« Je prends le risque de la démocratie et j’accepterai le verdict, c’est la plus belle des légitimités. » (Christiane Taubira, le 9 janvier 2022, à Bondy).



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Après bien des hésitations, Christiane Taubira va annoncer sa candidature à l’élection présidentielle. C’est du moins ce qu’elle a prévu de faire ce samedi 15 janvier 2022 à 11 heures lors d’un déplacement à la Croix-Rousse, un quartier populaire de Lyon. Ce serait un clin d’œil aux canuts, ces ouvriers de la soie de l’essor industriel lyonnais. Elle avait annoncé le 17 décembre 2021 qu’elle envisageait de se présenter pour tenter d’unifier la gauche particulièrement éclatée pour l’élection présidentielle de 2022 et qu’elle comptait prendre une décision d'ici au 15 janvier.

Déjà dimanche dernier, le 9 janvier 2022, lors d’un déplacement à Bondy, Christiane Taubira avait annoncé qu’elle se rangeait au principe de la dite "primaire populaire" qui a déjà réuni 300 000 participants potentiels pour désigner un candidat commun de la gauche socialiste et écologiste sur Internet du 27 au 30 janvier 2022 selon le mode de scrutin d’un délégué de classe (à peu près).

Bien qu’elle s’en défende, l’ancienne garde des sceaux va donc probablement rajouter de la confusion à la confusion à gauche, car pour l’instant, aucun candidat de gauche n’obtient plus de 10% des intentions de vote dans les sondages et le total, autour de 25%, montre un paysage politique éclaté où le meilleur candidat des électeurs de gauche seraient même plutôt… Emmanuel Macron. J’insiste pour parler des "électeurs de gauche" car je refuse, au contraire de beaucoup de gauchistes ou de bobos, de parler de "peuple de gauche" qui n’a jamais existé, un peuple est un peuple, entier ou rien du tout, il n’y a pas de partition du peuple, il n’est ni de gauche ni de droite, et les alternances prouvent que beaucoup d’électeurs passent de l’un à l’autre, voire au centre (le pire, c’est que depuis quelques mois, j’entends aussi l’expression "peuple de droite", tout autant inexistant, et invoqué par des soi-disant amoureux de la Nation).

Il faut dire qu’elle est la seule à vouloir se prêter au jeu de cette étrange primaire dont l’origine est assez opaque et qui voudrait engager les autres candidats de gauche, en particulier Jean-Luc Mélenchon, Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Fabien Roussel, contre leur volonté, puisqu’ils refusent d’y participer. Ce qui est très novateur et un tantinet totalitaire : si ces personnalités ne veulent pas y participer, comment les intégrer dans les décomptes ? Pire : il semblerait que non seulement ces personnalités refusent d’y participer, c’est-à-dire que quoi qu’il en soit, elles seront candidates quand même, mais parallèlement, et c’est très hypocrite, en particulier au PS et à FI, elles cherchent à faire de l’entrisme en y faisant participer le maximum de leurs soutiens, car une victoire à cette primaire, même bidon, est toujours bonne à prendre des ces temps difficiles.

C’est ce noyautage, qui est une technique spécifiquement gauchiste, dont Christiane Taubira ne semble pas mesurer l’importance possible, elle qui a quelques soutiens, mais pas énormément, l’ancien député PS de la Nièvre Christian Paul, le radical de gauche Guillaume Lacroix, la présidente PS du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay ainsi que le responsable du service d’ordre du PS Éric Plumer (qui a formé Alexandre Benalla !). Le maire PS de Marseille Benoît Payan est prêt aussi à la soutenir. Si elle gagne cette primaire.

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Jean-Luc Mélenchon, qui se reprend à rêver du grand soir après la grève des enseignants du 13 janvier 2022, se sent indispensable et irremplaçable. Fabien Roussel n’a aucune raison de se désister, il veut incarner la présence du parti communiste français pour de nombreuses raisons internes et externes (dernière présence à une présidentielle il y a quinze ans). Yannick Jadot, qui a déjà subi une primaire écologiste particulièrement serrée et éprouvante et qui, comme les autres candidats de gauche, stagne dans les sondages, ne veut absolument pas entendre parler de cette "primaire populaire", et espère encore un renvoi d’ascenseur du PS : que la candidate PS s’efface derrière lui comme lui l’avait fait en 2017 derrière Benoît Hamon (avec le succès que l’on sait), ce qu’a pourtant suggéré Ségolène Royal le 12 janvier 2022 sur LCI à son amie et candidate attitrée du PS avec une pointe de cynisme narquois (Serait-elle donc jalouse de ne plus être dans la course ? Pourtant, elle l’avait bien rappelé, qu’elle était disponible !).

