« Mélenchon, ce qui est terrible, c’est qu’il a été socialiste toute sa vie et que toute sa vie, ça va le suivre ! » (François Hollande).



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Candidat pour la troisième fois, Jean-Luc Mélenchon a su seulement le 24 février 2022 qu’il était qualifié pour le premier tour de l’élection présidentielle du 10 avril 2022, en d’autres termes, le Conseil Constitutionnel a reçu le nombre suffisant de parrainages, à savoir 540 avec les 98 parvenus au 2 rue de Montpensier entre le 22 et le 24 février 2022. Comme tout candidat sérieux normalement constitué, il espère atteindre le second tour. Mais y parviendra-t-il ?

Malgré sa longue expérience de la campagne présidentielle, l’étape initiale des parrainages n’a pas été une formalité pour le candidat FI. En effet, en 2012 et en 2017, il bénéficiait du soutien très efficace car très organisé du parti communiste français. Or, cette année, le PCF a présenté son propre candidat, Fabien Roussel, qui a d’ailleurs étonné par son ton volontairement "de l’ancien monde", d’une gauche un peu démodée qui n’est ni communautariste, ni "wokiste" (?). Ce n’est pas un hasard que ce candidat communiste a obtenu le seuil des parrainages nécessaires dès le 17 février 2022 (il en est maintenant à 593). Le PCF est un parti encore très bien implanté dans certaines régions et bénéficie d’un maillage local sur tout le territoire.

Malgré son groupe à l’Assemblée Nationale (ce qui était d’ailleurs une belle performance en juin 2017), le parti de Jean-Luc Mélenchon n’a pas ce maillage séculaire, notamment dans les faubourgs urbains et dans les zones rurales. Cette étape franchie (sérieusement, personne n’imaginait que Jean-Luc Mélenchon serait privé d’élection), il peut ainsi continuer à faire campagne.

Jean-Luc Mélenchon sera ainsi à Lyon le 6 mars 2022 pour un grand meeting et a refusé de suspendre sa campagne à cause de la guerre en Ukraine (un premier meeting du supposé candidat Emmanuel Macron prévu le 5 mars 2022 à Marseille a été annulé pour cause de fortes activités diplomatiques du Président). Il est maintenant très difficile d’imaginer une campagne présidentielle sans crise et devoir la suspendre ou la repousser ne changerait rien : les crises sont désormais continuelles. En 2002, il y a eu la tuerie au conseil municipal de Nanterre ; en 2012, les attentats de Merah ; en 2017, l’attentat des Champs-Élysées. Si on remonte encore plus loin, en 1988, la prise d’otages dans la grotte d’Ouvéa. Les campagnes présidentielles sont régulièrement percutées par l’actualité fracassante.

Bref, la démocratie est trop importante pour arrêter une campagne présidentielle qui est déjà très courte, mais on peut comprendre aussi qu’Emmanuel Macron, qui multiplie les initiatives en ce moment pour faire arrêter l’invasion russe en Ukraine, ne puisse pas se libérer pour la campagne électorale (mais je répète ce que j’écrivais en début de février 2022, aura-t-il un jour le temps ? Il faudra bien qu’il le prenne !).

Depuis le début de la précampagne, c’est-à-dire fin août 2021, Jean-Luc Mélenchon reste le candidat dit de gauche qui reçoit le plus d’intentions de vote dans les sondages et c’est évidemment l’argument massue pour appeler à voter pour lui. On sait pourtant que cet argument ne vaut rien, car il ne se base ni sur un programme ni sur une personnalité, mais seulement sur des considérations tactiques dont se moquent généralement les électeurs. C’est ce qui a fait l’échec de Xavier Bertrand à la primaire LR ("je suis le meilleur pour battre Macron" n’est pas une proposition alléchante, que propose-t-il ?), ce qui probablement fera l’échec de Valérie Pécresse qui a repris le même argument que Xavier Bertrand mais pour l’élection générale.

Comme tous les électeurs un peu "matures" (ce mot pour ne pas dire "un peu âgés" ou "plus tout jeunes" !) passionnés par la politique, j’ai déjà beaucoup d’expérience d’élection présidentielle. Mon engagement politique a commencé pour soutenir à fond la candidature de Raymond Barre en 1988. Oui, il était le mieux placé au second tour pour battre François Mitterrand. Mais Jacques Chirac était meilleur que lui pour atteindre le second tour. L’argument sur les électeurs chiraquiens qui avaient pourtant souvent la haine contre le Président sortant n’a pas fait changer leur vote, car l’argument pour dégommer n’a jamais été très porteur.

