« On ne transforme pas un pays en cinq ans, je continue de me projeter. » (Emmanuel Macron, le 15 décembre 2021).




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Enregistrée à l’Élysée le 12 décembre 2021 pour des raisons d’agenda, l’émission "Où va la France ?", la longue interview qu’a accordée le Président de la République Emmanuel Macron à Audrey Crespo-Mara et Darius Rochebin, a été diffusée ce mercredi 15 décembre 2021 à 21 heures sur TF1 et LCI et a été commentée longuement avant même de connaître les propos présidentiels.

Il y a bien sûr le permanent débat sur le Président et le candidat qui a concerné tous les Présidents susceptibles de se représenter, y compris De Gaulle, utilisant les médias en tant que chef de l’État mais qui ferait une campagne souterraine. C’est récurrent : Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy (sauf François Hollande qui a renoncé le 1er décembre 2016).

La palme de la mauvaise foi, dans ce concours sans saveurs, revient malheureusement (je dois le dire) à Valérie Pécresse qui, non seulement, a protesté contre une émission de télévision pour lui tout seul, mais a cru savoir qu’elle obsédait Emmanuel Macron car il aurait fait diffuser cette émission le même soir qu’une autre émission sur BFM-TV où elle était invitée, et refusant d’être en concurrence déloyale (reconnaissant que sa parole vaut moins que celle d’Emmanuel Macron), elle a abandonné cette émission. Sacha Houlié (député LREM) a répondu qu’il fallait une grande immodestie pour penser qu’Emmanuel Macron pensait à elle, il fallait surtout caler son agenda alors qu’il terminait un tour d’Europe avant le début de la Présidence française (il était le 13 décembre 2021 à Budapest pour rencontrer Viktor Orban). Du reste, avec une douzaine de candidats à l’élection présidentielle et une vingtaine de stations de radio ou chaînes de télévision, s’il fallait faire attention à ne pas télescoper les émissions politiques, il faudrait plusieurs années de campagne électorale. C’est vrai que Valérie Pécresse n’a pas eu de chance le 23 septembre 2021 où elle était l’invitée de l’émission politique de France 2 tandis que BFM-TV a tenu un débat contradictoire entre Éric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon, avec plus d’audience.

Au-delà de l’égocentrisme de la candidate LR (qu’on ne reprochera pas, tous les candidats à l’élection présidentielle doivent être égocentriques), il faut rappeler qu’elle avait été la porte-parole du candidat Nicolas Sarkozy à sa réélection et elle justifiait le 31 janvier 2012 la diffusion de l’émission, également à l’Élysée, de Nicolas Sarkozy le 29 janvier 2012 sur toutes les chaînes (ici, seulement TF1), émission présidentielle dont la programmation n’avait rien de scandaleux, pas plus, en tout cas, que l’émission du 15 décembre 2021. En outre, Emmanuel Macron a bien le droit d’occuper du temps d’antenne alors que Valérie Pécresse a eu, ces dernières semaines, quatre débats et de nombreuses interviews seule dans les médias. On ne peut pas dire qu’elle ait été limitée dans son expression.

Enfin, pour terminer sur la mousse médiatique avant ou après, l’égocentrisme s’est retrouvé également chez Éric Zemmour dans une réaction à l’émission qui aurait pu être faite avant qu’il ne visionnât l’émission, tant le discours était convenu, croyant qu’Emmanuel Macron s’adressait à lui alors qu’il s’adressait à tous les Français (bon, c’est vrai, il y a eu quelques réponses subliminale à Éric Zemmour !).

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Venons-en à l’émission, d’abord sur la forme : Emmanuel Macron a été très à l’aise. Il était chez lui, et il est toujours excellent dans les échanges avec des interlocuteurs, toujours meilleur que de lire sur un prompteur un discours parfois long et ennuyeux. Là, malgré les deux heures d’émission, aucun ennui. Et aussi aucune note, sauf lorsqu’il a lu une lettre d’enfants aux prénoms diversifiés lui dire ce qu’ils ont appris de Joséphine Baker et de la République. Emmanuel Macron est un homme qui travaille et aussi un homme qui apprend vite. Ses émissions sont presque parfaites sur la forme, peut-être même trop parfaites car le temps de silence avant de répondre sur la crise sanitaire pourrait être perçu comme le jeu d’un acteur. La scène politique n’est-elle pas du théâtre ? Peut-être, mais pas seulement.

