« Le 16 mars, nous avons fait le choix humaniste de placer la santé au-dessus de l’économie en vous demandant de rester chez vous. Vous avez alors fait preuve d’un sens des responsabilités admirable. Et grâce à l’engagement exceptionnel de nos soignants et de toutes les équipes, l’ensemble des malades qui en avaient besoin ont pu être pris en charge à l’hôpital ou dans la médecine de ville. » (Emmanuel Macron, le 14 juin 2020).



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Il a fallu attendre deux mois avant d’avoir la parole présidentielle, c’était un peu long en pleine crise sanitaire. Le Président de la République Emmanuel Macron s’est adressé à la nation ce dimanche 14 juin 2020 à 20 heures au cours d’une allocution télévisée (qu’on peut lire ou regarder dans son intégralité ici).

Comme prévu, toutes les oppositions lui sont tombées dessus en réaction. Dans les premières réactions, il apparaîtrait que seuls, les restaurateurs et les hôteliers l’ont applaudi !

Il était temps qu’il parle, car en deux mois, il s’est passé beaucoup de choses en France et dans le monde. Nous sommes heureusement arrivés plutôt à contrôler l’épidémie en France, et à prendre des mesures de déconfinement depuis le 11 mai 2020, enfin, la crise économique et les soubresauts des ligues antiracistes ont monopolisé l’actualité des dernières semaines dans un pays à la cohésion sociale fragile. Cela faisait ainsi une allocution de vingt minutes assez bien structurée en quatre parties : la crise sanitaire, la crise économique, la lutte contre le racisme et les coups portés aux valeurs républicaines par le communautarisme (Emmanuel Macron appelle ce phénomène "les séparatistes") et enfin, l’avenir, et les projets qu’il compte soumettre aux Français d’ici au 14 juillet 2020.


1. La crise sanitaire et le déconfinement

Emmanuel Macron a pris le beau rôle : il a annoncé une accélération du déconfinement avec un retour à la normale dès le lendemain, le 15 juin 2020 dans de nombreux domaines : (à l’exception de la Guyane et de Mayotte), « tout le territoire donc passera dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler la "zone verte", ce qui permettra notamment une reprise plus forte du travail, et la réouverture des cafés et restaurants en Île-de-France. Dès demain, il sera à nouveau possible de se déplacer entre les pays européens. ».

Le 22 juin 2020, retour obligatoire de tous les élèves des écoles et des collèges, pour les deux dernières semaines de cours avant l’été. Le 28 juin 2020, confirmation du second tour des élections municipales. Autorisation des visites dans les EHPAD. Bref : « Nous allons donc pouvoir retrouver le plaisir d’être ensemble, de reprendre pleinement le travail mais aussi de nous divertir, de nous cultiver. Nous allons retrouver pour partie notre art de vivre, notre goût de la liberté. En somme, nous allons retrouver pleinement la France. » (on se souvient qu’au moment des attentats du 13 novembre 2015, passer une soirée douce à la terrasse d’un restaurant parisien était devenu l’un des symboles de l’art de vivre français). Avec cependant une limitation : « Il faudra continuer d’éviter au maximum les rassemblements car nous savons qu’ils sont les principales occasions de propagation du virus : ils resteront donc très encadrés. ».

Seul flou dans les annonces : « À partir du 1er juillet, nous pourrons nous rendre dans les États hors d’Europe où l’épidémie sera maîtrisée. ». En oubliant de préciser : à condition que ces États acceptent des ressortissants européens ou français !

Emmanuel Macron a donc repris le beau rôle face à son Premier Ministre Édouard Philippe qu’il n’a pas cité et qu’il n’a pas félicité, si ce n’est de manière très impersonnelle : « Si nous pouvons rouvrir le pays, c’est parce qu’à chaque étape de l’épidémie, chacun a pris sa part. Le Premier Ministre et le gouvernement ont travaillé d’arrache-pied, le Parlement s’est réuni, l’État a tenu, les élus de terrain se sont engagés. ». La raison de la réussite du déconfinement, c’est-à-dire, de l’absence de deuxième vague : « Nous avons collectivement et méthodiquement préparé ce qu’on a appelé le déconfinement. Là encore, tout le monde a travaillé d’arrache-pied, nous avons surmonté les craintes, les angoisses. Et vous êtes ressortis à nouveau et avez repris le travail. Nous avons bien fait. Nos usines, nos commerces, nos entreprises ont pu redémarrer. ».