De plus, en 2017, en février, Jean-Luc Mélenchon n’était pas le meilleur candidat de gauche dans les sondages, c’était Benoît Hamon. Mais c’est justement l’expérience de 2017 qui laisse encore rêver le leader de FI : en deux mois, passer de 10% à 20%, c’est possible (note : il ne reste qu’un mois en 2022). Depuis cinq ou six mois, Jean-Luc Mélenchon est imperturbablement autour de 10% des intentions de vote. Ces dernières semaines, il a cru à une lente poussée, et certains sondages le placent même à 12,5% (c’est le cas de Harris Interactive entre le 25 et le 28 février 2022). Mais les sondages "rolling" (IFOP et OpinionWay) qui proposent une image en temps réel des intentions de vote ne montrent aucune progression significative.

Une petite remarque sur les sondages d’intentions de vote actuellement : il y a de fortes disparités entre les instituts sur une même période (fin février 2022, 25-28 ou 24-28). Emmanuel Macron est de 28% (IFOP) à 24% (OpinionWay), Valérie Pécresse de 15% (OpinionWay) à 11% (Harris Interactive), Marine Le Pen de 19% (OpinionWay) à 16% (IFOP), enfin Éric Zemmour de 15% (Harris Interactive) à 13% (OpinionWay). Ces disparités de très grande ampleur s’expliquent par la difficulté de corriger les intentions de vote pour Éric Zemmour qui reste encore un extraterrestre du paysage politique. Cela signifie surtout qu’il peut y avoir des surprises, car les disparités sont très grandes.

Donc, il faut analyser ces sondages avec une extrême prudence, et en moyenne, Jean-Luc Mélenchon se situe aujourd’hui autour de 11% des intentions de vote, ce qui reste beaucoup plus que les autres minicandidats de gauche qui ont du mal à franchir le seuil de 5%, y compris Yannick Jadot. Il y aura probablement pour Jean-Luc Mélenchon l’espoir que l’éviction prochaine de Christiane Taubira (qui n’aura probablement pas ses parrainages) redonne un nouveau souffle mais j’en doute car la candidate divers gauche manquait de souffle elle-même.

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Cet argument politicien du "meilleur candidat de gauche" va même très loin puisque si on rassemble tous les candidats de gauche "gouvernementale" (Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Fabien Roussel, Anne Hidalgo, Christiane Taubira), cela tournerait autour de 25% des intentions de vote, soit la qualification au second tour et même, peut-être, la première place au premier tour. Mais une élection n’est pas une arithmétique ! Aucun de ces cinq candidats ne sont d’accord sur un programme minimum. Du nucléaire à la laïcité, ils sont aussi opposés que la société française dans son ensemble, comment imaginer que l’un des cinq pourrait les représenter seul sans incohérences ?

C’est pourtant le choix de Ségolène Royal qui a annoncé le 16 février 2022 sur BFM-TV son soutien à Jean-Luc Mélenchon, ce qui peut provoquer un grand étonnement (elle qui rêvait d’être ministre d’Emmanuel Macron en 2017 et visiblement, qui n’apprécie pas du tout Anne Hidalgo). Pour le candidat FI, ce n’est d’ailleurs pas une bonne nouvelle et cela risque d’être contreproductif (un peu comme lorsque Alain Minc annonce son soutien à Valérie Pécresse).

Nul doute que Jean-Luc Mélenchon est le meilleur candidat à l’élection présidentielle dans le sens professionnel du terme, et pas politique : excellent tribun, il a réussi pour cette campagne à faire dans l’innovation scénique. Cela n’apporte rien politiquement, ni électoralement, mais cela apporte des participants venus par curiosité voir un joli spectacle sons et lumières. Encore un peu, et il sera le Philippe de Villiers du Puy-du-Fou à Marseille.

Mais je doute que ses performances de comédien soient suffisantes pour remonter la pente. Car il faut la remonter : ses attitudes particulièrement déplaisantes pendant le (premier) mandat d’Emmanuel Macron. On se rappelle le "moi, je suis la république" devant un juge alors que tous les citoyens sont la république, juge compris, ce qui a beaucoup choqué ses électeurs de 2017, ou encore la confusion voire la malhonnêteté intellectuelle entre les deux tours de 2017, où il refusait le verdict des urnes en contestant son score (il nous faisait son Trump avant l'heure !) et refusait d’appeler clairement à choisir le candidat non extrémiste (au contraire de 2002). Ou encore ses errements sur le front du communautarisme, d’autant plus surprenant qu’il avait, au sein du PS, des positions très républicaines (lire son blog dans les années 2000) aujourd’hui très oubliées.

Séduire, décevoir… malgré ces comportements, je pense qu’on peut toujours récupérer des déçus qu’on avait séduits auparavant : sinon, il y aurait beaucoup plus de divorces ! Les personnes évoluent et Jean-Luc Mélenchon peut faire autant l’ange que le démon. C’est selon ses humeurs. En 2017, l’ange a atteint 19%, pas mal. Tout reste possible de ce côté de la déception/séduction même si la "raison" n’est pas le meilleur moyen de rassurer les déçus et les désabusés.

