« Si un jour, une telle "union des droites" devait arriver, on n’y survivra pas car il n’y a pas une voix à récupérer. C’est une stratégie mortifère pour une raison simple : le clivage se fait aujourd’hui entre partis de gouvernement et partis extrémistes, pas entre la gauche et la droite. » (Jean-François Copé, le 24 mars 2019).


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C’est à partir de ce mercredi 1er décembre 2021 que les quelque 140 000 adhérents LR vont pouvoir choisir jusqu’au week-end leur candidat à l’élection présidentielle parmi les cinq.

L’ultime débat avant le vote a failli être perturbé par un appel à la grève du service public. Finalement, ce quatrième débat entre les cinq candidats LR a bien eu lieu, organisé et diffusé en direct le mardi 30 novembre 2021 à partir de 20 heures 40 sur France 2, France Inter, franceinfo: et TV5 Monde, animé par Léa Salamé et Laurent Guimier. Xavier Bertrand, Michel Barnier, Éric Ciotti, Valérie Pécresse et Philippe Juvin se sont retrouvés ainsi une dernière fois à débattre devant les téléspectateurs.

Notons bien la difficulté des débatteurs de parler à l’ensemble des Français tout en cherchant à séduire exclusivement les adhérents de LR, à charge pour le gagnant de séduire ensuite l’ensemble des Français. Il y avait des stratégies de campagne du premier tour (séduire les plus clivés) puis du second tour (rassembler, séduire les plus modérés), mais maintenant, avec l’épreuve préalable (primaire plus ou moins fermée ou ouverte), il faut séduire encore une catégorie nouvelle, les hyperclivés.

Les débats se suivent et se ressemblent. Aucun ne s’est réellement démarqué parce que tous les candidats ont été relativement bons. Les débats sont longs et les questions peuvent laisser à désirer, comme cette énième question-quiz sur les éoliennes, thème obsédant les journalistes mais qui ne sont qu’une petite partie d’une politique énergétique, avec ici la maladresse de la formulation : "Stop aux éoliennes" avec devant chaque nom des candidats un "oui" ou un "non" qui signifiait le contraire de la lecture intuitive : "oui" signifiait "non aux éoliennes" !

Éric Ciotti semblait épanoui, heureux de continuer à dérouler son programme, envoyant, l’air de rien, une ou deux piques à Christian Estrosi, maire de Nice, dont il évoque l’endettement sans citer explicitement l’agglomération. Philippe Juvin semblait tendu, il faut de l’endurance dans ce genre d’exercice dont il n’est pas coutumier. Quant aux trois autres, plus habitués des plateaux de télévision, on les sentait fatigués sinon épuisés. Éric Ciotti était épanoui au point de faire de l’humour et même de l’autodérision en constatant qu’une coupe pour un coiffeur rapporte plus qu’une consultation pour un médecin généraliste, et en ajoutant qu’il n’y allait pas très souvent !

J’imagine que tous les candidats doivent maintenant être usés après ces débats à répétition, la seule innovation de France 2 et France Inter, c’est d’avoir relégué les questions sur la sécurité et sur l’immigration à la fin de l’émission, permettant de commencer par la santé, pandémie de covid-19 en pleine recrudescence oblige, et pourtant, il y a une grande différence entre un événement ponctuel imprévisible, cette crise actuelle, et le fonctionnement "normal" (c’est-à-dire hors covid-19) du système sanitaire (défaillant).

La journée politique a été dense ce 30 novembre 2021 puisqu’elle a été aussi marquée par la déclaration de candidature du polémiste Éric Zemmour (j’y reviendrai) et par la panthéonisation de Joséphine Baker qui fut saluée par tous les protagonistes LR (et même par Éric Zemmour au journal de 20 heures sur TF1).

Comme toujours depuis le premier débat, les cinq candidats ont critiqué systématiquement le Président Emmanuel Macron, pas une seule chose n’était positive pour quiconque se présente sous les couleurs de LR, à l’exception notable d’Éric Ciotti qui peut se permettre, car personne ne lui fera un procès en macronisme, de se vanter d’avoir approuvé la loi de vigilance sanitaire (il a parlé d’urgence sanitaire), le seul des candidats d’ailleurs à être encore parlementaire.

