« Vive la République ! Et surtout, surtout, vive la France ! » (Éric Zemmour, le 5 décembre 2021 à Villepinte).



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C’est parti, le candidat Éric Zemmour est lancé en pleine campagne. Si sa déclaration de candidature le 30 novembre 2021 a été doublement un flop (une vidéo de geek amateur et un JT 20 heures insipide), sans compter le doigt d’honneur du 27 novembre 2021 à Marseille, le candidat du nouveau parti Reconquête !, avec le point d’exclamation et un logo R! sensiblement identique à celui de LR, a réussi son premier meeting le dimanche 5 décembre 2021 au parc des expositions de Villepinte.

Quand j’écris "réussi", c’est sur la forme sans évoquer les "détails". Une assemblée de militants galvanisés, une énorme salle, et du charisme. Eh oui, Éric Zemmour est capable de charisme, ce qui n’était pas gagné d’avance. Ses interventions par exemple chez LR en 2018 ou 2019 étaient particulièrement soporifiques. Oui, Éric Zemmour est un orateur, plutôt un bon orateur, et même un excellent orateur. Au contraire de sa vidéo passéiste, il a su regarder son auditoire, utiliser les prompteurs, et ce n’est pas donné à tout le monde, et même ses lunettes étaient suffisamment discrètes pour passer inaperçues, et si on les remarquait, cela lui donnait un petit air d’intellectuel qu’il prétend être. J’imagine même qu’Éric Zemmour a dû rêver de ce meeting, pas seulement depuis qu’il est candidat, mais même bien avant, peut-être même depuis quarante-cinq ans peut-être.

Au-delà de ce côté réussi (il est capable d’être un tribun, ce qui n’est pas le cas de tous les candidats actuellement en piste ; c’est aussi une question d’entraînement), j’ai vu beaucoup d’impostures chez le candidat Zemmour.

La première imposture est sa candidature. Il hésitait, disait-il, et en commençant son meeting, il racontait que l’élection présidentielle devait se passer normalement, comme une formalité, et puis, il y avait un petit caillou dans la chaussure, un grain de sable dans la machine. Et Éric Zemmour, au lieu de dire que ce petit caillou, c’était lui, a plutôt dit, très habilement, que c’était "vous", ses militants venus à Villepinte, sans qui il ne se serait pas présenter.

Pourtant, ce n’est pas vrai. Dès le lendemain, le 6 décembre 2021, chez Jean-Jacques Bourdin, sur BFM-TV, Patrick Stefanini, le docte directeur de campagne de Valérie Pécresse, avait confirmé que dès "l’an dernier", Éric Zemmour l’avait contacté et lui avait demandé de devenir son directeur de campagne (ce sera finalement l’ancien major général de l’armée de terre Bertrand de La Chesnais, conseiller municipal RN de Carpentras). Patrick Stefanini avait refusé car il n’était pas en accord avec ses idées, mais il a conclu très justement cet épisode qui a duré quand même quatre mois par : « Depuis un an, il nous balade ! ». Éric Zemmour avait déjà pris sa décision depuis très longtemps.

L’autre imposture du début de campagne, sur le journal de 20 heures de TF1, le 30 novembre 2021, c’est que le candidat renierait déjà l’éditorialiste, refusant d’assumer tous les propos qu’il a écrits ou exprimés oralement dans ses nombreuses interventions dans les médias depuis au moins vingt ans. Et pourtant, il n’a pas changé, pire, il a sans arrêt mis des références à ses bouquins sur sa vidéo de campagne. C’est d’ailleurs le lot quotidien de tous les responsables politiques, de tous les candidats, leur mettre le nez face à leurs incohérences.

Éric Zemmour n’est pas le seul à subir cette épreuve du feu. S’il ne voulait pas qu’on parle des femmes, des victimes de Merah, des attentats du Bataclan, de Pétain, etc., il lui suffisait de ne pas en avoir parlé auparavant avec des propos polémiques. La question est bien : pourquoi en a-t-il parlé ? et pourquoi ne veut-il plus en parler alors que c’est lui qui a mis ces sujets sur la place publique ?

