« Nous n’allons pas diriger seulement par l’exemple de notre pouvoir, mais aussi par le pouvoir de l’exemple. » (Joe Biden, au Capitole de Washington, le 20 janvier 2021).


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C’est fait. Enfin fait : « La volonté du peuple a été entendue et la volonté du peuple a été respectée. ». La démocratie américaine a triomphé, « la démocratie l’a emporté ! », le peuple a été écouté, le candidat élu, et élu très largement, a été enfin investi 46e Président des États-Unis. Le "enfin" serait étonnant hors contexte puisque cela fait très longtemps que les Présidents élus sont investis un 20 janvier et donc, c’est une date normale. Mais depuis le début du mois de novembre 2020, campant dans un déni de réalité qui fera date dans les livres plus de psychologie que d’histoire, les adorateurs du gourou Donald Trump voulaient encore croire au tout dernier moment qu’il y aurait un coup d’État. Quinze jours plus tôt, il y a plutôt eu un coup d’éclat assez pitoyable, qui a fait la risée internationale des Américains qui, comme tout le monde, détestent une humiliation de cette ampleur, disqualifiant tous ces sauvageons trumpistes et les renvoyant dans un extrémisme heureusement peu représentatif de l’électorat même de Donald Trump.

Bref, Joe Biden est enfin reconnu par tous comme le Président des États-Unis et va pouvoir commencer à travailler dès ce 20 janvier 2021. Son premier tweet (de Potus) : « Il n’y a pas de temps à perdre quand il s’agit d’affronter les crises que nous traversons. C’est pourquoi, aujourd’hui, je me rends au bureau ovale pour me mettre au travail, lancer des actions audacieuses et soulager immédiatement les familles américaines. ». Des mesures sanitaires, des mesures sociales et des mesures diplomatiques.

Il y a une sorte de "ouf" de soulagement. Comme un retour de la raison et de l’ordre après quatre années cacophoniques d’un mandat de Donald Trump pourtant contrasté et qui a eu pourtant, malgré tout, quelques aspects positifs. Mais la fin du mandat, l’entre élection et investiture, a été tellement pénible, tellement scandaleux, tellement ridicule, que l’histoire perdra ces points positifs et ne sauvegardera des oubliettes de l’histoire que cette journée de honte nationale que fut le 6 janvier 2021.

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Jamais je n’avais douté du légitimisme constitutionnel et patriotique des citoyens américains. Pour preuve, à cette cérémonie très sobre d’investiture, ont été présents, très dignement, le Vice-Président sortant Mike Pence, résolument dans le camp des loyalistes, ainsi que l’ancien Président républicain George W. Bush et son Vice-Président Dick Cheney. Également les anciens Présidents démocrates Barack Obama et Bill Clinton (venu avec sa femme Hillary Clinton qui doit se dire que décidément, c’était bien elle que les Américains ne voulaient pas). Quant à Jimmy Carter, qui a plus de 96 ans, il n’a pas pu faire le déplacement mais il a parlé avec Joe Biden la veille, le cœur y était.

Donald Trump a refusé d’être présent à la cérémonie d’investiture. Cela ne s’était pas passé depuis le 4 mars 1869 (le Président sortant Andrew Johnson avait refusé d’assister à l’investiture de son successeur Ulysses Grant qui ne voulait pas être accompagné dans la même calèche que lui, comme c’était alors la tradition). On n’a pas eu besoin de le déloger de la Maison-Blanche, il a finalement pris l’avion pour aller dans son golf de Floride. La veille, il avait diffusé un très beau discours d’unité nationale et s’est montré (enfin) sport, en souhaitant à Joe Biden bonne chance ! Il était temps mais il vaut toujours mieux tard que jamais. Que l’histoire retiendra-t-elle de ce mandat ? La journée du 6 janvier 2021 …ou le fait qu’il a été l’un des rares derniers Présidents des États-Unis à n’avoir déclaré aucune nouvelle guerre, comme il s’en est, avec raison, glorifié le 19 janvier 2021 ? Ou encore un de ses derniers actes, la grâce présidentielle totale ou partielle pour 143 délinquants parmi ses proches ?

