105 000 nouveaux cas rien que pour la journée du 25 décembre 2021 : la France est en plein tsunami du variant omicron.



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La situation sanitaire de l’Europe et en particulier du Royaume-Uni, de la France, de l’Espagne et de l’Italie, s’aggrave à cause de l’arrivée du variant omicron. En France, on atteint des records dans le nombre de cas détectés en une journée, record dépassé pour la deuxième vague, probablement pas pour la première vague car il n’existait pas la force de frappe actuelle des tests (les estimations indiquaient plusieurs centaines de milliers de cas par jour en mars 2020).

À la journée de Noël 2021 a été franchi le seuil de 100 000 nouveaux cas, 104 611 exactement ; le Royaume-Uni l’avait atteint le 22 décembre 2021 (il en était à 122 186 au 24 décembre 2021). La montée est vertigineuse et pour l’instant, à part les boîtes de nuit qui concernent un public relativement restreint, aucune autre restriction sanitaire n’a été décidée par le gouvernement.

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On peut comprendre la difficulté du gouvernement à prendre des mesures restrictives.

D’une part, il y a une élection présidentielle et prendre des mesures de confinement à trois mois du premier tour, c’est pire qu’augmenter la TVA à la même période. Mais je ne doute cependant pas de l’esprit de responsabilité du gouvernement et du Président de la République, et l’interview du candidat potentiel Emmanuel Macron le 15 décembre 2021 prend alors tout son sens : à la question cruciale de sa candidature, il avait expliqué qu’effectivement, il y pensait, mais que les circonstances actuelles pourraient l’empêcher de se présenter s’il devait prendre des mesures très dures en raison de la crise du covid-19. Franchement, qui veut gérer la crise covid en avril 2022 ?

D’autre part, la philosophie générale du gouvernement est qu’il ne veut pas que les personnes vaccinées soient concernées par des mesures de confinement et veut reposer les éventuelles restrictions sanitaires aux seules personnes non-vaccinées. C’est la raison d’être du conseil de défense sanitaire et du conseil des ministres convoqués ce lundi 27 décembre 2021 en urgence (initialement prévus le mercredi 5 janvier 2022).

Annoncée le 17 décembre 2021 par le Premier Ministre Jean Castex, le gouvernement devrait adopter l’instauration du passe vaccinal en lieu et place du passe sanitaire, renforçant ainsi la pression sur les personnes non-vaccinées.

Mais c’est oublier que la lutte contre le virus, au-delà de la vaccination massive et des gestes barrières, doit aussi permettre de freiner la circulation du virus. Or, les mesures de vaccination (troisième dose et vaccination des enfants de 5 à 12 ans généralisée à partir du 22 décembre 2021) n’auront aucun effet réel avant plusieurs semaines voire plusieurs mois.

De plus, même avec une couverture vaccinale de 100% (cas idéal inatteignable), on ne pourra pas stopper complètement le virus dès lors que le vaccin, au mieux, est efficace à 90% et pas à 100%. Lorsqu’on arrive avec des ordres de grandeur de plusieurs centaines de milliers de nouveaux cas par jour, on change de dimension. Les "trous dans la raquette" deviennent bien trop nombreux en absolu. Un taux d’incidence de près de 1 000 nouveaux cas par million d’habitants en une semaine, cela voudrait dire qu’en un mois, 0,4% de la population va être contaminée, ce qui est énorme (il est actuellement de 710 en France et de 1 030 au Royaume-Uni). Les personnes non-vaccinées ont donc de grands risques d’être massivement victimes de cette offensive du variant omicron, cette sixième vague.

L’évolution est alarmante car la vague ne cesse de monter en nombre de cas. C’est une déferlante, rapide, d’une amplitude inédite. Elle a déjà une semaine d’avance : on ne pensait franchir ce seuil de 100 000 qu’au nouvel an. Et l’augmentation très forte (et rassurante) du nombre de tests avant Noël n’en est pas la cause mécanique : le taux de positivité aussi ne cesse de monter, passant à 7,8% de positivité au 22 décembre 2021 (nombre de tests positifs sur nombre total de tests réalisés ; il faut certes atteindre l’évolution de ce taux jusqu’au 25 décembre). C’est rassurant que le nombre de tests soit en grande augmentation depuis une semaine car cela signifie que les personnes, même vaccinées, sont responsables et prudentes, et vérifient qu’elles ne sont pas contaminées avant d’aller revoir leurs familles (parents, grands-parents) en plein tsunami épidémique.

Certains évoquent une moindre virulence du variant omicron mais plusieurs dizaines de morts sont déjà décomptés, hélas, au Royaume-Uni (au contraire de l’Afrique du Sud qui a un âge médian beaucoup plus faible qu’en Europe). Le professeur Bruno Mégarbane expliquait d’ailleurs le 20 décembre 2021 que la forme sévère ne provient pas du type du variant mais de la réaction inflammatoire que fait l’organisme, et qu’il n’y a donc pas de raison que le variant omicron se comporte différemment, en matière de virulence, que les précédents variants.

En revanche, il est très contaminant, et même s’il était moins virulent, la forte contagiosité en fait un véritable fléau sanitaire potentiel. Tout le monde tend le dos et il faut atteindre une à deux semaines pour savoir si cette vague en nombre de cas va s’accompagner d’une vague proportionnelle en entrées à l’hôpital et en admissions en réanimation.

La vraie source d’espoir reste dans la vaccination, dont la dose de rappel est efficace contre ce variant. C’est donc pertinent, de la part du gouvernement, de vouloir généraliser le plus rapidement possible cette troisième dose. Au 22 décembre 2021, 21 222 662 doses de rappel ont déjà été injectées, l’objectif très ambitieux des 25 millions à la fin de l’année sera donc probablement atteint.

