« Je gère la crise chaque jour, matin, midi et soir. C’est mon obsession. » (Emmanuel Macron, le 12 janvier 2021 à Vernon).


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Le conseil de défense sanitaire se réunit ce mercredi 13 janvier 2021 sous la présidence du Président de la République Emmanuel Macron avant le conseil des ministres. Ce conseil est crucial car la situation épidémique du covid-19 est loin d’être maîtrisée, même si cela reste contrastée.

D’un côté, la France est encore sur un palier. Depuis la fin des vacances de Noël, il y a certes une légère remontée des hospitalisations et des entrées en réanimation, mais à peine perceptible. Le nombre de nouveaux cas oscille autour de 20 000 par jour, ce qui est plus que lors de la fin du confinement le 15 décembre 2020 (de l’ordre de 10 000 à 15 000) et beaucoup plus que l’objectif de la fin du confinement (5 000 par jour). Le nombre de décès oscille également entre 300 et 500 par jour, selon que l’on compte ou pas les décès en EHPAD et autres institutions médicalisées.

Cette apparente maîtrise est relativement positive. J’écris bien "relativement" car ce qui est valable un jour peut ne plus l’être un autre jour. Un espoir, c’est la vaccination. Deux vaccins sont désormais autorisés en Europe, Biontech/Pfizer et Moderna, un troisième vient de demander une autorisation (AstraZeneca), mais la trop faible fourniture pour ces premiers mois de l’année laisse entendre que la vaccination ne pourra avoir un impact réel sur la circulation du virus qu’à la fin du printemps dans le meilleur des cas, voire à la fin de l’été. Jusqu’à ce moment, il faudra encore lutter contre l’épidémie avec les moyens hélas rudimentaires : gestes barrières et port du masque, d’un côté, et confinement d’une manière ou d’une autre, de l’autre côté, lorsque la situation n’est plus sous contrôle.

D’un autre côté, les pays voisins de la France sont dans une véritable galère. L’Allemagne, qui a été relativement épargnée lors de la première vague, est très secouée lors de cette deuxième vague, avec un rythme désormais de plus de 1 000 décès par jour (ce 12 janvier 2021, 1 106 décès). Il y a deux fois plus de lits en réanimation occupés en Allemagne qu’en France pour le covid-19. La situation au Royaume-Uni est encore plus grave, avec plus de 40 000 nouveaux cas chaque jour, parfois jusqu’à 80 000 nouveaux cas (45 533 le 12 janvier 2021) et surtout, plus de 1 000 décès par jour (1243 le 12 janvier, la semaine dernière, une journée a connu près de 1 400 décès). Ces deux pays sont entrés dans une période de confinement long (jusqu’au printemps). La situation en Italie et en Espagne est alarmante également. Plus généralement, la pandémie au niveau mondial est en grande inflation : pour la journée du 12 janvier 2021, près de 650 000 nouveaux cas et près de 15 500 décès ! En une seule journée. Dont plus de 4 000 décès aux États-Unis : il est temps que Joe Biden prenne la main pour prendre des mesures appropriées.

Parmi les raisons de cette différence entre la France et ses voisins, il y a, d’une part, la France qui a réagi beaucoup plus vite que lors de la première vague et a réagi avant les autres par un reconfinement décidé dès le 28 octobre 2020. Cette avance sur la réaction a été bénéfique, d’autant plus bénéfique que cela semble avoir permis d’absorber le "choc" de Noël et du Nouvel An (j’écris "semble" car il faut encore attendre quelques jours pour en être sûr). Il y a aussi, d’autre part, l’existence du variant anglais, un virus légèrement différent de la souche originelle qui, s’il n’est pas plus virulent, est nettement plus contagieux (de l’ordre de 70% supplémentaire), ce qui fait accroître les entrées en réanimation et les décès.

Parmi les indices, le point positif, c’est le taux de reproduction qui était, au 2 janvier 2021, de seulement 0,99 (inférieur à 1 donc), et qui semble stable (mais la mise à jour de l’indice se fait attendre, il y a déjà dix jours qui sont passés). Point négatif, le taux d’incidence ne cesse de remonter depuis le 27 décembre 2020, atteignant 188 nouveaux cas par semaine et par million d’habitants, au 9 janvier 2021.

Depuis le début du mois de décembre 2020, la France vit en fait avec un double effet. D’un côté, il y a des régions "calmes" sur le plan épidémique, comme la Bretagne, et de l’autre, il y a une recrudescence alarmante de l’épidémie, en particulier en Lorraine, Champagne-Ardennes (moins l’Alsace), en Alpes-Maritimes, etc. Ces zones, situées plutôt à l’Est de la France, sont toutes en taux d’incidence alarmant, ce qui a encouragé le gouvernement à avancer l’actuel couvre-feu de 20 heures à 18 heures à partir du 2 janvier 2021 et suivants selon les départements. Actuellement, 25 (ou 26) départements sont sous ce couvre-feu tôt. 18 heures, cela signifie : pas de courses après le travail, pas d’activité après l’école, etc.

Soyons lucides : la circulation du virus dans l’Est de la France fera que les autres régions, en particulier la région parisienne, seront touchées, mais avec un peu de retard. De même, il est impossible de croire que la situation de nos voisins ne peut pas arriver chez nous. C’est ce que nous pensions en février 2020, lorsque l’Italie et l’Espagne étaient en pleine épidémie, et la France a suivi avec quelques semaines de décalage.

