« Le Président de la République et le Premier Ministre m’ont fait confiance (…) pour continuer à rétablir la sécurité des Français, accompagner bien entendu le travail des services publics par l’intermédiaire du corps préfectoral, rendre respect et écoute à nos forces de l’ordre, mais également lutter contre ce que le Président de la République a qualifié de "séparatiste" dans un récent discours. Oui, l’islam politique est un ennemi mortel pour la République. Oui, il faut combattre toute forme de communautarisme. » (Gérald Darmanin, le 8 juillet 2020 au Sénat).



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Darmanin n’est pas sarkozyste ; il est darmaniste. Voici une cristallisation qui s’opère. C’est toujours un moment difficile à évaluer, on ne s’en rend compte qu’a posteriori, avec un peu de recul, mais pourquoi suis-je tenté dès maintenant de dire que ce moment un peu magique dans l’imaginaire français où une "simple" personnalité politique se transforme en homme d’État (ou femme d’État, bien sûr) est arrivé pour Gérald Darmanin, nommé Ministre de l’Intérieur le 6 juillet 2020.

On n’imaginait d’ailleurs pas que cette nomination fût autre chose que l’un des points cruciaux de ce changement de gouvernement. Nommé à ce poste stratégique à seulement l’âge de 37 ans (Nicolas Sarkozy avait 47 ans au même moment), Gérald Darmanin ne pouvait pas ne pas prévoir qu’il allait devenir la cible de jaloux, d’aigris, de misérables, et de groupes de pression. Plus on est en lumière, plus on est exposé. Il devait s’y attendre, mais n’oublions jamais qu’un de ses illustres prédécesseurs est mort de campagne de diffamation, Roger Salengro. Le cuir n’a jamais qu’une épaisseur, et celle-ci peut ne pas être suffisante face aux attaques.

À l’évidence, Gérald Darmanin est le plus efficace et le plus redoutable animal politique du gouvernement de Jean Castex. À l’Intérieur, il a remplacé Christophe Castaner, un politique également, mais incapable de faire le job, même s’il n’avait pas démérité dans la gestion de la crise sanitaire. Christophe Castaner n’a jamais eu le sens politique pour ce ministère, on l’imagine plus facilement en ministre des loisirs, voire du temps libre, comme cela avait été créé en 1981 ! Son concept de "soupçon avéré" a dû achever son crédit auprès du Président Emmanuel Macron qui ne pouvait plus garder comme unique critère la fidélité au Président de la République.

D’ailleurs, notons que tous les grognards du premier cercle ont dû quitter le gouvernement d’une manière ou d’une autre : Richard Ferrand, Gérard Collomb, Benjamin Griveaux, Christophe Castaner, et l’on pourrait même y citer François Bayrou même si son "statut" auprès d’Emmanuel Macron est très spécifique.

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Gérald Darmanin, à l’évidence, est un homme pressé et il l’a toujours été. Militant au RPR dès 1988, puis à l’UMP, diplômé de l’IEP de Lille en 2007, il a gravi tous les échelons, à la fois comme apprenti apparatchik et futur élu sur le terrain. Proche de Jacques Toubon, puis de Christian Vanneste dont il a récupéré la circonscription après l’exclusion de ce dernier, Gérald Darmanin a également travaillé pour David Douillet dont il fut le directeur de cabinet au ministère des sports, et aussi pour Xavier Bertrand au siège national de l’UMP lors que ce dernier était secrétaire général de l’UMP. On ne s’étonnera donc pas de le retrouver quelques années plus tard, en janvier 2016, comme vice-président du conseil régional des Hauts-de-France chargé des transports, sous la présidence …de Xavier Bertrand.

Gérald Darmanin a bénéficié, dans son parcours électoral, de l’éviction du député Christian Vanneste qui avait prononcé des propos qui avaient choqué. Élu conseiller municipal d’opposition à Tourcoing en mars 2008, il est devenu rapidement le chef de l’opposition. En mars 2010, grâce à la proportionnelle, il est élu conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais avant le regroupement avec la région Picardie. Il avait alors 27 ans. Deux ans plus tard, il est élu député du Nord, à 30 ans, donc, mandat qu’il ne garda que six ans, préférant ses mandats locaux.

Car le principal mandat qu’il a décroché, ce fut celui de maire de Tourcoing, l’une des grandes villes de l’agglomération lilloise (et il a été élu aussi vice-président de la Métropole de Lille). Sa victoire de mars 2014 l’a hissé parmi les grands élus de l’UMP qui comptent. Gérald Darmanin a soutenu François Fillon dans la bataille interne de la présidence de l’UMP en novembre 2012, puis Nicolas Sarkozy en décembre 2014, ainsi que Nicolas Sarkozy lors de la primaire LR de novembre 2016. Ce dernier le nomma secrétaire général adjoint de l’UMP/LR chargé des élections en 2015. Il n’y resta pas très longtemps, car Gérald Darmanin préférait se consacrer à ses mandats territoriaux.

