« L’histoire retiendra de lui comme le Père de la démocratie [malgache], l’Homme au chapeau de paille qui sillonnait tous les recoins du pays en 4x4 pour s’enquérir des vrais problèmes de la population, le fameux Madaraid. Il a respecté à la lettre la démocratie, notamment au niveau de la liberté d’expression pendant son mandat, ce qui lui a valu l’empêchement de la part des députés de l’époque. Il était le seul Président élu qui a quitté son fauteuil présidentiel sans effusion de sang [Hery Rajaonarimampianina fut le deuxième par la suite] et le seul qui est resté au pays après son mandat. L’histoire retiendra aussi (…) qu’il a lutté jusqu’à son dernier souffle pour une véritable réconciliation nationale. » (Yvan Andriamanga, le 14 octobre 2017).



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En ce moment, pour ceux qui s’intéressent à l’actualité internationale, il y a une campagne électorale à Madagascar. Le 7 novembre 2018 (dans moins d’un mois) a lieu la prochaine élection présidentielle. Comme d’habitude dans la vie politique malgache, la situation est confuse et trouble (j’y reviendrai peut-être). Pour se présenter, le Président élu le 20 décembre 2013 et investi le 25 janvier 2014, Hery Rajaonarimampianina a dû démissionner le 7 septembre 2018 pour respecter l’égalité des candidats le temps de la campagne. En tout, trente-six candidatures ont été retenues, dont tous les chefs d’État depuis 1975… ou plutôt, presque tous. Parce que depuis un an, il en manque un à l’appel.

En effet, Albert Zafy est mort il y a juste un an, le vendredi 13 octobre 2017 à Saint-Pierre de la Réunion, des suites d’un accident vasculaire cérébral (plongé dans le coma artificiel depuis deux jours, il avait été évacué à l’île de la Réunion la veille pour tenter une opération chirurgicale). Il avait alors 90 ans (né le 1er mai 1927 à Ambilobe, dans la province de Diego-Suarez, dans une famille de paysans catholiques). Il avait incarné la démocratie à Madagascar, ce qui était très nouveau.

Rappelez-vous : lors du coup d’État à Moscou en août 1991, il y avait quelques dizaines de milliers, peut-être cent mille manifestants venus sortir dans les rues pour soutenir la liberté avec Boris Eltsine et refuser le putsch archéocommuniste. Au même moment, les médias européens en parlaient moins, il y avait un million de manifestants dans la capitale malgache, pour réclamer la libéralisation du régime et le départ du dictateur communiste, l’amiral Didier Ratsiraka, au pouvoir depuis le 15 juin 1975. La moitié de la population de Tananarive, ce n’était pas rien. Répression de l’armée. Grève générale. Carnage au palais d’Iavoloha (en août 1991). Pays bloqué. Un gouvernement insurrectionnel fut désigné pour s’opposer au pouvoir en place, désigné par le Comité des Forces vives et dirigé par Jean Rakotoharison.

Contraint par la paralysie politique, économique et sociale du pays, Didier Ratsiraka a nommé le 8 août 1991 un nouveau gouvernement dirigé par Guy Razanamasy (1928-2011), pharmacien et maire de Tananarive. Les pouvoirs de Didier Ratsiraka furent retirés au profit du Premier Ministre. Guy Razanamasy négocia avec l’opposition (dirigée par Albert Zafy depuis le 16 juillet 1991) une Convention qui fut signée le 31 octobre 1991 (à l’hôtel Panorama) pour faire évoluer le régime, pour le démocratiser. Le 19 août 1992, un référendum approuva à 72,7% des voix (avec une participation de 65%) la nouvelle Constitution qui institua un régime semi-présidentiel ("à la française") avec un Président élu au suffrage universel direct, un Premier Ministre et deux chambres parlementaires. La nouvelle Constitution a été promulguée le 19 août 1992 par le Premier Ministre de transition, celle de la Troisième République de Madagascar.

Conformément aux dispositions transitoires de la nouvelle Constitution, une élection présidentielle au suffrage universel direct à deux tours fut organisée les 25 novembre 1992 et 10 février 1993. Parmi les candidats, le professeur Albert Zafy, chirurgien diplômé de l’Université de Montpellier et chef de l’opposition. Il avait tenté d’être candidat le 7 novembre 1982 mais sa candidature fut rejetée car il n’était pas d’un parti affilié au parti au pouvoir (dans ces conditions antidémocratiques, Didier Ratsiraka a été élu avec 80,2% des voix).

