Nouveau Chancelier de la République fédérale d’Allemagne.



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Ce mercredi 8 décembre 2021 dans la matinée, le chef de la nouvelle coalition parlementaire composée des sociaux-démocrates (SPD), des libéraux (FDP) et des Verts, Olaf Scholz a été élu Chancelier, le 9e Chancelier de l’Allemagne fédérale depuis 1949. Il a obtenu, au Bundestag, 395 voix favorables, 303 voix contre et 3 abstentions sur les 707 députés qui ont pris part au vote sur 736 (il y a eu plusieurs députés absents pour cause de maladie). La majorité absolue était de 369. C’est le quatrième Chancelier social-démocrate après Wily Brandt, Helmut Schmidt et Gerhard Schröder.

C’est une date historique d’abord parce qu’elle clôt la longue présence de sa prédécesseure Angela Merkel à la tête du gouvernement allemand depuis le 22 novembre 2005. Depuis deux mois, elle n’a cessé de faire ses adieux en Allemagne et à l’extérieur, comme à Beaune (en France) le 3 novembre 2021.

Seize ans de pouvoir et pourtant, cette longévité n’a rien à voir avec l’exercice solitaire du pouvoir. Elle a dépassé la longévité de Konrad Adenauer mais pas de son mentor, Helmut Kohl, à quelques semaines près, mais surtout, elle n’a eu les coudées franches que pendant une législature sur les quatre qu’elle a dominées : entre 2009 et 2013. En effet, pour les trois autres législatures, une coalition CDU/CSU-SPD était conclue, c’est-à-dire, pour l’équivalent français, entre LR et le PS !

Si Angela Merkel a toujours affirmé son adhésion à la construction européenne et à l’amitié franco-allemande, les résultats restent cependant bien maigres sur les réalisations européennes. Certes, elle a su résoudre avec ses partenaires des crises financières (en particulier en 2008, 2011 et en 2020), mais elle n’a jamais porté un projet de redynamisation politique de l’intégration européenne. Les deux derniers Présidents français s’y sont d’ailleurs cassé les dents.

Pour les démocrates-chrétiens (CDU/CSU), le temps est donc revenu à l’opposition après seize ans de pouvoir partagé. L’irruption dans le paysage politique de l’AfD (extrême droite) avait incité certains dirigeants de la CDU/CSU à prendre des positions ultradroitières comme cela s’est également passé en France chez Les Républicains, avec une opposition à peine voilée à la politique d’accueil des réfugiés syriens prônée et mise en œuvre par Angela Merkel.

Les sociaux-démocrates, qui participaient au pouvoir depuis 2013, sont désormais à la Chancellerie. Ils reviennent de loin dans la mesure où les élections régionales avaient largement réduit l’audience électorale du SPD et on disait même que les SPD était en voie de marginalisation politique (comme le PS en France). Les Verts devaient en effet balayer le SPD et prendre le leadership de la gauche allemande.

En fait, rien ne se passe jamais comme on pourrait le prévoir. Angela Merkel quitte le pouvoir avec une exceptionnelle popularité. Il aurait été logique que son successeur soit également démocrate-chrétien, mais le leader désigné, Armin Laschet, a accumulé trop de maladresses pendant la campagne pour les élections fédérales du 26 septembre 2021 pour avoir une crédibilité forte et compter sur une adhésion populaire. De même, la leader écologiste Annalena Baerbock, que certains (du moins en France !) voyaient déjà Chancelière, a multiplié les impairs et l’audience des écologistes a chuté par rapport à des sondages initialement très flatteurs.

Et finalement, le SPD est devenu, avec 25,7% des voix, le premier parti d’Allemagne, une option peu envisageable il y a seulement six mois. Après la désignation en 2017 du tonitruant Martin Schulz, les dirigeants sociaux-démocrates avaient choisi le 10 août 2021, pour concourir, un homme plutôt modeste mais très expérimenté, Olaf Scholz. Ministre du Travail et des Affaires sociales du premier gouvernement Merkel (coalition CDU/CSU-SPD) du 21 novembre 2007 au 27 octobre 2009, il fut bombardé numéro deux du gouvernement Merkel le 14 mars 2018 comme Vice-Chancelier et Ministre des Finances, après avoir dirigé Hambourg pendant sept ans (2011-2018). À l’époque de sa désignation, il faisait seulement 14% dans les intentions de vote.

