« On gagne plus par l’amitié et la modération que par la crainte. La violence peut avoir de l’effet sur les natures serviles, mais non sur les esprits indépendants. » (Ben Jonson, dramaturge anglais, 1598).


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Le mouvement des gilets jaunes, l’année d’après : le 17 novembre 2018, les gilets jaunes avaient investi les ronds-points pour protester contre la hausse des taxes sur les carburants. D’un mouvement quasi-poujadiste (anti-impôts) visant à bloquer la circulation sur des ronds-points stratégiques le samedi, le phénomène était devenu violent, au fil des semaines et des samedis, notamment au centre-ville des grandes agglomérations, Bordeaux, Toulouse, etc. et surtout Paris, et les Champs-Élysées.

Ce samedi 16 novembre 2019, il y a très peu de gilets jaunes mobilisés (28 000) pour célébrer le premier anniversaire de ce qui avait déjà disparu au printemps. Encore une fois, la violence haineuse s’est activée en plein centre de Paris, cette fois-ci à la Place d’Italie. Investie par des casseurs, la place fut rapidement prise sous le contrôle de la police grâce à un changement de tactique par le préfet de police Didier Lallement considéré comme un homme à poigne.

Effectivement, la police a assiégé les casseurs en fermant les accès de la place, ce qui lui a permis de faire des contrôles d’identité et éventuellement, des interpellations (124 personnes interpellées à Paris le samedi 16 au soir). Il faut bien rappeler qu’en masquant leurs visages, ces casseurs sont de la même graine que les islamistes qui veulent imposer la burqa à leur épouse. Des casseurs et des pilleurs ont aussi investi, le samedi 16 novembre 2019 en fin d’après-midi, les Halles, quartier très vivant du Paris nocturne.

Évidemment, le politiquement correct vise à bien différencier les gilets jaunes (les "gentils") des "méchants" casseurs… sauf qu’au bout de la énième semaine, s’il reste encore des gilets jaunes à manifester avec les casseurs, si ces gilets jaunes ne se différencient pas vraiment de ces casseurs, si même ils semblent heureux de détruire du mobilier urbain (qui n’aura comme seule conséquence que de la dépense d’argent public supplémentaire, et donc, d’une manière ou d’une autre, des impôts supplémentaires pour ceux-là même qui protestaient initialement contre le trop d’impôts), il faut malheureusement se résoudre à dire qu’au mieux, les gilets jaunes sont les complices tacites de ces casseurs. Casseurs de la République. Cela explique d’ailleurs la faible mobilisation.

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Sur les ronds-points, il n’y a jamais eu plus de 300 000 gilets jaunes mobilisés un même samedi, ce qui, il faut en convenir, ne représente pas beaucoup de personnes pour un pays de 67 millions d’habitants et seulement 0,06% des 47 345 328 électeurs inscrits que comptait la France lors des élections européennes du 26 mai 2019.

Au-delà des personnes blessées de part et d’autres (policiers et manifestants), que tout le monde, sauf les violents et les haineux, regrette vivement, le bilan économique est très élevé. Il a été évalué à 2,5 milliards d’euros de pertes économiques dues aux manifestations des gilets jaunes, entre dégradations et pertes de chiffre d’affaires voire dépôt de bilan de certaines entreprises (commerçants essentiellement). Mais pour l’État, et donc, il faut vraiment insister, pour l’argent des contribuables, il y a eu 17 milliards d’euros de dépenses supplémentaires, annoncées le 10 décembre 2018 par Emmanuel Macron.

Et il faut le répéter inlassablement : si le Président de la République a lâché du lest le 10 décembre 2018, ce n’était pas sous contrainte pour réagir aux violences du 1er décembre 2018 à l’Arc-de-Triomphe. Non, c’est avant tout parce que ce mouvement était soutenu par l’invisible "opinion publique" selon les nombreux sondages. Au contraire, la violence pendant les manifestations des gilets jaunes ne peuvent faire que le jeu du pouvoir exécutif qui en appelle à l’ordre public.

Pourquoi brûler la voiture d’un simple citoyen qui n’a rien fait à personne, ou même la bicyclette d’un jeune étudiant qui n’aura même pas les moyens de s’en racheter une autre ? Injustice bête et méchante, gratuite et stupide. Bêtise, haine, violence, le trio de ce qui restera, en une année, des gilets jaunes qui méritaient pourtant mieux.

