« Les chances sont équivalentes pour tous et cette élection est très ouverte. Contrairement à ce que l’on entend parfois, le match n’est pas joué d’avance et j’entends bien créer la surprise. Aucun sondage ne peut prévoir le choix des militants. » (Éric Ciotti, "Le Figaro" le 20 octobre 2021).



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Ce lundi 8 novembre 2021 s’est déroulé de 20 heures 40 à minuit sur LCI le premier des quatre débats entre les cinq candidats à la candidature LR à l’élection présidentielle de 2022. Ils seront départagés du 1er au 4 décembre 2021 par les adhérents de LR (environ 120 000 personnes) dans le cadre d’une primaire fermée.

Ces cinq candidats sont : Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Michel Barnier, Éric Ciotti et Philippe Juvin. Les trois premiers sont connus depuis longtemps, Éric Ciotti aussi mais moins exposé, et Philippe Juvin, chef de service et professeur de médecine, ancien député européen et maire d’une ville de la région parisienne, s’est fait surtout connaître à l’occasion de la crise sanitaire.

Ce débat animé par Ruth Elkrief et David Pujadas en collaboration avec "Le Figaro" et RTL a été beaucoup trop long, trois heures vingt, si bien qu’on peut se demander si des auditeurs s’étaient perdus en route. Pourtant, ce débat était plutôt dense et utile, même si chacun a eu du mal à trouver le bon ton entre la saine compétition et le besoin d’unité.

Je m’attendais à voir Michel Barnier faire une bonne prestation, parce qu’il avait une grande expérience politique. Et pourtant, incontestablement, ce fut Éric Ciotti qui l’a largement emporté. Il faut dire que le députe de Nice, qui est allé à Cannes le matin même sur les lieux d’un attentat qui a visé des policiers, n’attendait rien de la compétition, considéré comme un "petit candidat", se présentant surtout pour présenter ses idées qui ont le mérite d’être franches et massives. Il n’y avait donc aucun enjeu pour lui, et il était sans doute le plus détendu.

Et il a mené tout le débat en imposant le débat autour de ses idées. Et très surprenant, lui qui est connu pour ses idées sur la sécurité, l’immigration, qui reprend allègrement la considération du "grand remplacement" du polémiste Éric Zemmour et qui se vante chaque fois de ne pas avoir voté Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle de 2017 (il a glissé un bulletin au nom de François Baroin), il s’est d’abord distingué sur ses idées économiques.

Prônant un programme libéral, reprenant le programme de François Fillon dont il est resté fidèle, il a proposé 250 000 fonctionnaires en moins, la suppression de la moitié des niches fiscales, la transformation de l’impôt sur les revenus (actuellement 78 milliards d’euros) par une "flat tax" de 15% (l’impôt ne serait plus progressif) qui ferait malgré tout rentrer 30 milliards d’euros de recettes supplémentaires qu’il réinjecterait dans la baisse des charges salariales pour augmenter le pouvoir d’achat. Il est aussi pour la suppression des droits de successions.

Ancien président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, il a aussi souhaité la suppression des métropoles, des départements et des régions au profit d’une unique collectivité, la province. Tandis que Xavier Bertrand veut reprendre l’idée de Nicolas Sarkozy des conseillers territoriaux élus à la fois sur le département et sur la région.

Éric Ciotti a déroulé son programme, était très à l’aise dans le débat, absolument pas agressif, sans chercher à mettre en difficulté ses contradicteurs. En ce sens, il a adopté la même attitude de débat que François Fillon lui-même en 2016, ne s’occupant pas de la concurrence et exposant ses idées. Son programme a d’ailleurs été beaucoup travaillé même s’il est très clivant. Et il a été le seul à s’être adressé exclusivement aux militants LR, ceux qui votent au congrès, et pas aux Français en général.

Le perdant, à mon avis, était Michel Barnier qui était très flou et qui n’a pas été percutant, peut-être à cause de l’âge. Il a bien sûr défendu l’idée d’être un Président de réconciliation, mais des pans entiers de son programme ne sont pas clairs, en particulier son moratoire sur l’immigration qui fut l’occasion de plusieurs attaques de la part de Valérie Pécresse. Michel Barnier a expliqué qu’il refusait de promettre des choses démagogiques, si bien qu’il n’a pas été très précis, et de plus, souhaitant réunir sa famille politique après le congrès, il veut coconstruire son programme avec ses anciens concurrents après le congrès.

Xavier Bertrand n’a pas été très bon, il a interrompu plusieurs fois les animateurs pour prendre du temps à l’arraché, la première, cela s’est passé sans réaction et à la fin, à la troisième fois, Ruth Elkrief a été ferme et n’a pas cédé. Xavier Bertrand a proposé une super-prime d’activité, ce qui n’était pas vraiment une bonne idée, sorte d’assistanat qu’il a pourtant contesté pour l’actuel gouvernement. Il a été celui qui a le plus souvent critiqué Emmanuel Macron, même si Valérie Pécresse et Michel Barnier l’ont fait aussi, et tous les trois ont absolument exclu d’appartenir au futur gouvernement d’Emmanuel Macron si ce dernier est réélu.

Le principal argument de Xavier Bertrand est aussi creux que son programme : je suis le mieux placé dans les sondages, je suis le mieux placé pour battre Emmanuel Macron. Sauf qu’actuellement, il est placé dans les sondages en quatrième position, avec à peine 13%, très loin de pouvoir être présent au second tour. Alors mieux placé pour battre Emmanuel Macron ? C’est la méthode Coué.

