« Faisons preuve au fond d’esprit de solidarité et de sens des responsabilités. Chacun d’entre nous doit à tout prix limiter le nombre de personnes avec qui il est en contact chaque jour. (…) C’est pourquoi, après avoir consulté, écouté les experts, le terrain et en conscience, j’ai décidé de renforcer encore les mesures pour réduire nos déplacements et nos contacts au strict nécessaire. Dès demain midi et pour quinze jours au moins, nos déplacements seront très fortement réduits. » (Emmanuel Macron, le 16 mars 2020 au Palais de l’Élysée).


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Les rumeurs de l’unique dimanche électoral étaient bien fondées. À partir de ce mardi 17 mars 2020 à 12 heures, est appliqué le confinement total sur tout le territoire français. 67 millions de Français sont effectivement confinés et ne pourront se déplacer que sur justificatifs. Depuis jeudi 12 mars 2020, chaque jour a vu les restrictions se renforcer.

Lorsque la Chine avait adopté ce moyen majeur le 25 janvier 2020 dans la province du Hubei (59 millions d’habitants et 186 000 kilomètres carré), il y avait des commentaires divers qui hésitaient entre la fascination inquiète (interdire tout mouvement d’une population aussi importante) et la logique de l’éloignement (ce sont des Chinois, en plus, c’est une dictature). L’Italie a adopté cette mesure draconienne la semaine dernière, le 10 mars 2020, et finalement, la France aussi ce 17 mars 2020 pour retarder sinon réduire la propagation du coronavirus covid-19/SARS-CoV-2.

Probablement que les images de détentes collectives sous le soleil dominical de Paris, dans les parcs et jardins publics (« Comme si, au fond, la vie n’avait pas changé. ») ont contribué à une nouvelle prise de conscience gouvernementale : les recommandations ne sont pas suffisantes, il faut des obligations (il y a même eu le week-end une manifestation de gilets jaunes particulièrement irresponsables voire criminels, car ils ont mis en danger la vie des autres personnes). Le Président Emmanuel Macron a présenté ces mesures de force majeure ce lundi 16 mars 2020 à 20 heures dans une allocution télévisée (texte intégral ici) prononcée en direct, avec cette curiosité de vocabulaire : à aucun moment, il n’a prononcé le mot "confinement", tandis qu’il a répété six fois la phrase : « Nous sommes en guerre. ».

Pour Emmanuel Macron, ces mesures sont « évidemment exceptionnelles, évidemment temporaires », prises « sur la base de recommandations scientifiques avec un seul objectif : nous protéger face à la propagation du virus ».

La grande différence, c’est que ce ne sont plus seulement des recommandations mais des obligations : « Toute infraction à ces règles sera sanctionnée. Je vous le dis avec solennité ce soir, écoutons les soignants, qui nous disent : si vous voulez nous aider, il faut rester chez vous et limiter les contacts. C’est le plus important. Évidemment, ce soir, je pose des règles nouvelles, nous posons des interdits, il y aura des contrôles. Mais la meilleure règle, c’est celle qu’en tant que citoyen, vous vous appliquez à vous-mêmes. Une fois encore, j’en appelle à votre sens des responsabilités et de la solidarité. ».

Emmanuel Macron a également consulté Richard Ferrand, Gérard Larcher, Nicolas Sarkozy et François Hollande, pour prendre la décision de reporter le second tour des élections municipales au 21 juin 2020 (la date a été indiquée dans la journée par le Premier Ministre Édouard Philippe). Le premier tour du 15 mars 2020 restera donc valide : « Cette décision a fait l’objet d’un accord unanime. ».

Très paternaliste, Emmanuel Macron a blâmé implicitement ceux qui "dévalisaient" les supermarchés dans des mouvements de panique ou encore, ceux, parisiens, qui fuyaient vers la province pour se confiner dans une maison de campagne, sans se douter qu’avec de tels déplacements, ceux-ci contribuaient à la propagation du virus. Il a donc proposé aux Français des activités chez eux : « En restant chez vous, occupez-vous des proches qui sont dans votre appartement, dans votre maison. Donnez des nouvelles, prenez des nouvelles. Lisez, retrouvez aussi ce sens de l’essentiel. Je pense que c’est important dans les moments que nous vivons. La culture, l’éducation, le sens des choses est important. (…) Croyez-moi, cet effort que je vous demande, je sais qu’il est inédit mais les circonstances nous y obligent. ».

Cette allocution fut beaucoup plus politique que celle du 12 mars 2020. En effet, Emmanuel Macron a voulu tenir compte des circonstances pour évacuer tout ce qui pouvait gêner la lutte contre le coronavirus : « C’est pourquoi j’ai décidé que toutes les réformes en cours seraient suspendues, à commencer par la réforme des retraites. ». Est suspendue aussi jusqu’au 1er septembre 2020 la réforme de l’assurance-chômage qui devait entrer en application le 1er avril 2020.

Pour le personnel soignant, Emmanuel Macron n’a pas voulu lésiner sur les moyens : « Nous devons aussi aux soignants la garde de leurs enfants : un service de garde est en place depuis ce jour dans les crèches et dans les écoles. Nous leur devons aussi sérénité dans leurs déplacements et repos. C’est pourquoi j’ai décidé que, dès demain, les taxis et les hôtels pourront être mobilisés à leur profit. L’État paiera. ». L’armée fera un hôpital de campagne pour aider les hôpitaux alsaciens qui sont complètement saturés.

Parmi les autres mesures fortes, Emmanuel Macron a annoncé la fermeture des frontières de l’Union Européenne pour trente jours, et une aide de l’État « à hauteur de 300 milliards d’euros » pour soutenir les reports d’échéances bancaires (Angela Merkel a, elle, mobilisé 500 milliards d’euros pour les entreprises allemandes).