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Le Président a en effet savouré sa décision du 13 avril 2020 de déconfiner à partir du 11 mai 2020, qui avait été très critiquée : « Je sais que beaucoup alors le déconseillaient, il n’y avait pas de consensus. », histoire de rappeler qu’il a eu raison de prendre le risque de déconfiner dès le 11 mai 2020, on lui reprochait alors d’aller trop vite, maintenant, on lui reprocherait d’aller trop lentement.

Le gouvernement, ces derniers jours, était resté sourd aux injonctions du professeur Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique, pour accélérer le déconfinement. Emmanuel Macron, en revanche, y répond favorablement.

S’il a évoqué le personnel soignant, Emmanuel Macron n’a pas évoqué le dévouement ni des enseignants ni des forces de l’ordre ; ces deux corps ayant été vivement critiquées ces dernières semaines s’attendaient à recevoir un soutien de l’Élysée. Emmanuel Macron a en revanche eu une pensée pour toutes les victimes du covid-19 ainsi que leurs familles en deuil : « Je veux ce soir penser avec émotion à nos morts, à leurs familles, dont le deuil a été rendu plus cruel encore en raison des contraintes de cette période. ». Il faudrait imaginer une manière d’honorer ces victimes.

Ce que critiquent les oppositions en réaction à cette allocution, c’est en particulier ce passage qui pourrait s’apparenter à de l’autosatisfaction présidentielle : « Nous n’avons pas à rougir, mes chers compatriotes, de notre bilan. Des dizaines de milliers de vies ont été sauvées par nos choix, par nos actions. Nous avons su doubler en quelques jours nos capacités de réanimation, organiser les transports de centaines de patients entre régions et avec les pays voisins, approvisionner les commerces, réorienter notre production industrielle, inventer des solidarités nouvelles. La période a montré que nous avions du ressort, de la ressource. Que, face à un virus qui nous a frappés plus tôt et plus fort que beaucoup d’autres, nous étions capables d’être inventifs, réactifs, solides. Nous pouvons être fiers de ce qui a été fait et de notre pays. ».

On aura beau critiquer ce passage, l’histoire en confirmera sa pertinence. Oui, il y a de quoi être fier de la France. La situation était difficile dans tous les États, que ce soit pour la fourniture de masques et d’autres équipements de protection, ou pour la capacité à faire massivement des tests virologiques dont nous avions aucun stock puisque le virus n’était pas connu. Seuls, les États de grande industrie, notamment Chine, Allemagne, États-Unis, Russie, etc., pouvaient assurer cette capacité en un temps court. Il suffit de regarder les autres États européens, à l’exception de l’Allemagne (j’y reviendrai), pour voir que la France n’a pas démérité dans la gestion de la crise. En Grande-Bretagne, en Italie, en Espagne, on manquait de lits pour accueillir les patients à l’hôpital, pas en France.

D’ailleurs, très lucide, Emmanuel Macron n’a pas caché la face obscure de cette gestion de crise, que les oppositions ont dû oublier d’entendre : « Cette épreuve a aussi révélé des failles, des fragilités : notre dépendance à d’autres continents pour nous procurer certains produits, nos lourdeurs d’organisation, nos inégalités sociales et territoriales. Je veux que nous tirions toutes les leçons de ce que nous avons vécu et avec vous comprendre ce que nous avons mieux réussi ou moins bien réussi que nos voisins. Nos forces, nous les conforterons, nos faiblesses, nous les corrigerons vite et fort. ». Il faudra en particulier mener une réflexion très lucide sur la mortalité dans les EHPAD pendant cette crise sanitaire.

Et puis, il y a une chose que je ne comprends pas de la part de personnes qui prétendent être des patriotes et qui crachent matin, midi et soir sur leur pays que, visiblement, ils détestent pour autant le fustiger. Un vrai patriote est fier de son pays et si le pays est dans les difficultés, il l’aide, il propose activement une aide constructive, il ne reste pas dans la posture négativiste d’enfoncer un pays qu’ils devraient soutenir. Il n’y a qu’en France qu’on trouve ces pseudo-patriotes antifrançais : ni en Allemagne, ni aux États-Unis, et je ne parle même pas de la Russie, de la Chine, on ne trouve des ressortissants de ces pays à casser systématiquement leur patrie. Il n’y a qu’en France, et pourtant, la France n’a pas démérité dans cette crise. Les enquêtes le prouveront (et j’y reviendrai plus précisément).