Albert Zafy était devenu le Président de la Haute Autorité de l’État le 31 octobre 1991, l’organisme chargé de mener la Transition (tout en laissant à Didier Ratsiraka le titre devenu honorifique de chef d’État, dépossédé de ses pouvoirs). Grâce au savoir-faire et à l’habileté politique d’Albert Zafy, à son écoute et à son sens du dialogue et du consensus (déjà engagé dès 1990), cette transition s’est réalisée en "douceur" (à l’exception de la répression sanglante d’août 1991).

Albert Zafy avait été Ministre de la Santé et des Affaires sociales du 18 mai 1972 au 5 février 1975 dans le gouvernement de techniciens du général Gabriel Ramanantsoa (1906-1979) qui avait reçu les plein pouvoirs. Parmi ses collègues ministres, il y avait Didier Ratsiraka (aux Affaires étrangères) et Richard Ratsimandrava (à l’Intérieur). On reprochait alors au ministre Albert Zafy quelques absences à des conseil des ministres : il préférait sauver des vies en allant opérer ses patients (alors qu’il était le seul compétent à faire certaines opérations chirurgicales) à assister aux ennuyeux conseils des ministres.

C’était alors une période trouble, une transition militaire faisant suite à la faillite du premier Président malgache, "l’historique" Philibert Tsiranana (1910-1978), contesté à cause de son autoritarisme et la corruption. Philibert Tsiranana démissionna le 11 octobre 1972, alors que depuis cinq mois, Gabriel Ramanantsoa avait les plein pouvoirs, confirmés pour cinq ans lors du référendum du 8 octobre 1972.

Après la démission de Gabriel Ramanantsoa (le 5 février 1975), l’assassinat quelques jours plus tard (le 11 février 1975) de son successeur Richard Ratsimandrava (1931-1975), ce fut Didier Ratsiraka, capitaine de frégate, et Ministre des Affaires étrangères pendant la Transition militaire, qui s’empara du pouvoir le 15 juin 1975 et institua un régime socialiste durable. Alfred Zafy quitta alors la vie politique en 1975, opposé à ce régime dictatorial socialiste (il avait appelé à voter non au référendum constitutionnel du 21 décembre 1975, caractérisé par des fraudes massives et qui donnait pour résultat 95,6% d’approbation avec une participation de 92%…).

Didier Ratsiraka, voulant retrouver son pouvoir d’avant 1991, se présenta lui aussi à l’élection présidentielle de 1992-1993 qui se focalisa sur le duel entre le régime socialiste et la transition démocratique et libérale (avec Albert Zafy). Les autres candidats n’ont pas franchi le seuil du premier tour, en particulier Jacques Rabemananjara (1913-2005), ancien Vice-Président et Ministre des Affaires étrangères de Philibert Tsiranana, qui n’a rassemblé que 2,8% des voix, ainsi que Ruffine Tsiranana, l’une des filles de Philibert Tsiranana (et future ministre), qui n’a eu, elle aussi, qu’un très faible score (3,5%). Seul Manandafy Rakotonirina, dans l’opposition, a fait un score honorable avec 10,1% des voix.

Didier Ratsiraka, habitué à des élections massives (grâce à de la fraude massive), par exemple, réélu avec 62,7% des voix dès le premier tour le 12 mars 1989 malgré l’instauration du multipartisme en 1990 (il était suivi de Manandafy Rakotonirina avec 19,3% des voix), a pris la mesure de son impopularité en ne rassemblant le 25 novembre 1992 que 28,6% des voix avec une participation de 74,4%. En face de lui, grand gagnant du premier tour, Albert Zafy avec 45,9%, élu presque dès le premier tour. Au second tour le 10 février 1993, avec une participation de 68,5%, Albert Zafy l’emporta largement sur Didier Ratsiraka avec 66,7% des voix, et ce score avait plus de signification que les 62,7% de Didier Ratsiraka en 1989.

Ce fut ainsi qu’Albert Zafy fut investi Président de la République de Madagascar le 27 mars 1993, un rôle que le peuple lui a vraiment offert dans une élection "à peu près" libre et sincère. L’expression "à peu près" résume d’ailleurs en elle-même toute la culture politique malgache et elle reste caractéristique encore aujourd’hui de la nature des élections : pas vraiment antidémocratique mais pas totalement démocratique non plus. Par exemple, pas plus tard que le 10 octobre 2018, pour contester les irrégularités de l’organisation de l’élection du 7 novembre 2018, un collectif de cinq partis a exigé la démission de Jean Éric Rakotoarisoa, le Président de la Haute Cour Constitutionnelle qui veille, avec la Commission électorale nationale indépendante, à la bonne régularité du processus électoral.

