« La remontada de la France vient de l’idée que par la politique, les Français ont le pouvoir de faire de grandes choses ensemble pour la France et pour eux. Dans le fracas du monde et le brouhaha politicien, pour comprendre la nécessité d’un tel projet et le rendre possible, il faut faire preuve de courage, de constance, de lucidité et tendre l’oreille. » (Arnaud Montebourg, 2021).



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Alors, tendons l’oreille ! Et jaugeons la constance. La grande nouvelle du week-end, pour ceux qui auraient mal suivi, c’est la venue de l’ancien ministre Arnaud Montebourg dans sa ville natale de Clamecy, dans la Nièvre, et sa déclaration de candidature à l’élection présidentielle de 2022. On l’avait oublié, celui-là. Ce n’est pas nouveau : il se réveille tous les cinq ans. Une fringale présidentielle, sans doute.

En fait, je ne l’avais pas tout à fait oublié, j’avais bien suivi que les chevènementistes l’appréciaient. Le 29 août 2021, Jean-Luc Laurent, maire du Kremlin-Bicêtre et président du Mouvement républicain et citoyen (MRC) qui avait été créé par Jean-Pierre Chevènement, avait apporté « un soutien enthousiaste » à Arnaud Montebourg dont la candidature, ce samedi 4 septembre 2021, serait « une décision salutaire pour la France ». Le MRC avait déjà appelé à la candidature de l’ancien Ministre du Redressement productif le 14 avril 2021. Et ce mouvement sera présent à la fête de la rose à Frangy-en-Bresse le 25 septembre 2021, où Arnaud Montebourg devrait rassembler tous les montebourgeois de France et de Navarre. Arnaud Montebourg est aussi l'invité de la matinale de France Inter ce mardi 7 septembre 2021.

Ces affinités chevènementistes n’étaient pas nouvelles. Déjà, le 16 décembre 2015 dans la (fameuse) Salle Colbert de l’Assemblée Nationale, Jean-Pierre Chevènement avait organisé un colloque avec, à la tribune, notamment l’écrivain Régis Debray. Dans l’assistance, on pouvait apercevoir Arnaud Montebourg et Marie-France Garaud, qui étaient intervenus au cours de la soirée. Ainsi que le communiste Jean-Paul Brard. Beaucoup des auditeurs, dont la moyenne d’âge paraissait élevée, voyaient alors en Arnaud Montebourg un futur Chevènement bis.

Le maître mot de la déclaration de candidature d’Arnaud Montebourg est "la remontada". C’est étrange de vouloir prendre un mot espagnol pour montrer son amour de la France, mais je suis mauvaise langue puisque ce mot a été inclus dans l’édition 2021 du dictionnaire Larousse. Si on va voir sur son site Internet, soit j’ai eu une omerta contre moi, soit les liens permettant d’obtenir des informations ont été tout simplement oubliés. Le seul lien qui fonctionne, c’est bizarrement celui qui renvoie vers son livre sur l’engagement. Enfin, un livre-parti, on ne sait pas trop bien.

À tout le moins, on peut dire qu’Arnaud Montebourg, qui va avoir 59 ans dans quelques semaines, ne jouit pas d’un trésor de guerre faramineux. Même l’éclairage de son estrade laissait à désirer, et je salue les quelques journalistes venus dans la Nièvre profonde pour entendre l’un des arrivistes les plus connus de France.

Car arriviste, il l’est. Il l’a toujours été, avec un cynisme qui se sent à longue portée, des serrages de mains (même en période covid-19, bonjour les gestes barrières) qui ont un goût de faux et d’artificiel. Sa stature très grande l’avantage physiquement (car oui, le physique compte dans une campagne électorale, même si on n’élit pas un gendre ou un beau-frère, d’autres sont moins bien pourvus et cela peut être un handicap), son intelligence qu’il a sans aucun doute aussi, mais son arrivisme emporte tout sur son passage.

Rappelons d’ailleurs celui qui lui a mis le pied à l’étrier, étrier d’avocat comme étrier d’homme politique, Roland Dumas, le 29 novembre 2013 dans "Le Nouvel Obs" : « Jeune avocat, il était venu me voir. Il était très révérencieux. Je (…) l’ai aidé à trouver une circonscription. ». Mais quelques années plus tard, comme un ingrat, Arnaud Montebourg a réclamé la démission de l’ancien Président du Conseil Constitutionnel pour se donner une réputation de chevalier blanc : « C’est un garçon qui a besoin de se faire de la publicité. À l’époque, n’en trouvant pas par lui-même, il s’en est fait sur le dos de plus connus que lui. C’est malheureusement banal. ».