2. Le "service après-vente" et la crise économique

Autre sujet de fierté, l’accompagnement économique du confinement. La France est le pays qui a apporté le plus d’aide de soutien aux activités économiques, en particulier en finançant le chômage partiel d’une dizaine de millions de salariés, en proposant des prêts aux entreprises, etc. C’est un fait exceptionnel, unique dans le monde dans cette ampleur. Au point que les syndicats étaient bien en peine de critiquer le gouvernement, si ce n’est lorsqu’il a décidé de suspendre les aides après deux ou trois mois.

Le chef de l’État a rappelé son expression du 16 mars 2020 : "Quoi qu’il en coûte" (avec une grosse faute d’orthographe dans la transcription sur le site de l’Élysée !) : « Au total, nous avons mobilisé près de 500 milliards d’euros pour notre économie, pour les travailleurs, pour les entrepreneurs, mais aussi pour les plus précaires. C’est inédit. Et je veux ce soir que vous le mesuriez aussi pleinement. Dans combien de pays tout cela a-t-il été fait ? C’est une chance et cela montre la force de notre État et de notre modèle social. ». Que les gauchistes en finissent de dire qu’Emmanuel Macron est le représentant du libéralisme ! De toute l’histoire de la France des deux derniers siècles, il n’y a pas eu plus d’intervention de l’État dans l’économie nationale que maintenant ! Et c’est tant mieux, car la situation en a besoin : « Ces dépenses se justifiaient, et se justifient en raison des circonstances exceptionnelles. ».

Le maître mot des deux prochaines années du quinquennat est l’indépendance : « Retrouver notre indépendance pour vivre heureux et vivre mieux. (…) Notre première priorité est donc d‘abord de reconstruire une économie forte, écologique, souveraine et solidaire. ». Cela ressemble à un slogan électoral, peut-être celui de 2022. Cela se décline par un "pacte productif" : « Il nous faut créer de nouveaux emplois en investissant dans notre indépendance technologique, numérique, industrielle et agricole. Par la recherche, la consolidation des filières, l’attractivité et les relocalisations lorsque cela se justifie. ». Ce genre de phrase, je l’ai entendu depuis au moins vingt-cinq ans. Concrètement, que cela signifie-t-elle ?

Et pas de souveraineté nationale sans coopération européenne. L’exemple marquant par le plan de relance européenne (j’y reviendrai aussi) : « L’accord franco-allemand autour d’un endettement conjoint et d’un plan d’investissement pour redresser l’économie du continent est un tournant historique. En empruntant pour la première fois ensemble, avec la Chancelière d’Allemagne, nous proposons aux autres États européens de dire "nous" plutôt qu’une addition de "je". C’est le résultat d’un travail acharné, initié par la France, et que nous menons depuis trois ans. Ce peut être là une étape inédite de notre aventure européenne et la consolidation d’une Europe indépendante qui se donne les moyens d’affirmer son identité, sa culture, sa singularité face à la Chine, aux États-Unis et dans le désordre mondial que nous connaissons. Une Europe plus forte, plus solidaire, plus souveraine. ». Là aussi, un beau slogan en début de chapitre.


3. Les valeurs républicaines : « La République ne déboulonnera pas de statue ! »

Il vaut mieux tard que jamais. Je regrette qu’Emmanuel Macron ait tant tardé, quinze jours de retard, mais il s’est rattrapé sur le communautarisme. Évidemment qu’il faut lutter contre le racisme (« Nous serons intraitables face au racisme, à l’antisémitisme et aux discriminations. »), mais il n’a pas pu être plus clair sur le combat dangereux des ligues antiracistes qui dénaturent les valeurs républicaines : « Ce combat noble est dévoyé lorsqu’il se transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé. Ce combat est inacceptable lorsqu’ils est récupéré par les séparatistes. ».

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Non seulement Emmanuel Macron a raison de mettre en garde contre les "séparatistes", mais il a enfoncé les clous en disant : pas question de déboulonner nos statues, en particulier Colbert ! Honte à l’ancien Premier Ministre Jean-Marc Ayrault qui veut débaptiser les salles Colbert à l’Assemblée Nationale (j’y suis déjà allé) et à Bercy. Honte à lui de remettre en cause notre histoire commune et d’être stupidement à la remorque des extrémistes du communautarisme !


4. Le mystérieux projet d’avenir

Emmanuel Macron a terminé son allocution en évoquant un projet qu’il présenterait avant la fête nationale, dans un mois. Il a insisté sur le fait qu’il consulterait les « Présidents des deux chambres parlementaires et du Conseil Économique, Social et Environnemental » pour « proposer quelques priorités susceptibles de rassembler le plus grand nombre ». Insistons, car ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron associe le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) au Parlement, que le CESE n’est pas une assemblée parlementaire et n’a aucune légitimité populaire.