Car les gilets jaunes sont un mouvement nouveau, et sociologiquement et politiquement intéressant voire passionnant à étudier, et on l’étudiera pendant des années encore… Au contraire de mouvements de protestation très éphémères, comme Nuit debout, ou les bonnets rouges (agriculteurs bretons), les gilets jaunes ont réussi à fédérer un malaise presque indicible de l’ensemble de la société française, indicible et jamais vraiment dit car s’il y a bien une chose qui est caractéristique et durable avec ce mouvement, c’est que c’est un mouvement revendicatif sans revendications.

À part la fin des hausses des taxes sur les carburants, aucune mesure concrète n’a été vraiment revendiquée spécialement. Les sondages disent que globalement, les gilets jaunes demandent la démission d’Emmanuel Macron (anticonstitutionnelle), la restauration de l’ISF, des référendums d’initiative dite citoyenne (citoyen n’est pourtant pas un adjectif), etc. mais chaque gilet jaune a sa liste de revendications et elles ne sont pas les mêmes que celles du voisin, d’où une certaine illisibilité politique et même une certaine confusion sociale.

En somme, les gilets jaunes étaient l’étendard des mécontents de tous bords. Mécontents de tout le pays, portez un gilet jaune, en gros, ce serait la devise. Il ne faut pas se leurrer : quand on n’exprime pas clairement ce qu’on veut, on est rarement écouté puisqu’on est inaudible.

L’autre caractéristique flagrante du mouvement des gilets jaunes et qui, comme l’absence de revendications communes, l’a passablement handicapé, c’est l’absence de structuration et l’absence de leadership. Quel que soit le mouvement, s’il veut être écouté, voire entendu, il faut des personnes humaines qui puissent l’incarner, exprimer ce qu’il veut et, dans l’hypothèse haute, négocier avec le pouvoir susceptible de les satisfaire.

Or, les seuls leaders qui ont pu émerger l’ont été grâce aux médias, oui, ces médias tant détestés, et en premier lieu, les chaînes info qui, se nourrissant chaque samedi de cette nouvelle actualité et ravivant leur audience (une aubaine), n’hésitaient pas à complaisamment inviter des gilets jaunes sur leur plateau de télévision. On ne peut pas dire que les médias ont ignoré les gilets jaunes, et l’on pourrait même dire le contraire, alors qu’ils ne représentaient plus grand-chose comme mobilisation (surtout par rapport à d’autres manifestations avec plus de mobilisation, comme sur le climat), il faut reconnaître que parfois, les gilets jaunes ont été surmédiatisés, ce qui d’ailleurs a contribué à leur grande durabilité.

Certains leaders étaient d’ailleurs très charismatiques, et sans doute la plus charismatique fut Ingrid Levavasseur, dont la vie (difficile), le talent pour parler, la sincérité et un indéniable …oserais-je dire sans être taxé de sexiste ? un indéniable "charme" (on remarque que des syndicats de policiers ont, eux aussi, des porte-parole "charmantes"), elle avait tout pour pouvoir transformer une incontestable sympathie de "l’opinion publique" pour les gilets jaunes par un engagement électoral, et le hasard faisait bien les choses puisque six mois après le début du mouvement, il y avait des élections européens dont le scrutin proportionnel permettait justement l’éclosion de listes hors du système politique classique. La haine l’a emporté sur l’intérêt politique (et peut-être le machisme l’a-t-il emporté aussi ?). Résultat, parce qu’elle n’avait plus le cuir d’être le centre d’une haine collective qui s’est acharnée sur elle, elle a préféré y renoncer.

Systématiquement, dès qu’une personnalité commençait à se faire connaître, à devenir un référent reconnu des gilets jaunes, elle se faisait descendre par les mêmes gilets jaunes. Avec cette situation, il n’y a eu aucun leader, aucune expression incarnant le mouvement, qui n’est donc jamais resté que muet et diffus, une sorte de fantôme qui hantait tous les samedis.

Les gilets jaunes n’ont jamais que prôné des meilleures conditions de vie, mais leur mouvement était diffus et insaisissable. Les gilets jaunes sont devenus une marque commerciale sans contrôle, et n’importe qui, de lui-même, pouvait se réclamer des gilets jaunes et agir en leur nom, ce qui, à la fin, rendait le mouvement complètement confus et désordonné. Les gilets jaunes sont donc devenus une sorte de boîte universelle de revendications multiples.

