« Faire de l’humour, c’est transformer la vie en une large et tolérante bienveillance, proche de la charité. C’est l’étincelle qui voile les émotions, répond sans répondre, ne blesse pas et amuse. L’unique remède qui dénoue les nerfs du monde sans l’endormir, lui donne sa liberté sans le rendre fou et mette dans les mains des hommes, sans les écraser, le poids de leur propre destin. » (Max Jacob, 1945).


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Voyez le topo. Un homme visiblement aisé, vivant dans l’opulence comme le montre son manteau, son ventre, son double menton, et il déclare : « Il est possible que Darwin se soit gouré… ». Un éclair de lucidité, et la dénonciation des inégalités. Les derniers seront les premiers. Dans la longue route de l’Évolution ?

Ou encore ces deux hommes, habitués du bistrot, l’un dit à l’autre, entre une vapeur de cigarette et un effluve de pinard : « Le vingt et unième siècle, ça finit quand ? ». Et là, soudain, le ciel s’assombrit. Pour le dessinateur de ces deux dessins, ce siècle s’est arrêté ce dimanche 30 septembre 2018, 72 ans après sa naissance (il est né le 12 décembre 1945 dans le Finistère). Dans la nuit de la maladie.

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Je ne sais pas s’il avait la tête de l’emploi mais il avait un nom pour faire des dessins humoristiques. Pétillon, ça sonne comme cotillon, comme une sorte de pétard de fête, un condensé de contenu, une sorte de bombe qu’on balance avant la fuite. Cela ne fait pas mal mais ça dérange, ça bouscule les consciences.

René Pétillon est surtout connu comme un auteur de bandes dessinées. Il a créé en 1974 le personnage très connu de l’inspecteur Jack Palmer, au grand nez, et une de ses aventures a même été adaptée au cinéma ("L’Enquête corse") avec des acteurs de renom (Jean Reno, Christian Clavier, Caterina Murino). Comme d’habitude dans les histoires policières, c’est prétexte à parler de la société, de la politique, des médias, etc.

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Il fut reconnu par la profession avec plusieurs prix dont deux prestigieux, l’Alph-Art du meilleur album français du Festival d’Angoulême en 2001, et auparavant, le Grand Prix de la ville d’Angoulême en 1989.

Mais au-delà de la bande dessinée, je connaissais surtout le Pétillon du dessin de presse. Celui qui, comme ses camarades, esquisse en deux traits l’actualité folle qui court sans arrêt, sans s’arrêter. Il touchait à tous les domaines, la vie politique avec quelques piques surtout pour ceux qui sont au pouvoir (Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande), mais aussi les autres, ceux qui aspirent à l’être, au pouvoir, comme Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, etc., la vie économique, la vie sociale, et aussi beaucoup sur la religion.

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Parallèlement à sa vingtaine d’albums de Jack Palmer, Pétillon a publié plus d’une vingtaine de recueils de dessins de presse et aussi d’autres histoires dont parfois, il n’a contribué qu’au scénario ("Le Baron noir", "Super Catho", "Lucien candidat", etc.).

Ses collaborations avec la presse furent nombreuses. On peut retenir principalement "Le Canard enchaîné", mais aussi "Pilote", "Plexus", "L’Écho des savanes", "Télérama", "VSD" et dernièrement, après les attentats de janvier 2015, "Charlie Hebdo" par solidarité et hommage avec les dessinateurs assassinés.

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Généralement, les caricatures chez Pétillon sont "pourries". Gros nez. Il faut que l’œil prenne son temps pour s’exercer à reconnaître un personnage. C’est vrai lorsque l’événement politique est passé depuis longtemps voire oublié. Pourtant, certaines fois, les caricatures sont très ressemblantes, comme le dernier dessin ici présenté qui est la couverture d’un recueil de dix ans de dessins avec "Le Canard enchaîné" où l’on reconnaît aisément Donald Trump et les principaux candidats de l’élection présidentielle française de 2017 (François Fillon, Emmanuel MacronBenoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon, etc. et on aurait pu rajouter Pétillon pour faire bonne mesure à la rime, ainsi que Bidochon).

Incontestablement, Pétillon avait un style très personnel dans le dessin, dans la caricature et dans le message souvent tendre qu’il laissait germer au-delà de son humour et de son ironie. On aurait pu croire qu’il était éternel, comme d’autres, comme Cabu que des terroristes sectaires ont envoyé un peu trop rapidement vers… l’éternité. RIP.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu

(Tous les dessins présentés ici sont de René Pétillon).


Pour aller plus loin :
Pétillon.
Jean Moulin, dessinateur de presse.
Les Shadoks.
F’murrr.
Christian Binet et monsieur Bidochon.
Goscinny, le seigneur des bulles.
René Goscinny, symbole de l'esprit français ?
Albert Uderzo.
Les 50 ans d’Astérix (29 octobre 2009).
Cabu.
"Pyongyang" de Guy Delisle (éd. L’Association).
Sempé.
Petite anthologie des gags de Lagaffe.
Jidéhem.
Gaston Lagaffe.
Inconsolable.
Les mondes de Gotlib.
Tabary.
Hergé.
"Quai d’Orsay".
Comment sauver une jeune femme de façon très particulière ?
Pour ou contre la peine de mort ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180930-petillon.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/hommage-a-l-inspecteur-petillon-208128

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/10/01/36747778.html