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Revenons à 1993. Les élections législatives organisées le 16 juin 1993 ont donné une majorité absolue au Président Albert Zafy avec 75 sièges sur 134, dont 46 pour son parti, le Comité des forces vives.

La Présidence d’Albert Zafy, bien que prometteuse sur le plan politique et économique, fut en fait très décevante. Elle fut sans cesse viciée par une rivalité entre la Présidence et l’Assemblée Nationale et l’impossibilité de trouver un bon mode de gouvernance dans le choix du Premier Ministre. Plus qu’à la Cinquième République française, le régime ressemblait plutôt au début de la Troisième République française, quand rien n’était encore figée, à l’époque du Président Patrice de Mac Mahon. Albert Zafy s’est enfermé dans une sorte d’autoritarisme conflictuel qui le rendait, lui aussi, très peu démocrate.

Guy Razanamasy resta à la tête du gouvernement jusqu’à la formation du nouveau gouvernement issu des élections législatives. Le 10 août 1993, Albert Zafy nomma l’avocat Francisque Ravony (1942-2003) Premier Ministre après un vote de l’Assemblée Nationale en sa faveur le 9 août 1993. Francisque Ravony a recueilli 55 voix, face  Roger Ralison 45 voix et Manandafy Rakotonirina 32 voix. Le nouveau Premier Ministre appliqua une politique économique visant à juguler la crise économique. Il a dévalué la monnaie malgache, mais l’inflation a beaucoup augmenté.

L’un des différents majeurs avec Francisque Ravony, ce fut que ce dernier était opposé à l’apport de financements privés pour des projets publics. Pour Albert Zafy, c’était le seul moyen de financer de nouvelles infrastructures nationales.

Au bout de deux ans, Albert Zafy voulait donc le limoger mais s’est aperçu que la Constitution ne lui en donnait pas le droit (du reste, c’est aussi le cas de la Cinquième République française). Après de vaines tentatives pour que l’Assemblée Nationale votât cette disposition (le droit du Président à nommer et à démettre son Premier Ministre sans approbation de l’Assemblée Nationale), il organisa un référendum pour réviser la Constitution en ce sens. La révision fut approuvée le 17 septembre 1995 par 63,6% des voix avec une participation de 65%. Cette modification, promulguée le 13 octobre 1995 (loi constitutionnelle n°95-001), a rendu le régime plus présidentiel que parlementaire.

Albert Zafy a pu donc démettre Francisque Ravony le 30 octobre 1995 et l’a remplacé à la tête du gouvernement par un fidèle, Emmanuel Rakotovahiny, un vétérinaire engagé dans les Forces vives lors de la transition démocratique. Si cette nomination a mis fin à la dyarchie au sommet de l’État (après le conflit avec Francisque Ravony), cela renforça le mécontentement des députés dépossédés de leur pouvoir de désignation du gouvernement. Résultat, l’Assemblée Nationale a voté une motion de censure contre le Premier Ministre le 17 mai 1996, avec une large majorité de 109 voix contre 15 (alors qu’à l’origine, politiquement, les partis soutenant Albert Zafy avaient la majorité !). Le 28 mai 1996, Emmanuel Raotovahiny fut donc obligé de donner sa démission.

Albert Zafy résista à l’Assemblée Nationale et nomma le 5 juin 1996, en remplacement, un autre proche, opposant au régime de Didier Ratsiraka et membre des Forces vives, Norbert Ratsirahonana, qui était alors Président de la Haute Cour Constitutionnelle. Mais si Albert Zafy avait gagné d’un point de vue constitutionnel (la révision de 1995 allait dans son sens), il a perdu la bataille de "l’opinion publique".

L’Assemblée Nationale profita de cette impopularité le 5 septembre 1996 pour adopter une motion d’empêchement et destituer le Président Albert Zafy, en vertu de l’article 50 de la Constitution : « L’empêchement définitif du Président de la République peut être déclaré par la Cour Constitutionnelle saisie par une résolution adoptée à la majorité des deux tiers au moins des députés composant l’Assemblée Nationale, pour violation de la Constitution ou pour toute autre cause dûment constatée et prouvée entraînant son incapacité permanente d’exercer ses fonctions. ».

