« La santé peut paraître à la longue un peu fade.
Il faut, pour la sentir, avoir été malade. »
(Jean-François Collin d’Harleville (1788).



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La conférence de presse très attendue du Premier Ministre Jean Castex, tenue ce jeudi 18 mars 2021 à 19 heures, a présenté les nouvelles mesures sanitaires pour le pays. L’objectif a toujours été très clair : freiner la circulation du virus alors que l’épidémie est en train d’exploser de nouveau.

Jean Castex, comme Olivier Véran qui s’est exprimé après lui, ont eu du mal à donner un nom à ces mesures : confinement ou pas confinement ? Pour la première fois depuis un an, ces mesures très sévères n’ont pas été énoncées par le Président de la République Emmanuel Macron mais par le Premier Ministre clairement responsable au sein de l’exécutif de ce sujet depuis Noël.

Autre innovation, ces mesures sont prises à l’échelon territorial et pas sur toute la France. Sont concernés seize départements, la région Île-de-France, la région Hauts-de-France, les Alpes-Maritimes, la Seine-Maritime et l’Eure. Ils représentent environ 20 millions d’habitants et 40% du PIB. Les "élus locaux" ont été contactés et consultés avant l’annonce des mesures.

Ces mesures prennent effet ce vendredi 19 mars 2021 à minuit pour une durée minimale de quatre semaines (16 avril 2021). D’autres départements, le cas échéant, en fonction des différents paramètres, pourraient rejoindre ces seize départements.

C’est un confinement : les mesures sont applicables sept jours sur sept et pas seulement le week-end ; seuls restent ouverts les commerces dits "essentiels" (l’alimentaire, mais aussi les livres et la musique, au contraire de l’automne 2020) ; il faut une attestation pour aller se promener, sortir de chez soi, à moins de 10 kilomètres de chez soi ; les déplacements interrégionaux sont interdits.

Ce n’est pas un confinement : pas de limite de durée pour les promenades ; assouplissement des horaires du couvre-feu qui commence (sur tout le territoire) à 19 heures au lieu de 18 heurs (en raison de l’heure d’été) ; les écoles maternelles, primaires et les collèges restent ouverts, les lycées restent ouverts sous condition de jauge (à moitié) ; assouplissement du sports en plein air pour les enfants, tant en scolaire qu’en extrascolaire.

Même Olivier Véran, qui a fait une présentation très utile sur les différentes étapes et possibilités pour un personne en cas de contamination, n’a pas vraiment été capable de qualifier ces mesures sanitaires. Cela ressemble à une politique du en-même-temps. Par exemple, à quoi sert un horaire de couvre-feu dans un territoire en confinement ? Le confinement n’est-il pas un couvre-feu étendu à toute la journée ? On avait déjà eu cette bizarrerie en décembre dernier.

Jean Castex a évoqué l’origine des contaminations. L’une, à environ 30% (il me semble) des contaminations aux origines connues, est sur le lieu de travail, soit par relâchement (pas de masque, etc.), soit au moment de déjeuner ou de la pause-café. Il a redit son exhortation à faire quatre jours de télétravail sur cinq, selon les possibilités. Mais cette recommandation ne change pas depuis plusieurs mois, rien de nouveau, et impossible d’obliger au télétravail, cela dépend des activités et seul le chef d’entreprise est capable d’en discerner les possibilités. De toute façon, les inspecteurs du travail ne sont pas en nombre suffisant pour aller vérifier dans chaque entreprise que les recommandations du gouvernement sont appliquées.

Les éditorialistes s’en sont donnés à cœur joie sur cette ambivalence : on peut critiquer le principe de demi-mesures, l’absence de mesures "radicales" pour réellement freiner la circulation du virus, mais on peut critiquer aussi de nouvelles contraintes après un an de crise sanitaire qui provoquent une réelle lassitude des efforts, le mot lassitude a été prononcé par Jean Castex.

Les uns évoquent les "perdants" de ces mesures, à savoir les professions culturelles, les restaurateurs, etc., sans se rendre compte qu’il y a actuellement des centaines de personnes qui meurent chaque jour du covid-19 (autour de 300) et qu’il y a des risques, sauf effet de la vaccination (40% des personnes de plus de 75 ans ont déjà été vaccinées en première injection), que ce nombre monte proportionnellement au nombre de nouveaux cas.

Les autres, à mon sens "pires", expriment leur colère en disant qu’il aurait suffi de quelques centaines voire milliers de lits en réanimation supplémentaires pour éviter de reconfiner aujourd’hui la région capitale. En quelle langue faudrait-il leur dire ? Les lits de réanimation ne sauvent pas tout le monde, le tiers mourra du covid-19. Il faut bien sûr autant de lits de réanimation que nécessaires pour soigner et sauver les malades, mais plus il y a de malades en réanimation, plus il y a de décès. Et sans freiner la circulation du virus, le nombre d’admission en réanimation, suivant également l’exponentielle, ne correspondra jamais à une quelconque anticipation, aussi ambitieuse soit-elle, car il sera trop élevé.

Ces deux types d’éditorialistes, en fait, râlent surtout parce qu’ils sont dérangés dans leur petit confort même si le confinement-là impactera peu leur vie car ils auront une attestation professionnelle pour aller où bon ils voudront, mais ils continueront à protester contre la fermeture des restaurants (chic si possible), des opéras, des théâtres, etc.

Bref, dans une crise sanitaire, c’est peut-être malheureux pour la démocratie (le premier droit pour pratiquer la démocratie, avant la liberté, c’est de rester en vie, sinon tout le reste est inutile et sans objet), j’écris "peut-être" car en Europe, nous savons tous que les contraintes sont toujours provisoires et ceux qui prétendraient le contraire sont de mauvaise foi (mais après tout, la mauvaise foi n’a jamais été interdite et c’est d’ailleurs une caractéristique de la démocratie, au même titre que la liberté d’expression), mais le premier devoir d’un État, c’est de protéger les plus faibles, les plus vulnérables.