Sur le fond, l’émission a donc commencé avec la crise sanitaire. Avec 65 713 nouveaux cas (le 15 décembre mais l’émission a été enregistrée en 12), nous sommes en plein sommet de la cinquième vague et la perspective d’une nouvelle lame de fond du variant omicron, provenant du Royaume-Uni (depuis le 27 novembre 2021, ce variant occupe désormais la moitié des cas de ce pays), il y a peut-être des mesures fortes à prendre (la prochaine réunion du conseil de défense sanitaire est prévue le 17 décembre 2021).

Quand le journaliste lui a dit que c’était difficile pour lui, Emmanuel Macron a répondu que c’était surtout "pas facile pour nous tous", y compris les soignants. Et il a rappelé les trois piliers de la lutte contre la pandémie : la vaccination, le passe sanitaire et les gestes barrières. Avec cette crise, il s’est transformé : « La crise sanitaire m’a fait toucher les inégalités insupportables qui peuvent exister. ».

Sur le "quoi qu’il en coûte" qui n’apparaît pas comme une mesure "de droite" mais plutôt "de gauche", étatiste, Emmanuel Macron a expliqué que c’était justement parce qu’il avait déjà réformé, en particulier le droit du travail, qu’il a pu faire cette politique du "quoi qu’il en coûte", en bénéficiant de la confiance des investisseurs internationaux, sinon, il n’aurait pas trouvé de quoi la financer. Il a dit plus tard que le plan de relance européen qu’il a conçu avec Angela Merlel en mai 2020 était révolutionnaire, portant sur 700 milliards d’euros.

Dans une première partie, il y avait une certaine envie de solder tous les reproches de communication qu’on lui a faits au début de son quinquennat. Emmanuel Macron reconnaît qu’il ne redirait plus les mêmes choses aujourd’hui et qu’il a pu blesser certaines Français. Il voulait parler crûment, bousculer le système et en réalité, il a plutôt manqué de respect aux Français. Il s’en est aperçu au bout de dix-huit mois. On pourrait dire qu’il a appris, qu’il était victime de son inexpérience d’élu (il suffit d’être élu municipal pour voir à quel point des déclarations blessantes peuvent peser sur la gestion d’une commune), il était plein de fougue, mais il y avait peut-être une certaine forme d’autisme, comme une personne qui ne ressentait pas d’émotion, c’est pour cela d’ailleurs qu’il a souvent dit, au cours de l’émission, qu’il avait appris à aimer les gens, qu’il avait eu beaucoup d’émotion, que dans tous les cas, ce quinquennat a été une fabuleuse expérience, hors du commun.

Parmi les petites phrases qui ont choqué, le fait de traverser la rue pour trouver à un emploi, le fait qu’il y a dans les gares des chefs d’entreprises et des personnes qui ne sont rien, le fait qu’on dépense un pognon de dingue et les pauvres restent des pauvres, etc. Les journalistes ont fait un petit montage et on voyait Emmanuel Macron s’écouter les dire. Grand exercice d’introspection. Peut-être nécessaire pour tourner la page, peut-être trop tardif.

Pour expliquer ces petites phrases (il a dit les regretter et qu’il ne les redirait pas aujourd’hui), il a cité trois choses : la décontextualisation des petites phrases, mais avec les smartphones qui enregistrent tout, les réseaux sociaux, tout est possiblement connu immédiatement par tout le monde 24 heurs sur 24 ; il a compris aussi qu’il y a des mots qui peuvent blesser, et que c’est manquer de respect de ne pas les prendre en compte ; enfin, il voulait bousculer le système, refuser la langue de bois, mais on ne fait rien bouger si on n’a pas du respect. Il a reconnu donc qu’il a blessé des gens, qu’il n’a pas mesuré d’avoir blessé les gens. Mais il a souhaité préserver sa capacité à avoir un idéal, sa capacité à s’indigner, sa ténacité à agir pour transformer la société.