Ah, Anne Hidalgo, nous y voilà. Saviez-vous qu’elle a présenté son programme présidentiel le 13 janvier 2022 dans la matinale de France Inter (par ailleurs première radio de France) ? Personne ne l’a su. Ce n’est pas que cela n’a pas imprimé, c’est qu’il n’y avait même pas d’imprimante ! Elle avait bien choisi son moment, la première grève nationale de l’année 2022. Mais au-delà d’avoir envoyé son programme comme une bouteille à la mer, elle n’est décidément pas faite pour être candidate. Car elle avait étonné tout le monde le 8 décembre 2021 en annonçant vouloir participer à la "primaire populaire" (alors qu’elle l’avait toujours refusé). Eh bien, un mois plus tard, Anne Hidalgo a encore retourné son tailleur et refuse à nouveau d’y participer, sous prétexte que ses concurrents n’y participent pas. Ne cherchez pas à comprendre, tant d’instabilité pourrait faire de réels dégâts à la tête de l’État. Si elle n’est pas capable d’avoir une stratégie pour sa campagne, comment pourrait-elle en avoir une pour le pays ?

En clair, elle a affirmé qu’elle mènerait sa candidature jusqu’au bout (au bout de quoi ?). Ce qui ferait quelque chose de très surréaliste si Christiane Taubira sortait vainqueure de cette primaire : il y aurait alors deux candidates pseudo-socialistes. Du reste, des sondages ont déjà testé cette configuration et cela donne plus d’intentions de vote à deux qu’avec seulement l’une ou l’autre participant seule au scrutin présidentiel. C’est justement l’effet non arithmétique des élections. Le mystère, c’est que les électeurs surnuméraires de ces sondages proviennent de …l’électorat d’Emmanuel Macron ! Et d’abstentionnistes. Christiane Taubira est en effet apprécié chez les macronistes de gauche, et ce n’est pas étonnant puisqu’elle était à l’origine balladurienne puis radicale de gauche, donc centriste de gauche.

Plus le temps passe et plus la candidature d’Anne Hidalgo est une erreur de casting du parti socialiste ; Stéphane Le Foll aurait fait largement mieux l’affaire. Les mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules. Si l’on en croit "Le Parisien" du 14 janvier 2022 (ce quotidien devient un journal de référence essentiel pour la campagne présidentielle, note au passage), la collectivité (énorme) que gère Anne Hidalgo est en plein naufrage, le budget de la ville de Paris est en alerte rouge, son endettement colossal vient d’engendrer des coupes budgétaires drastiques que la maire de Paris aurait voulu les plus discrètes possible. Pour la discrétion, c’est raté. Et coïncidence des agendas (?), quand Christiane Taubira annoncera sa candidature (en principe) à la Croix-Rousse, la candidate du PS sera en déplacement dans la banlieue lyonnaise, comme si les deux voulaient se marquer à la culotte.

Enfin, dernier impétrant surnuméraire, Arnaud Montebourg cherche aujourd’hui à sortir de ce bourbier personnel en gardant une certaine dignité. Ses quatre mois de campagne ont été une catastrophe, ne serait-ce que dans son organisation et parmi ses rares soutiens complètement divisés sur le programme à promouvoir. Pourtant, il oscillait entre 1% et 3% des intentions de vote dans les sondages, ce qui, avec une bonne campagne, auraient pu faire pousser jusqu’à 5% voire 10% le cas échéant. L’initiative de Christiane Taubira est donc pour lui un divin recours ; s’effacer derrière elle, ce serait très honorable. Pour Christiane Taubira, ce serait un soutien de tout premier ordre, les ministres de l’Économie et de la Justice de François Hollande alliés pour le meilleur (et le pire).

En 2017, il y avait aussi beaucoup de candidatures à gauche. Il y a eu un effet siphonage de voix qui s’est opéré vers le candidat Jean-Luc Mélenchon car il était le meilleur à l’époque. Je ne sais pas ce que vaudrait Christiane Taubira comme candidate déclarée, son organisation, son programme, son charisme, ses soutiens, tandis qu’elle serait particulièrement désagréable avec son entourage selon de nombreuses personnes (elle a usé de nombreux dircab pendant ses années de ministre), mais elle a une chose qu’aucun autre candidat de gauche ne possède en 2022 : elle incarne la "gauche morale".

Personne ne peut dire vraiment pourquoi, même en essayant de se dire que sa défense de la loi sur le mariage pour tous serait de même ordre que la défense de la loi sur l’IVG par Simone Veil ou de la loi sur l’abolition de la peine de mort par Robert Badinter (ce qui me paraît moralement assez douteux ; il ne faut pas confondre moral et sociétal), mais c’est comme cela qu’elle est perçue par de nombreux électeurs potentiels de gauche. Il suffit d’écouter les auditeurs dans les émissions auxquelles elle participe, cela fait un an qu’ils lui demandent de se présenter comme si elle était une femme providentielle. Alors, elle les a écoutés et la voilà, elle va tout chambouler. Ou presque !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (25) : Christiane Taubira se lance !
Christiane Taubira candidate ?
Entre gauche morale et gauche sécuritaire.
Christiane Taubira en pleine sortie...
Christiane Taubira, ministre météore ?
La déchéance de la nationalité.
Le mariage pour tous.

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