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Le PS sera bien en peine d’y voir une concurrence à la non-candidature d’un socialiste pour 2022. Arnaud Montebourg part seul, en dehors du microparti MRC, de trois sénateurs socialistes (dont Laurence Rossignol), d’Emmanuel Todd et de Thomas Guénolé, et n’aura aucune caisse de résonance. Pourquoi celui qui, depuis dix ans, veut être candidat à l’élection présidentielle a-t-il voulu partir alors qu’il est sous les radars des sondages (moins de 2%) ? Un ego ? un livre ? une sincère volonté d’apporter sa contribution au débat démocratique ? Sans doute un peu les trois. Ce sont des questions qu’on pourrait d’ailleurs poser à tous les candidats déclarés ou potentiels. Candidat aux deux primaires du PS, en octobre 2011 et en janvier 2017, il n’a pas dépassé le seuil des 20% et surtout, le seuil du premier tour. Parfois, je me dis que les électeurs ont du bon sens que les journalistes n’ont pas toujours. Cette fois-ci, occupés à des affaires bien plus importantes, l’écho médiatique de cette déclaration a fait flop ! Personne ne l’attendait. À part le président du MRC.

Parler de remontada, c’est dire que la France est dans un piteux état et que lui, homme providentiel (qui, pourtant, avait commencé sa carrière sur la détestation de ce régime d’homme présidentiel qu’est la Cinquième République), serait capable de remettre la France à sa place, en haut du tableau. Pourtant, il faut bien dire qu’Arnaud Montebourg fait partie de ces politiciens qui pensent que les électeurs ont la mémoire courte.

Par exemple, qu’ils ont oublié que le Ministre de l’Économie et de l’Industrie, c’était lui entre 2012 et 2014, et que ses déclarations publiques avaient particulièrement dégradé la réputation économique de la France aux yeux des investisseurs étrangers. Heureusement, grâce à l’élection du Président Emmanuel Macron, la France est devenue le pays européen le plus attractif des investisseurs français, mais ce n’est certainement pas grâce à Arnaud Montebourg. La remontada, c’est Emmanuel Macron qui l’a faite.

Le patriotisme, c’est d’être fier de son pays, d’être fier de son attractivité économique, et pas être défaitiste en affirmant mollement et sans conviction : « La France est à un moment crucial de son histoire, où elle risque une élimination lente, insensible mais douloureuse et fatale. ». Il se croit encore en 2016, à la fin du quinquennat de François Hollande qui a considérablement dégradé la France, au point de ne même pas pouvoir se représenter.

Pour dire à quel point il a été un Ministre de l’Économie "léger", c’est la première fois qu’un tel ministre suit des cours d’économie après avoir été ministre, pas avant, pour savoir ce qu’est une entreprise (à l’INSEAD en automne 2014 à Fontainebleau). Du reste, il s’est pris au jeu et a créé sa propre entreprise de fabrication de miel après avoir été vice-président du groupe Habitat. Après avoir annoncé qu’il quittait la vie politique le 30 décembre 2014, il est revenu à la politique en déclarant sa candidature le 2 août 2016, puis a requitté la vie politique après son échec à la primaire du PS du 22 janvier 2017 (il a aussi quitté le PS), pour revenir une nouvelle par la porte de service pour déclarer de nouveau sa candidature.

Il pourrait presque inspirer de la pitié tant il avait un boulevard au sein du parti socialiste, mais son égoarrivisme l’a politiquement meurtri. Car la question reste toujours la même : comment peut-il convaincre qu’il est capable de rassembler les Français alors qu’il n’a même pas eu la possibilité de créer un courant au PS pour rassembler ses propres amis ?

Quant aux déclarations contre Emmanuel Macron, puisque le point commun de tous les candidats moins un de l’élection présidentielle de 2022, ce sera évidemment de tirer sur l’action, le bilan et le projet d’Emmanuel Macron (c’est de bonne guerre quand on est sortant, mais il faudra que ses opposants se rappellent qu’il a dû gérer probablement la crise la plus grave depuis la dernière guerre mondiale), il faudra que les électeurs potentiels d’Arnaud Montebourg se rappellent que si Arnaud Montebourg, ministre, n’avait pas manqué de respect à François Hollande, Président de la République, Emmanuel Macron ne serait pas devenu son successeur à la suite de son éviction du gouvernement et qu’il n’aurait jamais été question de la candidature d’Emmanuel Macron et encore moins de l’élection de ce dernier en 2017.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (2) : et Arnaud Montebourg entra dans la course !
Arnaud Montebourg éliminé le 22 janvier 2017 à la primaire du PS.
Arnaud Montebourg plonge la France dans la fange.
Arnaud Montebourg contre les moulins marseillais.
Montebourg en primaire.
Vous avez dit démondialisation ?

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