« Il a perdu les élections et je regrette qu’il ait perdu, mais ils ont gagné. » (Bob Dole, le 22 juillet 2021).



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L’ancien sénateur du Kansas Bob Dole est mort ce dimanche 5 décembre 2021 à l’âge de 98 ans (il est né le 22 juillet 1923, un an avant Jimmy Carter et George H. W. Bush). Bob Dole, bien que représentant de la classe politique traditionnelle, a toujours soutenu à fond Donald Trump, tant en 2016 qu’en 2020. Il craignait aussi que les conditions de campagne en 2020 aient désavantagé son candidat. En revanche, il a pleinement reconnu la défaite de 2020 et s’est même déclaré "Trumped out" : « I’m a Trumper… I’m sort of Trumped out, through ! » (dans un entretien avec Susan Page pour "USA Today" à son 98e anniversaire).

Dans le paysage politique américain, Bob Dole jouit d’une place très grande au sein du parti républicain et plus largement, dans tout le monde politique et médiatique, presque une légende ; son avis était toujours très écouté. Il aurait pu devenir, en 1996, l’équivalent républicain de Joe Biden : longue expérience de sénateur et candidature âgé. Des candidats âgés, il y en a eu beaucoup après ses premières tentatives en 1976, Ronald Reagan, John MacCain, Donald Trump, Hillary Clinton… mais c’est l’âge qui l’a, lui, disqualifié au moment d’arriver à la fin de la course.

Blessé en Italie pendant la guerre où il a perdu son bras droit et avocat après la guerre, Bob Dole s’est engagé au sein du parti républicain du Kansas très tôt, d’abord élu local à partir de 1951, puis élu au niveau fédéral, membre du Congrès à Washington à partir de 1961 : représentant (1961-1969) puis sénateur (1969-1996). Il fut président du comité national des républicains (l’équivalent de chef de parti) de 1971 à 1973. Au Sénat, son expérience a été jusqu’à diriger les sénateurs républicains de 1985 à 1996, un poste important lorsque les républicains étaient majoritaires au Sénat entre 1985 et 1987 et 1995 à 1996 (il a quitté son siège de sénateur pour se présenter aux présidentielles).

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Celui qui fut le candidat malheureux à la Vice-Présidence en 1976 sur le "ticket" du Président sortant Gerald Ford (Jimmy Carter et Walter Mondale ont gagné) a sans arrêt voulu reprendre le leadership du parti républicain sans beaucoup de succès. Aux primaires républicaines de 1980, alors qu’il était le plus "naturel", il fut devancé par une dizaine de candidats dont les deux premiers Ronald Reagan et George H. W. Bush. En 1988 encore, ce dernier, Vice-Président sortaint, fut candidat et élu. À ces primaires de 1988, Bob Dole est arrivé en deuxième position avec 19,2% des voix contre 67,1% pour Bush Sr.

Il a fallu attendre l’échec de sa réélection en 1992 pour enfin atteindre la candidature des républicains en 1996, dans un contexte très favorable aux républicains au Congrès (victoire en 1994 de la majorité à la Chambre des Représentants et au Sénat), mais bien trop âgé face à un jeune Président sortant de vingt-trois ans son cadet, Bill Clinton. Aux primaires républicaines de 1996, il a gagné avec 58,8% des voix face à Pat Buchanan 20,8% et Steve Forbes 11,4%. Il a fait appel à Colin Powell pour figurer sur son "ticket" mais après le refus du général, il a choisi Jack Kemp, autre candidat aux primaires. 8,5% de voix (plus de 8 millions de voix) ont séparé Bob Dole de Bill Clinton qui a bénéficié, comme en 1992, de la candidature de Ross Perot (1930-2019) qui a obtenu 18,9% en 1992 et 8,4% en 1996.

La seconde femme de Bob Dole, Elizabeth Dole, fut également une femme politique passionnée, qui fut ministre de Ronald Reagan et de George H. W. Bush avant d’être élue sénatrice de Caroline du Sud. Elle était populaire en 2000 et a voulu se présenter aux primaires républicaines (mais elle manquait de moyens financiers), puis elle a fait partie des candidats potentiels à la Vice-Présidence dans les tickets avec George W. Bush en 2000 et John MacCain en 2008.

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Malgré son état déjà très faible, Bob Dole, depuis longtemps en fauteuil roulant, s’est levé pour rendre hommage à George H. W. Bush le 4 décembre 2018 au Capitole, l’ancien Président qui venait de disparaître et qu’il considérait aussi comme son compagnon de guerre, tous les deux vétérans de la Seconde Guerre mondiale. Capitaine, Bob Dole fut promu colonel de l’armée américaine le 8 octobre 2019 : « J’ai eu une belle vie, et c’est en quelque sorte la cerise sur le gâteau. Ce n’est pas que je dois être colonel ; j’étais heureux d’être capitaine et ça paie pareil ! ». Parmi les ouvrages qu’il a publiés, un classement des Présidents des États-Unis ayant le plus d’humour, dont lui-même ne manquait pas. Cette légende politique aurait certainement bien voulu y figurer.

Dans les années 2000, Bob Dole fut opéré de la prostate pour un cancer et ayant eu des dysfonctionnements de l’érection, il a fait la publicité du Viagra (il a fait aussi la promotion de Pepsi). En février 2021, il a annoncé un cancer des poumons qui l’a finalement tué dans son sommeil le dimanche 5 décembre 2021 au matin. Nul doute que dans les prochaines jours, il sera honoré par toute la classe politique américaine.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 décembre 2021)
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Pour aller plus loin :
Bob Dole a 95 ans.
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John Glenn.
Joséphine Baker.
Gary Hart.
Les attentats du World Trade Center.
Shailene Woodley.
Charles Bronson.
Adrian Monk.
Noël à la télévision : surenchère de nunucheries américaines.
Colin Powell.
Jesse Jackson.
Walter Mondale.
Marathonman.
Bob Kennedy.

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