« La première fois qu’on a vu et entendu Daniel [Balavoine], c’était à la télé : Michel [Berger] et moi étions assis par terre dans notre chambre de Beauséjour et regardions par intermittence l’émission de Guy Lux. Quand il est entré pour chanter "Lady Marlène" avec un grand orchestre, nous avons eu un choc. Raide comme un piquet, planté derrière son micro sur pied, il a commencé à chanter d’une voix qu’on n’avait jamais entendue, avec un timbre nouveau et une tessiture tellement large et aiguë qu’on en est restés bouche bée. » (France Gall, 14 janvier 2016).



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Un chanteur qui était avant tout une voix, et quelle voix ! et des paroles, et quelles paroles ! Compositeur, parolier, interprète, Daniel Balavoine est mort il y a trente-cinq ans, le 14 janvier 1986, dans le désert malien, dans un accident d’hélicoptère qui a coûté la vie à cinq personnes, le chanteur, Thierry Sabine, Nathalie Odent, Jean-Paul Le Fur et François-Xavier Bagnoud. On aurait pu dire : P*tain d’hélico ! C’est c*n un accident, c’était évitable. Il allait changer complètement de vie, séjourner à Londres, créer un groupe de rock car son souhait, ce n’était pas d’être un poète mais un rocker. Un rocker francophone.

Toujours la main sur le cœur, c’étaient les années 1980, et Balavoine a fait partie de ces stars qui ont mis la main à la pâte pour aider, et cet accident n’aurait jamais eu lieu s’il n’avait pas aidé à implanter des pompes à eau pour sauver des populations. L’engagement était humanitaire.

Cela fait trente-cinq ans qu’il est mort, il avait 33 ans, il a "vécu" déjà, si j’ose écrire, plus longtemps mort que vivant. Il vit toujours en fait, par l’intermédiaire de ses enregistrements qui restent parmi les plus écoutés de la chanson française avec Claude François et Johnny Hallyday, entre autres. À ma connaissance, il n’y a pas encore de théorie du complot au sujet de sa mort, ce qui est très étrange ; que fabriquent-ils ?

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Lors de sa tragique disparition, les médias ont passé en boucle sa célèbre chanson "L’Aziza" (1985) qui était alors l’un des tubes de l’époque. Même s’il avait encore beaucoup à donner, nul doute qu’il n’aurait pas été mécontent de "finir" sur cette chanson qu’il avait écrite pour se révolter contre la montée du Front national parallèlement à la montée de la xénophobie et de la haine des immigrés. À l’époque, Jean-Marie Le Pen, qui ne dépassait électoralement pas 1%, avait franchi le seuil de 10% aux élections européennes de 1984 et évidemment, Daniel Balavoine n’imaginait pas que trente-trois ans plus tard (son âge !), sa fille Marine Le Pen attendrait 34% des voix, soit un tiers au lieu du dixième des voix.





« Ta couleur et tes mots tout me va
Que tu vives ici ou là-bas
Danse avec moi
Si tu crois que ta vie est là
Ce n’est pas un problème pour moi ».

Oui, Balavoine est toujours vivant, et la preuve, c’est qu’il continue inlassablement à chanter sur Internet, impressionnante mémoire collective qui nous permet de revenir dans un passé plus ou moins proche. Alors, en complémentarité avec mon précédent article sur le chanteur, je propose quelques chansons qui peuvent encore faire vibrer les cœurs sinon le monde d’aujourd’hui.


1. "Les aventures de Simon et Gunther Stein" (avril 1977)

Dans un album très spécial qui a connu l’échec commercial, Balavoine évoque le mur de Berlin par l’histoire de deux frères juifs allemands nés peu sous Hitler. Le style très novateur fait penser à un livre bien ultérieur de David Foenkinos qui raconte la vie d’une artiste, Charlotte Salomon dans "Charlotte" (Gallimard, 2014).