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En refusant le système représentatif pour leur propre mouvement, les gilets jaunes ont refusé aussi le jeu de la démocratie lors des élections européennes, et à ce titre, ils ont commis la même erreur que les manifestants de mai 68 qui ont considéré que les élections étaient un piège à c… Évidemment, avec cette considération, il ne faut pas s’étonner que les seules listes qui se réclamaient des gilets jaunes, dont une avec Francis Cabrel, n’aient reçu aucun écho auprès des électeurs. Comme j’ai écrit plus haut, ils avaient pourtant les moyens humains de faire une véritable liste de gilets jaunes, audible, cohérente, structurée, avec un potentiel électoral que les sondages avaient crédité en février 2019 d’environ 10 à 15% d’intentions de vote, ce qui est énorme pour une organisation politique nouvelle.

Et rappelons, qu'on l'apprécie ou pas, que l’élection d’Emmanuel Macron est la preuve même de la puissance démocratique de nos institutions puisqu’il s’est présenté hors de tout parti constitué, et contre tous les candidats du système (y compris la candidate du FN). Cela signifie qu’un nouveau venu sur la scène électorale a toutes ses chances d’être au pouvoir s’il est capable de convaincre les électeurs, il n’y a en tout cas pas d’obstacles institutionnels.

Dans l’analyse du mouvement des gilets jaunes, il faut aussi prendre en compte deux différences de taille, ce qui en a fait justement sa spécificité et même sa nouveauté historique.

D’une part, ce n’est pas un mouvement social "classique" comme le sont les syndicats lorsqu’ils font grève. D’ailleurs, pendant deux ans, beaucoup de leaders syndicaux (notamment celui de la CGT) ont cherché le "grand soir" lors de la réforme du code du travail, lors de la réforme de la SNCF, même lors de la réforme de l’assurance-chômage, et aucune mobilisation probante ne s’est manifestée. La réforme des retraites, parce qu’elle touche tout le monde, semble en revanche un sujet assez mobilisateur et très sensible. Ce serait une erreur de croire qu’en voulant impliquer les gilets jaunes, la journée du jeudi 5 décembre 2019 bénéficierait de plus de mobilisation, car les gilets jaunes ne sont pas des militants syndiqués.

En général, les gilets jaunes rejettent les institutions, et donc autant les syndicats que les partis politiques. Ils font partie de la classe moyenne, celle qui n’est pas assez pauvre pour avoir des aides sociales, mais pas assez riche pour boucler les fins de mois sans stress ou sueurs froides. Ce sont des travailleurs et ils ne veulent pas perdre un jour de travail, c’est pourquoi ils manifestent le samedi, jour de congé pour eux en général. Au contraire des militants syndiqués qui choisissent les jours les plus travaillés, les mardis et les jeudis, pour organiser leur "mouvement" (comprendre : leur non-travail, leur grève). La date du 5 décembre 2019 n’a aucun sens symbolique pour les gilets jaunes pour qui le 17 novembre a une vraie signification. 5 décembre car le 5 décembre 1995, c’était le début du "mouvement" qui a été la dernière grande grève des transports publics jusqu’à Noël qui a paralysé la France et son économie.

D’autre part, et je pense qu’on en reparlera longuement, les gilets jaunes sont des "rebelles" qui n’ont rien à voir avec les protestataires des "banlieues" et des "quartiers dits sensibles". Ce sont deux mondes différents qu’on pourrait caricaturer (trop simplement) par celui du "Français moyen" et celui de "l’écorché" des banlieues. En clair, cela fait plus de trente ans que les "banlieues" sont en état de protestation durable contre toute autorité institutionnelle, et l’un des exemples révolutionnaires les plus marquants fut les émeutes pendant plusieurs semaines en octobre-novembre 2005.

C’est en ce sens que le mouvement des gilets jaunes est nouveau, c’est en quelques sortes un troisième front social de contestation, et cela, les responsables politiques de l’ultragauche ne l’ont pas du tout compris et encore moins admis. Si l’on regarde bien le type de revendications à l’origine, ce mouvement était assez semblable du mouvement poujadiste qui protestait en janvier 1956 contre la vie trop chère et contre le surpoids fiscal. Or, les leaders de l’ultragauche, et en premier lieu, Jean-Luc Mélenchon (qui a scandaleusement confondu "milice" et "police" dans un tweet le 16 novembre 2019, ce qui a de quoi choquer les familles de toutes victimes des miliciens en 1944, à Annecy ou ailleurs), déprimé de n’avoir pas pu, pendant un an et demi, déclencher le "grand soir" contre Emmanuel Macron, a vu dans les gilets jaunes le mouvement providentiel pour enfin avoir raison avec la rue.