Heureusement, contrairement à février 2020, la France a désormais quelques outils pour réduire la circulation du virus : les masques, les tests (on peut avoir une meilleure vision de la situation et un meilleur signal d’alerte), et bien sûr, le couvre-feu encore applicable.

Beaucoup de médecins hospitaliers, depuis le début de l’année, avertissent qu’un troisième confinement est d’autant plus nécessaire que nous aurons à la fois le début de l’hiver et l’arrivée du variant anglais, qui, je le précise, fait qu’à terme, ce sera le variant anglais qui sera le virus normal, par le simple fait du taux de reproduction plus élevé. Ces médecins avaient déjà mis en garde dès le début du mois de septembre 2020 d’une inéluctable deuxième vague et les mêmes, enfin, ceux des plus lucides, avaient averti dès février 2020 de la première vague.

Cette semaine devraient arriver les résultats d’une "enquête flash" unique en Europe pour avoir une cartographie géographique du variant anglais et sa proportion dans les contaminations. En effet, tous les tests des 7 et 8 janvier 2021 ont été regardés à la loupe et les séquençages réalisés pour confirmer ou pas la présence du variant anglais. Nul doute que les résultats seront "mauvais", c’est-à-dire qu’il y aurait plusieurs centaines de contaminations par jour avec le variant anglais (qu’on n’a détecté actuellement que par quelques dizaines). L’idée est de savoir surtout la proportion de variant anglais par rapport à l’ensemble des contaminations. D’après une information du ministre Olivier Véran auditionné par la commission des affaires sociales au Sénat l’après-midi du 12 janvier 2021, cette proportion serait de 1%, à savoir : 1% des tests positifs concerne le variant anglais, ce qui signifie qu’il y a plusieurs centaines de contaminations par jour du variant anglais. Il se développera donc inéluctablement.

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Je comprends évidemment que la décision d’un nouveau confinement ne doit jamais être prise à la légère : l’économie, le social, l’éducation, la culture, tous ces secteurs sont très négativement impactés par un nouveau confinement. Mais le problème, c’est que ce n’est pas le confinement qui en est la cause mais l’épidémie elle-même. Si l’épidémie est hors de contrôle, l’économie sera encore plus impactée sans compter les conséquences humaines désastreuses (plus de 1 000 décès par jour chez nos voisins). C’est d’autant plus regrettable que nous avons la piste de sortie d’épidémie avec les vaccins, mais c’est une course de fond entre circulation du virus et vaccination.

Aucune étude n’a prouvé les effets salvateurs d’un couvre-feu à 18 heures par rapport à un couvre-feu à 20 heures (en octobre 2020, l’effet s’est mélangé avec le début des vacances scolaires). Est-ce une mesure suffisante ? La généralisation géographique du couvre-feu à 18 heures pourrait être décidée lors de la conférence de presse du Premier Ministre Jean Castex prévue le jeudi 14 janvier 2021, mais elle est généralement considérée comme insuffisante par la plupart des médecins épidémiologistes qui s’expriment publiquement ces derniers jours.

La question, la seule question qui vaille est : faudra-t-il oui ou non confiner une troisième fois d’ici à la fin du printemps ? Pour la professeure Anne-Claude Crémieux, cela ne fait aucun doute, elle dit que la question n’est pas si on reconfinera mais quand on reconfinera. Or, le reconfinement du mois de novembre 2020, qui avait été décidé assez tôt, a montré que c’était la voie à suivre : ne pas subir, mais anticiper.

Il vaut mieux confiner trois semaines en janvier 2021 que deux ou trois mois en catastrophe en février ou mars 2021, comme nous l’avions fait en mars à mai 2020 et comme le font l’Allemagne et le Royaume-Uni en avance épidémique sur la France. C’est le problème des effets exponentiels. Au début, ils ont l’air linéaire, et puis, tout d’un coup, cela se met à augmenter monstrueusement. Il ne faudrait pas reconfiner à cette montrée, il faudrait reconfiner auparavant, pour éviter un confinement de longue durée.

Par exemple, essayant une "nouveauté", le Liban a décidé de faire un confinement ultrastrict de onze jours, strict au point d’interdire d’acheter de la nourriture essentielle ! Onze jours, c’est court mais cela peut être très efficace s’il est très strict. C’est mieux que deux ou trois mois quand nous ne maîtriserons plus l’épidémie. Malgré le confinement, le Royaume-Uni a du mal à décélérer la circulation du virus. Agir au plus tôt est agir le plus intelligemment possible.

Je sais que cela nécessite une véritable dose de courage, celui d’anticiper la catastrophe pour l’éviter et s’entendre dire ensuite qu’il n’y a pas eu finalement de catastrophe. Mais nos expériences des deux premières vagues devraient aider à la décision. C’est tout ce que je souhaite pour ce milieu du mois de janvier 2021 : anticiper.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Covid-19 : faut-il rapidement un troisième confinement ?
7 questions sur les vaccins contre le covid-19.
Remdesivir : la polémique qu’on n’a pas eue en France…
Les messes à l’épreuve du covid-19.
Nouvelles attestations de déplacements à partir du 28 novembre 2020 (à télécharger).
Il regarde le soleil dans tes yeux !
Pâques 2020, le coronavirus et Dieu…
Covid-19 : faut-il rendre contraignant l’isolement des personnes contaminées ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 24 novembre 2020 (texte intégral et vidéo).
Le calendrier de l’Avent du Président Macron.
Covid-19 : vaccins et informations parcellaires.
La lune de Jupiter.
Faudra-t-il rendre obligatoire le futur vaccin contre le covid-19 ?

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