« Dans la même année
Leur père mobilisé
Quitta la maison
Pour aller se cacher
Un mercredi soir
Il était dénoncé
Le jeudi qui suivit
La Gestapo vint le chercher
Pour l’arrêter ».


2. "Le chanteur" (1er juin 1978)

Après quelques tentatives sous la direction d’Eddie Barclay qui ne croyait pas en lui et qui fit cette dernière tentative à laquelle il ne croyait pas, Balavoine fut véritablement "lancé" par cette chanson "Le chanteur" qui reprend "Je m’voyais déjà" qui avait lancé la carrière de Charles Aznavour et qui a obtenu un très grand succès commercial. Il faut noter que l’usage du mot "pédé" l’aurait immédiatement disqualifiée de nos jours.





« Et puis l’année d’après
Je recommencerai
Je me prostituerai pour la postérité
Les nouvelles de l’école
Diront que j’suis pédé
Que mes yeux puent l’alcool
Que j’f’rais bien d’arrêter
Brûleront mon auréole
Saliront mon passé
Alors je serai vieux
Et je pourrai crever
Je me chercherai un dieu
Pour tout me pardonner`
J’veux mourir malheureux
Pour ne rien regretter ».


3. "Oiseau de nuit" (1er juin 1978)

Une des chansons de l’album "Le chanteur", "Oiseau de nuit" parle de "studio endormi" et de "console fleur de voyants rouges et verts". Elle a connu le même succès et fait partie du "lancement de la carrière" de Daniel Balavoine.





« C’est mon ami
Si je parle de lui
Aux femmes de ma vie
Elles l’aiment aussi ».


4. "Me laisse pas m’en aller" (octobre 1979)

Faisant partie du quatrième album de Daniel Balavoine "Face amour / Face amère" où le chanteur soutient le droit au désespoir, la chanson "Me laisse pas m’en aller" n’a pas obtenu le succès escompté.





« Et si je t’aime
Si c’est un problème
Tu restes quand même
Pour tout pardonner
Comme un chien de faïence
Ma pauvre défaillance
Se perd et se balance
Pour finir à tes pieds
Et si tes larmes me gênent
Je viendrai m’y noyer ».


5. "Mon fils ma bataille" (novembre 1980)

Chanson particulièrement militante, "Mon fils ma bataille" prend le point de vue de l’homme dans un divorce malheureux avec la séparation de son fils. Balavoine a pris l’exemple d’un de ses musiciens et du film "Kramer contre Kramer". C’était particulièrement osé de prendre ce regard-là qui plaçait la femme en position très négative. Ce fut un très grand succès commercial.





« Ça fait longtemps que t’es partie
Maintenant
Je t’écoute démonter ma vie
En pleurant
(…)
Oh je vais tout casser
Si vous touchez
Au fruit de mes entrailles
Fallait pas qu’elle s’en aille ».


6. "Dieu que c’est beau" (19 juin 1984)

Au contraire de "Mon fils ma bataille", "Dieu que c’est beau" est une chanson positive, optimiste, saluant la magie de la femme et la naissance de son enfant. Elle contient de nombreuses références bibliques.





« Et la femme
Entre dans l’Histoire
Comme arrive l’œuvre d’un dieu
L’homme naît sans mémoire
Reconnaît l’Ève qu’il veut ».


7. "Tous les cris les S.O.S. " (14 octobre 1985)

Intégrée dans l’album "Sauver l’amour", la chanson "Tous les cris les S.O.S" innove dans la recherche des sons et parle de la solitude et du désespoir. Elle est l’une des meilleures de Balavoine, à mon sens.





« Difficile d’appeler au secours
Quand tant de drames nous oppressent
Et les larmes nouées de stress
Étouffent un peu plus les cris d’amour
De ceux qui sont dans la faiblesse
Et dans un dernier espoir
Disparaissent ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Le révolté sauveur d'amour.
Daniel Balavoine.
Jean Ferrat.
John Lennon.
Kim Wilde.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210114-balavoine.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/balavoine-le-rocker-des-paroles-et-230185

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/01/12/38755095.html