« "Ponia" (…) est alors, à 54 ans, à l’apogée de sa carrière et de sa gloire. Son entrée dans l’Histoire est tardive et sa marque est brève : l’essentiel se joue au cours d’une décennie, entre le milieu des années 1960 et celui des années 1970. (…) Son rôle est alors non négligeable, même s’il s’effectue plus dans l’ombre qu’aux responsabilités. » (Bernard Lachaise, 2006).



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L’ancien ministre giscardien Michel Poniatowski est né il y a 100 ans, le 16 mai 1922 à Paris. Lieutenant préféré de Valéry Giscard d’Estaing, très actif pour préparer son élection à la Présidence de la République, homme habile et efficace de la Giscardie, il est tombé en disgrâce au milieu du septennat et n’a finalement jamais pu retrouver l’influence politique qu’il avait acquise dans les années 1970. Dans "Derrière le miroir" (éd. Plon), le politologue Alain Duhamel constatait : « Personne n’a consacré autant d’énergie au service d’un autre en politique, fût-ce au détriment de son propre destin. » (2000).

Descendant d’une famille noble polonaise, lui-même prince, descendant d’un maréchal de Napoléon, du duc de Morny mais aussi de Talleyrand, d’Étienne Marcel, de Colbert, de l’impératrice Joséphine de Beauharnais, Michel Poniatowski s’est engagé dans la Résistance pendant la guerre et a poursuivi de brillantes études qui l’ont amené à l’ENA dans la même promotion que Michel Jobert, Henri Froment-Meurice, Claude Cheysson et Pascal Arrighi.

Haut fonctionnaire au ministère des finances, Michel Poniatowski a officié en France, dans les colonies et aussi aux États-Unis. Bien que démarrant sa future carrière politique dans des cabinets ministériels de ministres centristes, Robert Buron puis Pierre Pflimlin dont il est devenu le directeur de cabinet à Matignon, "Ponia" a toujours été le "fort en gueule" de la politique française, partisan de l’Algérie française et partisan (beaucoup plus tard) d’une alliance avec le Front national, l’homme des manœuvres, des coups bas et des stratégies gagnantes, en quelque sorte, le Pasqua de Valéry Giscard d’Estaing qu’il a rencontré pour la première fois en 1953 et dont il est devenu un très proche ami et collaborateur entre 1959 et 1966 (VGE alors membre du gouvernement).

Michel Poniatowski s’est lancé en politique à l’occasion des élections législatives de 1962 à Paris en électron libre mais il a échoué. Devenu secrétaire général des RI depuis 1966, il s’est représenté en mars 1967 et fut élu député du Val-d’Oise sous l’étiquette des républicains indépendants avec 54,0% des voix face à la candidate communiste dans une nouvelle circonscription (il fut réélu en juin 1968 avec 62,4% et en mars 1973 avec 54,9% face à la candidate puis au candidat communistes). Avec seulement 49,4%, il fut battu sur sa circonscription en mars 1978 par le futur ministre rocardien Alain Richard qui a recueilli 50,6% des voix.

Homme indispensable à la Giscardie, Michel Poniatowski était donc le chef du parti des républicains indépendants, d’abord FNRI puis, en 1977, PR (parti républicain), comme secrétaire général puis président (en 1975).Il a toujours eu l’esprit politique, aussi des petites stratégies politiques.