Mais c’était peine perdue. Si l’on regarde les rares gilets jaunes qui se sont engagés politiquement, peu l’ont fait du côté de FI. Par exemple, Benjamin Cauchy hésitait entre la liste de Nicolas Dupont-Aignan et celle de François-Xavier Bellamy (Nicolas Dupont-Aignan l’a finalement placé dans une position éligible, mais la liste n’a pas eu de sièges). Jean-Luc Mélenchon a politiquement cassé le mouvement des gilets jaunes en voulant à tout prix le récupérer à son compte. Sa seule "action" est d’avoir pu inoculer le virus du RIC dans les esprits.

C’est en voulant mettre systématiquement des thèmes gauchistes, anticapitalistes, qu’il a écarté de nombreux gilets jaunes d’origine refusant toute compromission avec un leader dépassé et passéiste. Il faut d’ailleurs souligner la grande habileté politique de Marine Le Pen qui, très déconsidérée par son débat du second tour, était sur le point de renoncer au combat politique et les gilets jaunes l’ont remise en bonne position alors qu’elle n’a rien eu à faire. Son habileté, c’était justement de rester plutôt silencieuse, de ne pas essayer d’en profiter, ni d’en abuser, ni de récupérer le mouvement mais plutôt, de l’accompagner, de le soutenir souterrainement. Cela l’a remise en position de chef de l’opposition, notamment aux élections européennes.

Dans la nouveauté du phénomène des gilets jaunes, il faut aussi ajouter qu’à son début, il fut soutenu pratiquement par tous les partis de l’opposition (multiple), non seulement les extrêmes à droite ou à gauche, mais aussi chez LR heureux de voir des gens qui protestaient contre le gouvernement et sa politique écolo-fiscale, et aussi au PS. Et cette situation était très nouvelle : en général, seulement un "camp" se reconnaît dans un mouvement de protestation, pas les deux camps opposés. Le problème pour LR et le PS, c’est qu’à l’intérieur de ces partis, il y a eu des lignes de division, car les plus "raisonnables", ceux qui restaient dans l’objectif de gouverner un jour le pays, se sont plutôt rapprocher du pouvoir tandis que les autres, plus populistes, se sont plus rapprochés des extrêmes, ce qui a rendu assez illisible le positionnement de ces deux partis, et singulièrement de LR (d’où l’échec des européennes).

Cela a rendu la réaction du gouvernement très délicate à construire. D’une part, que répondre à des gens qui râlent parce qu’il y a trop d’impôts et en même temps, qui réclament un renforcement des services publics ? Il faut être clair : Emmanuel Macron n’a pas compris immédiatement l’étendue du mouvement pendant les premières semaines et a fait ce qu’un pouvoir sûr de lui fait en général, il ne l’a pas pris en compte dans son action (la pire incompréhension ici). L’adhésion de "l’opinion publique" l’a convaincue de changer de comportement, en lâchant du lest, je l’ai écrit plus haut, pour 17 milliards d’euros. Il a mal lâché le lest puisque, encore aujourd’hui, des gilets jaunes disent qu’ils n’ont pas été entendus. En clair, les concessions qu’il a faites sur le pouvoir d’achat ne lui ont pas été créditées.

L’inconvénient de ne pas être du sérail politique et de ne pas avoir un grand parti structuré et implanté, trop nouveau pour avoir des relais partout dans les forces vives du pays, c’est de ne pas avoir de vecteurs de défense du pouvoir. L’avantage, c’est de pouvoir imaginer des réponses nouvelles. Or, l’idée du grand débat, à laquelle je ne croyais pas, a été géniale. Géniale pour le peuple, car ce grand débat a permis à des millions de personnes de s’exprimer, d’être enfin écoutées (et ce n’était pas qu’un grand déballage), et géniale évidemment pour Emmanuel Macron dont les prestations ont été excellentes. Débattre, confronter les idées, expliquer sa politique, c’est sans doute ce qu’Emmanuel Macron préfère dans son job présidentiel. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, sa cote de popularité est remontée par voie de conséquence.

En quelques sortes, le mouvement des gilets jaunes a consolidé le clivage entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, clivage qui s’est réalisé furtivement à l’occasion du second tour de l’élection présidentielle mais qui pouvait rapidement s’effacer au cours du quinquennat. L’habileté des deux anciens candidats au second tour lors de la crise des gilets jaunes leur a apporté, chacun dans son camp, une nouvelle légitimité, confirmée d’ailleurs par les élections européennes.

