« Nous proposons un nouveau pacte entre les générations, un pacte fidèle dans son esprit à ceului que le Conseil National de la Résistance a imaginé et mis en œuvre après guerre pour créer le système de retraites actuel. Il refonde profondément les règles, pour corriger les injustices, adapter aux nouvelles trajectoires de carrière (…) mais reste fidèle aux valeurs fondatrices. » (Édouard Philippe, le 11 décembre 2019 à Paris).


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Comme annoncé le 6 décembre 2019, le Premier Ministre Édouard Philippe a présenté, ce mercredi 11 décembre 2019 à midi, les détails du projet de retraite universelle par points qui sera présenté au conseil des ministres du 22 janvier 2020 et au Parlement à la fin du mois de février 2020. Ce discours (qu’on pourra lire ici) a été prononcé au Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) qu’avait présidé Jean-Paul Delevoye du 16 octobre 201 au 1er décembre 2015.

C’est assez osé, mais certainement très habile, de la part d’Édouard Philippe, de placer son projet dans le sillon des valeurs du Conseil National de la Résistance. En outre, il ne veut pas qu’il y ait des vainqueurs ou des vaincus dans la confrontation sociale actuelle : « Cette refondation n’est pas une bataille. (…) Je ne veux pas, dans la France d’aujourd’hui, fragmentée, hésitante entre optimisme et déclinisme, entrer dans la logique du rapport de force. (…) L’ambition d’universalité portée par le gouvernement est portée par la justice sociale. ».

Voici certains détails qui peuvent intéresser l’ensemble des Français sur l’application et la transition de la réforme pensée par le gouvernement pour la retraite universelle à points.

Régimes spéciaux : « Nous mettrons fin aux régimes spéciaux. Nous le ferons sans brutalité dans le respect des parcours individuel. Je le dis avec tranquillité, calme, détermination, respect pour les organisations syndicales, pour les travailleurs qui y adhèrent comme ceux qui n’y adhèrent pas. ».

Valeur du point : « Nous nous engageons à ce que la valeur du point ne soit pas fixée à la sauvette (…) mais que les partenaires sociaux le fixent sous le contrôle du gouvernement. La loi prévoira une règle d’or pour que la valeur du point ne puise pas baisser et indexera la valeur du point non sur les prix, mais sur les salaires. ».

Retraite des élus et ministres : « Universel, ça veut dire pour tout le monde. Sans exception. Dans le système universel de retraites, les élus et les ministres seront traités exactement comme tous les Français. ».

S‘adapter au monde du travail d’aujourd’hui et de demain : « Nous devons construire la protection sociale du XXIe siècle en prenant mieux en compte les nouveaux visages de la précarité. Ces nouveaux visages, ce sont la caissière à temps partiel, le livreur à vélo d’une plateforme numérique… Je ne suis pas convaincu que pour eux, nos trimestres, nos 25 meilleures années, soient vus comme le meilleur système au monde. ».

Minimum retraite : « Nous garantirons une pension minimale de 1 000 euros par mois pour une carrière complète (…). Ce sera une conquête pour les agriculteurs, les artisans, les commerçants. Le gouvernement ira même plus loin, le minimum de pension sera garanti par la loi à 85% du SMIC et évoluera comme celui-ci. Les travailleurs à temps partiel ne seront plus pénalisés. Des points seront alloués comme aujourd’hui pour compenser les périodes de chômage et de maladie. ».

Femmes : « La maternité sera compensée à 100% (…) en accordant des points supplémentaires pour chaque enfant. Cette majoration sera accordée à la mère sauf choix contraire des parents (…). Il s’agit d’un progrès majeur. 80 000 femmes sont contraintes d’attendre 67 ans pour liquider leur retraite car elles n’ont pas assez travaillé. ». 5% par enfant, il me semble.

Pensions de réversion : « Le système de réversions sera préservé et généralisé, et même amélioré en garantissant au conjoint encore vivant 70% des ressources du couple. ».

Cotisation spéciale pour les plus riches : « Un système universel est fondé sur la solidarité nationale. D’une certaine façon, il est la solidarité nationale. Jusqu’aux 120 000 euros de revenus annuels, tout le monde cotisera au même taux pour ouvrir des droits. Au-delà de ce montant, les plus riches payeront une cotisation de solidarité plus élevée pour financer des mesures de solidarité pour tout le monde. C’est un effort juste, le reste n’est que littérature, fût-elle tristement erronée. ».

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Âge pivot : « La seule solution, c’est de travailler progressivement un peu plus longtemps, comme c’est le cas partout en Europe. Nous maintiendrons l’âge minimal de départ à la retraite à 62 ans. C’est un principe de liberté auquel nous voulons rester fidèles. (…) Mais sans forcer, il faut inciter les Français  travailler plus longtemps (…). Le gouvernement compte reprendre la proposition du Haut-commissaire de mettre en place un âge d’équilibre avec un système de bonus-malus. Le COR nous dit qu’il faudrait fixer à 64 ans en 2025 pour atteindre l’équilibre. (…) Je voudrais faire observer que 64 ans, ce sera, selon les projections, l’âge moyen auquel les salariés partiront à la retraite dans cinq ans. Je fais état de projections. Cela veut dire que cette date est déjà un horizon raisonnable pour la grande majorité des Français. ».