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N’appréciant pas beaucoup De Gaulle et surtout son parti rouleau compresseur, Michel Poniatowski a appuyé dès septembre 1967 le principe des primaires souhaitées par Georges Pompidou (comme on le voit, ce n’est pas récent cette idée en France). Lors d’une conversation avec Michèle Cotta, cette dernière en a appris un peu plus, noté dans ses "Cahiers" : « [Ponia] me parle d’élections primaires pour les futures élections législatives, une idée sur laquelle il travaille depuis janvier dernier [1967]. Il y a deux mois, Giscard a créé un groupe de travail présidé par Jean de Broglie, sur ce sujet. Le schéma est simple, me dit-il. Les partis passeraient entre eux des accords de majorité : le PC avec la Fédération [FGDS], l’UNR avec les giscardiens. Chacun de ces deux regroupements désignerait un candidat par circonscription. Après vote des sympathisants, on ne conserverait, pour la véritable élection, l’élection légale, qu’un seul candidat. Il en convient : "Vraisemblablement, l’UNR n’est pas très enthousiaste sur ce terrain". Pourtant, m’assure-t-il, "ce n’est en aucun cas une machine de guerre contre l’UNR". Il me le dit de telle façon que j’en doute, bien sûr : car en réalité, il compte sur l’image plus libérale, plus démocratique, plus ouverte des giscardiens pour accroître leur place au sein de la majorité. "Contrairement à l’UNR, me dit-il, nous ne traînons pas derrière nous un vieil appareil politique, celui du RPF. Nous avons su nous débarrasser de celui, très vieillot certes, du Centre national des indépendants". Et il me confie sa volonté, celle de Giscard, d’envoyer une dizaine de missionnaires dans toute la France, chargés de constituer des clubs, et non un parti, qui porteront la parole giscardienne. "La porte en est ouverte à tout le monde, insiste-t-il, patelin, de l’UNR au Centre démocrate". ».

Parallèlement, il a conquis la mairie de l’Isle-Adam en mars 1971 et a été réélu jusqu’en février 1999 où il a démissionné pour sa retraite, laissant la succession à son fils Axel Poniatowski, député UMP de juin 2002 à juin 2017, et lui-même a laissé la mairie à son propre fils Sébastien Poniatowski en septembre 2017 (réélu en 2020). Son fils aîné Ladislas Poniatowski a été, lui, élu, dans l’Eure, député UDF de mars 1986 à septembre 1998, puis sénateur UMP de septembre 1998 à septembre 2020.

Véritable organisateur politique du courant giscardien qu’il a structuré et amplifié (le nombre de députés RI est passé de 31 en 1962 à 61 en 1968), et partenaire très exigeant des gaullistes au sein de la majorité, Michel Poniatowski a dénoncé « l’État UDR » et la « République des copains et des coquins » en mai 1972 dans le magazine "L’Économie", à propos du scandale de la Garantie foncière (une escroquerie financière très classique qui a touché des parlementaires UDR ; son objectif était d’affaiblir le Premier Ministre en exercice, Jacques Chaban-Delmas, probable rival de Valéry Giscard d’Estaing). Au pouvoir un peu plus tard, Michel Poniatowski a vu sa formule lui retourner dans la figure, en particulier dans sa communication lors de l’assassinat très troublant de Jean de Broglie, ancien ministre et trésorier des RI, parti dont il assurait la direction tout en étant Ministre de l’Intérieur.

Michel Poniatowski a été nommé aux deux derniers gouvernement de Pierre Messmer par le Président Georges Pompidou : Ministre de la Santé publique et de la Sécurité sociale du 5 avril 1973 au 27 mai 1974. Il avait succédé à la Santé à Jean Foyer (nommé le 6 juillet 1972) et il fut suivi sous Valéry Giscard d’Estaing par Simone Veil qui avait travaillé auprès de Jean Foyer lorsque ce dernier était Ministre de la Justice.

Dans ses Mémoires, Simone Veil a raconté que lors de la passation des pouvoirs, la première chose que Michel Poniatowski lui a dite, c’était sur la dépénalisation de l’avortement, qu’il fallait rapidement légiférer sur le sujet, car trop de femmes mouraient par manque de soins. Il avait lui-même tenté de faire adopter une loi le 13 décembre 1973, mais l’Assemblée Nationale avait rejeté son projet par 225 voix contre 112.

Simone Veil a écrit notamment : « Il avait pu prendre la mesure du grave problème de l’avortement clandestin dans notre pays. J’étais loin de m’attendre à ce qu’il m’entretienne aussitôt de ce problème avec une telle conviction, allant jusqu’à me déclarer : "Il faut aller vite, sinon, vous arriverez un matin au ministère et vous découvrirez qu’une équipe du MLAC [Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception] squatte votre bureau et s’apprête à y pratiquer un avortement". J’en suis restée sans voix. Je savais que le problème était grave, mais je n’imaginais pas que, jusque dans l’entourage de Giscard, les hommes politiques en possédaient une conscience aussi aiguë. Beaucoup d’entre eux vivaient les pressions du MLAC comme autant de provocations injustifiables vis-à-vis de l’État. » ("Une Vie", 2007).