Ce premier anniversaire des gilets jaunes se déroule aussi exactement, à deux ou trois jours près, à mi-mandat présidentiel. C’est une évidence qu’Emmanuel Macron a beaucoup changé à cause des gilets jaunes et lui-même le reconnaît volontiers, en disant qu’il a appris. C’est dommage de ne pas avoir élu un Président opérationnel immédiatement. À son actif, il est prêt à changer d’idée, si on lui fournit des arguments convaincants, ce n’est pas un idéologue, il est prêt à s’amender, à s’améliorer, c’est très rare pour un chef de l’État.

Prendre le pouvoir, c’est toutefois prendre la responsabilité des décisions, avoir le courage de celles-ci. Dire : "je n’ai pas d’opinion sur tel sujet, quel est votre avis ?" paraît assez inquiétant. Un Président de la République doit, oui, avoir un avis sur tout. Un avis éclairé, avec des bases solides, des collaborateurs compétents, mais un avis. Cet avis est ensuite regardé par rapport à l’idée majoritaire d’une "opinion publique" vouée à changer d’avis assez souvent (voir le nombre d’alternances politiques en quarante ans).

Or, depuis un an, la mécanique Macron est beaucoup plus lente.

D’une part, d’un point de vue institutionnel, il a laissé beaucoup plus de marge d’action à son Premier Ministre Édouard Philippe dont l’influence depuis le printemps a grandi. Il faut notamment remarquer qu’Emmanuel Macron a renoncé à son discours devant le Congrès de Versailles, qu’il voulait prononcer tous les ans, un peu à l’instar du discours de l’état de l’Union du Président américain ou du Président de la Commission Européen (ou du discours du trône de la reine du Royaume-Uni). Et cela au bénéfice d’Édouard Philippe qui a prononcé un nouveau discours de politique générale soumis à un nouveau vote de confiance (là encore, d’un point de vue parlementaire, c’était astucieux).

D’autre part, il y a les réformes. Emmanuel Macron ne veut pas être taxé de roi fainéant ou d’immobilisme, donc, il veut continuer ses réformes, mais il sait aussi qu’il faut un minimum d’adhésion populaire pour les réussir et éviter une paralysie générale du pays comme ce fut le cas en 1995. C’est pourquoi l’élection d’un Alain Juppé aurait été cohérente en 2017 : Alain Juppé a considérablement réfléchi sur son échec de 1995-1996 et a étudié la méthode des réformes plus que le fond des réformes.  Pour réussir les réformes, il faut la concertation.

Bien sûr, le sujet qui brûle les lèvres est la réforme des retraites. Rappelons que Michel Rocard avait prédit la chute d’une dizaine de gouvernements sur ce dossier. Beaucoup de Premiers Ministres ont fait des réformes : Édouard Balladur, puis Jean-Pierre Raffarin, puis François Fillon. Sans ces réformes, le système aurait été en faillite. Ce que propose Emmanuel Macron est différent : il assure que sa réforme n’a aucun objectif financier (mais concrètement, on sait bien que c’est inexact), et qu’elle n’est motivée que par plus d’égalité : tout le monde au même régime !

Pourtant, dans une société de plus en plus complexe, est-il judicieux de vouloir un système plus simple, qui soit unique, qui rejette tous les particularismes historiques mais aussi fonctionnels, professionnels ? Je n’en suis pas sûr. Ensuite, quand les premières projections font état qu’une grande proportion des futurs retraités vont y perdre, comment imaginer qu’une telle réforme puisse passer ? Le vrai problème du gouvernement actuel, c’est qu’il fallait un système actuel de financement des retraités équilibré pour pouvoir s’atteler à une réforme structurelle, systémique, afin que l’aspect financier ne pollue pas la philosophie de la réforme (qui reste elle-même discutable).

Les hésitations nombreuses du pouvoir sur sa détermination à mener la réforme des retraites renforcent évidemment la motivation des grévistes du 5 décembre 2019. Le risque pour Emmanuel Macron est qu’il y ait à la fois une grève longue et pénible (et l’on sait ce que cela signifie) et un retrait du projet. Dans tous les cas, il est absolument nécessaire que le gouvernement soit convaincu d’un axiome de base : on ne réforme jamais durablement contre le peuple. Emmanuel Macron, qui avait basé sa campagne présidentielle sur la bienveillance, aurait donc tout intérêt à revenir aux fondamentaux : celui qui écoute le peuple et qui veut son bien en dehors de toutes autres considérations. Ce serait en plus dans son intérêt électoral…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 novembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


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Le Mouvement du 17-novembre.

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