Lorsqu’Emmanuel Macron a formé le nouveau gouvernement avec son premier Premier Ministre Édouard Philippe, Gérald Darmanin fut sans aucun doute sa plus belle "prise de guerre" : au contraire d’Édouard Philippe, proche d’Alain Juppé, lui-même suffisamment modéré pour être macron-compatible depuis longtemps, au contraire de Bruno Le Maire dont l’ambition démesurée primant sur les conviction laissait prévoir de divins retournements, Gérald Darmanin était considéré comme un représentant de la droite "dure" (proche de Christian Vanneste).

Mais le 17 mai 2017, à seulement 34 ans, pouvait-il vraiment résister à cet appétissant Ministère de l’Action et des Comptes publics, qui a notamment pour responsabilité la fonction publique et le stratégique budget, alors que LR était KO et surtout, sans leader incontestable pour longtemps ?

Quand il a pris cette responsabilité très importante dans l’appareil de l’État, Gérald Darmanin avait confié qu’il n’y connaissait rien mais les bulldozers politiques sont comme cela, ils foncent et ne s’occupent pas des détails, ils apprennent sur le tas.

Or, à son poste, Gérald Darmanin a peut-être réalisé la plus grande réforme du quinquennat, celle dont on parlera encore dans vingt voire cinquante ans, une réforme initiée par la gauche, pour de mauvaises raisons (des comptes d’apothicaires dans un obscur congrès socialiste), j’ai parlé évidemment de la retenue de l’impôt sur le revenu à la source. Alors que la France est l’un des pays au taux de perception parmi les plus élevés, il a réussi encore à améliorer la performance.

Réélu maire de Tourcoing dès le premier tour, en mars 2020, il était donné plutôt à la tête d’un grand ministère des affaires sociales, en d’autres termes, il aurait été chargé de refaire la réforme des retraites. Mais son nom pour place Beauvau circulait déjà dès l’automne 2018 lors du remplacement (très long) de Gérard Collomb (Jean Castex était alors le candidat d’Édouard Philippe).

Gérald Darmanin à l’Intérieur, c’est évidemment une responsabilité régalienne à laquelle il rêvait depuis longtemps. Il est désormais dans la cour des grands, c’est donc normal qu’il se retrouve attaqué et contesté. La vie politique est toujours comme cela, même si ici, cela me paraît plus qu’injustifié (j’y reviens plus loin).

Pourquoi Gérald Darmanin voulait-il autant le Ministère de l’Intérieur ? Parce qu’il a développé des convictions dans le domaine de l’esprit républicain, de l’immigration et de l’intégration. De mauvaises langues, dans leur perfidie probablement d’extrême droite, ont rappelé "opportunément" que le second prénom du nouveau ministre était d’origine algérienne. Et alors ? Il n’en a jamais eu honte, puisque c’était le prénom de son grand-père harki.

Au Sénat, le 8 juillet 2020, il l’a d’ailleurs rappelé : « Mon grand-père priait Allah et portait l’uniforme de la République. Bien des tirailleurs algériens et des supplétifs ont défendu les valeurs de la République tout en priant conformément à leur religion. (…) Mon premier prénom est Gérald, mon deuxième prénom est Moussa. Je suis très fier de l’assimilation française, fier aussi, grâce au Président de la République et à ceux qui m’ont accompagné, d’être ministre de la République ! ».

C’était une véritable déclaration d’amour à la République française. À l’évidence, cet esprit républicain, Gérald Darmanin est en mesure de l’incarner, au contraire de Christophe Castaner et même de Gérard Collomb. En ce sens, il est proche de Nicolas Sarkozy, mais aussi de Manuel Valls, puisque ces deux prédécesseurs ont aussi des origines étrangères.

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Depuis sa nomination à l’Intérieur, Gérald Darmanin se voit contester particulièrement par des groupes féministes extrémistes qui ne représentent personne et qui le traitent de "violeur", ce qui est de la diffamation simple et nette. Encore ce vendredi 10 juillet 2020, lors de son déplacement à Dijon aux côtés de Jean Castex, Gérald Darmanin a eu droit à un comité d’accueil peu agréable.

On reproche à Gérald Darmanin d’avoir violé une femme en 2009, à l’époque où il travaillait à la direction nationale de l’UMP. Cette femme voulait profiter que l’UMP fût au pouvoir pour avoir une aide voire du favoritisme pour sa propre histoire (elle a été condamnée car elle a escroqué son compagnon). Pour cette affaire (accusation de viol, harcèlement sexuel et abus de confiance), le ministre a bénéficié d’un non-lieu le 30 août 2018, non suivi d’un appel, même si le 9 juin 2020, la cour d’appel de Paris a fait repartir la procédure. Une autre affaire (accusation d’abus de faiblesse) a été classée sans suite le 16 mai 2018.