Lors de l’élection présidentielle de 1974, c’est Michel Poniatowski qui a annoncé à Valéry Giscard d’Estaing son élection (de justesse) au second tour à l’Élysée. Naturellement, Michel Poniatowski fut le représentant du Président élu au gouvernement : Valéry Giscard d’Estaing l’a nommé Ministre d’État, Ministre de l’Intérieur du 28 mai 1974 au 29 mars 1977, une espèce de Premier Ministre bis pour marquer le Premier Ministre en titre Jacques Chirac, avec probablement plus d’influence que ce dernier sur le cours des choses puisqu’il communiquait directement avec le Président de la République. Toutefois, il s’était opposé à la nomination de Jacques Chirac à Matignon car il considérait qu’on ne pouvait pas lui faire confiance. Il fut reconduit après la démission de Jacques Chirac et son remplacement par Raymond Barre à Matignon.

L’échec de la majorité présidentielle aux élections municipales de mars 1977 (notamment, la défaite de Michel d’Ornano à Paris, battu par Jacques Chirac) a provoqué le renvoi du gouvernement de Michel Poniatowski (Christian Bonnet lui a succédé Place Beauvau). Pire, il n’allait plus jamais y revenir, disgracié par son mentor qu’il avait tant aidé. Les deux autres ministres d’État, Olivier Guichard et Jean Lecanuet, furent aussi évincés du gouvernement en raison de leur incapacité, avec Michel Poniatowksi, à coordonner la majorité parlementaire pour contenir la farouche opposition interne des chiraquiens au Palais-Bourbon.

Michèle Cotta a vu VGE le 30 mars 1977 juste après le changement du gouvernement : « Il a quelques phrases sur les ministres d’État écartés de ce gouvernement Barre II : "L’essai de coordination, dit-il, a complètement échoué. Il était urgent d’y mettre fin. Peu importaient les problèmes que cela posait. Il faut redonner la primauté à l’action gouvernementale et séparer les choses : les partis d’un côté, le gouvernement de l’autre". Il me semble bien dur, notamment avec Ponia. François Giroud (…) m’a dit hier qu’à son avis, cela faisait plus de quelques semaines que Giscard en voulait personnellement à Poniatowski, lequel en souffrait énormément. ».

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Dans son article sur "Michel Poniatowski, un prince d’origine polonaise au service de la République française" (éd. Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, 2006), l’historien Bernard Lachaise a tenté d’expliqué la disgrâce de Ponia : « Poniatowski a incarné par tempérament, par conviction et par fidélité le côté le plus combatif, le plus militant et le plus extrême des giscardiens, laissant à son ami et à son maître un rôle plus modéré, plus rassembleur. C’est pourquoi il a assumé sans rechigner (…) tout ce qui pouvait permettre à VGE d’accéder au pouvoir. Sans réduire son action, sa marque à l’exécution des basses œuvres, il est indéniable qu’il les a accomplies et sans lui, le destin de [Giscard] n’aurait pas été ce qu’il était. Pourtant, à partir de 1977, Poniatowski est en retrait et son rôle historique est achevé. Deux éléments majeurs expliquent vraisemblablement la disgrâce : l’assassinat en décembre 1976 d’un autre prince, issu de la même famille politique, le prince Jean de Broglie qui débouche sur un scandale dont Poniatowski ne sort innocenté qu’en janvier 1981, échappant alors à la Haute Cour, et l’échec de la majorité et surtout des giscardiens à Paris lors des municipales de 1977, ce qui permet à Jacques Chirac d’obtenir le départ de Poniatowski du gouvernement. (…) Certes, il ne disparaît pas complètement de la vie politique mais ne compte plus vraiment. La chute de Poniatowski précède donc largement celle de Giscard. (…) L’altruisme de la démarche de Poniatowski est assez exceptionnel dans la France contemporaine. ».