De même, Emmanuel Macron s’est exprimé sur le "président des riches" qu’on lui ressort souvent, ajouté à Rothschild. Déjà, il voudrait ne pas être enfermé dans sa propre caricature qu’il n’est pas, mais il a admis qu’il n’était pas assez sensible à la détresse des autres, qu’il n’avait pas assez mesuré le sentiment d’angoisse (ou d’urgence). Un peu plus tard, il est revenu sur ce sujet en insistant sur le fait que les pauvres ont gagné en pouvoir d’achat (avec des augmentations du minimum vieillesse, de l’allocation adulte handicapé etc.), que les riches ont beaucoup gagné en pouvoir d’achat car il a incité à investir dans l’économie, et que les grands gagnants étaient la classe moyenne avec la suppression de la taxe d’habitation, la réduction de l’impôt sur le revenu, etc.

Emmanuel Macron a aussi estimé qu’il voulait célébrer les réussites économiques comme on célèbre les réussites artistiques ou sportives. Personne n’a fait remarquer que l’étiquette "président des riches" avait été aussi collée à Nicolas Sarkozy dès l’été 2007 avec son bouclier fiscal (qui a bénéficié en fait beaucoup plus aux salariés à bas revenus avec la défiscalisation des heures supplémentaires qu’aux plus riches). C’est un truc d’opposant de gauche, traiter de président des riches, ça marchera toujours. Sur le plan personnel, il faut rappeler (il ne l’a pas fait) que justement, il a quitté la banque Rothschild au sein de laquelle il aurait pu faire une grande carrière très profitable pécuniairement, mais qu’il s’y était ennuyé et avait voulu connaître d’autres expériences.

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Autre image qui a choqué, lorsqu’il a visité Saint-Martin, il s’est fait photographier par deux jeunes torse nu qui ont fait un doigt d’honneur : Emmanuel Macron a expliqué que ces jeunes qu’il a croisés dans la rue lui ont parlé de leur mère, il a décidé d’aller la voir au quatrième étage d’un immeuble. « Par tempérament, je ne me protège pas ». Donc, il y est allé comme cela, et « ils ont fait les imbéciles », il n’a pas tout de suite était conscient du selfie ni non plus qu’ils ont dégradé la fonction présidentielle. Emmanuel Macron a donc expliqué qu’il avait appris et qu’il fallait protéger la fonction même s’il ne voulait pas se protéger lui-même. En ce sens, c’est l’anti-Giscard : Valéry Giscard d’Estaing était tellement respectueux de la fonction présidentielle qu’il en devenait goujat, voulant absolument être servi en premier, prenant la meilleure place au lieu de la laisser à son épouse (comme De Gaulle), etc.

Emmanuel Macron a convenu qu’il était peu connu des Français quand il a été élu, « jeune homme de 39 ans », venu sur la place publique seulement depuis sept ans (2014), quand d’autres ont plusieurs décennies d’ancienneté et donc, à la longue, sont connus des Français.

Puis est venu le sujet de la crise des gilets jaunes et c’est intéressant à connaître les deux versions sur sa visite de la préfecture du Puy-en-Velay qui avait été incendiée. Certains ont dit que le Président avait eu très peur, que le retour était angoissant, craignant que la piste d’atterrissage fût occupée par les gilets jaunes, et imaginant une invasion de l’Élysée et un départ en hélicoptère (version de Louis de Raguenel). Cependant, une autre version dit exactement l’inverse, qu’au Puy-en-Velay, Emmanuel Macron ne se serait pas rendu compte du danger qu’il courait (version de Maurice Szafran). La version d’Emmanuel Macron, c’était de dire qu’il avait eu peur pour les Français. Et qu’il n’avait pas fui les manifestants puisqu’il se rendait vers les policiers pour les saluer et remercier.

Il a raconté ainsi sa rencontre avec le personnel de la préfecture. Une femme qui était à un mètre du point de chute d’un cocktail Molotov dans l’escalier, qui connaissait celui qui l’avait envoyé car c’était le père d’une camarade de classe de sa fille, et ce dernier lui a dit qu’ils allaient rôtir. Si cette histoire était fausse, j’imagine qu’elle serait vite démentie par les intéressés. Emmanuel Macron a commenté en disant que « la foule devient folle » et a cité Victor Hugo (« la foule trahit le peuple »). En ajoutant : « J’ai vu les esprits se dissoudre. ». Car tout était possible, il a entendu des leaders politiques justifier la violence.