Le nombre de nouveaux cas quotidiens explose désormais, hélas. Certains, autour d’eux, peuvent le constater personnellement (dans son lieu de travail, dans la ville où ils habitent, dans des associations, etc.). Personnellement, depuis deux semaines, je l’ai constaté dans deux milieux très différents. Cela désorganise complètement l’économie : chaque nouveau cas détecté, non seulement, doit s’isoler pendant ix jours (au moins), mais il fait isoler ses éventuels cas contact (pendant la même période d’incubation). Ne rien faire pour freiner la circulation du virus, c’est, à moyen terme, paralyser l’économie.

Le 18 mars 2021, il y a eu 35 000 cas, la veille (généralement, les chiffres donnés le mercredi sont plus élevés dans la semaine que ceux du jeudi), c’était 38 500. On est parti d’environ 15 000 et l’on s’achemine à 40 000. Le taux d’incidence de la région Île-de-France est affolant : 404 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants le lundi 15 mars, 419 le mardi 16 mars, 425 le mercredi 17 mars, 446 le jeudi 18 mars 2021 (10% de plus en trois jours seulement). Le nombre d’admissions en réanimation suit vertigineusement la même pente. 4 246 au niveau national, 1 201 en Île-de-France (les deux nombres remontent).

Les mesures annoncées le 18 mars 2021 seront-elles efficaces ? Tout le monde l’espère, mais l’avis de nombreux médecins hospitaliers est déjà forgé : ce ne sera pas suffisant. Le confinement territorial ne se comprend que si les régions non confinées ne sont pas dans une situation alarmante, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. Partout, le virus circule, et le dispositif adopté pourrait rajouter de nouveaux départements au fil des prochaines semaines.

Oui, le virus continue ses ravages, mais ce n’est pas spécifique à la France, en Pologne, en Italie, en République tchèque, etc., il semble y avoir une nouvelle vague et l’Allemagne, encore sous confinement long, lutte pour contenir cette nouvelle vague. Le gouvernement n’y est pour rien, je l’ai écrit et répété. Ce qu’il peut faire, c’est accompagner ces vagues de manière plus ou moins efficace. Il suffit de regarder ce qu’il en est dans deux pays durement touchés : depuis l’arrivée de Joe Biden (il y a deux mois) et la généralisation du port du masque, il y a eu une nette baisse du nombre de contaminations et, par voie de conséquence, du nombre de décès (l’effet de la vaccination massive est aussi à prendre en compte). Au contraire, lorsqu’on se moque de cette épidémie, cela donne un pays comme le Brésil, probablement le pire actuellement, avec plus de 2 000 décès par jour et qui va atteindre un total de 300 000 décès dans une semaine (les États-Unis, eux, viennent de dépasser 550 000 décès).

Seuls les bisounours peuvent dire, par "lassitude" : pouce, le virus, c’est fini, retourne d’où tu viens, je ne veux plus jouer ! Mais il ne négocie pas, il ne joue pas, il n’est même pas vivant, il est une sorte d’éruption de la nature, celle qui a permis l’Évolution, et les humains, grâce à leur génie, ont heureusement trouvé rapidement (en moins d’un an) la parade pour sortir de ce cauchemar : la vaccination.

C’est donc effectivement sur la capacité du gouvernement à assurer le plus rapidement possible la vaccination à tous les habitants que sera jugé, in fine, le Président Emmanuel Macron lorsque sera venu l’heure du bilan de cette crise sanitaire. L’objectif du gouvernement est d’autant plus ambitieux qu’il y a des "embûches" (retard d’approvisionnement, etc.) : 10 millions de personnes vaccinées au 15 avril 2021 (début de la vaccination des 50-75 ans), 20 millions au 15 mai 2021 et 30 millions au 30 juin 2021. On est actuellement à plus de 5,3 millions de personnes vaccinées en France (au 18 mars 2021). La vaccination massive de la population permettra la réouverture des lieux sociaux et un retour progressif à la vie normale mais si on ne retrouvera jamais la vie d’avant-covid (par exemple, définitivement finie, la bise à la collègue !).

L’histoire dira si le gouvernement a eu raison de suivre ses partenaires européens en suspendant provisoirement la vaccination avec le vaccin AstraZeneca. Jean Castex a en tout cas compris, avec un peu de lenteur, que la politique de l’exemple est le meilleur moyen de convaincre ses compatriotes d’aller se faire vacciner. Qui irait lui reprocher de se faire vacciner bien que moins de 75 ans, sans comorbidité ? S’il y a bien des personnes qui vivent dangereusement en période de crise sanitaire, ce sont bien les responsables politiques, surtout ceux au pouvoir, qui rencontrent chaque jour de très nombreuses personnes différentes (d’ailleurs, nombreux furent les ministres qui ont été contaminés depuis un an).

Olivier Véran a eu sa première dose d’AstraZeneca le 8 février 2021. Jean Castex va l’avoir ce vendredi 19 mars 2021 dans l’après-midi, le jour même de la reprise de cette vaccination. Pour ces prochains mois, ce devra être l’obsession majeure du gouvernement : vacciner, vacciner ! Vacciner matin, midi et soir, vacciner la nuit, le week-end. Cette course de vitesse est une course de la vie. À chacun d’y prendre sa part. D’y prendre sa dose.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alors, confinement ou pas confinement ?
Pr. Gilbert Deray.
Covid-19 : un an après, toujours le cauchemar ?
Covid-19 : le mot interdit.
Les jeunes, génération sacrifiée ?

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