Son problème, c’est que sa base de 2022 est bien plus réduite qu’en 2017, et son potentiel de progression d’autant moindre, pour deux raisons.

La première raison, c’est que les communistes ont fait bande à part. Et avec succès. Pour un parti qui faisait autour de 1% à sa dernière participation présidentielle, les intentions de vote de Fabien Roussel sont très flatteuses : entre 3,5% et 5%. Et il est vrai qu’il tient un discours que je pense passéiste mais original, ce qui séduit aussi un électorat de gauche déboussolé (d’ailleurs, il se garde bien de rappeler qu’il est le patron des communistes, ce n’est pas très vendeur).

La seconde raison, c’est qu’en 2017, quand Jean-Luc Mélenchon faisait autour de 10% dans les sondages, Benoît Hamon faisait autour de 17-18% ! En mars et avril 2017, il y a eu un phénomène de transvasement des électeurs potentiels de Benoît Hamon vers Jean-Luc Mélenchon. Mais aujourd’hui, où est cette réserve magique de voix ? Les intentions de vote des autres candidats de gauche sont si faibles qu’elles ne concernent que les militants et fidèles qui ont déjà bien réfléchi à la question.

Certes, l’IFOP (par exemple) trouve le plus d’hésitation chez les électeurs de gauche, ainsi, au 28 février 2022, l’institut de sondage a mesuré 64% sûrs de leur choix chez Jean-Luc Mélenchon, 51% chez Yannick Jadot, 48% chez Christiane Taubira et 46% chez Anne Hidalgo. C’est beaucoup plus faible que la moyenne (69%) et que les candidats d’extrême droite (82% chez Marine Le Pen, 75% chez Éric Zemmour), mais cela reste beaucoup trop pour que Jean-Luc Mélenchon espère fédérer les électeurs de gauche hésitants avec un effet d’entraînement : la moitié de pas grand-chose (que Jean-Luc Mélenchon pourrait encore convaincre), cela reste pas grand-chose.

Qu’importe toutes ces considérations, Jean-Luc Mélenchon se croit irrésistible, en est convaincu par les fortes participations à ses meetings (on sait très bien que cela ne veut rien dire, voir en 2017, 2012 et 2007), et, étonnant, par un article de "Libération" du 16 février 2022 intitulé : "Mélenchon au second tour : plus qu’une hypothèse, une possibilité". Pourtant, il n’est pas naïf et devrait savoir que les médias cherchent toujours à réintroduire l’incertitude et le suspense là où ils auraient disparu afin de faire de l’audience. C’est un peu comme dire que Vladimir Poutine a échoué car il n’a pas écrasé Kiev et l’Ukraine en six jours. Il le fera en dix jours peut-être, ou en deux ou trois semaines peut-être, mais y a-t-il vraiment incertitude de l’issue de la guerre s’il va jusqu’au bout ?

Il veut tellement y croire que dans son journal de campagne, où il s’exprime à la troisième personne, il affirme : « Une question subsiste : savoir si les électeurs de gauche non mélenchonnistes vont se ranger derrière le seul candidat capable de qualifier son camp au second tour, et si les classes populaires abstentionnistes vont participer à l’élection présidentielle. Si c’est le cas, la gauche a toute(sic !) ses chances d’être au second tour. ». Avec des si…

Le plus probable, c’est que Jean-Luc Mélenchon rejoigne le destin de François Bayrou : après une deuxième candidature à la performance excellente dont l’atteinte au second tour n’était pas un rêve, une troisième candidature, celle de trop, celle d’un irrésistible narcissisme (je suis un artiste, j’aime m’écouter parler), un reflux sur les 10% d’électeurs fidèles. Et après lui, c’est-à-dire après le 11 avril 2022, que restera-t-il de son mouvement d’insoumis ? Et plus généralement de la gauche ? Qui construira quoi sur ce tas de ruines ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 février 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Situation des parrainages pour les candidats de la présidentielle de 2022 (mise à jour régulièrement).
Programme 2022 du candidat Jean-Luc Mélenchon.
Élysée 2022 (31) : Jean-Luc Mélenchon peut-il atteindre le second tour ?
Droits de succession : Jean-Luc Mélenchon propose la confiscation et l'adoption !
La faillite sanitaire de Jean-Luc Mélenchon ?
L’insupportable complotisme de Mélenchon.
Jean-Luc Mélenchon : un peu de décence, taisez-vous !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220228-melenchon.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-31-jean-luc-melenchon-239433

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/02/16/39349954.html