Emmanuel Macron en a profité pour faire une réflexion à propos de la crise des gilets jaunes et de la crise sanitaire : « toutes les paroles ne se valent pas ! ». Tout le monde est respectable, mais la parole d’un député, qui représente la nation, a une plus grande portée que quelqu’un qui ne représente que lui. Au même titre, un scientifique qui a fait une dizaine d’années d’études est plus pertinent pour parler du virus qu’une personne qui n’a aucune qualification technique. Cela paraît une évidence qu’on a oubliée avec les réseaux sociaux où tout se vaut, et cela ne s’oppose pas au respect qu’il doit à toutes les personnes.

Les journalistes lui ont fait passer un passage de "micro-trottoir" sur la ou les réformes qui resteront de ce quinquennat, et en fait, personne n’était capable de dire quelque chose de concret. Emmanuel Macron lui-même n’a pas voulu jouer à ce jeu. Il n’a pas évoqué de "réforme symbolique" même s’il pouvait en citer quelques-unes. En fait, il a plutôt donner des résultats intéressants (chômage, réindustrialisation, croissance, etc.) qui montrent que la France est mieux outillée qu’en 2017 pour retrouver sa prospérité. Emmanuel Macron a dit plus tard que c’est une véritable crise, transformation, un monde qui meurt et un monde qui naît. Il est persuadé que la France, dans cette décennie, retrouvera son dynamisme économique et que cela ne fait que commencer.

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Évidemment, on lui a parlé de la réforme qu’il n’a pas faite et qui était une réforme importante de son programme électoral en 2017 : la réforme des retraites. À ceux qui s’offusquent qu’il ne l’a pas faite, il a répondu simplement qu’il ne pouvait pas la faire en période covid ; cet automne, tous les partenaires sociaux lui ont demandé de les laisser respirer pour rebondir après le covid-19. Emmanuel Macron a rappelé d’ailleurs que la réforme avait été votée en mars 2020 avec l’article 49 alinéa 3 et que sans crise sanitaire, il l’aurait définitivement fait adopter (avant l’été).

Emmanuel Macron a expliqué aussi que le comité des experts n’évoquait pas en 2017 la perspective d’un déficit, alors que maintenant si, ce qui justifie, selon lui, un prolongement de l’âge légal du départ à la retraite qu’il faudra donc prévoir après l’élection. De plus, il a indiqué vouloir travailler sur deux sujets : la pénibilité (qui n’est pas la même quand on prolonge l’âge de la retraite) et le problème de l’emploi des seniors. Au-delà de l’âge légal, Emmanuel Macron voudrait aussi réformer les régimes spéciaux, abandonnant la réduction à un seul régime mais à trois régimes : pour le privé, pour le public et pour l’armée. Il a surtout donné l’idée qu’il fallait produire plus.

Autre point de tension palpable, la dette publique. Emmanuel Macron a énuméré les trois réactions possibles face à la dette : 1° le "après moi le déluge", les générations suivantes paieront… c’est un comportement de gauche, typiquement irresponsable car on ne pourra plus emprunter ensuite ; 2° le "père fouettard" qui fait des coupures budgétaires sur tout, c’est la droite, mais ce n’est pas plus efficace car cela casse la croissance et à la fin, on augmente les impôts ; 3° son option : oui, on rembourse la dette, mais on ne casse pas la croissance, pas d’austérité pour maintenir la croissance et rembourser avec les fruits de la croissance (ce qu’a fait l’Allemagne).

Y a-t-il trop de fonctionnaires ? À cette question, Emmanuel Macron a refusé de répondre, donnant des gages à la gauche. Il a dit que les objectifs de réduire le nombre de fonctionnaires (200 000 pour Valérie Pécresse) était prendre le problème à l’envers. Son objectif, c’est de faire des services publics plus efficaces, et sur ces résultats, réaffecter le cas échéant des fonctionnaires qui ne sont pas de simples pions sur un échiquier. Et puis, lorsqu’on dit qu’on supprime les fonctionnaires, il faut qu’on dise lesquels exactement, car partout, on réclame plus de postes : armée, enseignement, santé, justice, police, etc. Bref, il n’y a pas un endroit où ils sont en sureffectif (sauf peut-être certaines fonctions territoriales, mais aujourd’hui, cela ne me paraît même pas sûr).

