« Nous devons faire très attention à ce que nous tous, ici, responsables politiques élus ou non, nous disons. Singulièrement lorsque nous parlons de religion, de toutes les religions (…). Je vois bien que le débat politique est plein de passions, parfois plein d’invectives, parfois plein d’amalgames. D’un côté comme de l’autre, quelles que soient les positions défendues, on s’accuse de ne pas comprendre la menace contre la République, on accuse tel ou tel parti. Je tiens à affirmer (…) qu’il me paraît que, dans une démocratie mûre comme la nôtre, dans une République sûre de ses principes, nous pourrions tous ensemble considérer qu’il n’y a qu’une seule communauté : la communauté nationale. » (Édouard Philippe, le 29 octobre 2019, dans l’Hémicycle du Palais-Bourbon).


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L’attentat, car il s’agit bien d’un attentat, qui a eu lieu ce lundi 28 octobre 2019 à 15 heures 20 contre la mosquée de Bayonne sera peut-être un élément déclencheur d’une nouvelle responsabilité dans le discours politique. L’auteur de cet attentat voulait mettre le feu à la mosquée de Bayonne et a blessé très gravement deux fidèles musulmans septuagénaires. J’espère que le pronostic vital n’est pas engagé et que ces deux victimes pourront retrouver sérénité et rétablissement, ainsi que leurs familles.

L’homme a eu 84 ans en septembre dernier et est connu dans son voisinage pour une personne ouvertement d’extrême droite. Il y a quelques jours, il voulait déposer plainte contre le Président Emmanuel Macron pour "non assistance à peuple en danger". Il a été candidat aux élections départementales de mars 2015 en Pyrénées-Atlantiques avec l’investiture du FN/RN et il a obtenu 17,5% (1 810 voix) dans le canton de Seignanx. Depuis, il a quitté le FN/RN.

La mosquée est nouvelle, aux lignes claires et épurées, elle a été inaugurée en mars 2014. Aucun trouble provenant des musulmans de Bayonne n’a été constaté depuis cette date, mais la mosquée a fait l’objet de plusieurs actes hostiles, des tags en janvier 2015 et une tentative d’incendie en août 2017. Le maire de Bayonne Jean-René Etchegaray a déclaré : « Il n’y a aucun climat de tension à Bayonne. ». Cea n’a pas empêché cet acte probablement isolé. Mais inacceptable acte, d’autant plus commis dans la ville de René Cassin et du cardinal Roger Etchegaray qui étaient des partisans de la concorde et de l’humanité.

Ancien militaire, l’auteur de l’attentat a déclaré avoir voulu venger l’incendie de Notre-Dame de Paris, qui serait, selon lui, le fait des musulmans (à ce jour, l’enquête s’est dirigée plutôt vers la thèse de l’accident). La réaction de la classe politique est heureusement unanime dans la condamnation, et en premier lieu, celle du Président de la République Emmanuel Macron le 28 octobre 2019 sur Twitter : « Je condamne avec fermeté l’attaque odieuse perpétrée devant la mosquée de Bayonne. J’adresse mes pensées aux victimes. La République ne tolérera jamais la haine. Tout sera mis en œuvre pour punir les auteurs et protéger nos compatriotes de confession musulmane. Je m’y engage. ».

Tous les regards se sont tournés vers un parti, le RN, qui avait investi ce terroriste aux élections départementales d’il y a quatre ans. Ses discours extrémistes n’étaient pas nouveaux et son militantisme dans la mouvance fasciste était connu. Il faut évidemment refuser d’amalgamer cette personne avec l’ensemble du RN d’autant plus qu’il a quitté ce parti depuis plusieurs années. Marine Le Pen, à ce titre, a pris les devants pour ne pas laisser prise à l’ambiguïté : « L’attentat commis contre la mosquée de Bayonne est un acte inqualifiable absolument contraire à toutes les valeurs portées par notre mouvement. Ces crimes doivent être traités avec la sévérité la plus totale. MLP » (Twitter). Dont acte.

Il y a même un aspect étonnant d’entendre aujourd’hui les soutiens du RN marteler le "pas d’amalgame" qu’ils n’ont cessé de fustiger lors des attentats islamistes. Pourtant, il y a bien la nécessité de faire la différence entre des terroristes islamistes et des musulmans qui pratiquent simplement leur religion en total accord avec les lois de la République. Comme si la situation était à front renversé. Et même, à front national renversé.

Nicolas Bay (RN) a raison de rappeler que le tueur du conseil municipal de Nanterre, peu avant l’élection présidentielle de 2002, était étiqueté écologiste et que personne n’avait incriminé le parti écologiste dans ces terribles assassinats multiples. Pour autant, la responsabilité du RN, pas plus que celle de tous ceux qui, politiques, éditorialistes, journalistes, responsables religieux, etc., sont capables d’intervenir dans le débat public, ne saurait être écartée. Le débat national est particulièrement violent en ce moment sur l’islam.