L’objectif est le suivant : « Il me reviendra avec vous de bâtir de nouveaux équilibres dans les pouvoirs et les responsabilités. (…) J’en ai la conviction profonde : l’organisation de l’État et de notre action doit profondément changer. (…) Face à l’épidémie, les citoyens, les entreprises, les syndicats, les associations, les collectivités locales, les agents de l’État dans les territoires ont su faire preuve d’ingéniosité, d’efficacité, de solidarité. Faisons-leur davantage confiance. Libérons la créativité et l’énergie du terrain. ».

Comment cette idée va-t-elle se traduire concrètement ? Mystère et boule de gomme ! S’il s’agit d’une simplification administrative, ou plus généralement d’une réforme administrative, cela fait plus d’un quart de siècle que les gouvernements successifs se sont cassé le nez à vouloir simplifier, le résultat fut d’ailleurs souvent une complexification supplémentaire. Pourtant, oui, il y a des améliorations à imaginer, pour éviter ce qu’il appelait des "lourdeurs d’organisation".

En revanche, s’il s’agit de ressortir sa réforme des institutions que je croyais heureusement enterrrée, qu’Emmanuel Macron se méfie, je doute que Gérard Larcher (le Président du Sénat) se laisserait intimider par un Président de la République qui a montré que dans ce domaine, il n’était pas un spécialiste très pertinent…


« Je m’adresserai à vous en juillet pour préciser ce nouveau chemin. »

Globalement, j’ai donc apprécié la tonalité de cette allocution dont l’objctif est de mettre du sens et des perspectives à l’action gouvernementale. Elle vient certes très tard, surtout sur les manifestations contre les violences policières. Elle a été incomplète, j’aurais préféré un remerciement plus audible et un hommage appuyé aux enseignants lâchés seuls dans la nature du télétravail, et aux forces de l’ordre fustigées dans leur globalité par des groupuscules qui ont monopolisé le débat public, mais le principal a été dit tant sur les valeurs de la République que sur la fierté à vivre en France même en pleine crise sanitaire et sur l’importance de la coopération européenne dans la volonté d’être souverain.

Contrairement à son prédécesseur direct, Emmanuel Macron cherche toujours à s’inscrire dans une perspective historique, c’est ce qui fait sa force : « Pour relever [les défis historiques], n’oublions jamais nos forces : notre histoire, notre jeunesse, notre sens du travail et de l’engagement, notre volonté de justice, notre capacité de créer pour dire et changer le monde, notre bienveillance. ».

Qu’importent les réactions hostiles des oppositions incapables de proposer mieux que celui qu’elles critiquent. Qu’importent même le risque d’impopularité, sans audace, sans choix, pas de mécontents mais pas de contents non plus. Que reste-t-il des gouvernements populaires ? Ceux de Lionel Jospin et Édouard Balladur ? Plus grand-chose au regard de l’histoire. C’est par des choix courageux et audacieux que l’on marque son histoire et qu’on fait avancer son pays. Nécessairement, cela provoque des mécontentements, soit par postures politiciennes, soit par courtes vues idéologiques. Après tout, De Gaulle l’a expérimenté dans une situation bien plus grave qu’aujourd’hui, puisque l’existence même de la France était en jeu…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
Allocution du Président Emmanuel Macron le 14 juin 2020 à la télévision (texte intégral).
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Coronavirus : bravo au gouvernement français pour sa réactivité économique et sociale !
Allocution du Président Emmanuel Macron le 13 avril 2020 à la télévision (texte intégral).
Emmanuel Macron : plus humain et plus humble.
Confinement 2.0.
Le coronavirus Covid-19 expliqué aux enfants (plaquette à télécharger).
Allocution du Président Emmanuel Macron le 16 mars 2020 à la télévision (texte intégral).
Allocution du Président Emmanuel Macron le 12 mars 2020 au Palais de l’Élysée (texte intégral).
Les institutions à l’épreuve du coronavirus Covid-19.
La guerre contre le séparatisme islamiste engagée par Emmanuel Macron.
La 5e Conférence nationale du handicap le 11 février 2020 à Paris.
Emmanuel Macron et la France de 2020 en effervescence.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200614-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-vrais-patriotes-francais-sont-225152

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/06/10/38361410.html