Philippe Juvin est celui qui a proposé le plus de différences sur le fond, refusant la baisse du nombre de fonctionnaires, valorisant au contraire le service public. En revanche, sur la forme, il s’est déjà mis à la place du Président, alors que cela semble peu vraisemblable. Comme disait Daniel Cohn-Bendit, l’élection présidentielle rend fous les responsables politiques.

Il y a eu beaucoup de tartes à la crème. En particulier, Michel Barnier qui a dit qu’on pouvait dégager de l’argent en luttant contre la fraude sociale et la fraude fiscale… comme si on ne luttait pas déjà contre ces fraudes. Cela fait quinze ans que cet argument est éculé, c’est d’ailleurs l’argument privilégié de Jean-Luc Mélenchon. Si c’était si simple de lutter contre les fraudeurs, ce serait déjà fait ! C’est juste la tarte à la crème pour équilibrer des dépenses qu’on propose. Et pourtant, tous les candidats ont critiqué Emmanuel Macron comme le Président qui fait des chèques sans provision.

Valérie Pécresse a été assez combative, elle a été la plus mordante, attaquant surtout Michel Barnier (et un peu Xavier Bertrand). Dans un dernier sondage, elle a été dépassée par Michel Barnier, mais tous les deux restent derrière Xavier Bertrand. Elle a montré la plus grande détermination à réduire la dette publique.

Là encore, tarte à la crème, elle pense réduire de 200 000 le nombre de fonctionnaires en supprimant les postes administratifs et en créant des postes "sur le terrain", ce qui ne veut rien dire ; quand Michel Barnier constatait que les usagers manquaient d’interlocuteurs dans leurs démarches administratives, elle n’a pas précisé si un guichetier, c’est un post "administratif" ou un poste "sur le terrain".

Tarte à la crème aussi, car Valérie Pécresse a évoqué la suppression de plein d’agences et de comités administratifs qui ne serviraient à rien… argument régulièrement évoqué depuis quinze ans également, et cinq minutes plus tard, parlant de la carte vitale qu’il a transformée (en y mettant la photo) en tant que ministre de la santé, Xavier Bertrand a rappelé qu’il avait créé avec le ministre Éric Woerth un "comité" pour réduire les fraudes à la carte vitale. Mais personne n’a fait remarquer que justement, c’est ce genre de comité que Valérie Pécresse dit vouloir supprimer !

Michel Barnier veut, comme Philippe Juvin, une réduction des impôts de production, et Xavier Bertrand sert la tarte à la crème de la baisse des charges pour éviter les délocalisations en Pologne. Le coût du travail est trop fort… mais à moins de réduire drastiquement le niveau de vie des salariés français, on ne pourra jamais concurrencer les pays comme la Pologne sur le coût du travail, donc, ce n’est pas cela la solution d’une réindustrialisation.

Michel Barnier a mouché deux fois David Pujadas contre son insistance sur des points de détail, sur les éoliennes (le journaliste a beaucoup trop insisté) et sur le grand remplacement (le journaliste voulait avoir une petite phrase mais personne n’est tombé dans le piège).

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Comme disait le politologue Pascal Perrineau en présentant aux dirigeants de LR les derniers sondages, au cours de ce premier débat télévisé, "personne ne tue le match". Tous les candidats étaient à peu près de même force, avec des propositions souvent proches, à en avoir la nausée sur l’immigration (les Le Pen semblent avoir gagné la bataille idéologique).

Leur vision très électoraliste de noircir le mandat d’Emmanuel Macron sans reconnaître la baisse du chômage, le début d’une réelle réindustrialisation, la gestion de la crise sanitaire, la hausse du pouvoir d’achat, le fait que la France est le pays européen le plus attractif économiquement montre qu’ils sont unis dans la même mauvaise foi. Cela peut plaire aux militants LR, mais cela ne permettra certainement pas de rassembler une majorité de Français.

Je reste déçu et désolé de voir ce qu’est devenue l’ancienne coalition UDF-RPR qui valait 44% des voix, c’est devenu un syndic de faillite, une sorte de syndicat d’élus locaux repliés sur eux-mêmes et évalués autour de 10% ; une grande proportion de l’électorat LR est déjà partie chez Emmanuel Macron qui est le meilleur défenseur de l’esprit de conquête et d’ouverture pour l’avenir.

En fait, ce qui me désole, c’est que des Valérie Pécresse, des Xavier Bertrand, des Michel Barnier (pas Éric Ciotti) sont tellement proches d’Emmanuel Macron qu’ils se sentent obligés de l’attaquer à chaque détour de phrase pour ne pas être suspectés de collusion. Pour autant, dans quelques mois, il faudra bien constituer une majorité. Et une alliance LR-Emmanuel Macron sera peut-être une conclusion logique sinon naturelle. Alors, les postures d’avant élections n’engagent que les électeurs…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 novembre 2021)
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Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (10) : Éric Ciotti, gagnant inattendu du premier débat LR.
Éric Ciotti.
Hubert Germain.
Édouard Philippe.
Éric Zemmour au second tour !
Christian Estrosi.
Jean Castex.
Jean-Louis Borloo.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Lucette Michaux-Chevry.
Michel Jobert.
Pierre Mazeaud.
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Philippe Mestre.
Henry Chabert.
Olivier Dassault.
Éric Raoult.
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Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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