Plusieurs fois, Xavier Bertrand a voulu aborder un thème qui n’était pas prévu en disant : « Je prends sur mon temps de parole ! » si bien que Valérie Pécresse, qui a pris pour modèle de la France Jeanne d’Arc, a invoqué aussi cette raison pour y aller de son laïus.

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Parmi les questions à réponse rapide, le mandat présidentiel unique : Michel Barnier et Xavier Bertrand ont annoncé qu’ils voulaient ne rester qu’un seul mandat (considérant que le Président est plus libre quand il ne songe pas à sa réélection) alors que Valérie Pécresse et Éric Ciotti ont osé dire que leur action s’inscrivait dans le temps, était à un horizon de deux mandats. Pour Valérie Pécresse, 2030 (deux quinquennats) et pour Éric Ciotti, c’est même plus puisqu’il est favorable au rétablissement du septennat (cependant, le mandat qui commencera en 2022 sera de cinq ans dans tous les cas). L’un des candidats a fait remarquer que François Hollande n’a plus existé dès lors qu’il avait annoncé son abandon en décembre 2016. Sur la réduction du nombre de parlementaires, certains sont pour, d’autres contre, dont Valérie Pécresse qui a affirmé que c’était surtout « anecdotique et démagogique », l’essentiel était plutôt de donner des moyens supplémentaires aux députés, des collaborateurs supplémentaires.

Michel Barnier a été le plus combatif, en attaquant au moins deux fois Valérie Pécresse et une fois Xavier Bertrand. À Valérie Pécresse, il a critiqué sa proposition de supprimer les charges sociales des pensions de retraite les plus basse, en affirmant que François Hollande l’avait déjà fait et que cela avait été refusé par le Conseil Constitutionnel pour égalité de traitement, il faudrait donc le faire pour toutes les retraites, ce qui coûterait 40 milliards au lieu de 20 milliards d’euros.

Autre point de désaccord, Michel Barnier a été choqué par la formule de Valérie Pécresse parlant d’un "comité de la hache" pour réduire le nombre de fonctionnaires. Il lui a dit qu’on ne pouvait faire la réforme de l’État contre les fonctionnaires et qu’il y  a des hommes et des femmes derrière ces chiffres. Philippe Juvin s’est beaucoup distingué au sujet du service public puisqu’il est contre la réduction du nombre de fonctionnaires alors qu’il en manque dans toutes ses missions (justice, police, hôpital, etc.).

Michel Barnier a en outre dit qu’il ne voulait pas supprimer les accords du Touquet, comme le voudrait Xavier Bertrand, car ce serait irresponsable, mais les renégocier. Il a précisé qu’il n’avait pas eu pour mandat d’évoquer les accords du Touquet lors de la négociation du Brexit, car il s’agit d’accords bilatéraux entre la France et le Royaume-Uni qui ne sont pas inclus dans la politique européenne.

La campagne du congrès s’est terminée ce soir du 30 novembre 2021. La parole est désormais aux militants de LR. Quel qu’en soit le résultat, avec une telle dérive droitière depuis deux mois, le candidat désigné sera bien en mal de recentrer son discours pour l’élection des 10 et 24 avril 2022. S’il veut gagner, bien sûr…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (15) : le quatrième et ultime débat des candidats LR.
Élysée 2022 (14) : L’envol d’Éric Ciotti ?
Renaud Muselier.
Philippe Juvin.
Élysée 2022 (13) : troisième débat LR, bis repetita.
Élysée 2022 (12) : Surenchères désolantes pendant le deuxième débat LR.
Élysée 2022 (11) : Michel Barnier succédera-t-il à Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (10) : Éric Ciotti, gagnant inattendu du premier débat LR.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211130-congres-lr-debat-4.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-15-le-quatrieme-et-237591

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/11/28/39238930.html