En fait, rien n’aurait pas empêché Albert Zafy, un peu à l’instar de De Gaulle en 1962, de refuser le diktat des députés et de renommer le même Premier Ministre, qui aurait été censuré peut-être une nouvelle fois, mais cette fois-là au prix d’une dissolution. Évitant les discussions constitutionnelles, Albert Zafy a préféré quitter le pouvoir pacifiquement. Des officiers de l’armée lui auraient même proposé de le soutenir militairement pour se maintenir. Il a refusé au nom de la démocratie. Ce fut là son vrai honneur, celui de l’honnêteté et de la sagesse.

Finalement, ce fut donc bel et bien l’Assemblée Nationale qui a eu le dernier mot dans son conflit l’opposant au Président de la République. Le premier Président démocratiquement élu a été destitué par les députés pour manque de comportement parlementaire. On pourrait toujours discuter de la légitimité de cette motion qui était beaucoup plus politique que constitutionnelle. Il faut vraiment se rappeler que la majorité parlementaire était du même bord que le Président mais la vie politique à Madagascar n’a jamais été un long fleuve tranquille !

La conséquence, ce fut l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle. Au premier tour du 3 novembre 1996, Albert Zafy, candidat, n’a obtenu que 23,4% des voix face à Didier Ratsiraka avec 36,6% pour une participation de 58,4%. Le Premier Ministre Norbert Ratsirahonana s’était présenté aussi et a recueilli 10,1% des voix. Herizo Razafimahaleo (1955-2008) fut en troisième position avec 15,1% des voix et a soutenu au second tour Didier Ratsiraka. Guy Razanamasy fut également candidat avec seulement 1,2% des voix.

Au second tour du 29 décembre 1996, l’impensable arriva : l’ancien dictateur communiste tant détesté par le peuple quelques années auparavant fut élu de justesse, et cette fois-ci démocratiquement, Président de la République, avec 50,7% des voix. Albert Zafy n’a obtenu que 49,3%, et seulement 45 184 voix les ont séparés. Albert Zafy a vaguement contesté le 6 janvier 1997 quelques irrégularités mais Didier Ratsiraka fut proclamé élu le 31 janvier 1997 et fut investi le 9 février 1997.

Le Premier Ministre Norbert Ratsirahonana, qui avait assuré l’intérim de la Présidence de la République du 5 septembre 1996 au 9 février 1997, donna la démission de son gouvernement le 21 février 1997 pour laisser place au nouveau Premier Ministre nommé par Didier Ratsiraka, Pascal Rakotomavo (1934-2010), ancien Ministre des Finances du nouveau Président.

Didier Ratsiraka a gagné l’élection de 1996 grâce à trois facteurs. Le premier fut son changement politique : exit le socialisme malgache et bonjour "l’humanisme écologique", son nouveau thème de campagne. Le deuxième fut le soutien indispensable du candidat Herizo Razafimahaleo (15,1%) qui fut nommé Ministre des Affaires étrangères dans le nouveau gouvernement. Enfin, le troisième facteur, peut-être le principal, fut l’impopularité d’Albert Zafy, considéré comme un autocrate pour avoir été en permanence en conflit avec les parlementaires.

Lors de l’élection présidentielle du 16 décembre 2001 (qui déboucha sur une crise politique et économique majeure pendant plus de six mois), Marc Ravalomanana, chef d’entreprise et maire de Tananarive, fut élu dès le premier tour avec 51,5% des voix face à Didier Ratsiraka avec 35,9% et en troisième position, Albert Zafy, de nouveau candidat, avec seulement 5,1%. Albert Zafy fut un opposant résolu au Président Marc Ravalomanana parce qu’il considérait qu’il fallait en finir avec des crises politiques à chaque élection présidentielle et que le Président élu devait respecter ses opposants.

Marc Ravalomanana fut cependant réélu dès le premier tour le 3 décembre 2006 avec 54,8% des voix et 61,5% de participation. Mais lors du coup d’État du 17 mars 2009, Marc Ravalomanana fut chassé militairement du pouvoir et remplacé par un disc jockey et entrepreneur, Andry Rajoelina, maire de Tananarive et soi-disant porteur des valeurs de liberté. Jamais élu au niveau national, Andry Rajoelina s’est autoproclamé chef d’État en tant que Président de la Haute Autorité de transition.

Pendant toute la durée de cette très longue transition autocratique, du 17 mars 2009 au 25 janvier 2014, Albert Zafy eut, avec les deux autres anciens Présidents Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana, un rôle essentiel d’influence sur le cours des événements tout en s’opposant au régime d’Andry Rajoelina. Albert Zafy fut un grand promoteur de la réconciliation nationale et son âge (en 2010, il avait 83 ans) lui permettait de convaincre d’une certaine sincérité car il n’avait plus d’ambition politique pour lui-même (au contraire d’un vieux crocodile comme Didier Ratsiraka, qui est encore candidat en 2018 à bientôt 82 ans !).

