« On pense que c’est difficile de travailler lorsque l’on est sur deux rives différentes, lorsque cela structure des engagements militants. Alors oui, ce n’est pas si facile, mais ce n’est pas si difficile non plus. Je pense que nous nous sommes efforcés, à la hauteur des responsabilités qui étaient les nôtres, de le faire avec le sens de l’intérêt général, la passion de la République et la conscience de l’État, aux côtés de l’État et avec l’État. » (François Baroin, le 21 novembre 2019 au 102e congrès des maires de France).




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Depuis plusieurs semaines, c’est la catastrophe pour Les Républicains et leur candidate à l’élection présidentielle Valérie Pécresse dans les sondages : elle coule. La question n’est plus si elle sera qualifiée pour le second tour et si elle pourra rassembler une majorité de suffrages face au Président sortant Emmanuel Macron, à supposer qu'il soit lui aussi au second tour.

La question aujourd’hui est moins ambitieuse, elle est de savoir si elle se retrouvera en cinquième position ou avant, et si elle aura un score à deux chiffres ou à un chiffre, ce qui serait définitivement une catastrophe. Les intentions de vote dans les sondages peuvent être trompeuses, l’inconnue de la participation, la difficulté d’estimer correctement un candidat nouveau venu (Éric Zemmour), etc. font qu’il peut y avoir des surprises, mais elles peuvent aussi être pires que les prévisions. Un autre candidat pourrait-il faire mieux ?

La question du titre n’a pas vraiment lieu d’être posée puisque l’un n’est pas candidat et l’autre est candidate. Mais si l’autre est candidate, c’est aussi parce qu’il a fallu trouver un moyen pour désigner un candidat LR dans les meilleures conditions. À l’élection précédente, c’était le trop plein avec une pléthore de grands et bons candidats, d’où la primaire ouverte de novembre 2016. Mais en automne 2021, c’était plutôt le trop vide : Nicolas Sarkozy dans les affaires judiciaires, François Fillon dans les affaires tout court, Alain Juppé au Conseil Constitutionnel, Nathalie Kosciusko-Morizet disparue de la vie politique après son échec aux élections législatives de juin 2017, Bruno Le Maire nommé parmi les plus importants ministres du quinquennat s’achevant, etc. Même des ténors ont refusé de s’engager, comme Gérard Larcher, Christian Jacob, Jean-François Copé, Laurent Wauquiez ou encore Bruno Retailleau.

Finalement, avec cette primaire très fermée de 2021, des carrières se sont achevées et d’autres ont commencé : Xavier Bertrand et Michel Barnier vont se retirer sur les rives nostalgiques des ambitions au futur antérieur tandis que Valérie Pécresse et Éric Ciotti ont gagné leur médaille de futurs gérants du parti LR, en espérant qu’ils ne deviennent pas des syndics de faillite.

Et François Baroin dans tout cela ? Comme Valérie Pécresse, François Baroin était un "bébé Chirac", donc, à la bonne école de la politique. Incontestablement, il aurait été, en mars 2017, en capacité, le cas échéant, à reprendre la candidature LR à l’élection présidentielle de 2017 si François Fillon y avait renoncé ainsi qu’Alain Juppé. C’est lui qui a mené Les Républicains aux élections législatives de juin 2017, et le groupe LR est devenu le principal groupe d’opposition. En cas de victoire LR en juin 2017, François Baroin aurait été candidat à Matignon.

Député à 27 ans, d’une grande expérience ministérielle, Ministre de l’Intérieur sous Jacques Chirac et Ministre de l’Économie et des Finances sous Nicolas Sarkozy qui ne l’a rappelé au gouvernement qu’en 2010, François Baroin était en 2021 encore assez jeune, très à l’aise avec les médias (il a commencé sa carrière comme journaliste de radio), une sorte de Harry Potter de la politique française, et il avait toutes les qualités pour être le candidat incontestable de LR en 2022. Depuis le début de 2020, tout le monde l’attendait, l’attendait… et il n’est pas venu. Probablement que s’il avait voulu être candidat, une procédure expéditive de désignation aurait eu lieu, comme c’était l’habitude dans la formation gaulliste, par acclamations.

Mais les temps ont changé, les ambitions ont aussi changé de nature. François Baroin n’avait pas envie, ne voulait pas être candidat, s’exposer à la vindicte populaire, peut-être même publier son patrimoine (il me semble que pour les parlementaires, la déclaration de patrimoine reste confidentielle, à vérifier). Alors que pendant un demi-siècle, les Français avaient affaire à des forcenés de l’ambition politique, prêts à se représenter après trois, quatre échecs, voici maintenant l’époque des dilettantes de la politique, je m’aménage une vie, je choisie la voie privée (présidence de la banque Barclays France depuis le 20 janvier 2022), je choisis mes mandats… François Baroin a choisi le seul mandat à garder, son mandat de maire de Troyes depuis sa première élection en juin 1995, bombardé héritier de l’historique Robert Galley. Réélu pour un cinquième mandat en 2020, à l’évidence, il aime sa ville et la soigne.