Le 30 juin 1977, Jacques Chirac a glissé à Michèle Cotta qu’il aurait fallu nommer Michel Poniatowski en 1974 à Matignon : « Il est inutile de vouloir les réduire, les séparer. [Les gaullistes] se recollent toujours. C’est pour cela que j’avais dit à Giscard, en 1974, de ne pas me choisir comme Premier Ministre. Dans la stratégie que Giscard voulait adopter, c’est-à-dire réduire le mouvement gaulliste, il n’y avait qu’un Premier Ministre possible, Michel Poniatowski. Dieu sait si je l’ai dit à Giscard ! Je lui ai même envoyé Juillet pour l’en convaincre ! Mais ce qu’il y a de terrible, chez Giscard, c’est qu’il veut toujours être le plus fort. Il ne croit pas le plombier lorsque celui-ci lui dit : "Je connais bien ce truc-là, croyez-moi, voilà quand et comment ça ne va pas marcher !" » ("Cahiers").

Michel Poniatowski s’est alors préoccupé de préparer les élections législatives de mars 1978, d’une part, en transformant la FNRI en véritable parti, le parti républicain (PR), créé le 20 mai 1977, dont il fut le président d’honneur (avec Jean-Pierre Soisson en secrétaire général), et en coordonnant tous les partis de la majorité non gaullistes, par la création de l’UDF le 1er février 1978, confédération rassemblant le PR, le CDS (centristes) et les radicaux, présidée par Jean Lecanuet.

N’ayant pas pu regagner sa circonscription en mars 1978 (battu par Alain Richard), Michel Poniatowski s’est fait élire député européen sur la liste de Simone Veil en juin 1979 et s’est fait réélire en juin 1984 toujours sur la liste de Simone Veil jusqu’en 1989. Il fut élu, par remplacement, sénateur du Val-d’Oise de janvier 1989 à septembre 1995. Michel Poniatowski a soutenu Édouard Balladur à l’élection présidentielle de 1995 contre Jacques Chirac. Il a pris sa retraite de parlementaire en 1995 et de maire en 1999.

À la fin de sa vie politique, il a soutenu Alain Madelin dans sa tolérance pour des accords aux élections régionales de mars 1998 avec le FN. Il avait déjà préconisé ce type d’alliance pour les précédentes élections régionales de mars 1992 mais fut désavoué (son souci prioritaire était de battre les socialo-communistes). Il a approuvé la démarche de Charles Million en Rhône-Alpes et l’a soutenu dans la création de son micro-mouvement politique (la Droite libérale-chrétienne) dont il a participé à la convention nationale du 6 juin 1998 et au congrès fondateur du 8 novembre 1998 avec au vieux compère du PR Alain Griotteray.

Michel Poniatowski est mort le 15 janvier 2002, quatre mois avant ses 80 ans. Tandis que le journal "Libération" a titré, le lendemain « Poniatowski passe l’arme à droite », le Président de l’époque, Jacques Chirac, son ancien rival, lui a rendu hommage, saluant « l’homme de conviction, profondément attaché aux idées libérales et à la construction européenne ».

Je termine par cette savoureuse tirade du journaliste Pierre Viansson-Ponté dans son livre "Lettre ouverte aux hommes politiques" (éd. Albin Michel) en 1976 adressée à Michel Poniatowski : « Il y avait longtemps, un siècle et demi peut-être, que l’on n’avait pas vu au sein du pouvoir en France un grand seigneur libéral… La politique, c’était devenu l’affaire des propriétaires, des avocats, des professeurs, des notables et de quelques nobliaux campagnards. On n’y rencontrait plus les princes qui se détournaient, narines pincées, de cette peu ragoûtante cuisine. Voici que reparaît avec vous la plus ancienne des internationales, celle du Gotha. Ce n’est pas seulement un symbole, c’est un signe ! » (citée par Bernard Lachaise).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 mai 2022)
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Pour aller plus loin :
Michel Poniatowski.
François Léotard.
Claude Malhuret.
Valéry Giscard d’Estaing, le rêveur d’Europe.
Jean-Pierre Raffarin.
Philippe de Villiers.
Jean-Pierre Fourcade.
Jean de Broglie.
Christian Bonnet.
Gilles de Robien.
La France est-elle un pays libéral ?
Benjamin Constant.
Alain Madelin.
Les douze rénovateurs de 1989.
Michel d’Ornano.
Gérard Longuet.
Jacques Douffiagues.
Jean François-Poncet.
Claude Goasguen.
Jean-François Deniau.
René Haby.
Charles Millon.
Pascal Clément.
Pierre-Christian Taittinger.
Yann Piat.
Antoine Pinay.
Joseph Laniel.

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