Emmanuel Macron a parlé rapidement de l’éducation, de l’obligation d’aller à l’école dès 3 ans, des allégements de classe, de la réforme du baccalauréat, des universités, des réformes qui engagent la France pour les dix prochaines années. Il a également évoqué le contrat industriel avec l’Australie dont le gouvernement n’a pas été correct avec la France et cela pèsera durablement sur nos relations. Il a aussi été interrogé sur les violences faites aux femmes (l’une des priorités de son mandat : Emmanuel Macron a rappelé que lorsqu’il a fait sa grande marche avec les adhérents de LREM pour écouter le peuple, le premier sujet de préoccupation était la violence faite aux femmes, il a ainsi beaucoup agi en ce sens, depuis les commissariats qui doivent prendre les dépôts de plainte jusqu’à la disposition de logements de secours pour les femmes violentées, etc.). Il a parlé aussi des accusations contre Nicolas Hulot, de l’affaire Benalla, etc. Il en est venu à parler de l’assassinat de Samuel Paty (il a eu beaucoup d’émotion en en parlant) et du terrorisme plus généralement et ne veut pas confondre l’islamisme radical et l’islam, comme certains veulent le faire.

À la question : qu’a-t-il le plus appris de ce quinquennat ? Emmanuel Macron a répondu : « J’ai appris à mieux les aimer », "les" signifiant les Français. Il a évoqué ses conversations avec Hubert Germain qui lui racontait que De Gaulle demandait toujours de la bienveillance dans les rapports sociaux, cette bienveillance était l’un de ses thèmes de campagne en 2017.

À plusieurs reprises, Emmanuel Macron a voulu montrer l’actualité de son "en même temps" : il est pour une France "efficace" mais aussi une France "juste", ne pas laisser de côté ceux qui ne sont pas dans la réussite. C’est finalement le slogan habituel des centristes qui résumaient leur philosophie par "l’efficacité économique et la justice sociale", d’où le mélange de droite et de gauche.

Toujours pour répondre à cette question, il a ajouté : « Au début de mon mandat, j’aimais la France, maintenant, j’aime la France, follement, et j’aime les Françaises et les Français. ». Pour conclure enthousiaste : « Nous sommes le pays de tous les possibles ! ».

Alors, non, il n’a pas de regret, mais : « Est-ce que j’ai fait des erreurs ? Oui, beaucoup ! Est-ce que j’ai répété ces erreurs ? Non, je crois. ». Effectivement, c’est dans la culture anglo-saxonne de ne pas se formaliser d’avoir fait des erreurs, à condition de ne refaire jamais la même erreur et d’apprendre de ses erreurs. Emmanuel Macron a probablement tendance à faire plus de maladresses par son inexpérience et sa jeunesse, mais il apprend vite et se corrige vite et volontiers, ce qui est très rare chez les Présidents de la République à l’ego en général bouffi.

C’est la transcription que j’ai essayé d’être la plus fidèle de cette émission. Tout est en place pour l’année prochaine. Bien entendu qu’Emmanuel Macron sera candidat même s’il laisse une petite incertitude sincère car la crise sanitaire pourrait l’amener peut-être à prendre des mesures très impopulaires, il en a en tout cas envie en disant que cinq ans, c’est trop court pour réformer. En tout cas, tous les arguments sur son bilan et sa vision de l’avenir ont été posés, aussi un argumentaire pour répondre aux arguments tant de Valérie Pécresse ("il a cramé la caisse") qu’Éric Zemmour (deux visions de la France s’opposent).

Bref, cette émission est du grand art de la communication politique. Introspection et esquisse de programme, mais concrètement, aucune annonce formelle. Probablement que ses oppositions se contenteront de dire : tout ça pour ça ? Je constate que cette émission était indispensable dans le débat public : après l’épisode Zemmour, puis l’épisode Pécresse, la voix de la majorité était inaudible malgré les nombreux arguments bidons des oppositions. À quelques jours de Noël, Emmanuel Macron a remis quelques pendules à l’heure, puis, en janvier, il y aura la grande séquence européenne (le 19 janvier 2022, visite cruciale au Parlement Européen à Strasbourg) et sans doute en février 2022, sa candidature. Nicolas Sarkozy avait regretté d’être parti si tard en campagne, Emmanuel Macron semble avoir la même assurance. Et peut-être regret futur.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Introspectif et tourné vers l’avenir, Emmanuel Macron justifie (presque) tout.
Emmanuel Macron l’Européen, Président jusqu’au bout.
La France d’Emmanuel Macron.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 9 novembre 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
COP26 : face à l’alarmisme, le leadership mondial d’Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron, l’homme qui valait 30 milliards.










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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/introspectif-et-tourne-vers-l-237984

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