Parmi les responsabilités nationales d’après la fin de la droite au pouvoir, c’est-à-dire en 2012, François Baroin est devenu l’un des hommes essentiels des territoires, comme on dit, en se faisant élire président de l’Association des maires de France du 27 novembre 2014 au 17 novembre 2021. Il a quitté sa présidence dans un climat de bataille intestine, puisque pour la première fois, la présidence était convoitée par deux personnalités compétentes et poids lourds de l’association.

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Sur la capacité à mener la campagne présidentielle, Valérie Pécresse, même si on peut lui reprocher quelques erreurs, a montré un talent que beaucoup ne soupçonnaient pas. Le fait d’être une femme est aussi, aujourd’hui, un atout, la vie politique crève de délaisser les femmes aux plus hautes responsabilités malgré toutes les belles règles de parité qu’on peut faire : lorsqu’il ne reste qu’un seul fauteuil, à moins d’imaginer une procédure quantique qui indéterminerait le titulaire, il reste pour l’instant toujours à un homme : l’Élysée, Matignon (une exception dans l’histoire), une présidence d’assemblées parlementaire nationale ou de l’instance constitutionnelle suprême, etc.

Sur la forme, Valérie Pécresse, mine de rien, a su montrer son envie, son ambition, et elle a toujours étonné par sa détermination, aux élections régionales franciliennes également, son esprit combatif avait surpris et séduit. Vu les dispositions de François Baroin, s’il avait accepté d’être candidat LR, il l’aurait été par volonté de servir son parti, voire son pays, mais sans une envie folle, et les électeurs l’auraient ressenti comme ils ressentent ceux qui vont délibérément au casse-pipe.

Pourtant, il y a un point pour lequel Valérie Pécresse a été très mauvaise et qu’elle paiera encore longtemps et pour lequel le professionnel de la politique et de la communication qu’est François Baroin aurait sans doute été excellent. C’est la capacité à rassembler son camp, mais pas le parti, je pense à l’électorat traditionnel de LR. Or, celui-ci a deux ailes, a toujours eu deux ailes, une dure et droitière, et une humaniste et démocrate.

Les grands candidats du passé ont toujours marché sur les deux jambes : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, en particulier, ont su rassembler tant des Simone Veil que des Charles Pasqua. Cette capacité à faire des synthèses est la clef pour gagner. Sans rassembler les deux rives, impossible de convaincre plus de 50% de l’électorat. Le dernier à l’avoir fait, avec talent, c’est Emmanuel Macron bien sûr, en 2017, rassemblant de Philippe de Villiers à Robert Hue !

Valérie Pécresse a été incapable de faire cela. Elle s’est engouffrée dans la brèche extrémiste avec une rapidité qui a éloigné tous les modérés de la droite écœurés par la surenchère avec Éric Zemmour. Pourquoi, alors qu’elle était elle-même modérée et qu’elle avait quitté LR justement à cause de sa dérive extrémiste ? L’histoire gardera la question en suspens. Incapacité à résister aux pressions internes très fortes ? Incapacité à écouter les bons conseils de Nicolas Sarkozy ? Car François Baroin, il faut aussi le rappeler, était le dauphin désigné de Nicolas Sarkozy depuis 2017, et ils se voient régulièrement (un déjeuner le 12 mars 2021 par exemple).

Les deux, François Baroin et Valérie Pécresse, ont un potentiel pour Matignon. François Baroin a quitté la politique nationale tandis que Valérie Pécresse se bat pour garder LR hors de l’eau. Car après l’élection présidentielle, il y a les élections législatives, et si elle n’était pas élue, elle serait la mieux placée pour conduire son parti aux législatives voire jusqu’à la victoire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Baroin ferait-il mieux que Valérie Pécresse à l’élection présidentielle ?
Discours de François Baroin le 19 novembre 2019 au 102e congrès des maires de France à Paris (texte intégral).
En attendant François Baroin.
François Baroin, Premier Ministre très très virtuel (mai 2017).
UMP : François Baroin veut enterrer définitivement la ligne Buisson.
Le petit-fils spirituel de Jacques Chirac (mars 2007).
Retour au gouvernement (mars 2010).
Colère à Bercy (juin 2011).

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220327-baroin.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-baroin-ferait-il-mieux-240508

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