centaines d’habitants sont déclarés disparus (dont au moins une centaine prisonniers d’un centre commercial). Hélas, ce décompte macabre risque de grimper encore tant les conséquences sont désastreuses. Selon certains organismes officiels, 17 000 personnes ont été déplacées à Palu à cause du séisme et 2,4 millions de personnes ont été affectées par lui.

Pour donner une comparaison, le grand séisme à Haïti survenu le 12 janvier 2010 et qui a tué environ 300 000 personnes était de magnitude 7,3, mais frappant des zones à l’urbanisation très dense dans un pays très pauvre aux constructions pas du tout préparées aux catastrophes.

Les secours sont en pleine course de vitesse. Il faut dégager les débris pour tenter de retrouver des personnes et les sauver avant qu’elles ne soient asphyxiées, écrasées, etc. D’autant plus qu’il y aura des répliques. Le Président indonésien Joko Widodo craint plusieurs milliers de victimes…

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C’est pourquoi il faut une mobilisation internationale pour venir en aide à l’Indonésie. Il faut bien sûr que le pays en fasse la demande, mais rien n’empêche les autres de proposer leur aide. Dans ces moments douloureux, c’est indispensable que la solidarité mondiale s’exprime, de manière inconditionnelle, pour pouvoir sauver ceux qui pourraient encore l’être, dans l’urgence.

Cette solidarité mondiale sera de plus en plus indispensable. Si la catastrophe des Célèbes provient d’une faille et de la mécanique implacable des plaques tectoniques, d’autres surviendront pour des raisons climatiques. Or, l’emplacement des pays par rapport aux zones de catastrophes est dû au hasard, pour les peuples. Et les zones qui pouvaient imaginer être à l’abri des catastrophes pourraient ne plus l’être.

Une action internationale de long terme est déjà engagée pour réduire les effets de l’évolution climatique de la planète, avec encore quelques incertitudes sur le diagnostic (l’origine très multiple de ces changements climatiques) et plus encore sur les mesures "correctives" à mettre en œuvre d’une manière planétaire (la COP21 a eu cette ambition, mais certains pays résistent à agir).

Parallèlement au long terme, il faut de nouveaux pompiers du monde. Il y a urgence à sauver des vies humaines. Aujourd’hui, c’est en Indonésie, demain ailleurs. Il faut aider l’Indonésie. Demain, ce sera peut-être l’Indonésie qui viendra "nous" aider (le "nous" étant très général). C’est le principe de la solidarité : le groupe aide celui qui est en difficulté, avec l’idée que chacun peut se retrouver en difficulté, d’une manière ou d’une autre, un moment ou un autre.

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Pourquoi en parler seulement maintenant et pas à l’occasion d’autres séismes tout aussi ravageurs et encore récents ? À Hokkaido, un séisme le 6 septembre 2018 a fait au moins 41 morts, de magnitude de moment de 6,6 (le Japon est équipé pour résister aux tremblements de terre). L’ouragan Florence a fait au moins 48 morts du 31 août 2018 au 19 septembre 2018 au sud-est des États-Unis. Le typhon Jebi a fait au moins 17 morts du 27 août 2018 au 7 septembre 2018 à Taiwan et au Japon. Le typhon Mangkhut a fait au moins 155 morts du 7 au 17 septembre 2018 en Asie du Sud-Est. Ce sont les plus récentes catastrophes. La liste n’est pas exhaustive hélas…

Peut-être parce qu’une image me vient à l’esprit. Sauver des vies humaines, protéger leur population doit être la priorité numéro un des gouvernements de la planète. Mais pourquoi vouloir ainsi protéger les humains ? Parce que l’attachement à la vie humaine, la préservation de l’humain, c’est non négociable, c’est une valeur universelle (et pas seulement chrétienne). C’est une valeur humaine universelle, et la plupart des gouvernements, d’ailleurs, en tiennent compte. Ne serait-ce qu’en limitant sinon en évitant les guerres.

Or, il y a au monde, même parmi certains pays dits démocratiques et dits épris des libertés individuelles, un terrible paradoxe si ce n’est un terrible anachronisme. Vouloir sauver les vies humaines est une préoccupation naturelle et universelle, et réelles de tous les gouvernements. Pourquoi ? Parce que la vie humaine, quoi qu’on en dise, quelle que soit la foi ou la croyance qu’on a ou qu’on n’a pas, la vie humaine est sacrée. Mais pourtant, paradoxalement, certains États admettent le principe de la peine de mort. C’est-à-dire, se permettent de violer cette caractéristique sacrée de la vie humaine.

En venant proposer spontanément son aide pour secourir la population touchée par cette nouvelle tragédie, la France pourrait probablement faire mieux comprendre au gouvernement indonésien que pour elle, une vie humaine est précieuse et sacrée. Et faire comprendre l’urgence de la clémence pour ses prisonniers que la justice indonésienne a condamnés à mort. En particulier Mary Jane Veloso et Serge Atlaoui.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le tsunami des Célèbes (28 septembre 2018).
Le tremblement de terre à Haïti (12 janvier 2010).
Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (26 avril 1986).
AZF (21 septembre 2001).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180928-sulawesi.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/09/30/36747072.html