Olaf Scholz a placé sa campagne dans la sobriété et la modestie, dans l’autodérision aussi (son affiche disant que lui aussi peut devenir Chancelière a eu beaucoup de succès), et finalement, un peu par défaut (il a bénéficié de l’effondrement électoral de la CDU/CSU qui a perdu près de 9 points en obtenant 24,1% des voix, le score le plus bas historiquement), il a réussi à placer son parti en tête au Bundestag (un peu comme Lionel Jospin qui s’est retrouvé en tête du premier tour à l’élection présidentielle de 1995 alors que les socialistes étaient très impopulaires, bénéficiant de la rivalité entre Jacques Chirac et Édouard Balladur).

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Ayant mené les négociations pour former le nouveau gouvernement avec rapidité (deux mois), Olaf Scholz peut ainsi bénéficier ce jour d’une majorité absolue au Bundestag : 416 sièges sur 736 (206 SPD, 118 Verts, 92 FDP), ce qui est une majorité très confortable.

C’est la première fois qu’une coalition gouvernementale, celle-ci appelée de "feu tricolore" (SPD : rouge, FDP : jaune, écolos : vert), comporte trois partis et pas deux, mais c’est déjà le cas depuis longtemps dans la gestion des Länder. Olaf Scholz, désigné par son parti parce qu’il avait « l’étincelle d’être Chancelier » se retrouve ainsi Chancelier.

On l’attend évidemment sur trois sujets importants. Le premier sujet, urgent, est la lutte contre la pandémie de covid-19, alors que l’Allemagne est engloutie par l’épidémie. Olaf Scholz entend faire voter rapidement une loi rendant obligatoire la vaccination, et cette obligation allemande pourrait entraîner d’autres pays européens (a priori, pas la France, seuls les socialistes français prônent l’obligation vaccinale). Le deuxième sujet est l’assouplissement des règles budgétaires de l’Union Européenne mais avec la venue de Christian Lindner, chef du FDP, au Ministère des Finances, il y a peu de chance que l’orthodoxie budgétaire soit modifiée. Enfin, plus généralement, Olaf Scholz semble plus ouvert pour proposer une initiative et faire un pas nouveau dans l’intégration européenne, initiative qui ne pourra pas être prise avant les élections françaises du printemps 2022.

Le premier déplacement international d’Olaf Scholz, le vendredi 10 décembre 2021, devrait être pour la France et une premier rencontre avec le Président Emmanuel Macron qui va être aussi dans quelques jours le Président du Conseil Européen. Pas de quoi disserter sur ce choix : Emmanuel Macron avait fait son premier déplacement international à Berlin pour rencontrer Angela Merkel. Les mauvaises langues, de très mauvaise foi, avaient alors affirmé qu’il faisait allégeance à la Chancelière allemande. La réalité, c’est que depuis une vingtaine d’années, il a été prévu, dans le cadre de l’amitié franco-allemande, qu’un nouveau dirigeant d’Allemagne ou de France fasse sa première visite internationale chez l’autre. C’était le cas aussi d’Angela Merkel, réélue Chancelière le 14 mars 2018, qui a fait son premier déplacement à Paris (et à l’époque, on n’avait rien dit). C’est donc tout à fait normal qu’Olaf Scholz choisisse Paris pour faire son premier déplacement.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Olaf Scholz, l’étincelle du feu tricolore.
Législatives allemandes 2021 (2) : Olaf Scholz bientôt Chancelier.
Bonne retraite, Frau Merkel !
Législatives allemandes 2021 (1) : INCERTITUDE !
L’Allemagne en pleine fièvre extrémiste ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211208-olaf-scholz.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/olaf-scholz-l-etincelle-du-feu-237805

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