Après l’épidémie, Emmanuel Macron a promis que plus rien ne serait comme avant : « Nous gagnerons, mais cette période nous aura beaucoup appris. Beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, seront remises en cause. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent. Ne nous laissons pas impressionner. Agissons avec force mais retenons cela : le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant. Nous serons plus forts moralement, nous aurons appris et je saurai aussi avec vous en tirer toutes les conséquences, toutes les conséquences. », a-t-il insisté.

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Quelques heures après l’allocution présidentielle, le Ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a précisé les modalités du confinement annoncé pour le 17 mars 2020. La règle est double : chacun doit rester chez soi et chacun doit continuer à travailler. Bien sûr, le télétravail n’est pas possible dans tous les cas. Et dans d’autres cas, certains sont en chômage technique (notamment les employés des commerces dits non-essentiels qui ont été fermés le samedi 14 mars 2020 à minuit).

Les déplacements sont donc toujours possibles, mais très limités et sous réserve de pouvoir montrer des justificatifs. Ces justificatifs, c’est principalement l’attestation de déplacement dérogatoire (qu’on peut télécharger ici), qui est une déclaration sur l’honneur que le déplacement est justifié. Il faut aussi une pièce d’identité et éventuellement, une attestation de l’employeur.

Cinq raisons sont possibles pour se déplacer (je cite les rubriques) :

1.
 Déplacements entre le domicile et le lieu d’exercice de l’activité professionnelle lorsqu’ils sont indispensables à l’exercice d’activités ne pouvant être organisées sous forme de télétravail (sur justificatif permanent) ou déplacements professionnels ne pouvant être différés ;
2. Déplacements pour effectuer des achats de première nécessité dans des établissements autorisés (liste sur gouvernement.fr) ;
3. Déplacements pour motif de santé ;
4. Déplacements pour motif familial impérieux, pour l’assistance aux personnes vulnérables ou la garde d’enfants ;
5. Déplacements brefs, à proximité du domicile, liés à l’activité physique individuelle des personnes, à l’exclusion de toute pratique sportive collective, et aux besoins des animaux de compagnie.

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Une attestation n’est valable que pour une journée et une raison. Il faut en faire plusieurs dans la journée pour des déplacements à causes différentes. En absence d’imprimante, une attestation peut être rédigée à la main sur papier libre. Les contrôles seront faits par la police nationale et la gendarmerie nationale. En cas d’infraction, les amendes pourront atteindre 135 euros.

Certains profitent de ce confinement pour faire leur jardin, alors que le printemps est en pleine impatience. C’est sûr que c’est plus facile de rester confiné dans une maison avec jardin que dans un studio au milieu d’un immeuble. Mais pourquoi ne pas prendre le Président de la République au pied de la lettre ? Pourquoi ne pas en profiter pour lire un peu et découvrir de nouveaux auteurs ? Les librairies sont fermées actuellement, mais rien n’interdit de commander des livres sur Internet.

C’est une situation totalement inédite. Inédite dans la brutalité soudaine de ces mesures dont on polémiquera plus tard sur le calendrier : le gouvernement aurait-il dû prendre ces mesures il y a une ou deux semaines ? Peut-être, car d’un point de vue épidémiologique, nous avons pris du retard par rapport à la Chine, mais on voit bien aussi qu’il a fallu un temps de prise de conscience sociale et sans l’adhésion d’une grande majorité de la population, ces mesures seraient inefficaces.

Cette prise de conscience a dû d’abord se faire dans l’esprit des médecins, les premiers concernés (cette prise de conscience est allée vite à partir du moment où le nombre de cas de détresse respiratoire a grimpé rapidement, nécessitant des ressources souvent insuffisantes en réanimation). Puis dans l’esprit des dirigeants politiques (et l’on a bien vu l’inconscience pour ne pas parler d’irresponsabilité à avoir voulu maintenir coûte que coûte le premier tour des élections municipales). Enfin, dans l’esprit de l’ensemble du peuple, et en particulier, des jeunes adolescents et adultes qui, souvent, ne respectaient même pas les gestes barrières.

L’inédit, c’est aussi que nous ne sommes pas totalement démunis. Plus de quatre Français sur cinq bénéficient de l’Internet et la plupart des personnes qui travaillent peuvent travailler à distance temporairement. La technologie a permis déjà beaucoup de dématérialisation, ce qui facilite les choses lorsqu’il faut justement se séparer physiquement. Mais ce lien social va évidemment manquer. Nul doute qu’après la crise, les liens sociaux seront renforcés et qu’une nouvelle page se tournera dans l’histoire du pays.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 mars 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Confinement 2.0.
Attestation de déplacement dérogatoire obligatoire à chaque déplacement en France (à télécharger).
Le coronavirus Covid-19 expliqué aux enfants (plaquette à télécharger).
Tout savoir sur le covid-19 et les mesures de confinement en France (mis à jour).
Allocution du Président Emmanuel Macron le 16 mars 2020 à la télévision (texte intégral).
Toutes les mesures de restriction pour réduire la propagation du coronavirus en France (14 mars 2020).
Allocution du Président Emmanuel Macron le 12 mars 2020 au Palais de l’Élysée (texte intégral).
Les institutions à l’épreuve du coronavirus Covid-19.
La guerre contre le séparatisme islamiste engagée par Emmanuel Macron.
La 5e Conférence nationale du handicap le 11 février 2020 à Paris.
Emmanuel Macron et la France de 2020 en effervescence.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200316-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/confinement-2-0-222344

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/03/16/38104389.html