De cette transition est sortie une nouvelle Constitution, celle de la Quatrième République de Madagascar, promulguée le 11 décembre 2010 après sa ratification au cours du référendum du 17 novembre 2010 par 74,2% des voix avec une participation de 52,6%. Sans la sagesse et la volonté d’apaisement d’Albert Zafy, cette transition aurait pu se passer beaucoup plus mal. L’élection présidentielle du 7 novembre 2018 sera d’ailleurs le vrai premier test démocratique de la (encore) nouvelle Constitution, avec parmi les candidats, tous les anciens chefs d’État encore en vie, Hery Rajaonarimampianina, Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana et Didier Ratsiraka. Seul manque à l’appel Albert Zafy, et pour cause…

L’esprit malgache est particulièrement désuni en politique. Par exemple, certains ont critiqué le fait qu’Albert Zafy fût expatrié vers la Réunion pour tenter une opération de la dernière chance (il est mort avant la tentative). Mais on ne pourra pourtant jamais reprocher à Albert Zafy son manque de patriotisme appliqué à son activité professionnelle : il avait été diplômé en France, et est retourné en France pour passer l’agrégation de chirurgie en 1970, il était alors le collaborateur du célèbre professeur Cabrol. Il aurait pu rester à l’étranger et répondre positivement à de nombreuses et lucratives propositions. Il a préféré retourner à Madagascar, une fois formé, pour soigner à l’hôpital de Tananarive (il était spécialisé dans la chirurgie thoracique) et former des générations de médecins malgaches.

La sénatrice française Nassimah Dindar, présidente du conseil départemental de la Réunion, a réagi en voisine à la nouvelle de sa disparition ainsi : « C’est un homme d’une grande sagesse qui s’en est allé, un ami de la France, riche de ses connaissances de la réalité des territoires et des institutions de son pays. » (13 octobre 2017).

Parmi les nombreuses réactions à la mort d’Albert Zafy, qui fut très respecté pour non seulement sa vie politique mais aussi sa vie professionnelle, voici une réaction au lendemain de sa disparition qui me paraît assez juste : « Il était toujours l’opposant. Saine réaction quand on connaît le degré de malhonnêteté des politiciens locaux… et de leur famille… et de leur belle-famille, et de la famille de la belle-famille (…). Mais il finissait toujours par se rabibocher avec ceux qu’il dénonçait. Zafy, sa vie, son œuvre, c’est un peu le résumé de Madagascar. Un pays "autre" avec des mœurs politiques "supérieures" mais des résultats très inférieurs. ».

Oui, c’était bien cela que le professeur Zafy incarnait, pas seulement les transitions démocratiques, mais bien toute la vie politique malgache depuis le début des années 1970. Albert Zafy ne compta pas son temps ni son énergie pour écouter le peuple, mais une fois au pouvoir, il ne laissa pas la marque d’un homme d’État qui a sorti Madagascar de la misère économique et sociale. D’ailleurs, il n’en a pas encore existé un qui puisse avoir durablement développé le pays sans provoquer une nouvelle crise politique ruinant les efforts réalisés. Là est l’enjeu du 7 novembre 2018.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’élection présidentielle malgache du 7 novembre 2018.
Albert Zafy.
Le massacre de 1947.
Le pire n’est jamais sûr (28 janvier 2014).
Le gouvernement de Roger Kolo (18 avril 2014).
Discours d'investiture de Hery Rajaonarimampianina du 25 janvier 2014 (texte intégral).
Vidéo du discours d'investiture de Hery Rajaonarimampianina.
L'angoisse de la page blanche.
Résultats de la CENIT (3 janvier 2014).
Nuages noirs sur le processus électoral.
Le second tour de la présidentielle.
Duel Robinson vs Rajaonarimampianina.
Les résultats officiels du 1er tour de la présidentielle malgache (à télécharger).
Victoire du processus électoral malgache.
Jour J de la démocratie malgache : présentation des candidats.
L’élection présidentielle du 24 juillet 2013 aura-t-elle lieu ?
La feuille de route adoptée.
Un putsch en bonne et due forme.
Le prix du sang.
Et si cela s’était passé en France ?
La nouvelle Constitution malgache.
Le gouvernement malgache pour appliquer la feuille de route.
Liste de mai 2013 des candidats à l’élection présidentielle.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181013-albert-zafy.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/albert-zafy-1927-2017-l-homme-de-208509

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/10/13/36779514.html