Pénibilité : « Je suis favorable à l’idée de déplafonner les droits liés à la pénibilité pour les utiliser pour se former ou effectuer la fin de sa carrière à temps partiel. ».

Activité durant la retraite : « Il faut aussi améliorer les transitions entre activité et retraite, il faut pouvoir continuer à accumuler des points, tout en cumulant retraite et activité. ».

Générations concernées : « Nous avons conçu ce système pour les jeunes générations, ceux qui vont être confrontés à ces mobilités professionnelles, géographiques et ces carrières heurtées. Elles doivent en bénéficier sans attendre. (…) Ceux qui entreront sur le marché du travail en 2022 intégreront directement le nouveau système. Plus précisément, la génération de 2004 sera la première à intégrer le système universel de retraite. (…) Nous avons choisi de ne rien changer pour celles qui sont aujourd’hui à moins de 17 ans de la retraite, c’est-à-dire les personnes nées avant 1975, qui auront 50 ans en 2025. (…) Quant aux personnes qui rejoignent le nouveau régime, je voudrais les rassurer. La première partie de carrière, jusqu’en 2025, sera calculée sur l’ancien système. ». Il faut noter que le seuil (naissance en 1975) fait que le Président Emmanuel Macron sera amené à voir sa retraite calculée dans le nouveau système.

Enseignants : « Il serait inacceptable que les enseignants perdent le moindre euro de pension compte tenu de cette réforme et cela ne se produira pas. Nous écrirons dans la loi que le niveau des retraites des enseignants sera comparable aux métiers équivalents dans la fonction publique. ». La revalorisation des salaires des enseignants sera faite à partir de 2021.

Métiers à missions dangereuses : « Comme l’a dit le Président de la République, un système universel ne signifie pas négation de toute spécificité. C’est ce qui en fera sa force et sa capacité à durer. Ceux qui sont exposés à des missions dangereuses (pompiers, policiers, militaires, gendarmes) conserveront leur bénéfice de dérogation d’âge. Les gains représentés seront préservés dans le futur système pour maintenir un niveau de retraites comparables. ».

Le discours d’Édouard Philippe s’est voulu rassurant et consensuel. Il a cherché à lisser les aspérités de l’incertitude et donner le maximum de garantis, notamment à certaines professions inquiètes : les enseignants, les soignants et les infirmiers (possibilité de finir sa carrière en temps partiel, etc.), les policiers, les militaires, les professions libérales (dont la caisse de retraite excédentaire restera pour eux), etc.

D’un point de vue politique, il y a la volonté de n’appliquer cette réforme qu’aux plus jeunes, c’est-à-dire ceux qui ont moins de 44 ans (nés en 1975 ou après). Pourquoi cet âge ? Si le seuil de 1977 avait été choisi, aurait-on pu reprocher à Emmanuel Macron de s’exclure personnellement de la réforme ?

Le gouvernement a choisi aussi de créer une nouvelle taxe de solidarité pour les ménages dits riches, c’est-à-dire, qui ont un revenu supérieur à 120 000 euros. Peu de monde avouera que c’est une somme qui n’est pas de l’ultrariche mais de la classe moyenne supérieure (en gros, en moyenne pour un couple, cela correspond à une rémunération individuelle mensuelle autour de 5 000 euros ; on n’est pas loin des 4 000 euros pensés par François Hollande il y a presque dix ans). Ainsi, personne ne pourra véritablement dire que les riches ne paieront pas plus pour ce nouveau système de retraite. C’est la principale mesure de justice sociale pleinement assumée et surtout compréhensible et peu contestable.

Comme prévu, Philippe Martinez a rejeté ce projet et la CGT organise deux "journées d’action" le jeudi 12 décembre 2019 et le mardi 17 décembre 2019. Il a notamment fustigé la revalorisation des enseignants qui se ferait en dix ans, ce qui serait beaucoup trop long pour eux.

Pour Laurent Berger, la situation est moins claire mais la CFDT devrait, elle aussi, continuer les grèves. Le point de rupture concerne la pénibilité qui n’a pas été assez prise en compte dans le projet : « La ligne rouge a été franchie. ».

Les grèves continueront, mais le gouvernement va maintenant tenter de convaincre l’insondable et diffuse "opinion publique", celle qui font ou défont les réformes. Édouard Philippe aura au moins le bénéfice de la bonne foi.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 décembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les détails du projet de retraite universelle par points annoncé par Édouard Philippe le 11 décembre 2019.
Discours d’Édouard Philippe le 11 décembre 2019 au CESE (texte intégral).
Discours d’Édouard Philippe le 12 septembre 2019 au CESE (texte intégral).
Rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) du 21 novembre 2019 (à télécharger).
La retraite, comme l’emploi, source d’anxiété extrême.
Grèves contre la réforme des retraites : le début de l’hallali ?
Rapport de Jean-Paul Delevoye sur la réforme des retraites remis le 18 juillet 2019 : "création d’un système universel de retraite" (à télécharger).
Faut-il encore toucher aux retraites ?
Le statut de la SNCF.
Programme du candidat Emmanuel Macron présenté le 2 mars 2017 (à télécharger).
La génération du baby-boom.
Bayrou et la retraite à la carte.
Préliminaire pour les retraites.
Peut-on dire n’importe quoi ?
La colère des Français.
Le livre blanc des retraites publié le 24 avril 1991.

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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-details-du-projet-de-retraite-219891

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/12/11/37857618.html