Dans cette histoire, il y a le fond et la forme.

Passons d’abord au fond : le ministre a-t-il violé une femme ? Si c’était le cas, ce serait scandaleux, évidemment et il devrait démissionner. Mais est-ce vraiment le cas ? Je ne suis pas juge mais je constate deux choses. D’une part, c’est parole contre parole. Le ministre dit que la relation était consentie, la femme qu’elle était forcée. J’ignore qui a raison, qui a tort, en revanche, à l’évidence, il y a des personnes plus crédibles que d’autres, surtout lorsqu’on a déjà été condamné pour extorsion de fond, chantage sur un ancien compagnon. D’autre part, le non-lieu d’il y a deux ans donne un signe non définitif mais cependant sensible de la reconnaissance de l’innocence du ministre. Je n’ai pas connaissance de beaucoup de "vrais" violeurs qui bénéficient, dans une procédure, d’un non-lieu. En général, la justice cherche à les arrêter quand c’est patent.

La forme rend les manifestations des lobbies extrêmes féministes encore plus odieuses. En effet, le ministre, comme tout justiciable, est présumé innocent. Mais dans son cas, il est encore plus en position d’innocent, puisqu’il n’est même pas mis en examen. Je rappelle que la charge de la preuve est à l’accusation : il faut démontrer que le prévenu soit coupable, pas qu’il soit innocent.

L’ancien ministre socialiste Jean-Marie Le Guen, qui n’est pas soupçonnable d’être politiquement proche de Gérald Darmanin, était le 10 juillet 2020 révolté par l’activisme contestataire contre le nouveau Ministre de l’Intérieur, en allant loin puisqu’il a comparé cette situation à l’affaire Calas dans laquelle Voltaire avait milité (malheureusement, il n’a obtenu qu’une réhabilitation posthume).

Ces manifestations spontanées seulement aujourd’hui sont des manipulations d’autant plus stupides que si Gérald Darmanin était vraiment un violeur, ce serait tout autant scandaleux s’il était resté Ministre des Comptes publics. Rappelons aussi que la police judiciaire est supervisée par le Ministre de la Justice et pas par le Ministre de l’Intérieur, c’est le juge qui décide, pas la police, des suites d’une enquête. C’est la base de notre État de droit. Souvenons-nous aussi un cas intéressant, à l’époque de la deuxième cohabitation (gouvernement d’Édouard Balladur), où le Ministre de la Justice Pierre Méhaignerie avait initié une instruction judiciaire contre le CDS, qui était son propre parti qu’il présidait alors ! Personne n’avait alors jugé cette situation comme un conflit d’intérêt !

L’argumentation de ces groupuscules activistes a de quoi faire frémir : toute parole accusatrice est suffisante pour faire condamner, du moins au tribunal médiatique, une personne, avant même un procès, avant même une mise en examen. Cela en dit long sur l’état de débilité profonde dans certaines couches de la société actuelle.

Le pire est même celui-ci : à force d’actions incohérentes et manipulatoires mettant en péril les principes élémentaires de notre État de droit (la justice se fait dans un tribunal, pas dans la rue), ces ligues féministes qui prétendent protéger les femmes de prédateurs sexuels sont très contreproductives dans la défense de leur cause et polluent et freinent les initiatives nécessaires pour éviter à l’avenir le renouvellement de violences et de viols qu’il faut évidemment combattre et réprimer avec la plus grande fermeté.

Tant que sa culpabilité n’est pas définitivement prouvée, je soutiendrai entièrement le ministre Gérald Darmanin, personnalité exceptionnelle et d’envergure, car je le crois capable d’être un excellent Ministre de l’Intérieur, celui qui réussira, au-delà d’un constat lucide et sans concession de la situation, à retrouver la concorde entre les Français autour des valeurs fortes de la République. Je lui souhaite pour l’instant bonne chance, car il va en avoir besoin…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Gérald Darmanin.
Composition du gouvernement Castex I.
Le gouvernement Castex I nommé le 6 juillet 2020.
Jean Castex, le Premier Ministre du déconfinement d’Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat le 29 juin 2020 à l’Élysée (texte intégral).
Après-covid-19 : écologie citoyenne, retraites, PMA, assurance-chômage ?
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Convention citoyenne pour le climat : le danger du tirage au sort.
Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
Le Sénat vote le principe de la PMA pour toutes.
Retraites : Discours de la non-méthode.
La réforme de l’assurance-chômage.
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.

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