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Le député LR Philippe Gosselin a ainsi déclaré le 29 octobre 2019 sur LCI : « Le RN joue avec le feu comme d’autres, tout cela attise la haine qui gangrène notre pays. ». Spécialiste de l’islam en France, Hakim El Karoui a constaté sur France 5 le 29 octobre 2019 : « La haine a le droit de cité. ». Et de citer les discours xénophobes, avec le ton manifestement de la haine, entendus par exemple à la convention d’extrême droite organisée par Marion Maréchal le 28 septembre 2019. Typiquement, la gangrène idéologique du "grand remplacement" véhiculé par Renaud Camus diffuse les germes de la haine partout dans la société française. On le voit dans les espaces publics et le RN n’est pas insensible à cette haine, pas imperméable à cette haine.

C’est vrai qu’on imagine mal un ancien candidat LR, ou LREM, ou PS, etc., passer ainsi à l’acte. Là encore, on pourra toujours dire qu’il est dérangé, mais autant que tous les terroristes islamistes qui tuent gratuitement des personnes qu’ils ne connaissent pas. Il faut être dérangé du ciboulot pour s’en prendre à des inconnus de manière à la fois atroce et gratuite (les crimes d’amour ou d’intérêts sont plus compréhensibles même si cela n’excuse rien). Il faut plutôt considérer ces extrémistes violents et criminels, qu’ils soient du côté islamiste comme de l’autre côté, comme des personnes sous emprise sectaire, la secte des islamistes et la secte de la théorie du grand remplacement.

Par ailleurs, depuis près de trois semaines, la polémique, dans sa énième édition réchauffée, sur le voile (ou sur tout autre vêtement) a resurgi de la manière la plus contestable, même au sein du RN, par l’altercation honteuse d’un élu RN, Julien Oudol, au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, lors d’une séance publique à Dijon le 11 octobre 2019, en raison du port d’un voile d’une mère accompagnatrice d’élèves venus assister aux débats de l’instance régionale.

Le RN n’est pas seul en cause puisque la majorité sénatoriale a adopté ce 29 octobre 2019 une proposition de loi émanant d’une sénatrice LR voulant rendre obligatoire l’absence de signe religieux pour les personnes qui accompagnent les enfants dans les sorties scolaires (proposition de loi déposée en début de juillet 2019 et qui n’a rien à voir avec la polémique du conseil régional à Dijon). Proposition de loi qui n’aura aucune chance de passer à l’Assemblée Nationale en raison de l’opposition du gouvernement, et notamment du Ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer qui a persévéré dans la seule position à peu près tenable sur le sujet, à savoir, aucune nouvelle loi et voile pas souhaitable, mais pas interdit pour autant.

Interdire le voile aux personnes accompagnatrices est une amputation de la liberté de s’habiller plus que de croire ou pas croire (le voile n’a jamais été obligatoire ni synonyme d’une religion, et il est plutôt le signe d’une société machiste qui n’est pas celle des valeurs de la République française d’aujourd’hui). Il n’y a aucune raison de l’interdire car ces personnes ne sont pas des agents de l’État, elles ne sont pas payées, ce sont des bénévoles, et le seul résultat d’un tel texte, s’il était appliqué, ce serait l’absence de ces bénévoles, donc la suppression des sorties scolaires (car la puissance publique n’a pas la capacité financière à recruter des personnes accompagnatrices, et si elle en avait la capacité, accompagnons d’abord tous les enfants en situation de handicap pour qu'ils puissent apprendre à l'école comme les autres !), cela du côté scolaire, et un plus grand enfermement de ces mères de familles, de leur côté.

Le grand scandale, dans le débat public actuel, c’est d’assimiler cette mère de famille accompagnatrice comme s’il s’agissait d’une terroriste islamiste. Heureusement que ce n’est pas le cas, et même si c’était le cas (l’avenir peut être décevant), cela n’empêche que le fait de porter le voile, aussi peu souhaitable dans l’espace public soit-il, n’est pas mettre une bombe, tirer à la kalachnikov ou encore faire sauter une ceinture d’explosifs. Elle est là l’obsession de la secte de la théorie du grand remplacement, c’est de croire que le peuple français (qui est composé aussi de nombreux musulmans, aussi français que les autres), soit assiégé par deux ou trois millions de terroristes islamistes, ce qui est faux. Et évidemment anxiogène. Et d’assimiler les migrants, avec des statistiques faussées, à des terroristes en puissance (faussées car ces porteurs de haine ne parlent que des entrants sans jamais évoquer les sortants, comme les étudiants en fin d’études, ce qui compte, c’est évidemment le solde migratoire, pas les seuls entrants).