L’heure n’est pas au bilan mais à l’action. Il y a comme un arrière-goût que toutes les choses à l’envers sont en train d’être remises à l’endroit, comme si un cataclysme institutionnel avait balayé la raison et la courtoisie et qu’on commence à y remettre bon ordre. Ainsi, ce n’est pas anodin que dès le premier jour de pouvoir, Joe Biden a remis les États-Unis dans l’Accord de Paris, geste essentiel pour le monde. Le Président Emmanuel Macron l’a immédiatement salué par un tweet : « Je salue le retour des États-Unis au sein de l’Accord de Paris pour le climat : Welcome back ! ». Joe Biden a aussi demandé une minute de silence pour les 400 000 victimes de la pandémie de covid-19 et a averti que l’avenir proche serait encore plus dur avec le virus (« la phase la plus dure et la plus mortelle »).

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La cérémonie d’investiture était étrangement vide. Pour cause de pandémie, le grand public ne pouvait pas être présent, au contraire de la tradition. Tous les invités institutionnels étaient masqués, et les masques noirs donnent un parfum de pompes funèbres. Lady Gaga et Jennifer Lopez y ont chanté pour Joe Biden et Kamala Harris.

Joe Biden est le Président des États-Unis le plus âgé de tous les temps. Il commence son mandat à 78 ans, ce qui fait 82 ans à la fin de celui-ci. C’est exceptionnel. Autre fait exceptionnel mais pas sans précédent : il est catholique, comme l’était John Kennedy (mais n'est pas Kennedy qui veut dans la formulation des discours, voir au chapeau). Le pape François l’a d’ailleurs félicité sur Twitter en ces termes : « À l’heure où les graves crises auxquelles est confrontée notre famille humaine, elles appellent des réponses clairvoyantes et unies, je prie pour que vos décisions soient guidées par un souci de construire une société marquée par une justice et une liberté authentique, ainsi qu’un respect sans faille pour les droits et la dignité de chaque personne, en particulier des pauvres, des personnes vulnérables et de celles qui n’ont pas de voix. ».

Bien sûr, l’âge importe moins qu’un véritable fait historique : Kamala Harris (56 ans) est la première femme à être investie Vice-Présidente des États-Unis, et cela compte d’autant plus que l’âge du Président est très élevé. Il y a déjà eu des femmes candidates à la Vice-Présidence (Geraldine Ferraro, Sarah Palin) et même à la Présidence (Hillary Clinton) mais aucune n’avait encore gagné une élection présidentielle.

Cependant, il faut rester très prudent tant sur l’influence réelle de Kamala Harris pendant ce mandat Biden que sur son avenir politique. À l’exception peut-être de la Présidence Barack Obama, qui avait délégué beaucoup de pouvoir en politique étrangère à son très expérimenté Vice-Président Joe Biden, et un peu de la Présidence Bill Clinton qui avait délégué à Al Gore les négociations pour créer une véritable diplomatie écologique (le Protocole de Kyoto, signé le 11 décembre 1997), la plupart des Vice-Présidents ont joué un rôle très mineur dans le gouvernement américain et leur avenir politique a été rarement une évidence : beaucoup d’anciens Vice-Présidents ont échoué à l’élection présidentielle.

Le retournement de balancier politique n’est pas nouveau aux États-Unis et il est un peu le même aussi en France depuis le milieu des années 1970 et la fin des Trente Glorieuses (chocs pétroliers, début du chômage de masse, développement de la mondialisation, etc.). En effet, à l’exception de 1988 et de l’élection du Vice-Président sortant George H. W. Bush, il y a eu sans arrêt un changement de majorité à la Maison-Blanche (c’est encore plus complexe au Congrès où les renouvellements sont deux fois plus fréquents). En effet, après Gerald Ford seul Président non élu après la démission de Richard Nixon, Jimmy Carter lui a succédé, lui-même emporté par la prise des otages américains à Téhéran, mettant au pouvoir Ronald Reagan (et Bush père). Mais malgré le succès de la guerre au Koweït, George H. W. Bush a été battu par un jeune démocrate peu connu Bill Clinton, George W. Bush le fils l’a ensuite emporté sur Al Gore en 2000 (dans un scrutin historiquement serré, rien à voir avec celui de 2020), ensuite Barack Obama démocrate sur le républicain John MacCain, puis retour de balancier Donald Trump et enfin Joe Biden.