L’imposture des ralliements est réelle. On affirmait qu’il y aurait beaucoup de ralliements, et finalement, on ne peut pas dire que les quelques arrivées, ce soient des personnalités de premier plan : Jean-Frédéric Poisson, Christine Boutin, Laurence Trochu, Jacline Mouraut, Benjamin Cauchy, Éric Naulleau (qui affirme ne pas être rallié à son compère des médias), Joaquin Son-Forget, Lorrain de Saint-Affrique, Paul-Marie Coûteaux, Vijay Monany…

Là aussi, imposture, les trois premiers se revendiquent catholiques et c’est leur droit (de l’être et de le revendiquer), mais il ne doit pas s’agir de la même religion que celle du pape François qui, à Lesbos le 5 décembre 2021, a demandé à ce qu’on accueille tous les réfugiés. Entre les revendications chrétiennes et ce qu’elles devraient signifier, il y a un gouffre, celui qui veut politiser la religion.

Sur le plan sanitaire, les masques étaient peu visibles, et peu portés par les orateurs du premier rang. Absence de masque, contacts physiques (poignées de mains), absence de distanciation physique… Éric Zemmour a fait comme si la pandémie de covid-19 n’existait pas alors qu’elle tue actuellement en France entre 150 et 200 personnes chaque jour et qu’il y a plus de 60 000 nouveaux cas chaque jour. Non seulement il n’a aucun sens des responsabilités, mais son meeting pourrait être le dernier du genre pour le temps de la cinquième vague.

Autre imposture sur la forme du meeting : c’était un meeting violent. Un homme l’a agressé à son arrivée dans la salle. Il a semblé n’être blessé qu’à la fin du meeting. C’est condamnable et personne ne pourra soutenir décemment l’agresseur (qui est actuellement en garde-à-vue). On a beau s’opposer à un orateur aux idées violentes, la violence ne résout rien et en démocratie, elle est condamnable car personne n’empêche personne de s’exprimer.

Mais c’est une autre violence qui a fait surtout les titres de journaux, également condamnable : des militants de SOS Racisme sont venus pour provoquer les militants zemmouriens et parmi ces derniers, certains zouaves sont tombés dans le piège et les ont violentés. Or, aussi provocateurs soient-ils, c’est de la responsabilité du candidat d’avoir un service d’ordre compétent et d’éviter toute violence, sûrement pas de l’amplifier. D’ailleurs, comment qualifier un candidat qui sème la violence sur son passage ? Sûrement pas un rassembleur.

Deux jours plus tard, le 7 décembre 2021, chez Jean-Jacques Bourdin sur BFM-TV, Éric Zemmour a rejeté sa responsabilité à la manière d’un gosse de l’école primaire : c’est pas moi, c’est les autres. Eh bien non, c’est le rôle du candidat de faire régner l’ordre chez lui. Pire, pour quelqu’un qui prône sans arrêt la sursécurité à tout bout de champ, ne même pas être capable d’assurer la sécurité de ses soutiens montre qu’il serait un bien piètre Président incapable de garantir la sécurité de tous les Français (et Françaises bien sûr). C’est une imposture de plus.

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Ah, toujours dans le registre démagogique, fustiger l’élite. Quelle imposture ! Éric Zemmour est l’un des meilleurs représentants de cette élite parisienne tant décriée. Il a fustigé les journalistes qui ne sont pas d’accord avec lui, les a bousculés. D’ailleurs, très bientôt, un certain nombre de journalistes vont tomber dans le piège du provocateur polémiste et vont publier une tribune dans un grand quotidien pour hurler leur victimisation et demander le droit à faire leur boulot pendant la campagne présidentielle. Savent-ils donc qu’ils font exactement ce que le diable Zemmour voulait qu’ils fissent, à savoir le placer lui-même dans la position de victime du système pour dire que l’élite le déteste ? Et pourtant, lui-même avait ces petites mœurs de l’élite, comme vouloir à tout prix être membre du Cercle Interallié, entre autres petites coquetteries d’élite. Imposture.

