« C’est une artiste curieuse, exigeante, intransigeante parfois, qui n’opte pas pour le compromis. Ce qui fit dire à certains qu’elle avait mauvais caractère. Peut-être a-t-elle tout simplement du caractère. » (Jean-Noël Mirande, "Le Point" le 31 mars 2012).


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À quelques semaines d’intervalle, deux monstres sacrés du cinéma mondial sont partis rejoindre la plupart de leurs contemporains. Pourquoi leurs contemporains ? Parce qu’ils étaient tous les deux centenaires. Kirk Douglas est mort à 103 ans le 5 février 2020 et Suzy Delair est morte à 102 ans ce dimanche 15 mars 2020.

J’avais évoqué il y a quelques semaines Suzy Delair, chanteuse exceptionnelle, star du cinéma et pourtant, elle est restée surtout "ancienne star" pendant très longtemps. Elle ne s’en affectait d’ailleurs pas, elle se savait d’une autre époque, celle d’avant-guerre, celle des années 1930. Elle a fait quelques retours mesurés au cinéma, souvent par effraction, comme ce rôle d’épouse de Louis de Funès dans "Les Aventures de Rabbi Jacob" de Gérard Oury.

Avec sa voix terrible, son parler populaire, Suzy Delair représentait une certaine France, peut-être bien oubliée aujourd’hui. Après des rôles moins importants, elle a acquis la célébrité avec le premier rôle dans "L’assassin habite au 21" dont le réalisateur n’était autre que son compagnon, Henri-Georges Clouzot, pour son premier film. Elle fit ensuite des dizaines d’autres films dont deux autres marquants, "Quai des orfèvres" et "Lady Paname".

Je propose quelques extraits de ces trois films montrant tant sa gouaille que sa capacité à chanter (dans "Quai des orfèvres").

Suzy Delair est partie sans avoir été honorée par les professionnels du cinéma français, qui avaient eu pourtant l’occasion, il y a quelques jours, de le faire lors de la cérémonie des Césars (sans doute trop occupés par la polémique ?). Qu’importe, au fil des dernières décennies, elle avait déjà acquis cette petite odeur d’éternité qui aujourd’hui vient de se figer comme une carte postale un peu jaunie. Avec l’Internet, la voici cependant encore formidablement vivante…


1. "L’assassin habite au 21" de Henri-Georges Clouzot (sorti le 7 août 1942)















2. "Quai des Orfèvres" de Henri-Georges Clouzot (sorti le 3 octobre 1947)






3. "Lady Paname" de Henri Jeanson (sorti le 26 mai 1950)









4. "Antenne 2 Midi" du 15 février 1981, interrogée par Gérard Holtz et Raymond Totor

Dans cet entretien télévisé assez décontracté (elle avait 63 ans), Suzy Delair montrait un caractère en acier trempé, prête à interrompre le journaliste quand elle en avait envie.

À l’époque du deuxième choc pétrolier (et en pleine campagne présidentielle qui, curieusement, n’a pas été abordée), Suzy Delair était une écologiste avant l’heure, prônant les trajets à vélo : « Je suis pour. Cela fera un peu de muscle aux Parisiens et aux gens du monde entier d’aller un peu à bicyclette. On n’aurait pas de problème pétrole, vous comprenez. Je trouve que ce serait formidable. Tout le monde se porterait mieux. Voilà exactement, moi, ce que je dis ! ».

Et un peu plus tard, elle a insisté : « Nous n’aurons bientôt plus rien et je trouve qu’il faut prendre les devants. S’il n’y a plus d’eau chaude, il faut se laver à l’eau froide. Avant que ça n’arrive. Et s’il n’y a plus de pétrole, il faut prendre une bicyclette. Voilà. Il faut devancer les événements. ».






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 mars 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Suzy Delair.
Kirk Douglas.
Jean Ferrat.
Juliette Gréco.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200315-suzy-delair.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/suzy-delair-est-partie-rejoindre-222377

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