Cela n’écarte pas la nécessité de lutter contre l’islamisme radical et assassin, qui a encore massacré le 3 octobre 2019 en plein cœur de la préfecture de police à Paris. D’ailleurs, l’attentat contre la mosquée de Bayonne fait partie des réponses attendues des terroristes islamistes : leur idée, c’est de cliver, c’est de polariser la société française en plusieurs communautés, de diviser, d’attiser la haine de part et d’autre, car avec des actes criminels islamophobes, ces islamistes comptent bien convaincre les simples fidèles qui ne veulent que pratiquer leur religion dans le calme et le respect des lois et de la République, de devenir eux-mêmes des islamistes car ce genre d’attentat montrerait, selon eux, l’hostilité de la société française vis-à-vis de leur religion.

En ce sens, tous ceux qui ont remis un euro dans le nourrain sur le voile, et cela depuis trente ans, sont coresponsables de ce climat de haine qui conduit des extrémistes, parce qu’ils se sentent soutenus, notamment dans les réseaux sociaux, à passer à l’acte, c’est-à-dire à passer à l’acte criminel. En ce sens, le RN, qui a toujours voulu respecter la légalité, n’est pas plus concerné que d’autres partis ou d’autres éditorialistes à succès dans les librairies.

Il faut juste comprendre que ceux qui ont accès à la parole publique, et avec Internet, il y a beaucoup plus de monde qu’il y a trente ans, ont une responsabilité forte. C’était ce que disait le Premier Ministre Édouard Philippe lors d’une question au gouvernement posée par Jean-Luc Mélenchon le mardi 29 octobre 2019 : « À chaque fois que l’on pointe telle ou telle confession ou telle ou telle partie du peuple, on appauvrit ce qu’est la République, c’est-à-dire une union, une nation, un "plébiscite de tous les jours" de gens qui ne sont pas semblables, qui ne croient pas la même chose, qui ne se ressemblent pas tous, mais qui sont unis dans les valeurs de la République et dans le respect de la loi. ».

Et le chef du gouvernement de conclure : « Chacun doit donc (…) être responsable de ses propos, ne jamais être naïf car dire que notre pays subit parfois des attaques au nom du dévoiement d’une religion n’est pas faire offense à nos concitoyens de telle ou telle confession, c’est un fait et c’est d’ailleurs un fait qui n’est pas propre à notre République, qui n’est pas propre à la France. C’est un des combats du XXIe siècle, nous le savons et nous pouvons l’assumer sans jamais oublier ce qui constitue le socle républicain : la liberté de croire ou de ne pas croire, le respect absolu de la loi, de la loi que vous votez et que le gouvernement fait respecter. ».

Dans sa chronique dans "Libération" le 29 octobre 2019, Laurent Joffrin ne dit pas autre chose : « Il arrive qu’une atmosphère d’intolérance, un climat tendu, un usage excessif de l’invective, échauffent les esprits plus fragiles ou plus vindicatifs et favorise le passage à l’acte. Certains prêches, certaines vidéos intégristes peuvent encourager les plus violents parmi les islamistes. De même, la multiplication obsessionnelle des mises en cause de l’islam, des musulmans (…), finit par créer un contexte dommageable, pour ne pas dire dangereux. (…) L’hystérie entretenue autour des questions identitaires, qui finissent par occuper toute la scène, détériore la qualité du débat public et occulte d’autres questions plus essentielles, d’ordre social ou économique. ».

S’il fallait chercher du positif dans le négatif, ce serait bien dans cette voie-ci : que cet attentat de la mosquée de Bayonne réveille les consciences pour remettre le débat public dans plus de dignité, plus de rationalité, plus de responsabilité, et qu’il en finisse avec les inconséquences et les haines, toujours porteuses de guerre civile, qu’on le veuille ou non, et toujours au détriment du peuple.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 octobre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mosquée de Bayonne : non assistance à peuple en danger ?
La société de vigilance.
N’oublions pas le sacrifice du colonel Arnaud Beltrame !
Strasbourg : la France, du jaune au noir.
La Commission Stasi : la République, le voile islamique et le "vivre ensemble".
La laïcité depuis le 9 décembre 1905.
Le burkini réseau en question.
L’apéro saucisson vin rouge (12 juillet 2011).
L’esprit républicain.
Le patriotisme.
Représenter le prophète ?
L’islam rouge (19 septembre 2012).
La laïcité et le voile.
La burqa et la République.
Terrorisme et islamisme.

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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/mosquee-de-bayonne-non-assistance-218924

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