Inutile aussi d’en rajouter sur son amour du RPR fondé il y a exactement quarante-cinq ans, tout en fustigeant en permanence la politique et la personnalité de Jacques Chirac (alors que le RPR était exclusivement le parti de Jacques Chirac, comprenne qui pourra), mais on pourra dire la même chose de sa référence à De Gaulle alors qu’il trouve des circonstances atténuantes sinon des qualités à la politique antisémite de Pétain (qui, rappelons-le, ne distinguait pas les Juifs : il n’en aimait aucun, ni Juif français, ni Juif étranger).

Lorsque Jean-Jacques Bourdin, le 7 décembre 2021, lui a demandé quel serait son premier déplacement international s’il était élu (une question classique posée aussi aux cinq candidats LR lors d’un des quatre débats), Éric Zemmour a dit simplement qu’il n’y avait pas pensé, qu’il ne savait pas, avant de rajouter, prouvant l’imposture : en tout cas, pas à Berlin. Et pourquoi pas sinon par simple dogmatisme idéologique ? Cela pourrait très bien représenter un intérêt pour les Français. C’est d’ailleurs le cas, puisque tous les nouveaux élus, d’Allemagne ou de France, font leur premier déplacement chez l’autre, dans le cadre de cette amitié franco-allemande qui est dans l’intérêt des deux pays. C’est pourquoi le nouveau Chancelier Olaf Scholz va rencontrer Emmanuel Macron le vendredi 10 décembre 2021 à Paris.

Sur le fond, l’imposture de dire qu’il faut moins de chômage, plus d’emplois, plus de réindustrialisation, plus d’aides aux PME… des propos complètement fades et sans intérêt avec lesquels tout le monde devrait être d’accord, des lapalissades, mais le problème, c’est la manière de diminuer le chômage, de réindustrialiser, etc. Or, sur le plan économique, il n’est resté que dans les idées générales, il n’a apporté aucune valeur ajoutée, aucune idée originale (même anti-économique), juste des yaka fokon. Tandis que le gouvernement a réellement fait baisser le chômage à 7%.

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Encore une imposture sur un plan plus arithmétique. Éric Zemmour a indiqué au début de son meeting que 15 000 personnes étaient présentes à Villepinte, mais le texte semblait préparé sur le prompteur bien avant le début du discours. En fait, BFM-TV a montré, au début du discours, les nombreux sièges vides. Un journaliste du quotidien "Le Parisien" aussi. C’est une imposture minime et particulièrement courante dans les années 1970 ou 1980. Éric Zemmour semble coincé dans un couloir du temps.

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En somme, Éric Zemmour est effectivement resté bloqué dans les années 1970, en faisant la politique de ces années-là, où les ténors respectaient peu les Français parce que ces derniers avaient moins la possibilité de s’informer et de s’instruire. Et quand Éric Zemmour, toujours chez Bourdin, a fait un portrait très irrespectueux du Président de la République (en salissant la fonction par son terme irrespectueux : "ce type"), en disant qu’il était un "adolescent pas fini", j’ai vraiment l’impression d’être dans une cour de récréation et de répondre : c’est celui qui dit qui est !...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Éric Zemmour, l’imposture permanente ?
Le Théâtre de Villepinte.
Élysée 2022 (17) : Éric Zemmour, l’adolescent retardé.
Faut-il craindre un second tour Éric Zemmour vs Marine Le Pen ?
Jean-Marie Le Pen.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Radio Kaboul dans les sondages : Éric Zemmour au second tour !
Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
Les prénoms d’Éric Zemmour.
Le virus Zemmour.
Le chevalier Zemmour.
Élysée 2022 (1) : un peuple d’ingouvernables ?
Les Républicains et la tentation populiste.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211207-zemmour.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/eric-zemmour-l-imposture-237765

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/12/06/39250257.html