On ne peut que saluer la grande capacité à assurer cette vaccination massive (en particulier, dans l’organisation matérielle mais aussi numériques de ces opérations), tout comme d’ailleurs les tests de dépistage (à ce jour, 183 millions de tests ont été réalisés en France, soit près de 2,8 tests par habitant en moyenne). Tests et vaccination qui sont immédiatement intégrés dans le passe sanitaire.

On peut aussi parler du "pas de chance" : autant l’année 2020 fut ponctuée par deux vagues très mortelles de la souche initiale du virus (mars-avril 2020 et novembre 2020), autant l’année 2021 a été bousculées par les trois variants : alpha en avril 2021, delta en été 2021 mais heureusement, l’effet de la vaccination a permis d’en avoir des effets sanitaires atténués (réanimations et décès). Enfin, omicron depuis deux semaines. On n’imaginait même pas son existence il y a cinq à six semaines. Difficile d’imaginer l’année 2022 en termes sanitaires à moyen terme.

Dans le graphique du talentueux créateur du site CovidTracker, on peut voir la part du variant omicron sur l’ensemble des cas détectés : 10% le 23 décembre 2021 et près de 18% le 24 décembre 2021, la montée est là aussi vertigineuse, et le nombre de contaminations au variant delta semble se stabiliser sur un plateau légèrement descendant, c’était ce que montrait le taux de reproduction effectif qui avait chuté depuis la fin de novembre jusqu’à 1,09 au 18 décembre 2021 (hélas, il va donc remonter très rapidement).

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Les enseignements de l’année 2021 aboutissent à une conclusion importante : pour limiter les variants, il faut vacciner l’ensemble des pays du monde, du moins les plus peuplés. Ce n’est pas un hasard si ceux-là apparaissent dans des pays peuplés et peu vaccinés, soit parce qu’il n’y avait pas encore de vaccins (alpha au Royaume-Uni, bêta au Brésil), soit qu’il y avait (ou reste) un très faible taux de vaccination (gamma en Afrique du Sud, delta en Inde, omicron en Afrique du Sud). Pour cela, au-delà de l’effort national des pays dits riches, il convient de renforcer massivement la vaccination des pays dits pauvres sans quoi, nous serions comme Sisyphe avec ses variants.

Pour l’heure, le gouvernement français va devoir prendre des mesures comme tous les autres pays européens, en particulier les Pays-Bas. J’imagine d’ailleurs qu’il y a un débat entre le possible, l’acceptable politiquement, socialement et économiquement, et le souhaitable, l’idéal sur le plan sanitaire. Pour l’heure, la fête familiale de Noël est passée, mais il paraîtrait fort étonnant que le gouvernement ne prenne pas des restrictions pour réduire les rassemblements du nouvel an.

Le débat sur le passe vaccinal qui commencera au Parlement le lundi 3 janvier 2022 (douzième débat parlementaire sur la crise sanitaire) sera intéressant à plus d’un titre. Il imposera aux candidats de se positionner : soit ils adopteront une posture d’opposition systématique, soit ils prendront leurs responsabilités et soutiendront le gouvernement. Ce sera très compliqué pour ceux qui veulent à la fois gouverner dans trois mois et récupérer la partie de la population en forte opposition sur la gestion actuelle de la crise sanitaire.

Car il va être difficile à l’opposition de fustiger le manque d’anticipation, je pense en particulier au groupe Les Républicains qui avait refusé de voter le passe sanitaire puis son prolongement. Au contraire, le gouvernement avait fait preuve d’une forte anticipation en la matière, dès le 12 juillet 2021. Dans les oppositions, certains qui sont pour l’obligation vaccinale veulent rejeter le passe vaccinal : les incohérences à connotations électoralistes vont être rapidement démasquées par le peuple. Je pense que l’esprit de responsabilité va l’emporter sur la démagogie, et ce sera un bon point pour la démocratie française, d’autant plus que le prochain quinquennat sera certainement encore fortement impacté par la pandémie de covid-19. Autant ne pas élire une personnalité qui ignore ou ne comprend rien à ce fléau.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Conseil de défense sanitaire et conseil des ministres du lundi 27 décembre 2021.
Omicron : comment éteindre l’incendie de Noël ?
Face à la 5e et à la 6e vague, la vaccination matin midi et soir.
Faux passe sanitaire et dose de rappel.
Gabriel Attal.
Cinquième vague : de nouvelles restrictions sanitaires ce lundi 6 décembre 2021 ?
Professeur Bertrand Guidet.
Troisième dose et fulgurance.
Confinement ou obligation vaccinale : faut-il écouter le docteur Martin Blachier ?
Martin Blachier.
La France d’Emmanuel Macron.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 9 novembre 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
Témoignage : je suis (presque) vacciné !
Témoignage : au cœur d’un centre de vaccination contre le covid-19 (1).
7 idées fausses sur le passe sanitaire.
Covid-19 : 5 millions de décès dans le monde et la 5e vague en France ?
Covid-19 : faut-il vacciner aussi les enfants de moins de 12 ans ?
Infection ou vaccination : quelle est la meilleure protection contre le covid-19 ?
Prolonger la possibilité du passe sanitaire jusqu’au 31 juillet 2022 ?
50 millions de vaccinés contre le covid-19 en France !
Covid-19 : comprendre la situation épidémique en Israël.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211225-covid-ex-omicron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/omicron-comment-eteindre-l-238235

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/12/22/39272120.html