« Dans ma pipe, je brûlerai mes souvenirs d’enfance,
Mes rêves inachevés, mes restes d’espérance.
Et je ne garderai pour habiller mon âme
Que l’idée d’un rosier et qu’un prénom de femme.
Puis je regarderai le haut de ma colline
Qui danse, qui se devine, qui finit par sombrer.
Et dans l’odeur des fleurs qui bientôt s’éteindra,
Je sais que j’aurai peur une dernière fois. ».

(Jacques Brel, Gérard Jouannest, Jean Corti, "Le dernier repas", 1963).



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Peur la dernière fois, cela a eu lieu il y a maintenant quarante ans, le 9 octobre 1978 à l’hôpital de Bobigny. Il était très malade depuis quatre ans. "Victime" (?) du tabac. Jacques Brel avait 49 ans, né le 8 avril 1929 dans la banlieue de Bruxelles. Il était l’un des plus grands chanteurs francophones, parmi les poètes comme Georges Brassens et Léo Ferré. Un auteur, compositeur, interprète. Et aussi, comme ce fut le cas pour d’autres chanteurs (Yves Montand, Charles Aznavour, Johnny Hallyday, etc.), un acteur.

Il a vendu 25 millions de disques et fut le modèle de nombreux chanteurs, en particulier David Bowie, Mort Shuman, et même Abd Al Malik. Sa "carrière" fut courte, commencée le 1er juin 1953, elle a été interrompue en 1966. Son dernier récital a eu lieu à Roubaix le 16 mai 1967. Il a enregistré cependant un dernier album le 1er octobre 1977, sorti le 17 novembre 1977 pour célébrer "Les Marquises" avec cette parole forte : « Veux-tu que je te dise ? Gémir n’est pas de mise, aux Marquises ». Il n’avait jamais l’habitude de faire des rappels ou des bis, malgré les ovations de son public, à l’exception de la première fois qu’il a chanté la fameuse chanson "Amsterdam" à laquelle il ne croyait pas, lors de son concert à l’Olympia le 16 octobre 1964 diffusé en direct sur Europe 1. "Amsterdam" ne fut cependant jamais enregistrée en studio.

À la fin des années 1960, Jacques Brel a préféré se consacrer au cinéma. Il n’a tourné que dans une dizaine de films dont les remarquables "Mon oncle Benjamin" d’Édouard Molinaro (sorti le 28 novembre 1969), avec Claude Jade, Bernard Blier et Robert Dalban, "L’aventure, c’est l’aventure" de Claude Lelouch (sorti le 4 mai 1972), avec Lino Ventura et Charles Denner, et "L’Emm@rdeur" d’Édouard Molinaro (sorti le 20 septembre 1973), avec Lino Ventura, sans oublier son premier film, qui aurait pu être basé sur un fait réel, "Les risques du métier" d’André Cayatte (sorti le 21 décembre 1967), une jeune élève qui accuse son instituteur (joué par Jacques Brel) d’avoir tenté de la violer.

Après l’insuccès du second film qu’il a lui-même réalisé, Jacques Brel décida d’arrêter le cinéma en 1973 et se mit en tête de faire le tour du monde avec sa fille et sa nouvelle compagne. Il s’acheta un bateau. La maladie commençant à le faire souffrir, il renonça au tour du monde en 1976 et s’arrêta aux îles Marquises pour y vivre définitivement (comme Gauguin). Il revendit son bateau et acheta un avion (il avait obtenu son brevet de pilote le 28 juin 1965) pour pouvoir faire le déplacement entre les îles. À l’occasion, il faisait du transport aérien de personnes et de marchandises pour rendre service aux habitants. Il retourna en France en juillet 1978 pour soigner sa maladie.

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Ce qu’il reste de lui, ce sont bien sûr ses nombreuses chansons qui ont du sens. Il les a chantées avec beaucoup de foi, avec émotion dans la voix, avec sueur le long des joues. Le visage très chevalin, Jacques Brel semblait être un enfant en amour. Cela a donné de très belles chansons d’amour. Mais le malheur "lui allait bien", et ses chansons dramatiques sont également exceptionnelles.

L’imitateur Thierry Le Luron s’était permis d’utiliser une chanson très forte en sens, "Ces gens-là" pour fustiger le (nouveau jeune) Premier Ministre Laurent Fabius lors d’une émission "Champs-Élysées" mémorable présentée en direct par Michel Drucker le 10 novembre 1984 (au cours de laquelle l’humoriste avait aussi fait chanter la salle "L’emm@rdant, c’est la rose", sur une parodie de Gilbert Bécaud).


Voici onze petites phrases tirées des chansons de Jacques Brel qui m’ont particulièrement plu.

A. "Quand on n’a que l’amour" (1956) : « Alors sans avoir rien que la force d’aimer, nous aurons dans nos mains, Amis, le monde entier. ».

B. "La Valse à mille temps" (1959) : « Au troisième temps de la valse, il y a toi, y a l’amour et y a moi. ».

C. "Ne me quitte pas" (1959) : « Moi, je t’offrirai des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas. ».

D. "Les Bourgeois" (1962) : « Les bourgeois, c’est comme les cochons, plus ça devient vieux, plus ça devient bête. ».

E. "Madeleine" (1962) : « Et Madeleine n’arrive pas. ».

F. "Les Vieux" (1963) : « Celui des deux qui reste se retrouve en enfer. ».

G. "Les Bonbons" (1963) : « Les bonbons, c’est tellement bon ! ».

H. "Au suivant" (1963) : « Il est plus humiliant d’être suivi que suivant. ».

I. "Amsterdam" (1964) : « Et ils pissent comme je pleure sur les femmes infidèles. ».

J. "Fernand" (1965) : « Et puis, si j’étais le Bon Dieu, je crois que je ne serais pas fier. ».

K. "Un enfant" (1968) : « Un enfant, et nous voilà passants. Un enfant, et nous voilà patience. Un enfant, et nous voilà passés. ».


Pour terminer ce très modeste hommage à Jacques Brel, voici sept de ses célèbres chansons.


1. "Ne me quitte pas" (enregistré le 11 septembre 1959)






2. "Madeleine" (1962)






3. "Les Vieux" (1963)






4. "Jef" (1963)






5. "Ces gens-là" (1965)






6. "Mathilde" (1966)






7. "Vesoul" (1968)






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Maurice Chevalier.

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https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/jacques-brel-les-bonbons-c-est-208332

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