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La différence peut-être, c’est que Joe Biden, loin d’être un "communiste" (comme des sauvageons trumpistes le qualifiaient !), est plutôt un "centriste" et un "modéré". Il serait certainement plus proche de certains élus républicains que de Bernie Sanders, par exemple. Ce qui est d’ailleurs une nécessité avec un Sénat exactement à parité politique 50 républicains et 50 démocrates, et son Président, qui n’est autre, constitutionnellement, que la Vice-Présidente, avec une voix prépondérante.

C’était tout le sens de son discours d’une vingtaine de minutes devant le Capitole, de nouveau occupé comme le voulaient la démocratie et les institutions. Joe Biden a énuméré toutes les crises et tous les enjeux : pandémie de covid-19, sécurité, justice ethnique, racisme, suprémacisme, précarité, chômage, pauvreté, bouleversements climatiques, etc. et a appelé tous les Américains à l’unité, seule moyen pour réussir : « Nous allons restaurer l’âme de l’Amérique. Et pour cela, nous avons besoin d’unité. (…) Aujourd’hui, j’ai comme objectif d’unir tous les Américains. Nous devons nous unir contre l’inégalité, le désespoir, la violence. Nous allons surmonter les épreuves. (…) Je vous le promets, je serai un Président pour tous les Américains, je me battrai autant pour ceux qui m’ont défendu que pour ceux qui m’ont combattu. ». C’est un discours, certes traditionnel lors d’une investiture, mais qui est très attendu par le peuple américain.





Voici quelques citations de son discours.

Sur l’assaut du Capitole : « Nous avons découvert que notre démocratie était fragile, mais la démocratie a gagné. ».

Sur le suprémacisme : « On voit surgir aujourd’hui l’extrémisme politique, le suprémacisme blanc et le terrorisme intérieur. Nous devons les affronter et nous allons les vaincre. ».

Sur la raison et la science : « Nous devons être meilleurs, nous devons bannir la suspicion, croire dans les faits et la science. ».

Parmi ses derniers propos, il y a ce côté arrogant de "maîtres du monde" qui donne toujours ce goût amer qui nourrit l’antiaméricanisme primaire : « Je vous donne ma parole de défendre la Constitution, la démocratie, tous les Américains. Nous allons écrire une histoire ensemble, de dignité, de grandeur, d’espoir et de justice. Ces valeurs ne sont pas mortes. L’Amérique doit demeurer un phare pour le monde. ». À mettre en parallèle avec cette phrase, quelques minutes auparavant : « Le monde nous regarde aujourd’hui. Je lui dis que nous allons redevenir un exemple. Nous serons un partenaire de confiance pour la paix mondiale. ».

Depuis le 3 novembre 2020, celui qu’on appelait souvent le sénateur gaffeur (il fut sénateur pendant trente-six ans, de 1973 à 2009) a fait un sans-faute, refusant de se laisser en emporter par l’hystérie trumpienne et appelant sans relâche à l’unité et à la raison. Joe Biden, au-delà d’avoir gagné l’élection américaine (ceux qui refusent sa légitimité sont pourtant pour la concurrence mais refusent le jeu réel de la concurrence, ils sont pour une concurrence faussée par des menteurs), a mérité la Maison-Blanche car les Américains avaient besoin plus que jamais d’un patriarche bienveillant pour remettre de l’ordre dans le pays et surtout, redonner la fierté du peuple américain passablement humilié ces derniers jours. Il n’a plus besoin de prouver qu’il est un homme d’État.

Il se dit lui-même pape de transition, mais l’avenir n’est jamais écrit…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Joe Biden : enfin la démocratie restaurée !
Capitole : Trump et la dictature du moi.
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
De la Démocratie en Amérique.
USA 2020 : and the Winner is Joe Biden !
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
USA 2020 : le suspense reste entier.
Bill Gates.
Albert Einstein.
Joe Biden.
Rosa Parks.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Benoît Mandelbrot.
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
Bob Kennedy.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210120-biden.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/joe-biden-enfin-la-democratie-230351

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